‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 308 sur 378 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

tdra un jour où il n'aura plus de pardon à espérer, ►xi cette parole du prophète : Quel est celui qui, ts le sein de la mort, pourra se souvenir de vous, Sei- *ur? ou qui pourra confesser votre saint nom au milieu V enfer? Que celui qui épouve combien il est difficile se corriger et de réparer ses fautes passées, implore clémence de Dieu plein de miséricorde , et qu'il lui ;mande avec instance son secours pour briser les liens 3 ses mauvaises habitudes : c'est Lui qui soutient ceux ui sont prêts à tomber et qui relève ceux qui sont battus. La confiance de celui qui prie avec foi ne sera loint sans fruits, parce que la bonté de Dieu est si grande qu'il fait la volonté de ceux qui le craignent; et puisque c'est Lui qui inspire de demander, il accordera tout à une prière fervente, par les méritas de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il (1).

Les lettres de saint Léon sont maintenant bien connues de nos lecteurs. J'ai placé sous leurs yeux toutes celles qui ont quelque importance. Us ont admiré cette vigilance active et universelle, ce langage respectueux, libre et ferme , adressé aux empereurs , affectueux pour les évêques fidèles, d'une sévérité tempérée par la charité pour les égarés. Le recueil de ces lettres est le monument le plus précieux qui nous ait été laissé pour écrire l'histoire des grandes affaires de ce glorieux Ponr tificat, et pour faire connaître les sentiments et les opi-

(l) 6* Homélie pour la fête de l'Epiphanie.

nions de saint Léon. Sous le rapport littéraire, elles se ressentent moins des défauts que j'ai signalés dans les homélies. La chronologie de ces lettres n'a pu être établie d'une manière certaine. Plusieurs d'entre elles portent une date évidemment fausse et qui a été rectifiée par les éditeurs. Toutefois, même après les recherches savantes et la critique éclairée des Ballerini, il resterait encore beaucoup à faire pour placer ces lettres dans un ordre chronologique convenable. Quant à la question de leur authenticité , aucun doute ne peut exister pour les plus importantes, pour celles qui traitent les questions dogmatiques. La même certitude ne s'applique pas aux lettres qui touchent à des sujets moins graves. Il est facile de croire que plusieurs n'ont été rédigées que sous la direction et sur l'ordre du Pape, d'autant plus que c'était un usage pratiqué par les évêques et les patriarches. On peut citer quelques exemples. C'est ainsi qu'à la fin de la lettre écrite au Pape par Proterius, patriarche d'Alexandrie, sur la célébration de la fête de Pâques , on lit ces mots : Et aliâ manu : Valere te et nostri meminisse precor, Domine, dilectissime et desideratissime f rater. C'est là, évidemment , le salut que Proterius lui-même ajoutait à la lettre écrite par un autre. Le même fait se remarque dans les lettres des empereurs , qui se terminent souvent par une phrase écrite : divinâ manu ou alid manu, Marcien ajoute de sa propre main, au bas d'une lettre adressée à Léon : Dwinitas te sen'etper multos annos , sancte ac religiosissime pater (1). Cette addition n'est pas sans exemple dans les lettres de saint Léon lui-même, comme dans celle à Théodoret, où on lit : Et aliâ manu : Deus

(l) Qucsn., I. 11, p. 395.

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ta incolumen custodiat, f rater carissime (1). On a vu que souvent un certain nombre de lettres sont adressées h plusieurs personnes sur le même sujet, et portent toutes la date du même jour. Or, il est impossible que le Pape les ait toutes écrites lui-même.

Aux sermons et aux lettres, les éditeurs des œuvres de saint Léon ont ajouté d'autres opuscules, dont l'authenticité a été fortement contestée. Dans ce nombre, il faut compter d'abord le traité intitulé ; De Vocatione omnium gentium, libri duo. Il se rapporte évidemment aux disputes sur le péîagianisme, et quoique l'on ne fut pas certain qu'il était l'ouvrage de saint Léon, cet opuscule n'en a pas moins joui d'une haute estime , même parmi les écrivains non catholiques (2). Nous ne possédons aucun renseignement positif sur le nom de son auteur. Les manuscrits l'attribuent tantôt à saint Arabroise, et c'est ce qui a engagé Erasme à faire entrer ce traité dans le second volume des œuvres de ce Père ; tantôt à saint Prosper d'Aquitaine. Quesnel , dans une dissertation très-longue et très-savante, cherche à établir qu'il est impossible que saint Prosper d'Aquitaine et saint Ambroise soient les auteurs de cet ouvrage, mais qu'il a été composé par saint Léon , à l'époque où il n'était encore que diacre , dans le but de convaincre son ami Cassiodore de la fausseté du semi-pélagianisme. Celte opinion, qui est aussi celle de Feller, semble confirmée par la ressemblance, impossible à nier, du style de ces deux livres avec celui des écrits authentiques de saint Léon. Les Ballerini ont essayé de démontrer, mais sans donner des raisons bien convaincantes, que cet

(1) VoyeE tome I, page 430, où j'ai publié celle lettre.

(2) Tel» que: Érasme, Luther, Bnllinger, Voss, Grotius.

opuscule était l'œuvre d'un autre Prosper, qui ne serait pas celui d'Aquitaine. Quoi qu'il en soit, cet écrit n'en est pas moins un document important et plein d'intérêt pour l'histoire du dogme au cinquième siècle.

Quesnel s'est encore efforcé de prouver que saint Léon était l'auteur d'un autre opuscule, savoir : la lettre k la jeune Démétriade : Epistola ad S. virginem Dernetriadem, seu de humilitate tractatus, qui a été aussi attribuée à Prosper d'Aquitaine. Les Ballerini ont également contesté l'authenticité de cette lettre , dont le style cependant est celui de saint Léon, style, dit Feller, poli, coulant, nombreux, plein de dignité et de force, d'une latinité pure et riche.

La première édition des sermons et des opuscules de saint Léon a été publiée à Rome en 1470, in-folio. Mais un travail beaucoup plus complet fut donné en 1675, par le P. Quesnel \ cette édition parut à Paris, en 2 vol. in-4% et fut condamnée l'année suivante par l'Inquisition de Rome. Cette condamnation a été justifiée par les critiques de Baluze , d' Anthelmi , de Jean Salinas , de Cous tant, des Ballerini , du P. Gacciari, qui ont convaincu Quesnel d'avoir pratiqué des infidélités et des altérations considérables dans le texte de saint Léon , afin de diminuer la force des preuves que le langage de ce grand Pape apportait à la doctrine de la primauté du Saint- Siège. En 1 700, Quesnel publia à Lyon une seconde édition, avec quelques changements peu importants* Ce recueil contient quatre-vingt-seize sermons et cent quarante-et-une lettres. Dans le tome second, on lit une collection de canons faussement intitulée par Quesnel: Ancien Code des Canons de l 'Église romaine, « Cette compilation, dit Godescard, n'est autre chose qu'un recueil de canons de différents siècles et de différents

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