‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 230 sur 378 · CHAPITRE XIV. 12S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. 12S

De 429, époque de leur descente en Afrique , jusqu'à 1* année 455 , cette cruelle domination des Vandales s'étendit de Tanger à Tripoli , s'empara de la Corse , de la Sardaigne , de la Sicile , ravagea les côtes de la Grèce et de l'Italie méridionale. Genséric n'attendait qu'une occasion pour aller, à son tour, visiter Rome et l'Italie centrale. Cette occasion lui fut donnée par les sentiments de vengeance qui animaient Eudocie contre l'assassin de Yalentinien III et l'usurpateur de son trône. Elle envoya en secret un Barbare à Genséric avec un message qui invitait le chef des Vandales à venir délivrer l'Empire d'Occident et son impératrice du joug d'un tyran. Le roi des terres et des mers (4) fit immédiatement ses préparatifs d'invasion, et, suivi d'une armée composée de Vandales , d' Alains et de Maures , il débarqua à Ostie , le 12 juin 455. Rome , son gouvernement , ses habitants , ne songent même pas à se défendre. L'empereur, le sénat, les fonctionnaires cherchent leur salut dans la fuite. Le peuple cependant , furieux, dans son désespoir , de la lâcheté de ses mattres , se précipite sur l'empereur Maxime , au moment où il s'échappait de Rome, le massacre ainsi qu'un de ses fils et jette leurs corps dans le Tibre : ainsi finit cette royauté nouvelle ; elle avait duré soixante-dixsept jours. Mais ce peuple romain , si brave pour assassiner ses lâches empereurs , ne se sent pas le courage de marcher au devant des Barbares. Genséric approche; en trois jours , le 1 5 juin , il est campé aux portes de Rome ; il s'étonne de ne voir aucuns préparatifs de défense , de n'entendre aucun bruit d'armes ; la ville est

(1) Genséric s'était donné ce titre après la prise de Carlhage; Théophanes, chronogr. , 448.

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déserte et muette : on dirait un tombeau. Les citoyens romains attendent , dans l'immobilité de la stupeur, le coup de mort qui va les frapper. Le Pape , seul , s'occupe de sauver encore une fois tout ce peuple. Au moment où Genséric se dispose à entrer dans Rome , les portes s'ouvrent , et saint Léon , revêtu des ornements pontificaux , suivi de son clergé et des notables de la ville, s'avance à la rencontre du roi des Vandales et lui fait entendre cette parole devant laquelle Attila avait reculé. Mais si Dieu , touché par la voix de son représentant sur la terre , ne voulut pas livrer les Romains à la colère sans frein des Barbares , il se souvint cependant de l'ingratitude avec laquelle ce peuple avait accueilli les prodiges de la miséricorde qui délivra Rome de la présence d'Attila. Un châtiment était devenu inévitable, et saint Léon l'avait prédit (1). C'est pourquoi Genséric promit au P^pe d'épargner la vie des citoyens et de ne pas incendier la ville ; mais il réserva à ses soldats le pouvoir de piller toutes les richesses publiques et particulières. Le Barbare tint sa parole*, le sang ne fut point versé, l'incendie n'exerça pas ses ravages, mais pendant quatorze jours et quatorze nuits, du 15 au 29 juin 455 , les Vandales , les Alains et les Maures dé* pouillèrent les églises , les palais , toutes les habitations romaines de tous les trésors qu'il leur fut possible d'enlever , et les entassèrent sur leurs vaisseaux amarrés aux quais du Tihre. Quand ils ne trouvèrent plus de richesses à piller, ils enchaînèrent les citoyens , dans l'espoir d'obtenir une rançon de leurs parents ou amis. Soixante mille captifs furent conduits à Carthage. Annibal était vengé par Genséric. L'impératrice Eudocie,

1) Voyez chnp. XIII , la SI* homélie.

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