CHAPITRE III
une espèce d'église avec des branches d'arbres, et baptisa tous les soldats idolâtres. L'armée des Bretons , toute trempée encore des eaux sacrées oh elle avait lavé ses péchés, marcha au combat avec la plus vive foi, plaçant toute sa confiance en Dieu. Les Barbares s'avancèrent avec toute la joie que donne la présomption d'une victoire assurée , regardant les Bretons comme des gens que le désespoir conduisait à la mort. Saint Germain montrant qu'il se rappelait son ancienne profession , se mit 4 la tête de l'armée nouvellement baptisée, et après avoir envoyé reconnaître le pays et constaté que la route par laquelle les Barbares devaient arriver était environnée de hautes montagnes , il les fit occuper par des troupes. Quand les Barbares les aperçurent , il commanda à ses soldats de répéter tous à la foià et de toutes leurs forces le cri qu'ils l'entendraient pousser. Aussitôt que les Sâtons et les Pietés approchèrent , le saint cria trois fois ; ALLELUIA ! les Bretons poussèrent le même eri , que les échos des montagnes renvoyèrent avec un bruit effroyable. Les Barbares, saisis d'une terreur panique, prirent la fuite, jetèrent leurs armes, abandon* nèrent leurs bagages, s' estimant encore trop heureux de pouvoir sauver leur vie.
Saint Germain avait compris que le catholicisme ne pouvait être conservé et propagé dans la Grande-Bretagne que par la fondation d'écoles publiques. « Aussi les églises , comme l'observe l'historien Bède , conservèrent-elles, depuis cette époque, la pureté de la foi, et ne tombèrent-elles plus dans l'hérésie. » Ces écoles devinrent bientôt célèbres par le nombre , le savoir et la sainteté de ceux qui les fréquentaient. La bonne organisation de l'enseignement est la base de toute régénération morale.
Défenseur. et sauveur des peuples, à peine saint Germain vient-il de délivrer les habitants de la Grande-Bretagne, qu'il voit d'autres nations l'appeler à leur secours. Il se reposait à Auxerre des fatigues de son apostolat, quand arrivèrent des députés que lui envoyaient les villes de la province des Gaules que Ton appelait Armorique, et qui prit le nom de Petite-Bretagne depuis qu'elle avait servi de retraite aux Bretons chassés par les Anglais et les Saxons. Les peuples de F Armorique avaient suivi la révolte d'un chef qui s'était soulevé contre l'autorité de l'empereur Valentinien III. Le célèbre général Aétius envoya pour châtier les rebelles des troupes Barbares, sous la conduite d'Eocarich, roi des Allemands, à la solde de l'Empire romain. Aétius leur livra la province à discrétion. Lorsque cette nouvelle fut parvenue dans le pays, la consternation se répandit parmi les habitants, qui se voyaient menacés d'une ruine complète. Ils eurent donc recours au saint évêque d'Auxerre, dont chacun connaissait le crédit auprès de Dieu et des hommes. Ils envoyèrent à saint Germain une ambassade pour le conjurer d'user de son influence, afin de les délivrer de la fureur de ces Barbares et de ces idolâtres. Gomme le péril était pressant , le saint évêque crut qu'il n'y avait pas un moment à perdre : il s'informe de la marche des Allemands , se rend à leur rencontre , passe - au milieu de ces hordes de Barbares sans s'effrayer, et se fait conduire à la tente du roi Éocarich. Il l'aborde par des prières et des soumissions qui produisent peu d'impression sur l'esprit de ce Barbare. Il fait entendre des menaces qui n'ont pas plus d'effet. Éocarich pousse son cheval pour marcher en avant avec ses soldats. A ce moment décisif, le saint saisit la bride du cheval, l'arrête tout court et avec lui toute l'armée. Une action si