CHAPITRE V
rante évêques, convoquée à la demande de Théodose, élut Etienne et le sacra évoque d'Éphése. Après cette disgrâce , Bassien vécut à Constantinople dans la misère jusqu'au jour où il parvint, sous le règne de Marcien , à faire examiner de nouveau son affaire par le concile de Chalcédoine , lequel décida que ni Bassien ni Etienne ne pouvaient être évêques d'Ephése. Tel est le fait qui a servi, d'argument aux ennemis du Saint- Siège, pour conclure que le concile s'était mis en opposition avec le Pape et avait annulé sa décision. Mais rien de semblable n'a eu lieu. On demande à saint Léon son avis, et il répond que Bassien doit être déposé. Quelque temps après , celui-ci , muni de nouveaux documents en sa faveur, porte son affaire devant le concile, en la présentant sous un jour tout différent, ce qui n'empêche pas le concile de rendre une décision conforme à celle du Pape, ses légats n'ayant aucun motif de s'opposer à ce que l'assemblée s'occupât de cette question. En effet , les droits de l'Église de Rome n'étaient nullement attaqués, et ce jugement n'y portait aucune atteinte ; d'une part, la décision du Pape n'avait pas été rendue d'une manière officielle , et de l'autre, le changement des circonstances et la nouvelle question qui s'élevait au sujet de la légalité de l'élection d'Etienne rendaient nécessaire un examen plus approfondi; et néanmoins on voit, parles actes du concile, qu'il eut un égard tout particulier pour la lettre du Pape à l'empereur.
Vers l'an 448 s'élevèrent, pour la première fois , des discussions qui devaient avoir plus tard les suites les plus graves et remplir, pendant de longues années, l'Eglise de querelles et de troubles : nous voulons parler de l'affaire d'Eutychès, qui fut la plus importante du règne
de saint Léon > et qui contribua surtout à faire hriller sa fermeté comme Souverain Pontife , sa gloire comme Docteur.
Eutychès se retira , dès sa première je\inesse , dans un monastère près de Constantinople. Ses vertus et ses lumières charmèrent tous ses confrères, qui le choisirent d'une voix unanime pour leur abbé. Il passa toute sa vie dans les exercices de la pénitence la plus austère. Mais sans la foi, quel est le fruit de ces vertus? L'orgueil couve l'hérésie, et ces hommes deviennent les fléaux du monde. Peu de temps avant qu'Eutychès ne commençât à se faire connaître par ses propre;» erreurs, il s'était montré animé du plus beau zèle en faveur de l'orthodoxie, et avait poursuivi les ecclésiastiques de l'Orient attachés au nestofianisme ; il passa même pour être l'auteur des troubles qui éclatèrent contre eux. Plus tard, on soupçonna que la cause de cette anxmQsite provenait du refus de ces ecclésiastiques d'adopter le nouveau système dogmatique qui leur avait été communiqué par Eutychès. Il soutenait que la divinité de Jësus-Christ et pon humanité n'étaient qu'une nature depuis l'incarnation -, qu'après l'union du Verbe avec l'humanité il n'était resté en Jésus-Christ que sa nature divine sous l'apparence du corps humain. Il propagea d'abord ses idées parmi les moines de son couvent, puis il en fit part à ses amis et, dans le nombre , à Eusèbe, évêque de Dorylée , enPhrygie. Domnus, évêque d'Antioche , chercha le premier à éclairer Jîutychès sur la fausseté de sa doctrine, et voyant son opiniâtreté, il crut devoir en donner avis à l'empereur. Il paraît néanmoins que cette première démarche n'eut pas de suite. Eutychès écrivit au Pape une lettre dont nous aurons bientôt occasion de parler, et qui avait pour but de dé-