‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 234 sur 378 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

On découvrit un catholique distingué , le comte Armogaste , au service de Théodoric, fils du roi des Vandales. On supplicia ce malheureux à l'aide de cordes de boyaux , avec lesquelles on lui serrait les jambes et le front. Après avoir fait le signe de la croix , il regardait le ciel , et les cordes se rompaient. On employa des cordes plus fortes, et de chanvre 5 mais elles se rompaient aussitôt qu'il invoquait le nom de Jésus-Christ. Pendu par un pied , la tête en bas , on le voyait dormir comme sur un lit de plume. Théodoric, son maître, lut voulait faire couper la tête; mais Jocondus, prêtre arien, l'en détourna , disant : Vous pouvez le faire mourir par divers supplices ; mais si vous lui faites couper la tête , les Romains le reconnaîtront pour martyr. Les Barbares nommaient Romains les anciens habitants des provinces. Théodoric envoya donc Armogaste dans la province Byzacène travailler k creuser la terre. Puis , pour lui faire plus de honte , il le fit venir auprès de Garthage et garder des vaches. Le confesseur, ayant eu révélation que sa mort était proche , dit à un catholique, nommé Félix , intendant du prince : « Mon temps est venu , je vous prie de m'enterrer sous ce chêne , sinon vous en rendrez compte à Dieu. » Félix , qui le regardait comme un apôtre , répondit : « Dieu m'en garde ! Je vous enterrerai dans une église avec l'honneur que vous méritez. » Armogaste insista; et Félix promit, pour ne le pas contrister. Le saint confesseur mourut peu de jours après. Félix commença à creuser au pied de l'arbre , mais la dureté de la terre et les racines l'arrêtaient. Enfin , les ayant coupées , et fouillant plus avant , il trouva un cercueil d'un marbre très-fin, qui semblait avoir été déposé là tout exprès.

Un nommé Archinimus , de la ville de Mascula > fut

attaqué par diverses ruses pour être amené à renoncer à la foi catholique; Genséric lui promettait de le combler de richesses. Enfin, il le condamna à perdre la tête; mais voulant le priver de la gloire du martyre, il donna Tordre secret que si , au moment de l'exécution, il témoignait de la crainte , on le fît mourir 5 s'il demeurait ferme , on l'épargnât. Le confesseur témoigna une constance inébranlable, et on lui laissa la vie.

Satur , intendant de la maison d'Huneric , fils aîné du roi , parlait souvent avec liberté contre l'Àrianisme. Un diacre Arien l'ayant dénoncé , Huneric pressa Satur de se faire Arien, le menaçant, s'il n'obéissait, de lui enlever sa maison, ses biens, ses esclaves, ses enfants, sa femme même , et de la faire épouser , en sa présence, à un gardien de chameaux. Satur résista courageusement ; mais sa femme , à son insu , demanda du temps. Elle vint le trouver en un lieu où il priait i l'écart; elle avait les habits déchirés, les cheveux épars, ses enfants l'accompagnaient, et elle tenait entre ses bras une petite fille qui tétait encore. Elle la jeta aux pieds de son mari , et lui embrassant les genoux, lui dit : a Ayez pitié de vous , de moi , de nos enfants ; ne les réduisez pas à là servitude ; nous sommes d'une race noble 5 ne m'exposez pas moi-même à un mariage infâme de votre vivant. Dieu voit bien que vous ferez ceci par force. » Il lui répondit par les paroles de Job : « Vous parlez comme une femme insensée; si vous m'aimiez, vous ne me pousseriez pas à une seconde mort. Que Ton fasse ce que l'on voudra. Je me souviendrai toujours des paroles du Seigneur : « Quiconque ne quitte pas sa femme , ses enfants , ses terres , sa maison , ne peut être mon disciple. » On le dépouilla de tout, et on le réduisit à la mendicité , avec défense même de sortir.

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