DOYENNE DE RY
BIERVILLE
Birvilla 1184. Euleria de Biervilla. Od. Ri. Biellcville, Duplessis.
Saint-Pierre.
La propriété de Bierville avait été donnée aux religieux de Siiint-Lô, par Adam de Maretot, en 121 1 (i). C'était un huitième a de fieffé noble à court et usage (2), a basse et moyenne justice avec droit de coullombier à pied, à thor, ver et autres droicturcs sur les hommes et vassaux comme rentes, deniers, grains, œufs, oyseaux, lesquelles rentes et deniers montent à quatre livres tournois par chacun an de rentes sieuriales et neuf chappons et demi, deux poulies, soixante œufs, une corvée d'hommes avec corvée de chevaux quand ils vivent sur le lieu et ce obligé avec toutte droicture à huictième de fief noble appartenant sellon la coustume du pays de Normandie ».
Ce huitième de fief, ainsi que huit acres de terre du domaine non fieffé, étaient occupés en 1573 P^^ "^ sieur Le Villain, bourgeois de Rouen, sieur de Bierville, qui, en cette qualité, était obligé de rendre foi et hommage aux dicts religieux, prieur et couvent de Saint-Lô, ainsi que le prouve la déclaration qu'il fit au roi en cette môme année.
Il était obligé, en outre, et par les mêmes raisons, « de foire service audict sieur prieur une fois en sa vie durant
(i) Ego Adam de Maretot dtdi eccksie sancti Laudi quidquid babebam in villa que dicitur Biervilla.
(2) Court. =« Juridiction. Usage. — Droit.
par l'espace de six semaines entre les quatre portes de Normandie, armé d'un cscu et d'un glaive et monté d'un cheval de cent sols, parce que ledict sieur prieur est tenu quérir les despends de celuy qui fera ledict service et mesme de son dict cheval durant le temps d'icelluy service (i) ».
La déclaration de 1472 présente les choses un peu autrement : « Item, dicelui fief tiennent les hoirs de deffunct Motin de Bierville escuier un fief noble auquel a hostcl et terres labourables, hommes et rcsseants desquels il a la court et usage et reliefs et treizièmes quant ils échieent avec soixante solz de rente chacun an et servage d' escuier monté a cheval armé ou désarmé pour servir le prieur dudict lieu en les quatre portes de Normandie, touteffois que ledict prieur lui fait asavoir un jour naturel au devant de son partement. »
Le fief de Bierville, appelé vulgairement fief de Saint-Lô, se composait en tout de 10 r acres 3 vergées et 8 perches de terre, dont 9 acres sur Longuerue, 2 acres sur Crevon, 5 acres au Coudray et 33 au Boîssey.
De plus, ils avaient à recevoir, par chaque année, une rente perpétuelle de trente sols à prendre sur une maison et sur une pièce de terre y attenant, situées toutes les deux en la paroisse de Bierville et qui leur avait été donnée par un certain Raoul de Bierville, avec l'approbation d'Agnès, sa femme, en l'année 1284 C^)*
Les prieurs et religieux de Saint-Lô étaient seigneurs de Bierville, suivant deux aveux qui se trouvent aux archives : le premier, d'un sieur Pierre Le Fcvre, daté de 1408;
(0 P. just., LXYIII.
(2) p. just., XX.
l'autre, du sieur Sauvage Le Machon, pour un huitième de fief qu'il tenait en 1493.
Les religieux paraissaient attacher beaucoup d'importance à la possession de ce fief de Bierville, et cependant, pour satisfaire aux lourdes charges que le gouvernement se voyait, à cette époque, dans la nécessité de faire peser sur le clergé, et notamment pour subvenir à une taxe de 800 liv. nouvellement imposée au prieuré de Saint-Lô, ils furent obligés de le mettre « en vente comme chose moins dommageable à leur maison, avec le revenu dicelluy en rentes
seigneuriales, grains, œufs, oyseaux, reliefs treizièmes
à la charge que ledict fief admorty tiendra et relèvera a Tadvant comme fief admorty du dict prieuré par un chappeau de roses au jour du Saint Sacrement et des droictz et
debvoirs seigeuriaulx pour estre ledict fief, par les
moyens susdicts, vendu et adjugé au denier vingt à la raison de l'évaluation pour ce faîcte savoir est du boisseau de bled au prix de quinze sols, du boisseau davoyne au prix de six sols le boisseau et des chapons à six sols pièce au plus offrant et pour faire savoir ladicte vente a toute personne iceux religieux l'avoient faîct proclamer et mettre par affiches et placards, tant le samedy, au marché du bourg de Cailly, que le lendemain dimanche, a oye de gens heure et issue de la grandmesseparoïssialle dudictlieu de Bierville. »
L'adjudication eut lieu en 1575 « à la redevence dun chapeau de roses (i) de rente seigneurialle due au jour du Saint-Sacrement et 42 livres de rente foncière. Ce fut maistre Jacques Petremol », conseiller du roi au Parlement de Paris, qui s'en rendit adjudicataire.
(i) Couronne de roses; du mot caput.
La déclaration du revenu, en 1577, donne à ce sujet quelques détails qui ne seront peut-être pas sans intérêt.
Le dict Jacques Petremol doit « par chascun an au terme de Noël la somme de quarante deux livres tz de rente ypotecque racquitable au choix du roy pour la somme de quatre cents vingts livres qui sont demeurées en ses mains en faisant Tenchère et adjudication à lui faicte du fief, terre
et seigneurye qui fust aux religieulx en la paroisse de
Biervîlle, Longuerue et es environs, oultre et par dessus Ja somme de huict cens livres qu'il a payes en lacquit des dicts
religieulx pour leur cotte part et portion de la somme
en quoy ils auroyent este collisés par permission de nostre sainct Père le Pape, pour subvenir aus affaires du roy en Tannée mil cinq centz soixante et quinze, pour fournir à ladicte somme ledict fief, terre et seigneurye de Bierville a este vendu à la rétention seuUement dun chappeau de roze ou dix deniers, au choix dudict prieur xui liv ».
Cette couronne de roses, que les religieux avaient voulu conserver comme souvenir de leur ancienne autorité dans la paroisse de Bierville, était sans doute bien précieuse à leurs yeux, puisque nous avons trouvé aux archives les tracés d'un procès qu'ils eurent à soutenir à ce sujet. Le 8 juillet 1619, ils obtinrent en leur faveur un arrêt de la Cour qui leur assurait la possession de cette faible redevance (i) .
(i) Les fleurs jouèrent toujours un grand rôle danà les habitudes du moyen ige. Dès le nia* siècle, les couronnes furent le complément de tout costume de cérémonie et les seigneurs s'environnaient, à table et dans leurs appartements, de fleurs et de verdure. Aussi, parmi les redevances féodales on trouve fréquemment signaler des boisseaux de roses, ou tout au moins des couronnes que Ton appelait alors cbappels ou chapeaux de flores, et qui étaient d*un usage général pour la coifl'ure des hommes et des femmes. Les chartes de cette époque font souvent mention de chapeaux ou couronnes de fleurs dont on
Bierville dépendait autrefois de la baronnie de Cailly, qui s'étendait sur une grande partie des paroisses environnantes.
Vers le milieu du xiii* siècle, le seigneur du lieu présentait à la cure; le pouillé de 1648, au contraire, donne ce droit à Tabbé du Bec.
Dans le pouillé d'E. Rigaud, le revenu de Bierville est porté à dix livres et le nombre des paroissiens à 28. Le revenu est de quarante-deux Jivres dans la déclaration de 1577.
Cette paroisse faisait partie du doyenné de Ry, bailliage de Rouen. C'est aujourd'hui une commune de l'arrondissement et à 20 kilomètres de Rouen, canton de Buchy ; population, environ 140 habitants.
CATENAY.
Ecclcsia de Casteneio; de Castîneo, vers 11 80; de Castenai, 123 1; de Castaneto Odo Rigaud, 14 19; Catcnai, Duplessis.
La Sainte- Vierge.
Vers l'an 11 80, Renaud de Castenai donna au monastère de Saint-Lô le droit de patronage sur l'église de Catenai, ainsi que la présentation à la cure et tous les autres privilèges dont il pouvait jouir lui-môme, avec les deux parts de dîmes, la grange et le presbytère.
Cette donation fut faite avec l'assentiment de Gautier de Castenai, son frère, qui, à cette époque, jouissait de la cure.
ornait la tétc des saints. Dans certaines provinces, on appelle encore chapeau de la maria' le bouquet que l'ou met sur la tétc de l'cpousée. — V. BuJktin mon. y 51* vol., p. 253.
SOUS le patronage du donateur et aussi avec l'approbation de Rotrou, archevêque de Rouen, qui la ratifia par une charte de confirmation, que nous donnons plus loin avec celle de Regnault de Catenai et du pape Honoré DI (i).
Un demi-siècle plus tard, un certain Jean de Martinville, curé en l'église de Froberville, donna aussi au même couvent une pièce de terre qu'il avait achetée de Adam, fils de Gontauld de Castenai, avec tous les droits qui pouvaient y être attachés. La donation de cette pièce de terre ou masure, située à Catenay, et dans laquelle se trouvait la grange des religieux, fut confirmée dans une charte délivrée en 123 1, par le Chapitre de Rouen, pendant une vacance du siège épiscopal (2).
L'évaluation du revenu de cette paroisse varia beaucoup suivant les époques : dans un ancien inventaire des bénéfices de l'archevêché de Rouen, écrit sur parchemin, dont nous ne connaissons pas la date, il est écrit :
Castenay, prior sancti Laudi, in capite ipsius scrihitur, quinze livres.
Dans la déclaration de 1577 : « Les fermiers des deubz parts de toutes les dixmes de la paroisse de Castenay avec le jardin et la grange doivent par chascun an à deubz termes la somme de six vingts dix livres, vi*'' x 1. » (Cent trente livres.)
En 1692, ces mêmes dîmes étaient affermées par bail authentique et par le prix de trois cents livres.
A peu près à cette même époque, suivant le curé Avîsse, dans son état des bénéfices, « la cure de Catenay, à quatre
(i) r. p. just., xxxxiiï-xxxxrv.
(2) V, p. )ust., xxxxm, xxxxiv, xxxxv.
lieues de Rouen, deservîe par un prebtre séculier, qui autrefois a esté deservie par les religieux de Saint-Lô, dont la mémoire est encore recueue pour valoir de revenu annuel huit cens livres (i) 800 liv. »
En 1503, toutes les dîmes de Catenai appartenant aux religieux étaient louées au curé de la paroisse, par le prix de cinquante livres tournois, et le preneur était obligé, outre le prix de location, d'entretenir à ses frais la grange dîmeresse du couvent. Ces dîmes étaient partagées par moitié entre le curé et les religieux.
En 15 17, une contestation s'éleva entre eux et les curés de Blainville et de Crevon, localités voisines, au sujet de la dîme de certains héritages situés sur ces différentes paroisses et que chacun réclamait comme lui appartenant. Celui de Catenay prétendait que de tout temps les curés de U paroisse et autres du doyenné avaient toujours pris la totalité ' des dîmes des masures et de toutes les novalles (2), et que lui-même en avait toujours librement joui les années précédentes, sans contestation.
Ce système, contraire à la érité, vne pouvait prévaloir, et plusieurs baux, faits postérieurement à cette époque et d'après les anciennes conditions, prouvent qu'il ne fut pas admis. Cependant, par un accord fait en 1603 entre les religieux et le curé, il fut arrêté que les dîmes seraient partagées par moitié, mais que les frais nécessités par la réparation du chancel seraient désormais supportés également par le curé et par les religieux. Moyennant cet arrangement, les parties /en sont allées hors de cour et de procès sans despens.
(i) V, p. just., LXXXV.
(2) Terres nouvellement défrichées et mises en valeur.
En iéi6, les mômes prétentions du curé se représentèrent de nouveau, mais furent encore repoussées. En effet, nous voyons les religieux jouir personnellement des deux tiers . des grosses dîmes jusqu'à la fin des baux.
Le curé de Saint- Aignan-sur-Ry voulut aussi, en 1727, prétendre à quelques dîmes dépendant du dîmage de Catcnay, mais ne fut pas plus heureux que son collègue. Le prix du dernier bail des dîmes fait, en 1783, se montait à la somme de mille cent livres, avec 4 canards et 6 poulets d'inde par an.
Le pouillé d'E, Rigaud accuse dix-huit livres de revenu et 60 feux. La déclaration de 1577 porte le revenu à cent vingt livres et l'état de 1636 à huit cents. Dans le partage fait avec l'abbé de Gordes, en 1647, les dîmes seules étaient estimées à quatre cents livres.
L'église de Catenay était sous l'invocation de la Sainte- Vierge et faisait partie du doyenné de Ry (de rivo), bailliage de Rouen. Le prieur de Saint-Lô nommait à la cure.
Catenay est une commune de l'arrondissement et à 20 kilomètres de Rouen, canton de Buchy; population 400 habitants environ ; son église a été érigée en succursale par décret du 12 avril 1880.