‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 47 sur 378 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

qui lui était confié, mais encore de l'instruire de sa propre bouche, comme nous l'avons vu par les premières bornélies que nous avons citées. Il aurait même été le premier de tous les papes qui eût pris cette tâche sur lui, si Ton s'en rapporte à Sozomène, lorsqu'il écrit : Dans la même ville (à Rome), ni Févéque ni aucun autre clerc n'enseigna k peuple dans l'Église. Mais nous ne pouvons pas aisément nous en tenir à l'opinion de Sozomène sur ce fait. Nous pensons que l'usage de la prédication était suivi avant Léon par les souverains pontifes \ notre opinion se fonde sur la lecture du quatre-vingt-deuxième sermon de Léon, prononcé le jour de la fête des sept frères Machabées, où, faisant l'éloge de Sixte III, son prédécesseur, il s exprime dans des termes qui donnent à entendre que les Labitants de Rome avaient été publiquement instruits par Sixte , durant son pontificat : « Architecte magnifique, dit-il , dans la construction des bâtiments, mais architecte plus magnifique encore dans Tédification des âmes , étendant les œuvres de sa piété au delà des limites de son siècle : afin que la postérité pût jouir (ila fois des fruits de ses établissements et de ses instructions, en bdtisant les édifices qu'il a fondés, et en pratiquant les enseignements qu'il a donnés. » Ne faut-il pas appliquer à des sermons publics et solennels, prononcés devant le peuple, toutes ces expressions : Architecte plus magnifique encore dans l'édification des âmes : les fruits de ses instructions : les enseignements qu'il a donnés. En effet, Léon ne rappellerait pas publiquement les préceptes qui lui ont été tracés par son pasteur, si ces avis avaient été épanchés seulement en présence d'un petit nombre de personnes , et dans le secret d'une maison privée : Ainsi, mes très-chers Frères, ajoute-t-il, tout ce que vous voyez des jeux corporels, et tout ce que vous

rappelle votre esprit , faites-le toUrnet à F avancement de votre édification.

A plusieurs reprises saint Léon déclare qu'il est de son devoir d'adresser la parole au peuple , craignant qu'on ne lui fasse un crime de manquer à cette partie de son ministère. Troisième sermon sur l'Epiphanie : Cependant, pour ne rien omettre de mon devoir, je me hasarderai à dire toucliant cette fête ce que le Seigneur m'aura inspiré. Septième sermon sur la Passion : Je ne dois pas , dit-il , considérer la grandeur de t œuvre de Dieu jusqu'à désespérer de pouvoir remplir la tâche qui m'est imposée : puisqu'il n'est pas permis d'ensevelir dans le silence le mystère du salut des hommes, bien qu'il soit impossible de l'expliquer. Onzième sermon : // n'est pas loisible à un évéque de soustraire aux oreilles du peuple fidèle le secours de sa prédication, lorsqu'il s'agit d'un si grand mystère de la miséricorde divine. Deuxième sermon sur la Résurrection : Il y faut joindre aussi ï office de notre parole, afin que votre pieuse attente qui réclame l'acquittement de la dette établie par la coutume, vous procure l'exhortation par laquelle V évéque vient s'unir à lu solennité de la lecture sacrée. Le Pontife ne parlerait certainement pas ainsi s'il n'avait pas trouvé l'habitude de prêcher établie dans l'Église de Rome par un long usage et par la coutume.

Saint Léon, écrivant à Maxime d'Àntioche et à Théodoret j .dit en termes exprès : L'on ne doit pas souffrir qu'aucun de ceux qui ne sont point revêtus du caractère épiscopal s'attribue le ministère de la prédication , parce qu'il convient que , dans l'Église de Dieu, tout soit coordonne de telle sorte que, dans le corps de Jésus-Christ, les membres les plus excellents remplissent leur office sans que les inférieurs prétendent, pour ainsi dire, en

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remontrer à ceux fui sont au-dessus deux. Comme il voulut que ce décret fût porté par l'évêque d'Àntioche à la connaissance de tous les métropolitains et évéques de sa province , c'est un signe qu'il avait été constamment observé par tous les évéques , dans l'universalité de l'Église , de s'applique* k nourrir eux-mêmes de la parole de Dieu le troupeau de Jésus-Christ? et saint Léon n'aurait pas cru qu'un évêque , même celui plaoé à la tête de l'Église , se fût acquitté de sa charge, s'il n'avait rempli les fonctions de prédicateur sans un empêchement légitime (4).

Si la parole d'un évéque, chef d'un diocèse , possède tant d'autorité et eietee une influence si salutaire sur les fidèles , combien elle devait être puissante pour l'édification des âmes , la parole d'un successeur de saint Pierre représenté par la vertu et le génie d'un saint Léon-4e-Grand !

0 ne nous reste aucun document sur son administration pendant les trois premières années de son pontificat; ses lettres elles-mêmes, source principale de notre récit, sont en fort petit nombre durant ces trois années. Toutefois , celles que nous possédons nous portent à conclure que Léon, à cette époque, se livrait assidûment au soin de rétablir dans les affaires de l'Église l'ordre si profondément troublé par les discussions religieuses et les événements politiques.

L'Église d'Afrique paraît avoir attiré la première son attention. La situation déplorable du pays , les embarras et les maux causés parla domination des Barbares ariens, surtout parmi les habitants dévoués à la foi catholique, avaient développé une foule d'abus et un relâchement

(1) Voyez Dissertation de Quesnelsuf la vie de sahtt Léon , t. II.

qui pouvaient compromettre l'existence de l'Église. Le J

clergé surtout paraissait avoir cédé à cette funeste in— i

fluence. De grandes irrégularités se commettaient parti— 3

culièrement en ce qui concerne l'ordination des prêtres. a

Plusieurs élections d'évéques étaient entachées de simo— i

nie et de violence. Des hérétiques , des bigames , des j

laïques avaient été élus , quoiqu'il soit prescrit d'éprou- \

ver dans les ordres inférieurs ceux qui doivent être évêques , afin de s'assurer non-seulement de leur capacité , }

mais de leur humilité. Tous ces renseignements étaient arrivés à Rome par les chrétiens qui fuyaient l'oppres— ,

sion des Vandales. Aussitôt qu'il fut instruit de ces faits, saint Léon écrivit une lettre aux évêques de la province africaine (Mauritania Cœsareâ, aujourd'hui la province ^

d'Alger), qui était celle où ces abus se montraient plus enracinés ; il exhorta ces évêques à y mettre un terme , et leur rappela l'exécution des canons de l'Eglise par rapport à ceux qui désiraient se consacrer à l'état ecclésiastique. Il décida que les évêques bigames devaient être déposés et exclus non-seulement de l'épiscopat, mais de la prêtrise et du diaconat; ceux qui avaient épousé des veuves étaient considérés comme bigames, A plus forte raison devait-on déposer celui qui avait deux femmes à la fois ou qui , après que la sienne l'avait quitté, en avait épousé une autre. Quant à ceux qui ont été ordonnés étant simples laïques, le Pape leur permet de demeurer évêques , sans que cette dispense puisse tirer à conséquence, au préjudice des décrets du Saint-Siège et de ceux de Léon en particulier. A l'avenir, les évêques qui en ordonneraient un autre contre les règles , perdront leur droit d'ordination et n'assisteront pas même à la cérémonie. Pour ne point avilir la dignité épiscopale, il défend de mettre des évêques dans

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