CHAPITRE XIII
le soleil au milieu de son cours, et par un temps serein, sa lumière trop brillante blesse la vue , et les rayons de cette clarté qui importune offensent la membrane de l'œil. Une suite nombreuse de prêtres, revêtus d'un costume pompeux , accompagne le Pontife , et le suit lentement , sans négliger aucun des devoirs de leur charge, et sans quitter leur rang , l'esprit plein d'une sainte confiance, et prêts à sauver leur malheureuse ville, ou à s'exposer, pour sa délivrance, à une mort certaine. Dans une autre partie du bas-relief, les soldats d'Attila se serrent autour de leur roi éperdu , et comme lui , le cœur glacé par la crainte , ils se hâtent de battre en retraite , et de quitter précipitamment et en désordre les frontières de l'Empire romain. Un bruit confus se fait entendre au loin dans le camp : la terre épouvantée tremble sous les pieds de la cavalerie et de l'infanterie; au milieu du tumulte , un nuage de poussière s'élève en tourbillonnant, et obscurcit l'atmosphère de ses flots onduleux (1). »
Saint Flavien d'Antioche, saint Ambroise, saint Nicaise, saint Exupère, saint Orience, le prêtre Constance, saint Germain d'Auxerre, sainte Geneviève, saint Agnan, saint Loup, saint Léon, dont nous venons de voir et d'admirer les vertus et les œuvres, nous représentent, dans l'espace d'un demi-siècle , toute la mission providentielle remplie par l'Église. J'emprunte encore une belle page à M. Guizot pour résumer et caractériser cette mis-
(1) Le père Doissin, né en Amérique en 17*21 , est mort à Paris en 1753. Outre son poème sur In Sculpture, il en a compose un autre s :r la Gravure, (es deux onvraçes se distinguent par la facilité, la pureté, l'élégance cl la chaleur du si) lu, la beauté du coloris.
sion : « À cette époque le christianisme n'était pas seulement une religion , c'était une Église. S'il n'eût pas été une Église , je ne sais, Messieurs, ce qui en serait advenu au milieu de la chute de l'Empire romain. Il est clair qu'il fallait une société fortement organisée , fortement gouvernée, pour lutter contre un pareil désastre, pour sortir victorieuse d'un tel ouragan. Je ne crois pas trop dire en affirmant qu'à la fin du quatrième et au commencement du cinquième siècle, c'est l'Église chrétienne qui a sauvé le christianisme; c'est l'Église, avec ses institutions , ses magistrats , son pouvoir, qui s'est défendue vigoureusement contre la dissolution intérieure de l'Empire , contre la barbarie ; qui a conquis les Barbares, qui est devenue le lien, le moyen, le principe de civilisation entre le monde romain et le monde barbare Tous les éléments civils de la société moderne étaient dans la décadence ou l'enfance. L'Église seule était à la fois jeune et constituée ; seule elle avait acquis une forme définitive et conservait toute la vigueur du premier âge \ seule elle possédait à la fois le mouvement et l'ordre , l'énergie et la règle , c'est-à-dire les deux grands moyens d'influence. N'est-ce pas, je vous le demande, par la vie morale, par le mouvement intérieur, d'une part, et par l'ordre , par la discipline, de l'autre, que les institutions s'emparent des sociétés? L'Église avait remué , d'ailleurs , toutes les grandes questions qui intéressent l'homme -, elle s'était inquiétée de tous les problèmes de sa nature, de toutes les chances de sa destinée. Aussi son influence sur la civilisation moderne a-t-elle été très-grande, plus grande peut-être que ne l'ont faite ses plus ardents adversaires ou ses plus zélés défenseurs L'Église se présente au cinquième siècle comme une société indépendante, consti-