HONORIA
Lorsque par les tyrans il punit les mortels , 11 réserve sa foudre à ces grands criminels Qu'il donne pour supplice à toute la nature , Jusqu'à ce que leur rage ait comblé la mesure. Peut-être qu'il prépare en ce même moment A de si noirs forfaits l'éclat du châtiment; Qu'alors que ta fureur à nous perdre s'apprête, Il tient le bras levé pour te briser la tête , Et veut qu'un grand exemple oblige de trembler Quiconque désormais ose te ressembler.
Dans les derniers vers de cette tragédie, Corneille décrit la mort d'Attila, étouffé par le sang :
De ce sang renfermé la vapeur en furie Semble avoir étouffé sa colère et sa vie ,
Et déjà de son front la funeste pâleur
N'opposait à la mort qu'un reste de chaleur.
Lorsqu'une illusion lui présente son frère,
Et lui rend tout d'un coup la vie et la colère :
Il croit le voir suivi des ombres de six rois,
Qu il se veut immoler une seconde fois;
Mais ce retour si prompt de sa plus noire audace
N'est qu'un dernier effort de la nature lasse,
Qui , prête à succomber sous la mort qui l'atteint,
Jette un plus vif éclat, et tout d'un coup s'éteint.
C'est en vain qu'il fulmine à cette affreuse vue ,
Sa rage qui renaît en même temps le tue :
L'impétueuse ardeur de ces transports nouveaux
A son sang prisonnier ouvre tous les canaux;
Son élancement perce ou rompt toutes les veineê,
Et ces canaux ouverts sont autant de fontaines
Par où l'âme et le sang se pressent de sortir,
Pour terminer sa rage et nous en garantir.
Sa vie à longs ruisseaux se répand sur le 6able,
Chaque instant l'affaiblit et chaque effort l'accable ,
Chaque pas rend justice au sang qu'il a versé
Et fait grâce à celui qu'il avait menacé;
Ce n'est plus qu'en sanglots qu'il dit ce qu'il croit dire ;
Il frissonne , il chancelle , il trébuche, il expire,
Et sa fureur dernière épuisant tant d'horreurs,
Venge enfin l'univers de toutes ses fureurs (I).
La mort d'Attila mit fin à cette domination des Huns qui passa sur la terre , comme un orage , sans pouvoir
(1) Voyez, sur Attila, Jornandès, Htst. desGoths ; le poème de Nibelungen ; la vie d'Attila, écrite dans le seizième siècle par Olatts, archevêque d'Upsal; YBist des Huns, par de Guignée; la tragédie d'Attila, par le pogte allemand Weroer. Dans le 2i* chap. de la IIe partie de Y Allemagne, madame de Staël donne une analyse de cette tragédie. En 1832 , on a représenté a L'Odéon une tragédie dî Attila, par M. Hippolyte Bis; la vérité historique et traditionnelle est complètement violée dans cet ouvrage écrit d'un style déclamatoire; sainte Geneviève joue le rôle d'une sorcière. — La même tragédie a inspiré un roman prétendu historique, par M. de Beaunoir ( 1823 ) : c'est un conte de revenants et de magiciens.