‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 49 sur 378 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

que leur avaient conférés des hérétiques et des prêtres sans pouvoir. D'après le conseil de 1 évéque Rustique de Narbonne , ils s'adressèrent au Pape pour en obtenir des éclaircissements dans une affaire si importante pour eux. La réponse de saint Léon fut adressée à Rustique. Cet évéque était fils d'un nommé Bonose , qui fut aussi évéque; sa mère, sœur d'un autre évéque nommé Àrator, et veuve très- vertueuse , prit grand soin de son éducation après qu'il eut étudié en Gaule où florissaient d'excellentes écoles 5 elle l'envoya à Rome pour achever de se former dans l'éloquence. Étant revenu auprès d'elle, il embrassa la vie monastique et reçut des instructions sur la manière dont il devait s'y conduire, par une lettre fameuse de saint Jérôme, qui le renvoya à saint Proclus, éréque de Marseille, pour s'instruire de vive voix . Après être resté quelque temps dans le monastère, Rustique fat ordonné prêtre de l'église de Marseille , qui semble avoir été sa patrie , et enfin évéque de Narbonne l'an 427. Quand saint Léon Ait devenu pape , Rustique envoya son archidiacre Hermès le consulter sur divers points de discipline, témoignant par ses lettres un grand désir de quitter son siège pour vivre dans le repos et la retraite. Saint Léon lui écrivit pour le dissuader, lui représentant que la patience n'est pas moins nécessaire contre les tentations ordinaires de la vie que contre les persécutions pour la foi ; que ceux qui sont chargés du gouvernement de l'Église doivent garder courageusement leur poste , et se confier au secours de celui qui a promis de ne la point abandonner. Tel était le saint évéque auquel saint Léon adressa la réponse concernant les questions proposées par les réfugiés africains. Cette réponse renferme, indépendamment des explications sur les doutes soumis à son examen , une foule de décisions

sur les mêmes sujets traités dans la lettre aux évêques d'Afrique ; elle est d'un grand intérêt pour la connais*sance de la discipline de l'Eglise à cette époque. On y voit qu'elle s'était considérablement relâchée dans toute l'étendue de l'Église d'Orient, par l'incertitude et l'affaiblissement des relations sociales , par le renouvellement incessant des troubles et des révolutions politiques. Voici l'analyse de cette décrétale qui fait connaître aussi des détails curieux sur les mœurs de ce siècle :

Le prêtre ou le diacre qui s'est faussement dit évéque ne doit point passer pour tel , puisqu'on ne peut compter entre les évêques ceux qui n'ont été ni choisis par le clergé , ni demandés par le peuple , ni consacrés par les évêques de la province , du consentement du métropolitain. Les ordinations faites par Ges faux évêques sont nulles , si elles n'ont été faites du consentement de ceux qui gouvernaient les églises , auxquels ces clercs appartenaient. Cette restriction est difficile à entendre, à moins que l'on ne suppose que ces faux évêques avaient effectivement le caractère épiscopal, mais qu'ils l'avaient reçu par une ordination illégitime , comme Armentarius d'Embrun déposé au concile de Priés. Si un prêtre ou un diacre demande d'être mis en pénitence , il la doit faire en particulier, parce qu'il est contre la coutume de l'Eglise de leur imposer la pénitence publique.

La loi de la continence est la même pour les ministres de l'autel que pour les évêques et les prêtres. Ils ont pu, étant laïques ou lecteurs, se marier et avoir des enfants. Etant élevés à im degré supérieur, ils ne doivent pas quitter leurs femmes , mais vivre avec elles comme s'ils ne les avaient point. Par les ministres de l'autel obligés à la continence , saint Léon entend même les sous-diacres, comme il paraît par sa lettre à Anastase de Thés-

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