CHAPITRE XIII
tuée, interposée entre les maîtres du monde, les souverains du pouvoir temporel d'une part , et les peuples de l'autre, servant de lien entre eux et agissant sur tous (1). »
Saint Léon , en arrachant Rome et l'Italie à la puissance d'Attila, brisa le cours de la destinée du chef des Huns. Au printemps de Tannée 453, il voulut quitter de nouveau ses campements du Danube pour revenir dans la Gaule venger contre les Visigoths sa défaite de Châlons; mais après une courte expédition, sur laquelle les historiens ne donnent que des détails obscurs et contradictoires , il rentra dans la Pannonie. Dieu ne voulant plus de cet instrument de destruction , Attila redevint un Barbare ordinaire , uniquement livré aux instincts grossiers d'une nature sauvage. Avec la fureur qu'il portait dans toutes ses actions, il se plongea dans tous les excès de l'ivresse , de la gloutonnerie et de la débauche. Il vivait au milieu d'un nombre prodigieux de femmes enlevées de tous les pays qu'il avait ravagés} elles devenaient, les unes après les autres, l'objet d'une convoitise frénétique. Dans un des derniers jours de l'année 453 , ayant voulu célébrer de nouvelles noces avec une jeune fille d'une grande beauté , il se retira dans sa tente épuisé de débauche, gorgé d'aliments et de vin. Le lendemain matin , ses officiers le trouvèrent baigné dans son sang , à la suite d'une violente hémorrhagie. « Il creva, suivant l'énergique expression de M. de Chateaubriand, du trop de sang qu'il avait bu. » Attila fut enseveli à la manière d'Alaric. Une vaste fosse ayant été creusée dans une plaine, les Huns y déposèrent le corps d'Attila avec des armes et des trésors, butin de ses
(1) Bis t. gcn, de la civ. en Europe, p. 52-132; 3e édit.
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expéditions, et les prisonniers furent tous immolés sur le sépulcre qu'ils avaient creusé, afin que leur mort assurât le secret de la tombe d'Attila.
Dans la préface de sa tragédie d'Attila, Corneille trace du chef des Huns un portrait qui ne manque pas de vérité : « Il était plus homme de tête que de main, tachait à diviser ses ennemis, ravageait les peuples indéfendus , pour donner de la terreur aux autres et tirer tribut de leur épouvante ; il s'était fait un tel empire sur les rois qui l'accompagnaient, que quand même il leur eût commandé des parricides , ils n'eussent osé lui désobéir. Il est malaisé de savoir quelle était sa religion: le surnom de fléau de Dieu , qu'il prenait lui-même , montre qu'il n'en croyait pas plusieurs. Je l'estimerais Arien, comme les Ostrogoths et les Gépides de son armée , n'était la pluralité des femmes. Il croyait fort aux devins, et c'était peut-être tout ce qu'il croyait. »
Le Holà décoché par Boileau contre Y Attila de Corneille a sans doute empêché bien des lecteurs d'ouvrir cette composition de la vieillesse de notre grand tragique. Il se rencontre cependant dans cet ouvrage des vers dignes de l'auteur du Cid et de Polyeucte. Quelques citations ne seront point déplacées ici pour terminer ce que j'avais à dire sur Attila.
Le chef des Ostrogoths conseille au chef des Huns de s'allier avec les Francs :
Un grand destin commence, un grand destin s'achève, L'Empire est prêt àcheoir, et la France s'élève; Vos devins vous font dit : n'y mettez point d'obstacles, Vous qui n'avez jamais douté de leurs oracles. Soutenir un État chancelant et brisé , C'est chercher par sa chute à se voir écrasé.