CHAPITRE XV
pentant de l'avoir chassé , envoyèrent à sa recherche; on découvrit sa retraite, et on le retira de la citerne avec une corde. Il se retira ensuite à Thélanisse, bourgade située au pied d'une montagne près d'Antioche. Il y trouva un petit ermitage où il s'enferma pendant trois ans. Là , il voulut imiter le jeûne de Moïse et d'Élie , et passer quarante jours sans manger. L'abbé Bassus était supérieur d'un monastère voisin et avait l'inspection des prêtres de la ëampagne •, Siméon le pria de murer sa porte avec de la terre, sans lui rien laisser dans sa cellule. Bassus lui dit : Se donner la mort n'est pas une vertu, mais le plus grand de tous les crimes. — Siniéon : Mon père , mettez là dix pains et un vase plein d'eau 5 si j'ai besoin de nourriture, j'en prendrai. — Ainsi fut fait. Les quarante jours expirés , Bassus revint , trouva tous les pains entiers , le vase encore plein ' d'eau , et Siméon prosterné , sans voix , sans mouvement , sans respiration. Il demanda une éponge avec laquelle Bassus lui humecta la bouche , et lui donna la sainte Eucharistie. Siméon se sentant fortifié, se leva et prit un peu de nourriture , c'est-à-dire des laitues , de la chicorée et d'autres herbes qu'il mangeait et avalait peu à peu. Bassus, ravi de joie, retourna à son monastère , composé de plus de deu* cents moines, et leur raconta cette merveille. Depuis cette époque , Siméon continua de jeûner ainsi tous les ans pendant quarante jours de suite; et il avait déjà renouvelé vingthuit fois celte longue abstinence, quand Théodoret écrivait sa vie. Le savant évêque de Cyr nous apprend de quelle manière Siméon s'y prenait pour soutenir ce violent combat contre la nature humaine: « Il passait les premiers jours de la quarantaine debout à louer Dieu; les jours suivants, son corps affaibli par le jeûne
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n'ayant plus la force de se tenir en cet état , il demeurait assis et récitait ainsi son office; et les derniers jours, ses forces étant entièrement abattues et se trouvant k demi mort, il était forcé de se tenir couché par terre.»
Après avoir passé trois ans dans cette cellule près de Thélanisse , il monta au haut de la montagne et fit faire une enceinte de murailles sans toiture , dans laquelle il s'enferma, ayant une -chaîne de fer de trente pieds de longueur, attachée par un bout à une grosse pierre et par l'autre à son pied droit, afin que , quand même il eût voulu, il ne pût sortir de cette enceinte. Là, il sta cupait à la méditation des choses célestes. Mélèee , evàque d'Antioche, ayant vu le Saint dans le eoura d'une visite pastorale , lui observa que c'était le lien intérieur de la grâce de Jésus-Christ et d'une volonté libre qui devait le fixer dans la solitude , et non pas la contrainte extérieure d'une chaîne de fer. Aussitôt Siméon fit venir un forgeron qui scia la chaîne.
La réputation du Saint se répandant de tous ootés, on venait à lui non-seulement du voisinage , mais de plusieurs journées de chemin. On lui amenait des para* lyriques; on le priait de guérir diverses maladies, d'obtenir la fécondité aux personnes stériles ; ceux qui voyaient leurs prières exaucées s'en retournaient avec joie , et publiaient les bienfaits de Siméon, ce qui attirait encore un plus grand nombre de personnes. De? habitants de toutes les nations venaient en foule : d# Ismaélites, des Perses, des Arméniens, des Ibériens, des Omérites, des Arabes; on arrivait des exttémi» tés de l'Occident , d'Italie , de Gaule , d'Espagne, de 1» Grande-Bretagne. Sa renommée s'étendait jusque chez les Éthiopiens et les Scythes nomades. A Rome, elle était si grande que les artisans avaient placé de petites