‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 198 sur 378 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Saint Germain fut encore vivement sollicite de retourner dans cette province , pour maintenir ce qu' il y avait fait en faveur de la religion. Le saint , qui ne s'appartenait pas, mais uniquement voué au service de Jésus- Christ, accepta avec joie cette nouvelle mission. Il appela aussitôt auprès de lui Sévère, évêque de Trêves, disciple de saint Loup de Troyes, homme aussi de sainte vie et prédicateur éloquent de la parole de Dieu. Us partirent en 446.

En passant par Paris , saint Germain s'informa de Geneviève qu'il savait retirée dans cette ville. Il fut fort étonné d'entendre le peuple se livrer contre elle aux accusations les plus flétrissantes , la traiter d'hypocrite, de visionnaire, de fille perdue. Dieu voulait faire subir aux vertus de la sainte l'épreuve de la calomnie. La douceur, la résignation , le calme angélique avec lesquels elle supporta ces cruelles tribulations touchèrent le cœur de Dieu, et c'est alors qu'il envoya de nouveau Germain auprès de Geneviève. Le saint évêque, n'ajoutant aucune foi aux discours des persécuteurs de la sainte, se rendit à sa demeure et la salua , en entrant , avec respect et affection. Pour confondre ceux qui l'accusaient de vivre dans le luxe et la mollesse , il montra, dans un coin de sa chambre , le pain noir dont elle se nourrissait, et une pierre encore arrosée de ses larmes. Après avoir ainsi justifié l'innocence de Geneviève et l'avoir fortifiée dans ses saintes résolutions, Germain continua son voyage.

A la nouvelle de l'arrivée des deux évêques sur les côtes de la Grande-Bretagne , un des principaux du pays , nommé Élaphe, vint au devant d'eux et fit amener son fils qui était paralytique. Cette démarche attira une grande multitude de Bretons qui se rendirent au

46 SAINT LÉOîf-LE-ORAND.

même lieu. Les deux saints leur prêchèrent la doctrine orthodoxe et les retirèrent de l'infidélité où ils étaient tombés par suite des fausses doctrines des pélagiens. Elaphe présenta ensuite son fils* Germain et Sévère , voyant quelle était la foi de ce père et celle de tout le peuple qui sollicitait aussi la guérison de l'enfant, ils la demandèrent à Dieu avec tant d'ardeur et de simpli» cité , qu'ils l'obtinrent immédiatement. Ce miracle con* tribua beaucoup à rétablir la croyance catholique parmi les Bretons. Saint Germain et son compagnon leur firent connaître ce qu'ils avaient à faire pour ne plus perdrfe la foi et pour expier leur faute. Tous , d'un commuh consentement, découvrirent ceux qui avaient été les auteurs de leur séduction , les saisirent, les amenèrent en présence des deux saints , et , sur leurs avis , chas* sèrent de l'île ces hérétiques.

Saint Germain et Sévère, après avoir délivré les Bretons de l'hérésie, s'occupèrent de sauver leur indépendance nationale menacée par les Barbares. Les Saxons venus d'Allemagne avec les Anglais et les Pietés s'étaient emparés d'une partie du pays appelée aujourd'hui l'Ecosse, et delà dirigeaient leurs courses contre le reste de la Bretagne. Saint Germain et son compagnon, à la prière des Bretons, se rendirent dans leur camp, afin de rassurer les soldats , qui reprirent courage dès qu'ils virent les deux évêques au milieu d'eux. On était en carême; Germain et Sévère employèrent ce saint temps à instruire les soldats, dont plusieurs étaient encore idolâtres, et à les corriger de leurs vices. L'ardeur de ces nouveaux catéchumènes fut si grande , qu'ils demandèrent le baptême avec une impatience qui leur permit à peiné d'attendre le jour de Pâques. Lorsque cette fête fut venue, saint Germain fit dresser à la hâte dans les champs

Page 1