‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 99 sur 378 · chapitre' vï. Î5S · texte numérisé non relu

chapitre' vï. Î5S

de son côté, parce qu'ils y furent forcés par le grand nombre des moines qui remplissaient leurs diocèses et étaient tous dévoués à Dioscore. Les Églises du Pont et de tout le reste de l'Asie restèrent en communion avec Rome. Ce 'schisme dura jusqu'à la mort de! Théodose. Si Anatole avait voulu se rendre indépendant du Siège de Rome, il eût pu compter sur l'appui de Dioscore; mais le nouvel évéque de Constantinople n'osait pas rompre ouvertement avec le Pape, et c'est ce qu'il eut fait, en ne lui annonçant pas son élévation. Il ne manifesta ses sentiments qu'en apportant un retard prolongé dans cette communication. Le Pape se trouvait dans une position embarrassante. Il devait penser qu'Anatole, ayant été accepté par l'empereur, appartenait plflsoa moins intimement à Dioscore et à son parti , et partageait leurs erreurs dogmatiques; sous ce rapport, il était impossible de le reconnaître. D'un autre côté , le langage vague tenu par Anatole dans sa lettre ne donnait an Pape aucun motif de l'accuser d'hérésie ou de mauvais vouloir, et par conséquent de lui refuser sa communion. On voit , par quelques passages des lettres de saint Léon à Ravennius d'Arles , combien cette affaire le préoccupait (1). Il sortit de cette position difficile avec prudence et habileté. Ne voulant pas écrire à Anatole ni à ceux qui l'avaient ordonné, il répondit, le 17 juillet 450, à Théodose:

« le suspends mon jugement,. jusqu'à ce que je sois mieux informé de la croyance d'Anatole , et je demande qu'il la déclare devant tout le clergé et le peuple , et envoie sa profession de foi au Saint-Siège , pour être publiée par toutes les églises. Qu'elle soit conforme

(1) BaUerini , OEuv. de saint Léon , 11» p. 474.

254 SAINT Lfcm*L*>eAAND.

à la lettre de saint Cyrille à Nestorius » a celle que j'ai écrite moi-même à Flavien, et qu'il rejette de sa communion ceux qui croient autrement sur l'Incarnation. J'envoie mes frères les évêquea Abundins et Astériust et les prêtres Basile et Sénateur, afin que, si l'évéque de Gonstantinople confesse la même foi, nous nous réjouissions de la paix de l'Église; et si quelques-uns s'en éloignent , que votre clémence accorde un concile uni* versel en Italie, comme le synode assemblé pour ce sujet à Rome l'a demandé avec moi (4). »

Les prières , les démarches et les lettres de notre saint Pape commencèrent enfin , par la miséricorde divine, à produire leurs fruits de salut. Nous avons raconté que l'excommunication de saint Léon par Dioscore avait été le commencement de la chute de ce traître. Cet acte , en effet , ouvrit les yeux du faible Théodose sur la voie fatale dans laquelle il s'était laissé entraîner. Il relut attentivement les lettres que le Pape lui avait adressées) il se rappela les conseils, les avertissements, les instances de sa sainte sœur Pulohérie, et sortant alors comme d'un profond sommeil, il contempla, avec effroi et la terreur des remords , tous les maux et les crimes que son ignorance, sa négligence et sa faiblesse avaient laissé commettre. Heureux les princes à qui la clémence divine accorde , avant le jugement éternel , ces heures propices d'illumination et de repentir ! Théodose fit éprouver sa juste colère au principal complice de Dioscore , l'eunuque Ghrysaphius. Il le priva de sa dignité de chambellan, le dépouilla de tous ses biens et l'exila dans une île où il fut massacré par un peraonnage de la cour dont il avait fait injustement mourir le frère. L'empereur

(1) Baller., Ept txix.

Page 1