CHAPITRE XIV
les envoyer à un roi maure, païen, nommé Capsur. Quant à Maxima , il la laissa en liberté , et elle vivait encore trente ans après , supérieure d'un couvent de vierges. Victor de Vite , qui Ta connue , a écrit son histoire et celle de toute celte persécution.
Les quatre confesseurs étant arrivés dans le désert où demeurait ce roi maure , et y voyant pratiquer des sacrifices profanes , commencèrent , par leurs discours et par leurs exemples , a attirer les Barbares vers la connaissance de Dieu , et en gagnèrent uue grande multitude , dans un pays où le nom de Jésus-Christ n'avait point encore été porté. Voyant ces heureux fruits de la grâce, dans cette contrée, ils cherchèrent comment ils feraient pour y établir l'Évangile, et y faire administrer le baptême. Des députés partirent; ayant traversé le désert , ils arrivèrent à une ville romaine , et prièrent l'évèque d'envoyer des prêtres et des ministres à ce peuple converti. L'évêque le fit avec joie : ils bâtirent une église et baptisèrent une foule de Barbares. Genséric ayant appris cet événement , fit attacher chacun des serviteurs de Dieu par les pieds derrière des chariots qui , courant dans des lieux pleins de ronces et de bois, mirent leurs corps en pièces. Les Maures se lamentaient, mais les martyrs se regardaient, chacun en passant, et se disaient : « Mon frère , priez pour moi : Dieu a rempli notre désir : c'est ainsi qu'on arrive au royaume des cieux. » Il se fit de grands miracles à leur tombeau.
Suivant la coutume, le sang excitant la soif du sang» Genséric redoubla ses cruautés contre les catholiques. Il envoya dans la province Zengitane un nommé Proculus, pour contraindre tous les évêques à livrer les vases sacrés et les livres saints , comme pour les désarmer. Les évêques s'y étant refusés , les Vandales pri-
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rent de force les vases et les livres, et pillèrent tout, jusqu'à se faire des chemises et des caleçons avec des nappes d'autel. Proculus, exécuteur de cette violence, mourut bientôt après dans d'horribles convulsions, au milieu desquelles il se coupa la langue par morceaux avec les dents. Valérien, évêque d'Abbenze, âgé de quatre-vingts ans, fut chassé hors de la ville, avec défense de se loger dans aucune maison , ni à la ville , ni à la campagne. Ce saint vieillard demeura longtemps étendu nu sur le grand chemin , exposé aux injures de l'air. L'Eglise en fait mémoire le 15 décembre.
En un lieu nommé Regia , les catholiques ouvrirent une église fermée , pour y célébrer la fête de Pâques. Les Ariens le surent , et un de leurs prêtres nommé Addriet , ayant assemblé des gens armés , vint attaquer les catholiques. Ils entrent l'épée à la main , d'autres montent sur les toits voisins , et tirent des flèches dans les fenêtres de l'église. Un lecteur , monté sur la tribune, chantait Alléluia, quand il reçut un coup de flèche dans la gorge ; le livre lui échappa des mains , et il tomba mort. Plusieurs autres fidèles furent tués à coups de flèches et de dards sur le marchepied de l'autel. Ceux qui ne moururent pas sur le coup furent ensuite tourmentés, et presque tous mis à mort par ordre de Genséric. L'Église fait mémoire de ces martyrs le 5 avril. A Tinuzude et en d'autres lieux, les Ariens, entrant avec fureur dans les églises au moment où l'on donnait au peuple la sainte communion, répandirent sur le pavé le Corps et le Sang de Jésus-Christ , et le foulèrent an* pieds.
Genséric avait ordonné , à la persuasion de ses évéques hérétiques , qu'il n'y eût que des Ariens choisis pour servir dans sa maison et dans celle de ses enfants.