‹ Histoire du Prieuré de Saint-Lô de RouenChapitre 2 sur 78 · SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

SAINT-JEAN

Ecclesia sancti Joannis de Rothomago, 1228. Ecclesia sancti loannis supra Renellam, E. R.

Au xn« siècle, le territoire environnant le prieuré de Saint-Lô n'était plus ces champs vagues et incultes concédés en 913 par RoUon à l'évêque de Coutances. La terre, par suite de l'agrandissement de la ville, avait acquis de la valeur, et les religieux, souvent à bout de ressources, en aliénèrent et baillèrent à rentes différentes parties pour être

(i) On trouve, dans Y Histoire de Rouen, Joseph de Bauquemare, maître des requêtes, et Guillaume de Bauquemare, conseiller au Parlement en 1 572 ; Jacques de Bauquemare, sieur du Mesnil d'Auffay^ et de Vitot, conseiller du Roi en ses conseils d*État et privé, conseiller ordinaire de la chambre du Roi, qui porta le titre de gouverneur du Vieux-Palais de 1592 à 1626. Il était le fils du premier président avant Claude Groulard. Son fils, Jacques du Mesnil, était sergentmajor de Rouen le 5 juin 1639. Jacques de Bauquemare, conseiller-auditeur à la Chambre des Comptes de Rouen, 1697. V. Bulletin de la Cofnm. des Antiq. de la Seine-Inf.f t. VIT. p. 139.

employées à des établissements divers. Des jardins avaient été défrichés, des maisons construites, et la population, considérablement augmentée, ne pouvait plus trouver place pour assister à l'office divin dans la petite église qui servait tout à la fois de chapelle pour le monastère et de paroisse pour de nombreux fidèles ; une nouvelle construction était devenue indispensable. C'est ainsi que fut bâtie l'église de Saint-Jean ; mais à quelle époque et dans quelles conditions cette concession eut-elle lieu ? C'est ce que l'histoire ne nous a pas appris.

Tout ce que nous savons, c'est qu'une chapelle nommée Saint-Jean-des-Prés à cause de la position qu'elle occupait dans la campagne hors l'enceinte de la ville, ou Saint-Jeansur-Renelle, nom du ruisseau qui passait derrière son abside, existait déjà avant l'année 1184 et avait été bâtie sur le territoire de Saint-Lô, comme on le voit dans la charte du pape Célestin HI (i) confirmant l'abandon fait antérieurement parRotrou, archevêque de Rouen, moyennant un écu d'or de rente annuelle pour lui et pour ses descendants, payable le jour de la Toussaint, de la moitié de l'église, c'est-à-dire de la moitié des dîmes et offrandes faites par les fidèles (2), dont l'autre moitié leur appartenait de toute antiquité. Cette concession fut aussi confirmée par Gauthier, successeur de Rotrou, en même temps qu'il enrichissait le prieuré par d'autres donations (3).

La cure de Saint-Jean était desservie par un chanoine

(i) Lequel mourut le 8 janvier 1198. V. P. just., XXXVIl.

(2) Ce que Ton appelait l'alleîagey du mot altagarium,

(3) y. P. just., XXXVIl a,

régulier à la présentation des prieurs de Saint-Lô (r), qui devaient toujours choisir un de leurs religieux et s'engageaient à leur fournir une prébende de deux cent vingtcinq livres d'argent, dix mines de blé et quelques boisseaux de pois, moyennant quoi ils se réservaient la moitié des dîmes de la paroisse, avec une rente de vingt livres (2).

Les évêques de Coutances s'efforcèrent toujours de conserver leur droit de juridiction sur la paroisse de Saint- Jean comme faisant partie du territoire de leur monastère de Saint-Lô, et pour en perpétuer le libre exercice ils curent soin à plusieurs reprises d'y conférer les ordres à des clercs du diocèse. Farin, notamment, cite une pièce renfermée dans le chanrier du prieuré, de laquelle il résulte que l'évêque Guillaume reçut à la prêtrise, dans l'église de Saint- Jean, deux habitants de la paroisse de Saint-Lô, Jean de Sebey et Guillaume Bressie. On trouve plusieurs actes de ce genre dans les archives de la Seine-Infcrieure.

En l'année 1233, lorsque, à la suite d'un sérieux désaccord soulevé entre la cour et l'archevêque de Rouen, au sujet de certains droits et exemptions que le prélat trouvait mauvais que l'on voulût retirer à son église, celui-ci avait cru devoir

(i) Un arrêt du grand Conseil de 1586 ordonne que les cures de Cressy, Théméricourt, Saint-Jean et Saint-Lô ne pourront être desservies que par des religieux du prieuré de Saint-Lô, comme par le passé.

(2) Cette pension n'était pas toujours exactement payée, s'il faut en croire le reproche suivant, adressé en 1399 à Robert Mellet, curé de Saint-Jean, par Guillaume VI, archevêque de Rouen, alors en cours de visite au prieuré de Saint-Lô :

GuilUrmus arcbiepiscopus Rotbom. in prioratu sanctî Laudi in cunii visitationis exhtens precepit Roherto Mellet religioso prioratus sancti Laudi et cUrato stuxcii Jobannis supra Renellam ut persolvat pensionem XX lib, prioratui et Guill'rmo priori, 16 mai 1399. Archives de la Seine-Inférieure.

frapper d'un interdit général tout le diocèse. Cet interdit fit naître une nouvelle contestation entre l'archevêque et Hugues de Morville, alors évoque de Coutances. L'évêque soutenait que les paroisses et églises de Saint-Lô et de Saint- Jean-sur-Renelle étant du diocèse de Coutances et non de celui de Rouen ne devaient point être sujettes à l'interdit. Néanmoins, comme les diocésains de Rouen abusaient de cette distinction et que peut-être le service divin se célébrait encore plus solennellement en ces églises à cause du concours de peuple, qui, ne pouvant aller ailleurs, s'y précipitait en foule, ce qui semblait faire une espèce de scandale et diminuer la force de la discipline ecclésiastique, Hugues de Morville jugea convenable d'en arrêter le cours, et accorda, par un acte daté du jeudi avant Noël de l'année 1233, que les églises de Saint-Lô et de Saint-Jean observeraient l'interdit comme les autres (i).

De leur côté, les chanoines réguliers de Saint-Lô prenaient le titre de curés primitifs de Saint-Jean et tenaient à en conserver les prérogatives. Aussi, lorsque, en 1167, une nouvelle corporation religieuse voulut établir sur cette paroisse une maison de charité, dite Hôpital de Saint- Jeansur-Renelle, le prieur s'empressa d'intervenir (2).

C'était de pauvres moines du tiers ordre de Saint- François, qui, sous le titre de Frères hospitaliers de la Charité Notre-Dame, autrement appelés billettes (nom qui leur venait

(r) Toustain de Billy, Hist. eccîès. de Contancês, t. I, p. 366.

(2> pArin, dans son Histoire de Rouen, t. HI, p. 332, édition de x668, fixe en l'année 1323 rétablissement des Frères hospitaliers à Rouen. Nous croyons pouvoir nous appuyer sur un fragment de charte, malheureusement très mutilé, qui se trouve aux archives de la Seine-Inféri jure, pour affirmer que cette maison, ou tout: autre portant le mêint nom, existait déjà en 1167. V. P. just.. LXXXII.

d'une enseigne), avaient pour mission le soin des malades.

Comme le terrain qui leur avait été concédé sur la paroisse de Saint- Jean était fort restreint et ne pouvait leur permettre de construire la chapelle et l'hôpital qui leur étaient nécessaires, ils durent s'adresser aux chanoines de Saint-Lô pour obtenir l'autorisation de s'agrandir. Mais le prieur et le curé de la paroisse, voyant avec peine une nouvelle église s'établir sur leur territoire, se mirent d'accord pour s'y opposer et n'y consentirent qu'à la condition qu'il serait assuré au prieur du couvent quinze livres de rente foncière, et au curé de la paroisse la moitié des aumônes que les fidèles pourraient offrir au nom de saint Jean et de saint Thomas, martyr, titulaire de la chapelle.

Or, comme ces offrandes étaient leur principal revenu, ils ne purent bâtir qu'un très petit oratoire et un hôpital insuffisant, qui ne leur rapportait que des charges, sans pourvoir à leur entretien. De plus, leurs mœurs, fort peu édifiantes, contribuaient plus encore que la pauvreté à leur aliéner l'estime publique. La rente qu'ils avaient constituée leur devenait intolérable, et, ne pouvant l'acquitter, ils voulurent en contester l'origine; mais ce fut en vain, et, le 15 juin 1487, ils furent condamnés, devant le grand sénéchal de Normandie, non seulement à reconnaître la validité de cette rente, mais de plus à en payer les arrérages avec les frais du procès.*

Dans l'impossibilité de supporter des charges aussi lourdes, sans ressources, sans crédit, ils furent heureux de pouvoir s'entendre avec les moines de Saint-Antoine, en leur cédant tout à la fois leurs dettes et leur établissement, t]ui dès lors fut érigé en commanderie.

Ces derniers religieux étaient originaires de la petite ville

de Saint-Antoine, en Dauphiné, où ils s'étaient établis en 1095, avec l'autorisation du pape, pour garder les premières reliques de leur saint patron, et en même temps pour soigner les malades attaqués de l'infirmité appelée feu de saint Antoine, dont on obtenait la guérison par l'intercession du saint.

Pendant près de deux cents ans cette maison fut gouvernée par dix-sept supérieurs qui prenaient le titre de maîtres ou commandeurs. Elle était soumise à la règle de saint Augustin et se répandit dans toute la chrétienté.

Ces religieux vinrent donc à Rouen, en 1392, prendre possession de l'église et maison de la Charité-Notre-Dame, avec la charge de remplir les engagements des billettes, qui abandonnèrent tout ce qu'ils possédaient : une petite chapelle avec un étroit emplacement, servant de jardin ou de cimetière, situé derrière cette chapelle, plus un modeste lènement d'édifices caducs composant en partie les lieux réguliers, en partie le logement des séculiers infirmes, le tout séparé par une rue.

Vers 1300» les religieux de Saint-Antoine firent construire à la place de la chapelle des Frères hospitaliers une petite église, qui elle-même fut remplacée en 1745 par une autre plus grande et dans le goût moderne, dont le portail Élisait face au Marché neuf; elle fut supprimée en 1780 (i).

Cette église, située sur le territoire de Saint-Lô, portait parfois ombrage au prieur du monastère, et l'on serait porté à croire que ce n'était pas toujours sans sujet, en lisant un acte, écrit sur parchemin, émanant de TOfficial de Rouen,

(z) V. Périaux, Dictionnaire dts rues de Rouen,

pour défendre aux moines de Saint-Antoine, sous peine de cinq cents livres d'amende, d'inhumer dans leur église, en cas de mort, le corps de Marie Lemonnier, comme habitant la paroisse de Saint-Jean.

^ Enfin une autre communauté religieuse dut aussi, au moyen âge, venir s'établir dans une localité, qui, sous le nom de rue des Hermiies, dépendait de Saint-Jean et se trouve aujourd'hui confondue avec la rue des Basnage.

Ces différents détails et ceux que nous avons déjà donnés . en parlant de Saint-Lô paroisse font connaître à peu près rimportance du terrain concédé par Rollon à l'évoque Thierry. Il était borné vers le nord-est par les murailles de l'ancienne enceinte de la ville, suivant les rues de l'Aumône et des Fossés-Louis- Vin, depuis la rue des Arsins jusqu'à la Poterne; il comprenait une partie de la rue de la Chaîne, la rue du Bec, une partie de la rue aux Juifs, et s'étendait, du côté de l'ouest, par delà les murs de la ville, à peu près jusqu'à la rue moderne dite de Jeanne-d'Arc, à l'exception toutefois du Clos-aux-Juifs, dont l'emplacement avait été désigné aux membres de cette nation, comme dans les autres villes de France, pour y établir leurs demeures (i).

Ce clos était séparé du^Marché neuf par la rue Dordonne, qui, au xv*" siècle, faisait suite au lieu appelé la Poterne jusqu'à la rue Massacre, et fut supprimée lors des travaux du Palais de Justice (2).

(i) On lit dans une ancienne chronique : « L*an mil m' xvin les juys qui

tenaient ii Rouen beaucoup d'eritages furent boutés hors de ladite ville et

leurs eritages confissiés au roy. » Ch. de Beaurepaire, Bull, de la Comm. des Antiq. de la Seiru-Inf.f t. VI, p. 127.

(2) V, le plan ci-contrc. .

Pour conserver leurs droits sur un aussi brillant apanage, les chanoines réguliers ne manquaient jamais de manifester leur autorité en venant processionnellement dans l'église Saint-Jean, le jour de la fcte du saint titulaire, avec la croix et la bannière, portant avec eux le corps et la chappe de Saint- Lô pour faire sentir la puissance des évoques de Coutances. Ils y venaient aussi le jour de saint Marc pour y dire la messe, après laquelle le curé de la paroisse, sans étole, et son clergé reconduisait les religieux jusqu'à leur couvent.

En 1666 le curé de Saint-Jean, dom Nicolas Vallée, ayant voulu" se soustraire à cet usage gênant, les religieux, pour rentrer dans leurs droits, se pourvurent auprès du Parlement, qui les autorisa à exercer une saisie sur le temporel du curé, saisie qui ne fut levée qu'après que le curé eut reconnu et accepté de nouveau les droits des religieux (i).

En leur qualité de présentateurs au bénéfice de Saint- Jean les prieurs de Saint-Lô avaient toujours eu la prétention d'hériter de la cotte morte (2), ou succession des curés de la paroisse, quand ils vciiaient à mourir, et jusqu'ici ils avaient pu jouir de ce droit sans contestation, lorsque, en 1742, après la mort de Jean Thierion, au moment où ils pensaient pouvoir recueillir, suivant l'usage, la succession du défunt, ils se trouvèrent en présence d'une opposition formée par les trésoriers de la fabrique revendiquant pour eux-mêmes le droit à la cotte morte.

Les religieux, forts de leurs prérogatives et des usages

(i) V. P. just., LXXIX.

(2) La cotte tnorte, c'est-à-dire le pécule laissé en mourant par un curé régulier, appartenait aux pauvres de la paroisse qu'il avait desservie, nuis c'était à la maison à laquelle il avait fait profession qu'il était réser\'é d'en faire la distribution. V. Houard, Diclmin. du droit normand.

reçus, portèrent appel devant le grand Conseil, qui fit droit à leur réclamation, et les trésoriers de Saint-Jean furent obligés de consentir à ce que les chanoines réguliers pussent, comme par le passé, toucher les deniers provenant de la vente du mobilier du curé défunt, et depuis ce moment les religieux ne furent plus inquiétés sur la jouissance de la cotte morte. On trouve aux archives le désistement signé par les trésoriers en cette circonstance (i).

Plusieurs confréries avaient été instituées dans l'église de Saint-Jean. L'existence de Tune d'elles, celle de Saint-Jean- Baptiste, nous est révélée par un acte d'emprunt contracté par un sieur Antoine Videbicn à dom Videbicn, son oncle, sous-prieur de Saint-Lô, « pour emploiera partie de racquit du principal et arrérages de cent livres de rente esquelles ledict sieur Videbien, tant pour lui qu'en la qualité de procureur dudit sieur son frère, s'était constitué et obligé envers la confrérie de Saint-Jean-Baptiste, fondée en l'église paroissiale de Saint- Jean dudit Rouen. »

Une autre confrérie, connue sous le nom de Saint-Louis, qui réunissait autrefois les merciers dans l'église de Notre- Dame-de-la-Ronde, avait depuis été transportée à Saint- Jean.

Mais on sait que c'est dans cette même paroisse que fut instituée la plus importante de ces associations, la célèbre confrérie de l'Immaculée-Conception, qui depuis donna naissance à l'Académie des Palinods. Farin rapporte ainsi son origine :

« L'an de grâce i486 fut érigée en cette église un puy en l'honneur de l'Immaculée-Conception (la (cte aux Nor-

(i) r. p. just., LXXXI.

mands), laquelle avait été établie à Rouen vers Fan 1070 par les plus notables habitants de la ville qui prenaient l'engagement de conserver toute leur vie un respect particulier pour la Sainte- Vierge et dressèrent à cette occasion des statuts et règlements. En i486, maître Pierre Daré, écuyer, conseiller du Roi et lieutenant général du royaume, ayant été élu prince de cette confrérie, voulut prouver son zèle et sa vénération pour la sainte Mère de Dieu en instituant des prix pour récompenser les poètes qui auraient chanté dans leurs vers d'une manière remarquable les vertus de Marie, et fonda, sous le nom de Confrérie des Palinods, une société qui se réunissait à Saint-Jean, où les pièces de vers étaient lues au puy, ou théâtre, placé dans l'église même, jusqu'à ce que le siège de la confrérie fut transporté au couvent des pères Carmes. »

En 1789, une assemblée politique prétendit réglementer les affaires ecclésiastiques en se substituant au pape, et imagina d'imposer au clergé une constitution civile, dont voici la formule :

« Je jure de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui m'est confiée, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi. »

Le serment à cette constitution ne put être exigé des moines du prieuré de Saint-Lô, puisqu'ils avaient été expulsés lorsque parut le décret; mais aucun des curés dépendant de l'ancien monastère ne consentit à le prêter, et c'est avec une véritable satisfaction que nous rapporterons ici la lettre" si énergique et si digne que l'abbé Desmazis, alors curé de Saint-Jean, répondit en cette circonstance au corps municipal, qui lui avait enjoint de donner

lecture dans son église de l'instruction touchant cette constitution civile du clergé qui lui avait été envoyée; voici cette réponse :

« Messieurs,

« L'Assemblée nationale a prévu et vous prévoyez sans doute que je ne puis ni ne dois faire ou faire faire la lecture de l'instruction que vous m'avez adressée hier. Mon honneur et ma religion s'y opposent; je dois être conséquent. En tout ce qui n'intéressera ni ma foy, ni mon honneur, vous me trouverez toujours soumis et prêt à donner des preuves de mon civisme; ma profession est d'être soumis à Dieu et aux puissances de la terre autant et comme ma religion me l'ordonne.

« J'ai l'honneur d'être, Messieurs, votre très humble et

très obéissant serviteur.

« Desmazis,

« Curé de Saint-Jean.

« Rouen, ce 17 février 1791. »

Ce bel exemple fut suivi par le vicaire de la paroisse, l'abbé Drcly. Mais le clerc des sacrements, M. Le Cœur, ayant eu la faiblesse de prêter le serment demandé, l'église de Saint-Jean fut conservée au culte, provisoirement du moins, et s'enrichit des dépouilles de plusieurs autres paroisses supprimées, et en particulier des ornements sacerdotaux, des vases sacrés, etc., provenant du prieuré de Saint-Lô.

L'année suivante, le i*' mai 1792, on y installa le nouveau curé, le curé assermenté, ce qui ne l'empêcha pas d'être fermée au mois de novembre 1793, aussi bien que toutes

les autres églises de Rouen, et la plupart de ses vases sacrés et de ses cloches furent envoyés à la Monnaie.

Quinze mois plus tard, en 1795, on rouvrit les églises, mais le curé constitutionnel Durand, sans doute honteux de sa mauvaise action, ne reparut pas, et Téglise Saint- Jean, convertie pendant plusieurs années en grenier à fourrages, puis vendue pendant les jours néfastes de la Révolution, fut définitivement abattue en 18 16 pour faire place à de modernes constructions, suivant les exigences de nouveaux alignements.

Plusieurs fois brûlée, l'église Saint- Jean avait été reconstruite pour.la dernière fois à la fin du xv* siècle. C'était un édifice élégant, et surmonté, au moment où Jacques Le Lieur dessinait son ouvrage sur le Cours des Fontaines, d'une tour en pierres de taille terminée par une flèche en bois couverte en ardoises.

Parmi les objets d'arc qu'elle possédait on remarquait une châsse, dite de Notre-Dame-de-Pitié, renfermant des ossements de saint Lô.

Il ne reste plus de cette église que la porte en bois de chêne à deux vantaux, du xviii* siècle, qui forme aujourd'hui l'entrée d'une maison sise à l'angle de la rue des Charrettes et de Fontenelle. On y voit sculptés en relief la décollation de saint Jean-Baptiste et le martyre de saint Jean l'évangéliste.

Parmi' les nombreuses sépultures signalées dans cette église par Farin, nous en relèverons seulement deux qui nous rappellent des noms de bienfaiteurs ou dont nous avons parlé dans cet ouvrage :

« Maistre Richard du Bosc, natif de Saint-Martin du pont de Rouen et Guillemette, sa femme, a présent demeurant

en cette paroisse de Saint-Jean, donnèrent ces deux premières formes de vitres et la pierre à châssis, le pavement, le premier banc et l'image de saint Pierre, le tout en cette chapelle de saint Nicolas. Item l'an 1491 ledit du Bosc donna et aumosna quinze livres de rente pour avoir luy et ses parents deux basses messes. Il trépassa l'an 1495, le 25 avril, et sont inhumés devant le crucifix de l'église (i).»

a Noble homme Pierre de Saint-Laurent, sieur du Vieil- Manoir, conseiller du Roi et général en la Cour des Aides en Normandie, qui décéda l'an 1560, avait donné plusieurs verrières du chœur sur lesquelles on voyait ses armes : da^ur au chevron d'or, trois étoiles £or en chej (2). »

Ces vitres, qui étaient fort belles, furent toutes enlevées en 1802 et transportées en Angleterre avec beaucoup d'autres provenant de différentes églises de Rouen (3).

Suivant le pouillé d'Eude Rigaud, archevêque de Rouen, la cure de Saint-Jean, au milieu du xni* siècle, comptait

(i) Cette famille du Bosc joua un très grand rôle en Normandie au moyen âge ; tous ses membres furent célèbres par leur belle conduite sur les champs de bataille ou par leur dévouement au pays. L'un d'eux, Baudoin du Bosc, avait accompagné Robert Courteheuse en Palestine. Son fils, remarquable par sa science, fut évêque de Bayeux. Geoffroy du Bosc servit d'otage en garantie de b bonne foi des bourgeois, lorsque la ville de Rouen, en 1204, ouvrit ses portes à Philippe- Auguste, vainqueur du Château-Gaillard. En 1346, Thomas du Bosc était maire de Rouen. Un autre qui s'était offert volontairement comme otage pour assurer le retour du roi Jean, mourut en exil eu 1360. Du Bosc d'Emand reville, président à la Cour des Aides, fut décapité à Rouen, en 1562, à la suite d'une sédition {La rivière Je Cailly, par L. de Duranville, p. 12-13). Enfin, on trouve un Martin du Bosc, seigneur d'Emandreville, bailli de Rouen (1580-1594}'

(2; Farin, Hist. de Rouen, t. II, p. 263-26$, édit. 1666.

(3) Pour plus de détails, nous renvoyons nos lecteurs à la notice si complète sur l'ancienne église paroissiale de Saint- Jean de Rouen, par M. De La Q^érière, in-8% 1S60.

200 paroissiens et pouvait valoir pour le curé 50 livres de rente. Dans Tétat des bénéfices dressé par doni Avice, en 1636 (i), le revenu est estimé à 1,300 livres, et, plus tard, il fut porté à 2,300.

L'église de Saint-Jean-sur-Renelle, Saint-Antoine et les autres paroisses qui en dépendaient, aussi bien que Saint-Lô et Notre-Dame-des-Carmcs, restèrent soumis pourle spirituel jusqu'à la fin, à l'exemption de Cou tances, de sorte que les paroissiens de cqs deux églises ne faisaient qu'un seul troupeau qui reconnaissait l'évêque de Coutances pour son pasteur, comme les fidèles de son propre diocèse et non pas l'archevêque de Rouen.

De leur côté, les prieurs du monastère conservèrent sur ces mômes paroisses certains droits particuliers pour rappeler qu'ils avaient été autrefois seigneurs du territoire où elles furent bâties.

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