CHAPITRE XI. S
siècle (1). Àh! sans doute, les grands hommes n'ont pas manqué-, jamais plus de génie , de persévérance et de sacrifices n'ont été déployés... Mais si ces hommes n'avaient eu que la grandeur de l'intelligence , ils au* raient infailliblement succombé sous l'énormité d'un labeur hors de proportion avec les forces humaines , ou bien ils n'auraient fondé qu'une œuvre éphémère... Ces hommes ont été des saints , et c'est ainsi seulement que l'histoire de la régénération chrétienne peut s'expliquer par l'intervention divine.
Dans la première partie de ce récit , j'ai déjà eu occasion de constater qu'au milieu de l'abaissement universel des intelligences et des âmes, au* quatrième et ciiH quièmé siècles, l'Église seule avait relevé la dignité humaine par l'action de génies supérieurs qui ont tous été des saints. Autour de saint Léon-le-Grand se groupent et concourent à sa mission une multitude de saints sur les trônes , sur les sièges épiscopaux , dans les monastères , dans les solitudes du désert; plusieurs de ces pieux personnages se sont déjà montrés dans le cours de cette his-* toire , et un grand nombre d'autres vont venir nou* édifier par des vertus qui sauveront le monde chrétien des attaques et de l'Hérésie et de la Barbarie.
Au cinquième siècle et particulièrement à l'époque où nous sommes parvenus , le mouvement d'invasion, commencé depuis le deuxième siècle, précipitait sa marche avec une fureur redoublée , signe manifeste que le but fixé par la Providence à cet ébranlement général des populations Barbares allait être atteint. 0 mon Dieu ! combien les calculs de votre politique pour lé gouvernement temporel de l'humanité sont mystérieux
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et terribles! Dans les profondeurs inconnues de l'Asie, des races d'hommes se livrent, pendant plusieurs siècles, des combats exterminateurs qui font disparaître des empires , des peuples entiers , qui les refoulent les uns sur les autres et les poussent , tour à tour, par une in* vincible nécessité , vers l'Occident où ils rencontrent l'Empire romain, et exécutent, en le démembrant, l'arrêt de mort porté par la Providence. Les Alains , les Visigoths, les Suèves, les Vandales, les Bourguignons , les Allemands, les Francs envahissent successivement les provinces romaines et y fondent des royaumes nouveaux. Nous avons présenté, dans le premier chapitre du volume précédent, le tableau de ces invasions. Elles avaient été presque toutes déterminées par le déplacement violent que ces peuples s'étaient vu forcés d'exécuter, lorsque les tribus de la race finnoise descendirent , avec l'impétuosité d'une avalanche, du haut des monts Ourals (<) , et terrifièrent , par leurs masses , leur aspect et leur férocité , les peuples Barbares qui les avaient précédés et >le monde romain. Ces tribus sont connues sous le nom de Huns.
C'est en 376 que les historiens romains font, pour la première fois , mention des Huns. A cette époque , ils quittèrent leurs campements sur les rives du Palus- Maeotis (mer d'Azof), chassèrent les Alains et les Goths établis depuis un siècle dans ces contrées, et se répandirent jusque sur les bords du Danube. De tous les Barbares connus, ils étaient les plus sauvages. Habitants nomades des forets et des steppes , ils marchaient en hordes innombrables ; aucun obstacle ne les arrêtait; ils
(1) Chaîne de montagnes qui sépare l'Europe de l'Asie et s'étend de l'Océan glacial Arctique k la mer Caspienne.