CHAPITRE VI
fit, par là même lettre, une nouvelle exposition de la doctrine de l'Église sur l'Incarnation , et les exhorta k solliciter de Théodose la convocation du concile universel , but de tous ses efforts (1).
Saint Léon s'appliqua avec la même sollicitude à protéger les églises d'Occident contre l'invasion de l'hérésie. Sa lettre à Flavien ayant fixé le dogme de l'Église sur l'Incarnation, il envoya des copies de cette lettre aux évêques d'Occident, afin que, si les idées d'Eutychès venaient à se propager dans leurs diocèses , ils fussent en mesure de les combattre par l'exposition de la vérité. En même temps , il les engagea à écrire à Théodose , pour le supplier de protéger l'Bglise contre les violences exercées dans le concile d'Éphèse. Ces évêques lui renvoyèrent sa lettre à Flavien avec leurs signatures; et, par leurs réponses , on voit combien ils étaient reconnaissants de sa vigilance , combien les opinions éclairées de l'évêque de Rome établissaient à leurs yeux une nouvelle preuve de la primauté de la Chaire apostolique (2).
Théodose, eji répondant à la lettre synodale du Pape, qui demandait ia convocation d'un concile universel, avait réclamé l'approbation de saint Léon pour l'ordination d'Anatole, nommé évéque de Constantinople à la place de Flavien. Les avis sont partagés sur la manière dont son ordination fut faite. Il raconte lui-même, dans une lettre à saint Léon, « que Théodose avait cherché à remplir dignement le siège de Constantinople , vacant par la déposition et la mort de Flavien; en conséquence, il avait chargé le clergé de la ville de choisir un successeur dans son sein ; les plus vives discussions s'étant élevées à ce sujet, l'empereur avait proposé de prendre
(1) Ep. lix, lx, lxi. — Ballerini.
(2) OEuv. de saint Léon], Ep. lxtiu.
pour évêqUe un des clercs étrangers présents à Constantinople : c'est ainsi que le choix s'était fixé sur lui (1). » Selon d'autres rapports , Anatole était intimement lié avec Dioscore , qui l'avait chargé des affaires de l'Église d'Alexandrie à Constantinople, et Dioscore avait décidé son élévation (2). Le récit d'Anatole ne contredit pas cette dernière version, puisqu'il ne manquait pas de motifs pour, cacher au Pape ses relations avec Dioscore. Depuis la scandaleuse victoire remportée à Éphèse, Dioscore exerçait un pouvoir absolu et sans rival sur les affaires de l'Église en Orient, c'est lui qui déposait et nommait les évêques. Il ne vit pas sans crainte cette omnipotence menacée par l'anathème du Pape contre les actes du concile d'Éphèse , anathème que l'autorité de saint Léon avait fait approuver dans tout l'Occident. Les démarches tentées par le Pape auprès de l'empereur inquiétaient davantage encore Dioscore; car, si elles réussissaient1, elles pouvaient amener sa chute. Mais il reprit confiance et audace, quand il apprit que ses amis et surtout Ghrysaphius étaient parvenus à maintenir Théodose dans les dispositions les plus rassurantes pour lui. Il regardait avec raison le Pape comme son plus dangereux ennemi, et, croyant l'empêcher de lui nuire, il eut, comme nous l'avons raconté, l'impudence de l'excommunier. Cet excès de témérité lassa la patience divine et commença le châtiment de cet évêque apostat. Loin, par cet acte, d'affermir son despotisme et de rendre l'Église d'Orient entièrement indépendante de la Chaire apostolique, il détermina immédiatement un schisme dans le sein de l'Église orientale. Les évêques d'Egypte et de Palestine furent les seuls qui se rangèrent
(1) Cotcl , Monum. eccl., 1 , p. 66. — Saint Léon, Bp. lui.
(2) Thcod, Lccior. Fragment. — Libérât, Brevic., XII, p. 79,