‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 367 sur 378 · T. II. ZO · texte numérisé non relu

T. II. ZO

afin que ce feu, que notre Seigneur est venu allumer sur la tore, excité par le mouvement d'une méditation fréquente, produise une chaleur capable d'embraser tous les cœurs , et des flammes capables d'éclairer tous les esprits. Car l'hérésie d'Eutychès s'est efforcée de répandre une nuit épaisse dans les provinces de l'Orient; elle a pris à tâche d'abuser de l'inexpérience des personnes ignorantes, pour détourner leurs regards de cette lumière qui , suivant le langage de l'Évangile, luit dans les ténèbres, et que les ténèbres n'ont point comprise (1). Quoique cette hérésie ait été réduite à rentrer dans l'ombre, et à s'ensevelir dans son propre aveuglement, elle parait maintenant se relever de ses ruines : foudroyée dans son auteur, elle trouve des disciples disposés à lui ladre reprendre de nouvelles forces.

En effet, la foi catholique, qui est une et véritable, sans qu'on puisse y rien ajouter, ni en rien retrancher, a été attaquée, à des intervalles de temps assez rapprochés, par des ennemis différents: en premier lieu, par Nestorios, et, plus tard, par Eutycbès. Ces ©ovateurs ont tenté d'introduire dans l'Église de Dieu deux hérésies contraires entre elles : ils ont mérité ainsi l'un et l'autre d'être condamnés par ceux qui rendent hommage à la vérité ; car on n'a pu voir dans les impostures opposées de ces deux hérésiarques qu'un tissu d'extravagances et qu'une profanation détestable des choses saintes. Anathème donc à Nestorius , qui a cru que ls bienheureuse vierge Marie n'était la mère que d'un homme et non pas d'un Dieu , formant ainsi deux personnes , Tune de l'humanité, l'autre de la divinité, et n'admettant pas un seul Christ dans l'union du Verbe de Dieu avec la chair, mais établissant ditinctement et séparément deux Christs , l'un Fils de Dieu et l'autre Fils de l'homme; et cependant, sans porter atteinte à l'essence immuable du Verbe, qui a précédé tous les temps et qui est coéternel avec le Père et le Saint-Esprit , le Verbe a été fttit chair dans les entrailles virginales de sa mère , d'une façon si merveilleuse, qu'en coopérant à l'accomplissement de ce mystère ineffable, par une seule conception et par un seul enfantement, la même Vierge, après l'union des deux natures, s'est trouvée à la fois la servante et la mère du Seigneur, vérité qu'Elisabeth avait comprise émerveille, comme l'atteste l'évangéliste saint Luc, lorsqu'elle dit à a

(1) Joao., i, 6.

APPENDICE. fôf

cousine : Dok me vient ee bonheur que la mère 4e mon Seigneur daigne me visiter (1). Anathème aussi à Eutychès, qui, se vautrant dans la fange des impiétés et des erreurs des anciens héré* tiques , . a renouvelé le troisième dogme d'Apollinaire : en sorte que, niant la réalité de la nature humaine pour le corps et pour l'âme* il a souiehtbquô k personne de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ se comprend tout' entière <fu une seule nçttcnra, comme si la divinité dû Verbe s'était transformée elle-même en un corps et en une àme, «t comme si , d'ailleurs, être conçue tmfcirô , sucer le lait Htotemel, croître, être crucifié , mourir, éteer enseveli, resêsMCitay monter au ciel et s'asseoir à la droite de son Père', d'où il Viendra, un jour, juger les vivants et les morts, comme si, dis-je, tdtis ces actes avaient appartenu seulement à l'essence divine de Jésus- Ghrist, qui n'admet néanmoins en soi aucune de ces actions sans une chair réellement subsistante! En effet, la nature du Filsuniquédé Dieu est la nature du Père et la nature du Saint-Esprit; et l'unité indivisible et l'égalité consubstaritielle de l'éternelle Trinité est pareillement impassible et pareillement incapable de changement dans chacune des trois personnes qui la composent. D'où il suit que, si les partisans d'Eutychès abandonnent le système détestable d'Apollinaire, pour ne pas être convaincus de rendre la Divinité passible et sujette à la mort , et s'ils s'obstinent néanmoins à n'attribuer qu'une seule nature au Verbe incarné , c'est-àdire au Verbe uni avec là chair, ils tombent incontestablement dans la Me opinion de Valentin et de Mânes , en croyant que Jésus-Christ, homme et médiateur entre Dieu et les hommes , au«* rait agi en toute occasion d'une manière feinte et simulée , san* être revêtu, dans le fait, d'aucun corps humain, mais laissant voif seulement aux yeux des spectateurs la simple apparence d'un corps tout à fait imaginaire.

. Gomme la foi catholique a, depuis longtemps, en horreur ces mensonges de l'impiété , et que ces dogmes sacrilèges ont déjà été çond^inn& anciennement dans tout l'univers par les décisions uni* fon&es des saints Père$ , il n'est pas douteux que nous annonçons est que nous soutenons? la foi que le saint concile de Nicée a confirmée en ces termes :

Nous croyons en un seul Dieu; le Père tout-puissant , qui a

(I) Luc, 1,43.

fait les choses visibles et invisibles; et en un seul Jém-Chrnt, Notre-Seigneur, Fils unique de Dieu, né du Père, c'est-à-dire de la substance du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, mi Dieu de vrai Dieu, qui na pas été fait, mais engendré, d'une seule et même substance avec le Père (ce que les Grecs expriment par le mot de consubstantiel) ; par qui tout a été fait, soit ce gui est dans le ciel, soit ce qui est sur la terre; qui est descendu des deux pour nous autres hommes et pour notre salut; qui s'est incarné, s'est fait homme, a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté au ciel, et qui viendra de nouveau pour juger les vivants et les morts. Nous croyons, en outre, au Saint-Esprit, etc.

Cette profession de foi renferme bien évidemment ce que nous confessons et croyons nous-mêmes , touchant l'Incarnation du Seigneur, qui, pour rétablir le salut du genre humain, s'est revêtu réellement de la chair de notre faiblesse , qu'il n'a pas apportée avec lui du ciel , mais qu'il a prise dans le sein de la Vierge, sa mère.

Qne tous ceux donc qui sont assez aveugles et assez éloignés de la vérité pour refuser au Verbe de Dieu , depuis le temps de l'Incarnation, la réalité de la nature humaine , que ceux-là, dis-je . montrent à quel titre ils prétendent usurper le nom de chrétien, et comment ils s'y prennent pour se mettre d'accord avec l'Évangile de vérité , si l'enfantement de la bienheureuse Vierge n'a mis au monde que la chair sans la Divinité ou la Divinité sans la chair. Car, de même qu'on ne peut pas nier, suivant le témoignage de révangéliste, que le Verbe a été fait chair et qu'il a Iwbiti parmi nous (I) , il est pareillement incontestable, suivant les paroles de l'apôtre saint Paul , que Dieu était en Jésus-Christ, « réconciliant le monde (2). Or, quelle réconciliation pourrait-il y avoir capable de rendre Dieu propice au genre humain, si un médiateur établi entre Dieu et les hommes ne prenait en main la cause de ces derniers? Et par quel moyen ce médiateur remplirait-il réellement son office , si Celui qui , dans la forme de Dieu, est égal à son Père , n'était pas aussi participant de notre condition dans la forme d'esclave : afin que le lien de la mort, contracté par la prévarication d'un seul coupable, fût brisé, par la mort d'un

(1) Joan., i, 14.

(2) 11 Corioth,, v, 19.

seul libérateur, qui seul n'a jamais été redevable de rien envers la mort? En effet, l'effusion du sang de Jésus-Christ pour les pécheurs leur a procuré une rançon si riche que, si tous les captifs croyaient à leur Rédempteur, les chaînes du tyran infernal ne pourraient en retenir aucun : parce que , comme le dit l'apôtre, où il y a en nous abondance dépêché, Dieu a répandu une surabondance de grâce (1). Ceux qui sont nés sous le joug du péché, ayant reçu le pouvoir de renaître à la justice, le don de la liberté est devenu plus efficace que la dette de l'esclavage.

Quelle espérance se réservent donc à eux-mêmes dans le secours de ce mystère, ceux qui refusent à notre Sauveur un corps humain réellement subsistant? Qu'ils disent par quel sacrifice ils sont réconciliés , au prix de quel sang ils sont rachetés? Quel est Celui* selon les paroles de l'apôtre, qui s'est livré lui-même pour nous, en s'offrant à Dieu comme une oblation et une victime d'agréable odeur (2)? Quel sacrifice fut jamais plus saint que celui que le Pontife véritable et éternel a présenté sur l'autel de la croix, par l'immolation de sa propre chair? Car, bien que la mort de beaucoup de saints ait été précieuse devant le Seigneur, il n'y a jamais eu néanmoins aucun innocent dont le meurtre soit devenu la rédemption du monde. Les justes ont reçu des couronnes, ils n'en ont point donné; la constance des fidèles a fait naître des exemples de patience, mais non pas des dons de justice. La mort de chacun d'eux n'a eu que des fruits particuliers, et nul d'entre eux, en terminant sa carrière , n'a payé la dette d'un autre. Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui était vraiment l'Agneau sans tache, est le seul, parmi les enfants des hommes , en qui tous ont été crucifiés, en qui tous sont morts , en qui tous ont été. ensevelis, en qui tous enfin sont ressuscites. Il disait lui-même à ce sujet : Quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tout à moi (3). Car la fbi véritable, qui justifie les impies et qui produit les justes , se rapportant à un Dieu qui participe à notre nature , acquiert le salut dans Celui en qui seul l'homme se trouve innocent , ayant, par la grâce de Dieu, la liberté de se glorifier par la puissance de Celui qui, après avoir combattu contre l'ennemi du genre humain dans

(1) Rom., v, 20.

(2) Eph.,Y,2.

(3) Joan., 111,32.

la bassesse de notre chair, a donné libéralement la vicfeânàcem dans le corps desquels il a triomphé.

Ainsi, bien qu'en un seul Jésus~Chri6t, Notre-Seigaeitt, vrai Fils de Dieu et de l'homme, il n'y ait qu'une seule personne eu Verbe et de la chair, dont les actions sont inséparablement et indivisihlement communes, on doit néanmoins bien comprendre les qualités des œuvres elles-mêmes , afin de démêler, par la contemplation d'une foi sincère, celles auxquelles s'élève la bassesse de k chair, et celles auxquelles s'abaisse la grandeur de la Divinité; en un met, ce que la chair ne fait pas sans la Verbe et ce que le Verbe ne fait pas mm la chair- Sans la puissance^* Verbe, en effet, une vierge ne pourrait ni concevoir, ni enfanter; et, sam la réalité de la chair, Jésus-Christ, nouvellement né, ne serait pas étendu dans la crèche, emmaillotté dans des langes. Sans la puissance du Verbe, les Mages ^adoreraient pas un enfent indiqué par une étoile fui l'annonce; et, sans la réalité de la chair, ou n'ordonnerait pas que Veillant fût transporté en Egypte, pour le soustraire à la persécution d'Hérode. Sans la puissance du Verbe, la voix du Père, se faisant entendre du haut du ciel, ne dirait pas: Celui-ci est mm Fils iien-eimé en qui j'ai mis faute «un affeciion (1) ; et, sans la réalité de la chair, saint Jean-Baptiste se rendrait pas ce témoignage : Voici l'Agmau de Dieu > vmi celui fui e/face le» péchés du mmdt (2). Sans la puissance du Verbe, les malades ne recouvreraient pas la santé, les morts ne reriendraieni pas à la vie; et, sans la réalité de la chair, Jésus-Christ n'aurait pas besoin de nourriture pour apaiser sa faim, ni de sommeil pour se repeser de ses fatigues. Enfin , sans la puissance du Verbe, Notre-Seigneur ne se déclarerait pas égal à son Père; et, sans la réalité de la chair, il ne dirait pas que son Pèreesk çhift grand que lui : car la foi catholique reçoit et soutient ces deux vérités, croyant en un seul Christ, Fils du Dieu vivant, Verbe et homme tout à la fois, selon la confesaion de l'aptoe saint Pierre. Dès lors, quoique partir de ce moment où h Vtrk a été fait dm» ^3) dans le sein dur» Vierge, il n'y ait jamais euh méandre séparation entre te deux natures, et que, durant les ac-

(1) Maih.,m, 17.

(2) Joan., i , 29.

{%) Joan., î, 14.

erasMtnents corporels, les actions aient été constamment celles d'une personne unique, nous ne confondons pourtant, par aucun mélange, ces choses mêmes qui ont été faites d'une manière indivisible; mais nous discernons , par la qualité des œuvres, ee qui appartient à chaque nature. Car les actions divines ne préjudirient pas aux actions humaines , et les actions humaines ne préjudicient pas, à leur tour, aux divines : les unes et les autres concourant au mime but, de telle sorte que leur propriété subsiste sans que la personne soit doublée.

Que ces hypocrites qui , dans leur aveuglement, ne veulent pas recevoir la lumière de la vérité, nous disent donc sous quelle {ferme Jésus-Christ, le Seigneur de Majesté, a été attaché au bois de la Croix? Quel est le corps qui est demeuré dans le sépulcre et qui est ressuscité le troisième jour, après que la pierre du monument eut été renVersée? De quelle chair Jésus-Christ était revêtu, kMSgu'après sa résurrection, il reprenait quelques-uns d'entre ses disciples de leur incrédulité, et dissipait la matière de leurs doutes en leur disant à tous : Touchez, et emmdérez qu'un esprit n'a ni ehair, nioo, comme vou* voyez que j'en ai (i); puis, à l'apôtre saint Thomas en particulier : Mettez noire main dan* mon cété; examinez me*, mains et mes pieds, et ne soyez ptuz incrédule f mats fidèle (i)? En montrant ainsi les différentes parties de son corps, il détruisait d'avance les mensonges des hérétiques, afin que l'Église universelle, qui devait être pénétrée des doctrines de Jésus- Christ, n'hésitât pas un seul instant à croire, comme un article de foi obligatoire pour tous ses membres, ce que les apôtres avaient été chargés de prêcher partout. Mais si l'endurcissement da l'hérésie n'abandonne pas ses ténèbres quand la vérité répand un si grand jour, que les novateurs nous montrent d'où ils se promettent l'espérance de la vie éternelle, à laquelle on ne peut arriver que par Jésus-Christ, homme, et médiateur entre Dieu et les hommes ; car, suivant le langage de l'apôtre saint Pierre : Nul autre nom, $om le ciel, n'a été donné aux hommes, par lefuel nom devions êtresamés (3). Et il n'y a pas de rachat pour la captivité humaine , si ce n'est 4a»s la sang de Celui qui s est iwré

(1) Luc, ah., xxxix.

(2) Joan., xx, 27.

(3) Act., iv, 12.

lui-même pour la rédemption de tous (1). Ce divin Sauveur, comme le déclare l'apôtre saint Paul, ayant la forme et la nature de Dieu, n'a point cru que ce fût pour lui une usurpation d'être égal à Dieu; mais il s'est anéanti lui-même, en prenant la forme et la nature de serviteur, en se rendant semblable aux hommes st étant reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui au dehors. Il s'est rabaissé lui-même, se rendant obéissant jusque la mort, et jusqu'à la mort de la eroix. C'est pourquoi Dieu l'a élevé par-dessus toutes choses, et lui a donné un nom qui est audessus de tout nom : afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que Notre-Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu, son Père (2).

Encore donc qu'il n'y ait qu'un seul Seigneur Jésus-Christ, et qu'il n'y ait en lui qu'une seule et même personne , formée d'une vraie Divinité et d'une vraie humanité; cependant, quand il s'agit de la glorification par laquelle Dieu l'a élevé, comme le dit le docteur des nations, en lui donnant un nom qui est au-dessus de tout autre nom , nous entendons que cette exaltation se rapporte à la forme qui avait besoin d'être enrichie d'un si grand accroissement de gloire; car, dans la forme de Dieu, le Fils était égal au Père : il n'y avait entre le Père et le Fils unique aucune division dans l'essence , aucune différence dans la majesté ; le mystère de l'Incarnation n'avait rien fait perdre au Verbe, qui dût lui être rendu par un don du Père. Mais la forme d'esclave, au moyen de laquelle la Divinité impassible est parvenue à accomplir le grand ouvrage de sa charité infinie , n'est autre chose que l'abaissement humain , qui a été élevé jusqu'à la gloire de la puissance divine, la Divinité et l'humanité ayant été jointes ensemble, dès le moment même de la conception de la Vierge , dans une union si parfaite, que les actions divines ne pouvaient se faire sans le concours de l'homme , et les actions humaines sans le concours du Dieu. C'est pour cela que de même qu'on dit que le Seigneur de Majesté a été crucifié , on dit aussi que Celui qui , de toute éternité, est égal è Dieu , a été exalté , parce que , moyennant l'unité de personne, le même rédempteur est inséparablement Fils de l'homme tout en-

(1) I. Timoth., ii, 6.

(3) Philipp., h , 6.

tier, à cause de sa chair, et tout entier Fils de Dieu, à cause de sa Divinité, qui est une avec celle du Père. Ainsi , tout ce que Jésus- Christ a reçu dans le temps, il Ta reçu en tant qu'homme : ce n'est qu'en cette qualité qu'on a pu lui donner ce qu'il n'avait pas ; car, selon la puissance de la Divinité, tout ce que le Père possède , le Fils le possède aussi sans la moindre différence ; et ce que Jésus-Christ a reçu de son Père dans la forme d'esclave , il se Test donné aussi à lui-même dans la forme de Dieu. Car, selon la forme de Dieu, son Père et lui ne sont qu'une même chose; tandis que, selon la forme d'esclave, il n'est pas venu faire sa volonté, mais la volonté de Celui qui Va envoyé (1). Selon la forme de Dieu , comme le Père a la vie en lui-même, il a aussi donné au Fils d'avoir la vie en lui-même (2). Selon la forme d"esclave, son âme est triste jusqu'à la mort (3). Il est tout à la fois riche et pauvre, comme l'enseigne l'apôtre» Riche, parce que, suivant le témoignage de l'évangéliste , au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était, dès le commencement, en Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien na été fait sans lui (4). Pauvre t parce que le Verbe a été fait chair (5) , à cause de nous, et qu'il a habité parmi nous (6). Mais, qu'est-ce que son anéantissement, qu'est-ce sa pauvreté, si ce n'est l'adoption de la forme d'esclave , qui , servant de voile à la majesté du Verbe, a permis d'accomplir l'économie de la Rédemption du genre humain?

Car, comme les liens originels de notre captivité ne pouvaient être brisés sans qu'il existât un homme de notre espèce et de notre nature, qui ne fût point assujetti au joug du péché et qui fût en état d'effacer la cédule de mort par l'effusion de son sang immaculé ; il est arrivé dans la plénitude du temps , qui avait été déterminé d'avance , ce qui avait été préordonné dès le commencement dans les conseils du Très-Haut: c'est-à-dire que la promesse, annoncée en tant de manières , dut recevoir enfin son exécution, attendue depuis tant de siècles, et il ne fut plus possible de douter de ce

(1) Joao.» x, 30.

(2) Joan., v, 30*

(3) Joan.» 26.

(4) Math., xxvi, 38.

(5) Joan.,1, 1.

(6) Jotn., 14.

qui avait tau j<w$ été prédit par des avertissements coûtmvtek. .Mais l'impiété des. hérétiques fait paraître l'abus le plus sacrilège des- choses samtes, lorsque , sous prétexte d'honorer la Divinité, ils nient la r&Uté de la nature humaine dans la personne de Notre- Seignem»;Jégi*-Ghrèst, et qu'ils s'imaginent professer une croyance fiâstfasme à la religion , en affirmant que ce qui sauve dans h personne de notre Sauveur n'a point d'existence réelle, tandis que, suivant la promesse qui a traversé tous les siècles, le monde a été réconciliée [tau en Jésus-Christ, de telle sorte qu'aucune chair n'eût pu être sauvée, si le Verbe n'avait lui-même daigné se revêtir d'une chair. En effet, tout le mystère de la foi chrétienne se trouve obscurci par les ombres les plus fâcheuses, si l'en admet (comme le prétendent les hérétiques) que la lumière de la vérité s'est cachée sous l'imposture d'un simple fantôme. Qu'aucun chrétien ne croie doua avoir k rougir de la réalité d'un eorç* semUakle au nfttre dans la personne de Jésus-Christ; car ka afètm, tain .disciple», et le* plus illustres docteurs de l'Église, qui ont mérité d'ohtenir la couronne du martyre ou d'acquérir la gloire futé généreuse confession, ont tous puisé dans la pureté de cette foi l'éclat dent ils ont brillé, proclamant partout, d'une voix unanime» qu'il faut reconnaître en Nôtre-Seigneur Jésus^Christ une seule personne formée de la chair et de la Divinité. Quels raisonnements fondés sur la parité ou la similitude , quels passades empruntés aux livres divins , l'impiété des hérétiques peut-elle invoquer à son secours, pour nier la réalité du corps*de Jésus- Çhrist : puisque la loi n'a pas cessé d'attester cette réalité, les prophètes de l'annoncer, l'Évangile de renseigner, Jésus-Cbrât lui-môme enfin de la découvrir avec la dernière évidence! Qu'ils parcourait toute la suite des Écritures, dans la vue d'échapper à leurs ténèbres, au lieu d'y chercher des ressources pour obscurcir la véritable lumière, et ils y trouveront la vérité jetant dans tous les siècles une clarté si vive qu'ils s'apercevront sans peine que ce grand et merveilleux mystèôe, qui s'est accompli à b fin, a été cru dès le commencement. Comme aucune partie des Saintes Lettres ne garde le silence sur ce point, c'est assez pour nous d'avoir consigné ici quelques vestiges de la vérité parfaitement d'accord entre eux; ils suffiront pour conduire l'examen attentif d'une foi diligente jusqu'à la plus abondante lumière, et pour faire comprendre aux fidèles; par une perception solide de l'intelligente,

que les chrétiens n'ont point à rougir du Fils de Dieu, qui se déclare continuellement Fils de l'homme et homme lui-même ; mais qu'ils doivent, au contraire, se glorifier hautement, et avec une fermeté inébranlable , de cette communauté de nature entre Jésus- Christ et eux , qui leur est à la foi si honorable et si avantageuse.

Mais , pour que votre Majesté sache que notre doctrine s'accorde avec celle des saints Pères, nous avons jugé à propos de transcrire, à la suite de cette lettre, quelques passages, en petit nombre, extraits de leurs écrits. Si vous daignez les examiner avec attention, vous vous convaincrez que nous ne soutenons pas autre chose que ce que ces vénérables docteurs ont consigné dans tout l'univers; et que personne ne diffère d'opinion avec eux, à l'exception seulement des hérétiques qui ont abjuré tout sentiment de piété. Ainsi, très-glorieux et vénérable Empereur, en lisant ces détails que nous avons tâché de rendre aussi brefs qu'il nous a été possible, vous reconnaîtrez que la croyance que nous annonçons est en harmonie avec la foi qui vous a été inspirée d'en haut d'une manière surnaturelle, et que nous ne nous écartons en rien de la doctrine de l'Évangile et des apôtres ou du symbole de la foi orthodoxe ; car, comme le déclare le bienheureux apôtre, c'est quelque chose de grand que ce mystère d'amour, qui s'est fait voir dans la chair, a été justifié par l'esprit, a été manifesté aux anges, prêché aux nations, cru dans le monde, reçu dans la gloire (1). Que pourriez-vous faire de plus utile à votre salut et de plus digne de votre puissance, que de pourvoir, par vos ordonnances, à la tranquillité des églises du Seigneur, et de protéger les dons célestes chez toutes les personnes qui sont assujetties à votre autorité? Empêchez que les ministres du démon n'assouvissent l'envie de cet esprit de malice, en consommant la perte des âmes. Ne souffrez pas qu'ils en ravissent aucune, afin qu'après avoir été élevé, dans le siècle présent, sur un trône périssable, vous méritiez de régner éternellement avec Jésus-Christ.

Donné le treizième jour avant les Calendes de septembre , sous le consulat des empereurs Léon et Majorien.

(1) I. Timoih., m, 16.

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