CHAPITRE XIV
fîère de voir les sentiments de sa haine si fidèlement exécutés , se présenta avec ses filles à son allié , le roi des Vandales. Le Barbare, qui avait répondu à l'appel de la veuve de Valentinien, voulut se charger de châtier cette infâme trahison envers la patrie. Eudocie et ses deux filles furent emmenées captives en Afrique. Genséric fit épouser à l'un de ses fils une des filles de l'impératrice , et c'est ainsi, ô mystère terrible des desseins de Dieu sur les races royales ! c'est ainsi que le sang de Théodose-le-Grand vint se perdre dans le sang des Barbares qui ont détruit son Empire !
Pour peindre l'aspect désolé de Rome et de l'Italie après le séjour des Vandales , je veux emprunter le langage du Pontife qui , seul avec saint Léon , a porté sur la chaire de saint Pierre le nom de Grand. Un siècle et demi après saint Léon, saint Grégoire avait sous les yeux le spectacle de Rome telle que l'avaient faite les Barbares qui , chaque jour, menaçaient de frapper sur elle de nouveaux coups, a Si nous regardons autour de nous , s'écrie l'éloquent Pontife , nous ne voyons partout que le deuil-, si nous prêtons l'oreille, nous entendons des gémissements de toutes parts. Les villes sont détruites , les châteaux abattus , les champs dépeuplés : la terre est devenue une solitude. Il n'y a plus d'habitants dans les campagnes, il n'y en a presque plus dans les villes , et cependant les restes du genre humain sont frappés encore , et chaque jour et sans relâche; les uns sont traînés en captivité, d'autres subissent la peine capitale , d'autres sont massacrés : voilà le spectacle que nous avons sous lts yeux. Qu'y a-t-il , mes frères , qui puisse encore nous charmer en cette vie ? Si nous continuons de chérir le monde tel qu'il est , ce ne sont plus des plaisirs, ce sont des plaies que nous aimons. Rome
elle-même, qui semblait être autrefois la reine du monde , nous voyons ce qui en reste. La voilà écrasée de plusieurs manières sous des douleurs immenses, par la désolation des citoyens , par les marques de dévastation que les ennemis ont imprimées sur elles, par la fréquence des ruines. Où est le sénat? où est le peuple? En les perdant, elle a senti la moelle de ses os se dessécher, ses chairs se consumer, et tout l'éclat des dignités séculières qu'elle étalait comme une parure s'est évanoui. Et nous qui avons survécu en si petit nombre, nous vivons encore sous le glaive, d'innombrables tribulations nous accablent, les douleurs , les gémissements se multiplient chaque jour. Rome est vide , et l'incendie est dans ce désert. Après que les hommes ont manqué , les édifices tombent. Encore une fois , où sont ceux qui se réjouissaient parmi les monuments de sa gloire ? où est leur pompe ? où est leur orgueil ? où sont les plaisirs effrénés qui se renouvelaient continuellement dans son enceinte ? Il lui est arrivé ce que le prophète a dit de la Judée : tu seras chauve comme l'aigle. Dépouillée de son peuple et de ses hommes puissants au moyen desquels elle s'élançait sur sa proie , Rome ressemble à un vieil aigle tout chauve, qui n'a plus ni ailes, ni plumes. Ce que nous disons de la désolation de la ville de Rome , nous savons que cela s'est accompli dans toutes les autres villes. Méprisons donc de tout notre cœur ce siècle comme un flambeau désormais éteint, et ensevelissons du moins nos désirs mondains dans la mort du monde lui-même (1), »
Résumant les diverses invasions qui sont venues fondre sur Rome , pendant quatre siècles , depuis Alaric
(l) OEtwres de saint Grégoirfle-Grand, hoiu&ti tut Ekécbiel.