‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 70 sur 378 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

truire la fâcheuse impression que le rapport de Domnus avait pu produire sur l'empereur. Mais Eusèbe de Dorylée ne crut pas convenable de laisser l'affaire en cet état, et, après avoir vainement tenté de ramener son ami à U vérité , il donna connaissance de son hérésie à un coi** cile qui venait d'être assemblé par l'évéque Flavieu * Constantinople, et qui ne se composait que de trente évêques : ils s'étaient réunis pour mettre fin à un diffé~ rend entre Florent, évêque de Sardes, métropolitain de Lydie, et deux de ses guffragants.

Avant de raconter les actçs de ce concile contre Eu* tychès; nous devons dire quelques mots du piçux çvçqtif qui présidait cette assemblée et qui était appelé à deye* nir un modèle des évêques fidèles et courageux, un dé* fenseur héroïque et un martyr de la vérité catholique.

Flavien, prêtre et trésorier de l'Église de Constantinople , en fut élu archevêque , en 447, après la mort de saint Procle, Cette élection déplut à l'eunuque Chrys**phius , chambellan et favori de l'empereur Théodow- IfrJeuue ; cet eunuque eût préféré voir nommer Eutychès , qui avait été son parrain. Dès ce jour, il devint l'ennemi de Flavien et résolut de le perdre. Il engagea le faible Théodose , dont il dirigeait l'esprit en maître absolu, à demander au saint pasteur quelque présent pour son ordination. Flavien , suivant la coutume de l'Eglise à cette époque, envoya aujmnce des eulogiep ou pains bénits , en signe de paix et de communion. Chrysaphius , qui avait ses projets , lui fit dire qu*il devait envoyer un présent d'une autre espèce, Flavien, ennemi déclaré de tout ce qui avait même l'apparence de la simonie , répondit avec fermeté que les revenus de l'Église étaient destinés à d'autres usages, et qu'il? devaient être uniquement employés à la gloire de Dieu

et au soulagement des pauvres. L'eunuque, furieux d'une réponse aussi ferme , résolut de ne plus garder de mesure, et de remuer tous les ressorts imaginables pour faire déposer Flavien 5 mais comme il le savait protégé de Pulchérie, sœur de l'empereur, qui avait toute l'autorité, il travailla d'abord à éloigner cette princesse des affaires. Dans ce but, il persuada à Théodose, par le moyen de l'impératrice Eudocie , d'exiger de l'archevêque qu'il ordonnât Pulchérie diaconesse. Le refus que fit Flavien de se prêter à ces intrigues accrut encore contre lui l'irritation du favori et des courtisans. La conduite tenue par le saint archevêque à l'égard de l'hérétique Eutychès mit le comble à la rage de ses' ennemis.

La première session dans laquelle le concile devait examiner l'affaire d'Eutychès s'ouvrit sous la présidence de Flavien , le 8 novembre 448, dans la salle du conseil de l'église cathédrale de Constantinople, qui se nommait Marie. Nous signalons à toute l'attention de nos lecteurs ces mémorables débats d'un procès où se trouve agitée la plus grande question qui puisse occuper des assemblées humaines, celle de la vérité de l'Incarnation qui a sauvé le monde.

Eusèbe de Dorylée se leva et présenta à l'assemblée un écrit, conjurant les Pères d'en entendre la lecture et d'en ordonner l'insertion aux acte?. Flavien le fit lire par Astérius, prêtre et notaire. Eusèbe déclarait qu'Eutychès ne cessait de proférer des blasphèmes contre Jésus-Christ , de parler des clercs avec mépris et de lui, Eusèbe, comme d'un hérétique ; c'est pourquoi il priait le concile de faire venir Eutychès pour répondre à son accusation.

Flavien : Je suis surpris d'une telle plainte contre

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; ; prenez la peine de le voir et de l'entretenir, et si vous trouvez en effet qu'il n'ait pas de bons sentiments, alors le concile le fera appeler pour se défendre.

Elsèbe : J'étais son ami auparavant et je lui ai parlé sur ce sujet, non pas une ou deux fois , mais à plusieurs reprises , depuis qu'il s'est perverti. Je l'ai averti, je lai instruit ; il a persévéré à soutenir des opinions contraires à la foi : je le puis prouver par plusieurs témoins qui' étaient présents et qui l'ont entendu. Je vous conjure donc de le faire venir , car il a déjà corrompu beaucoup de gens.

FuvffiN : Donnez-vous encore la peine d'aller à son monastère et de lui parler, de peur qu'il ne s'excite quelque nouveau trouble dans l'Église.

£usèbe : Après y avoir été tant de fois sans le convaincre, il m'est impossible d'y retourner encore et d'entendre ses blasphèmes.

Le concile , voyant la persistance d'Eusèbe , ordonna que son accusation serait reçue et insérée aux actes ; qu'Eutychès serait appelé par Jean, prêtre et défenseur, accompagné d'André, diacre, qui lui feraient lecture de l'accusation et l'avertiraient de venir au concile pour se défendre.

Six jours après, sur la demande d'Eusèbe de Dorylée, le concile ordonna la lecture des deux lettres principales de saint Cyrille sur l'Incarnation. Après cette lecture, Eusèbe déclara que cette doctrine de saint Cyrille était sa croyance, avec laquelle il prétendait convaincre ses adversaires d'être en opposition , priant le concile de faire la même déclaration.

Fuvien : Telle est ma foi : Jésus-Christ est Dieu parfait et homme parfait, composé d'une âme raisonnable et d'un corps , consubstantiel à son Père selon la Divi-

nité et à Sa mère selon l'humanité ; des deui natures unies en une hypostase et une personne , il résulte après l'Incarnation un seul Jésus-Christ. J'invite chacun des membres présents à exprimer son avis.

Tous, au nombre de dix-huit, firent la même profession >de foi.

Eusèbe de Dorylée : Quelques-uns des évêques qui sont en cette ville ne se trouvent pas ici , ou parce qu'ils sont malades , ou parte qu'ils n'ont pas su la convocation du concile; je demande qu'ils soient avertis.

L'archevêque Flavienen donna l'ordre.

La troisième séance fut tenue au même lieu le lundi 15 novembre. Eusèbe de Dorylée demanda que ceux qui avaient été envoyés auprès d'Eutychès rendissent réponse. Flavien ayant ordonné aux notaires de nommer Ceux qui avaient été envoyés , les notaires déclarèrent que c'étaient Jean, prêtre et défenseur, et André, diacre, lesquels étaient présents. On les fit approchei4, et le prêtre Jean prit la parole :

Étant arrivés chez l'abbé Eutychès, en son monastère , nous lui avons lu l'accusalion et lui en avons donné copie; nous lui avons nommé l'accusateur et dénoncé la citation par-devant vous pour se défendre ; mais il l'a refusée , disant que dès le commencement il s'est fait une loi de ne point sortir et d'habiter dans son monastère comme dans un tombeau. Mais il nous a priés de vous déclarer qu'Eusèbe est depuis longtemps son ennemi et n'a intenté son accusation que pour lui faire injure. Pour lui, il est prêt à souscrire aux expositions de foi des Pères de Nicée et d'Éphése; mais s'ils se sont trompés en quelque expression , il ne veut ni la reprendre , ni l'adopter, et qu'il n'étudie que les Écritures , comme plus sûres

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