‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 366 sur 378 · CHANTAI XX · texte numérisé non relu

CHANTAI XX

faits de la société chrétienne, fondée au prix de tant de labeurs et de sacrifices , de tant de génie et de vertus, nous calomnions ou nous méconnaissons la mission de l'Église. Mais les peuples du cinquième siècle, au milieu des effroyables souffrances qui les accablaient, admiraient et vénéraient les efforts héroïques des évéques, des moines, des femmes chrétiennes , pour arrêter ce débordement de misères , et assurer à cette pauvre humanité le repos et le pain quotidien, que lui disputaient et ses maîtres du dedans et ses maîtres du dehors. Ces sentiments de reconnaissance, saint Sidoine Apollinaire s'en faisait l'organe , au nom de tous ses contemporains, dans une lettre où il célèbre les services rendus par l'évêque Patiens. Cette lettre sera , en terminant notre récit, le résumé, et de la situation sociale que j'ai essayé de peindre, et de l'action de l'Église dans le siècle de saint Léon-le-Grand :

« D'autres peuvent croire qu'ils vivent utilement en « vivant pour eux ; mais , suivant moi , l'homme qui « vit utilement est celui qui vit pour son prochain et * qui , sensible aux malheurs et aux besoins des fidèles, a exerce déjà sur la terre les œuvres du ciel. A quoi « tend cette observation? direz-vous. C'est à vous sura tout , mon père , que j'adresse mon discours , à vous « qui ne vous contentez pas de secourir les misères que « vous avez sous les yeux , mais dont la charité s'é- « tend jusqu'aux dernières limites de la Gaule, et con- « sidère bien plus la situation des malheureux que leur « personne. La pauvreté et la faiblesse n'ont jamais rien m perdu à se présenter à vous , et votre main généreuse « va au devant de ceux que leurs pieds ne peuvent « porter jusqu'à votre personne. Votre sollicitude se

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« dirige même vers les provinces étrangères et consolent

* les affligés placés à une grande distance -, et , non « moins touché du timide silence des absents que des « prières des présents , tous avez souvent séché les « larmes de ceux dont les yeux n'avaient point frappé m les vôtres. Je ne parle pas de ce que vous donnez tous

* les jours pour soulager vos pauvres concitoyens , en « veilles, en prières et en argent. Je ne rappelle pas que « vous êtes d'une humeur toujours si égale , si hospita- « Hère à la fois et si sobre, que le roi a fait l'éloge de « votre table , et la reine a admiré l'austérité de vos « jeunes. Je me tais encore sur la sollicitude avec la- « quelle vous avez embelli l'église qui vous était confiée, « au point que celui qui la regarde ne sait si ce sont des « ornements nouveaux ou si vous n'avez fait que restau- « rer les anciens. Je ne compte pas les églises dont vous « avez posé les fondements , ni celles dont vous avez «• augmenté la beauté. Par vos travaux , les fidèles sont ce raffermis et leur mérite s'accroît dans la même proo portion que celui des hérétiques diminue. Vous en- « veloppez l'esprit égaré des ariens dans les filets de a votre éloquence , et les Barbares obéissants, dès que a votre parole les a convaincus , ne vous quittent point « avant que, heureux pêcheur d'âmes, vous ne les ayez a tirés du profond abîme de Terreur. Quelques-uns de « ces mérites vous sont peut-être communs avec vos « collègues -, mais , ce qui vous appartient en propre, « comme disent les jurisconsultes, en droit personnel «c et exclusif (et vous ne nierez point ce fait, malgré « votre modestie), c'est que, à l'époque de la dévastation « exécutée par les Goths , lorsque les semailles furent « détruites par le feu , vous avez secouru à vos frais les a habitants affamés de la Gaule par des distributions

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« gratuites de grains. Vous auriez rendu un fort grand « service au peuple en lui vendant ces grains ; combien * plus en les lui donnant pour rien! Nous avons vu toutes « les routes encombrées par les provisions que vous ce avez expédiées. Nous avons rencontré , sur les rives « de la-Saône et du Rhône , plus d'un grenier que vous « seul aviez rempli. Les inventions des fables de l'anti- « quité sont moins extraordinaires que vos œuvres. Ce « Triptolème qui , pour avoir découvert l'art de l'agri-. a culture , a été mis au rang des dieux , à qui la Grèce k a consacré des temples , des statues et des tableaux 9 « apporta, dit-on, chez les peuples sauvages de Dodone, « sur deux navires auxquels les poëtes donnèrent plus « tard la forme de dragons , la semence inconnue du a blé. Vous avez , sans parler de votre générosité qui « s'étendit jusque sur la mer, procuré aux habitants des « plages tyrrhéniennes , non pas deux chargements de « blé , mais vous avez rempli deux rivières de vos vais- « seaux. Mais si, dans votre piété, vous n'aimez pas les « comparaisons qui rappellent le souvenir des supersti- « dons d'Eleusis , je comparerai votre sollicitude à celle « du patriarche Joseph. "Si je ne sais pas au juste quelle a est la reconnaissance que vous doivent les habitants « d'Arles, de Riez, d'Avignon, d'Orange, d'Alby, de « Valence et de Saint-Paul-Trois-Châteaux, je vous prie « du moins d'agréer les sincères remercîments que je « vous offre au nom des Auvergnats , qui n'avaient au- « cun droit à vos secours, ni comme faisant partie de la « Provence , ni par leur proximité de votre siège, ni par « la facilité de transport que présentait le cours des € fleuves, ni par le prix qu'ils offraient pour vos grains. « C'est pourquoi ils me chargent de vous rendre les plus « grandes grâces pour le pain que vous avez bien voulu

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« leur envoyer dans leurs nécessités. Sachet que, par la « même raison, votre renommée retentit dans toute « l'Aquitaine; vous êtes béni, aimé; on désire vous « voir , on vous honore ; tous les coeurs , toutes les « prières sont pour vous. Dans ce temps de détresse, « vous vous montrez bon évêque et bon père ; vous te- « nez lieu d'une bonne récolte , et l'on éprouve de la « satisfaction d'avoir eu à supporter une famine, puisce qu'elle a servi à faire connaître la grandeur de votre « compatissante charité (1). »

(1) Sidoiot, Ep. vu, 19. — Artadt, p. 46$ à 47t.

APEENDICE.

Cette lettre , la cent trente-quatrième de l'édition de Quesnel , est la grande instruction sur la foi , qui fut remise à l'empereur Léon par les légats de saint Léon. Elle est, dans un grand nombre de passages, la reproduction de la lettre aux moines de Palestine (voyez Appendice du tome I ) , mais avec des variantes qui me décident à publier en entier ce document, à cause de l'importance des questions traitées par le Pape. (Voyez tome II, page 246.)

Léon, évèque, à Léon, empereur.

Je vous ai promis, je m'en souviens, vénérable Empereur, de vous adresser des détails plus étendus touchant l'affaire de la foi, à laquelle je sais que votre majesté s'intéresse avec une pieuse sollicitude : je profite maintenant d'une occasion sûre pour m' acquitter de cet engagement, avec l'aide de Notre-Seigneur, afin que le saint zèle dont vous êtes animé ne manque, autant qu il m'est permis d'en juger, d'aucune des instructions qui peuvent lui être utiles. Car, bien que votre majesté, je ne l'ignore pas, n'ait nullement besoin des enseignements des homme?, et qu'elle ait reçu avec abondance de l'Esprit-Saint lui-même la doctrine la plus pure* il est pourtant de mon devoir, et de vous développer ce que vous comprenez à merveille , et de vous prêcher ce que vous croyez déjà:

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