‹ Histoire du Prieuré de Saint-Lô de RouenChapitre 31 sur 78 · FROBERVILLE · texte numérisé non relu

FROBERVILLE

Presbyter de Frobertvilla, 1231. Ecclesia de Frobervilla in Caleto, 1257

Sainte-Hélène

Cette paroisse était encore une de celles dont RoUon, conjointement avec l'archevêque Francon, avait abandonné les revenus à l'évêque de Coutances en lui donnant Saint- Lô (i). Plus tard, Guillaume de Heudierville et son fils Roger renoncèrent aussi en leur faveur à leur fief de Heudierville et à tout ce qu'ils y possédaient en revenus, aides, reliefs et toutes autres choses auxquelles ils avaient droit de prétendre ; ils abandonnaient en même temps le patronage de la cure et les deux tiers des dîmes, dont le troisième tiers appartenait au curé.

La charte qui conférait tous ces avantages était un véritable acte de vente. En effet, en reconnaissance de cette concession, les religieux payèrent xx livres angevines et xx sols de la même monnaie.

n est fait mention dans cette charte de tous les vassaux qui relevaient du fief et qui devaient une redevance. Ils sont

(1) Histoire des évêques de Coutances, par Tabbé Le Cana, p. 105.

désignés par leur nom et par leur surnom avec le montant de leur dette (i).

Au nombre de ces vassaux figure un certain Roger Le Nouvel, dont l'aveu commence ainsi :

« Vechy ceu que tien Roger le Novel de monsieur le prieur et couvent de Saint-Lô quinze acre de terre par une masure pour sept sols et demy tournois dus a la micaresme.

« La première pieche est assise dun bout au quemin du roy nostre sire et goûte dun costé Guillebert Benard daustrc costé Regnault Bevin et laustre bout au quemin de Vallemont. La seconde pieche est assise joute Guillaume dun costé abouti dun bout au dict ferrent. Les deux pieches son assises en la paroisse de Froberville »

Ces deux titres, sans date, ne peuvent nous éclairer sur Tépoque où les religieux devinrent propriétaires du fief de Heudierville ; nous savons seulement, parles chartes de confirmation de Rotrou, archevêque de Rouen, et du pape Alexandre lŒ, qu'en 1179 Simon d'Amfreville et Jean du Vivier avaient renoncé en leur faveur à tous les droits qu'ils pouvaient avoir sur l'église de Froberville (2).

La déclaration au roi, de 14 19 (3), fait connaître exactement l'importance de ce fief : « Item au dict bailliage (de Caux) en la parroisse de Froberville le patronage et présentation de l'église dycclle, les deux pars des dismes de la dicte parroisse avec le fieu qui fut anciennement et est nommé fieu de Guillaume de Honderville et touttes les rentes reliefs daugiers droictures de fieu tant en cour et en usage que en aultres choses a fieux appartenant, et qui à simple justice

(i) V, p. just., XIV.

(2) F. p. just., xm-xiii c,

(3) V. V. just.. LXVIII.

doibt appartenir avec une maison fiefFee de nouvel au curé ou vicaire de la dicte parroisse par dix sols de rentes. »

Suivant un papier terrier, il y avait aussi « traiziemes service de prevosté qui ne devait ni traiziemes ni reliefs ni autres charges de fief avec rentes en deniers et en oyseaux. » En 1257, dom Nicolas, curé de Froberville, concéda, en pur don et à perpétuité, aux religieux de Saint-Lô tout ce qu'il possédait ou pourrait posséder plus tard dans la paroisse, soit en bâtiments et clôtures, soit en franchises ou toutes autres choses, quelles qu'elles fussent, dans le manoir des religieux situé près de leur grange, en reconnaissance de ce qu'ils lui abandonnaient la jouissance dudit manoir pendant sa vie, moyennant une rente de trois sols (i). C'est sans doute dans l'un de ces bâtiments qu'eut lieu l'aventure dont nous avons trouvé le récit suivant :

Les religieux possédaient à Froberville un manoir, situé devant la mare commune du village. En 1273, un certain Guillaume Carpentier, dePécamp, curé de la paroisse, entra dans une maison dépendant de ce manoir et s'y installa, contre la volonté des religieux, pendant cinq jours, après lesquels étant sorti et voulant y rentrer, il trouva la porte fermée, ainsi qu'il était juste de le faire, comme il Tavoua lui-même plus tard, et s'écria plusieurs fois : haro ! haro ! à haute voix.

A ce bruit, le sergent royal chargé de la police dans le pays arriva sur-le-champ, et, avec trop d'empressement peutêtre ou sur l'instance du curé, il dressa procès-verbal et mJt arrêt-saisie au nom du roi sur le logement, situé au-dessus de la porte d'entrée du manoir et sur plusieurs autres mai- Ci) y. p. just., XIII d.

sons et bâtiments. Puis il fit assigner les religieux à comparaître aux assises du roi, pour avoir à répondre à toutes les questions que le curé disait avoir à leur poser.

Appelé devant TOfEcial de Rouen, le curé reconnut que SCS prétentions étaient ridicules et que c'était à tort qu'il avait voulu s'emparer d'une habitation qui appartenait bien véritablement au prieuré de Saint-Lô, et là, en présence de ses juges, il promit de se soumettre à toutes leurs volontés, s'engageant, tant pour lui que pour ses successeurs, à ne plus troubler les religieux dans leur jouissance et à ne jamais réclamer aucune partie du manoir, sous quelque prétexte que ce fût. H promit encore de proclamer hautement dans sa propre église, et devant les paroissiens assemblés, comme partout ailleurs, si on l'exigeait, que ledit manoir appartenait bien aux religieux par droit de propriété comme par droit de possession, et pour donner plus de poids à ses paroles et à SCS promesses il délivra une reconnaissance en bonne forme, signée du sceau de TOfficialité (i).

Vers cette époque, plusieurs donations moins importantes vinrent augmenter les propriétés que possédaient déjà les religieux dans la paroisse de Froberville ; en 1282, Guilbert du Bosc leur abandonna tout ce qu'il possédait en la paroisse, pour eux et leurs successeurs jouir, à droit d'héritage, du bien ou de son revenu, suivant leur volonté, se réservant seulement pour lui-môme la somme de six livres tournois, qu'il ne réclama pas même et qu'il abandonna généreusement (2).

Après lui, le chevalier Jean de Beuzeville se désista de tout droit qu'il aurait pu réclamer sur une maison sise à

(i) y. P. just., XIII e.

(2) y. p. just., XIII /.

Froberville et sur les cinq sous qu'il avait à y prendre, aussi bien qu'à la présentation à la cure, déclarant le tout appartenir à Saint-Lô. Il reconnut même devoir 25 sols de rente pour certaines tenues qu'il occupait à Froberville. Ces diverses concessions sont consignées en des chartes datées de 1320(1).

Ce fat contraint par la force, et non volontairement, que le chevalier de Beuzeville renonçait à la présentation. Déjà, en Tannée 13 10, aux assises de Cany, un débat sérieux s'était élevé entre lui et les chanoines de Saint-Lô. Un mandement du bailli de Caux, autorîsnnt l'archevêque de Rouen à délivrer des provisions à Richard de Foy, pourvu du bénéfice de Froberville par le chapitre de Saint-Lô, contrairement à la requête du chevalier, prouvait que celui ci n'avait pu réussir dans ses prétentions (2).

Maiè le chevalier de Beuzeville n'était pas seul à réclamer ce droit de patronage si envié de tous. A cette même époque, un sieur Nicole Osmont, nous ne savons à quel titre, avait aussi déjà fait comparaître les religieux aux assises de Cany, pour s'y entendre condamner à renoncer au droit qu'ils s'arrogeaient indûment suivant lui ; mais le résultat ne fut pas celui qu'il attendait sans doute. En effet, nous lisons dans la sentence suivante prononcée par le bailli :

« A tous ceux qui ces lettres verront le bailly de Caux, salut. Comme Nicole Osmont et sa femme ponassent un brief (3) sur le prieur et le couvent de Saint-Lô de Rouen, pour le droict du patronage de leglise de Sainte-Helenc de

(i) V, p. just.,xni^-xiii b.

(2) V. p. just., xin i,

(3) Au moyen ige on appelait bref, et par corruption hrief, la permission accordée par le roi pour intenter une action.

Froberville et le dict NîcoUe pour li et Datourne sa femme eust renonchie en lassise de Cany audict brief et eust convenu pour li et pour sa femme et pour les sœurs de sa femme et pour leurs maris le droict du patronage de la dicte église appartenir aux dicts relligieux et non a aultre et eusse promis et convenanchié a amener sa femme a lassise de Montivillier et les sœurs de sa femme et leurs maris pour faire la dicte congnoissanche et octroianche, si comme il est contenu plus plenierement au mémorial auquel cestuy est annexé, scachiez que es assises qui furent a Montiviller lan de grâce mil trois cents et dix le vendredy devant la sainct Audrieu, furent présents les dicts Nicole Osmont et Pieronnelle sa

femme et Jehan Hasle et Laurenche sa femme et en

accomplissant laccord dessus dict ils avouent et confessent pour eux et pour leurs hoirs les dicts Nicole et sa femme, etc.

le droict du patronage de la dicte église appartenir

aux dicts religieux et non a autre tant en propriété comme en pocession et que eux avoient aucun droict eux le quittèrent et abandonnèrent pour eux et pour leurs hoirs aux dicts religieux sans que eux y puissent jamais rien avoir ny reclamer ny demander, etc. (i). »

Des réclamations aussi fréquentes et par des familles étrangères les unes aux autres pourraient paraître extraordinaires, si l'on ignorait que dans la paroisse il existait cinq fiefs différents :

I*» Le fief de Hondervilk, ou Heudierville qui s'étendait sur les paroisses de Froberville, Criquebeuf, Gerville et Maniquerville, et appartenait aux religieux depuis le xn* siècle;

(i) Oq trouvera aux Pièces justificatives la renonciation intéressante pour son style, que donnèrent quelques jours plus tard Nicole Osmont et sa femme. N» XIII *.

2** Une portion de fief de Froberville, dite fief de Frobervilky assise audit lieu, se composait de quatre aveux :

Le premier, contenant trois vergées.

Le deuxième, demie acre, demie vergée.

Le troisième, vergée et demie.

Le quatrième, contenant trois perches.

Cette portion appartenait aux religieux.

La seconde portion, assise en la paroisse de Froberville et paroisses environnantes, portait le nom de Préfossé. Elle fut échangée avec M. de Caumont, en 1664, par un sieur Pelletot ou PoUetot;

3** Le fief de Bresse était un quart de fief noble qui avait passé dans les mains delà famille de Caumont en 1490, par un échange avec Louis de Bresse, baron de Maynières, qui reçut à la place le fief de Bondeville ;

4^ Le fief de Maupertus ou Mauperthuis, sur lequel les religieux avaient à prendre 8 1. 7 s. i d., 7 chapons, i poule, I poussin et 13 boisseaux d'orge;

5® Enfin, il y avait encore le fief de Bouffard ou Bouffardon, appartenant depuis plusieurs siècles à M. de Vattemare, seigneur d'Hîûnneville ou Henneville.

Les occupants de ces différents fiefs, jaloux les uns des autres, et désireux d'acquérir les droits et les honneurs attachés aux titres, se disaient tous seigneurs de Froberville et se faisaient donner cette qualité dans les aveux et autres actes, à l'envi Tun de l'autre. Cette entreprise était d'autant plus facile, que les religieux mettaient moins de zèle à défendre leurs droits et que les troubles causés par les guerres

de religion avaient amené le pillage du chartrier du monastère, dont la plupart des titres avaient été brûlés (i).

Cest dans ces circonstances qu'en Tannée 1591 Antoine de Caumont, écuyer, sieur de Bondeville et Froberville, propriétaire du fief de Bressey, profitant de ce que le siège était vacant et tout le pays en désordre, s'était permis de présenter au bénéfice et avait fait apposer ses armes aux vitres du chancel de l'église, pour usurper les droits et privilèges de patron (2).

A cette nouvelle, les religieux firent assigner le sieur de Caumont, pour qu'il eût à comparaître devant qui de droit et s'entendre condamner comme usurpateur en conséquence des titres et chartes qu'ils possédaient depuis 1179, demandant que ni lui ni les siens ne puissent à l'avenir présenter à la cure ; que les armoiries placées aux vitres du chancel soient effacées ou brisées, et que le prieuré fût maintenu et définitivement reconnu en possession du patronage.

Ce système fut adopté, et le sieur de Caumont obligé de

(i) n résulte des Mémoires déposés aux archives que les chanoines de Saint- Lô, quoique bien véritablement seigneurs de Froberville, devenaient eux-mêmes vassaux du sieur d'Hainneville, seigneur de Maupertuîs et de Bresse, à cause de pièces de terre qu'ils tenaient dans les fiefs de M. d'Hainneville, leur vassal lui-même pour d'autres tenures.

(2) Nous avons trouvé aux archives la figure d'un écusson avec une note ainsi conçue : « Armes qui sont à la vitre de dessus le maître autel et à une autre vitre de la muraille du côté gauche du chœur, qui sont avec trois pesants (besants) d'or et trois barres (fasces) d'argent en champ de GueuUe. »

Un autre écusson, également figuré, représente les mêmes armes avec une étoile d'or entre deux bêlants. Il doit y avoir ici une erreur.

Chevillard, dans son Armoriai de Normandie, blasonne ainsi les armes de Caumont, seigneur de Ganviile : d'argent à trois fasces de gueules et trois besants de mime en chef;

Et celles de Caumont, sieur de Boisemont : d^ argent à trois fasces de gueules^ la première en chef chargée dfune étoile d'or entre deux besants de mime»

convenir lui-même de son erreur, à la vue de l'authenticité des titres. La nomination faite par M. de Caumont fut annulée et les religieux maintenus dans leurs droits par sentence du 14 février 1597.

Cependant, pour réussir plus facilement dans son entreprise, M. de Caumont avait eu l'adresse, longtemps auparavant, de faire donner à bail les dîmes et rentes seigneuriales du couvent à l'une de ses connaissances, dont il s'était rendu caution, et comme le fermier était assujetti aux réparations, sous prétexte de faire remettre en bon état la principale verrière du choeur, le sieur de Caumont en avait fait enlever l'image de sainte Hélène, patronne de la paroisse, ainsi que les armes du prieuré, pour y substituer les siennes. Il avait même eu l'audace de faire payer aux religieux . les frais de ce travail.

Ceux-ci, informés du fait, intentèrent une nouvelle action, qui se confondit avec la première dans le même procès. Le sieur de Caumont fut débouté de sa prétention de nommer à la cure, et condamné « à faire effacer ses armoiries de la vitre du chœur et à faire replacer l'image de sainte Hélène ei les armoiries de Saint-Lô avec defFense de mettre aucune ceinture (i) ni en dedans, ni au dehors de l'église. »

Les armoiries de la famille de Caumont furent en effet enlevées, et sainte Hélène remise à sa place. Elle s'y voyait encore en 1755.

Depuis l'époque où Simon d'Amfreville et Jean Duvivier

(i) Dans le principe, à la mort du patron, on tendait au dedans et au dehors des églises des pièces d*étoffes appelées litres ou ceintures funèbres, ornées des armes du défunt et destinées h rester sous les yeux du public pendant les funérailles ; plus tard, on les remplaça par des bandes peintes qui restaient i perpétuité.

avaient accordé au prieuré de Saint-Lô tous les droits qu'ils avaient sur l'église de Froberville, les religieux avaient toujours perçu librement les grosses dîmes de la paroisse, nommé à la cure et joui sans contestation des honneurs de l'église jusqu'en 1574 ; en foi de quoi leurs « armoiries se voyaient peintes à la principale vitre du chancel et eux seuls étaient enterrés dans le chœur». Jusque-là, personne ne leur avait contesté leurs droits; depuis, nous l'avons déjà vu, il en fut autrement.

En 1605, on faisait refondre une des cloches de la paroisse, et M. de Caumont avait été prié d'en être le parrain. U s'y prit si adroitement, il gagna si bien le fondeur, que son nom fut inscrit sur la cloche avec la qualification de patron honoraire, ce qui était une usurpation au dire des religieux. A cette occasion, une requête fut présentée; mais, Sur ces entrefaites, M. de Caumont étant mort, sa femme le fit inhumer dans le chœur de l'église, sous la même tombe où un chanoine régulier de Saint-Lô avait déjà été placé.

De là nouvelle assignation lancée contre la dame de Cau-

Xnont à la requête du prieur : a Pierre Jugon, sergent

royal en la vicomte et sergenterie de Godarville à la

requeste de Messire Henri de Clause conseiller et aumosnier du roy prieur de Saint-Lô de Rouen seigneur patron de la paroisse de Froberville. .... j'ai fait assignation à damoiselle Anne de Martainville vefve de feu noble homme Pierre

de Caumont escuyer sieur de Bondeville a comparoir

aux requestes du pallais pour elle se veoir condamner

aux interests domages et dépens pour avoir par eux entrepris enterrer dans le cœur de leglise du dict Froberville le corps du dict defFunt sieur de Bondeville et lever une tombe soubs laquelle estoit en terre un relligieux de la dicte abbaye de

Saint-LÔ et veoir ordonner que deffences seroit faictes de faire sainture et armories dans et dehors de la dicte église et que ce qui a esté faict sera rayé et biffé comme entreprins et faict au préjudice des droits du patron »

Le procès fut entamé. Cependant, dans l'intérêt des enfants mineurs, on obtînt du prieur que Ton attendrait leur majorité pour continuer l'affaire. Toutefois, l'instance fut reprise en 165 1, parce que M"* de Caumont de Recusson, dans un aveu qu'elle rendait au roi, venait de s'attribuer la qualité de patronne honoraire de Froberville, ce qui était le sujet de la contestation.

Pour éclaircir cette position douteuse, ou peut-être encore plutôt poussés par le besoin d'argent, les religieux se décidèrent à vendre leur fief de Froberville à M. de Recusson, fils de Mademoiselle de Caumont, dame du fief de Bresse, mais en se réservant d'une manière positive le titre de seigneurs et patrons de la paroisse, titre que reconnut ellemême cette dame dans l'aveu qu'elle fit de sa nouvelle acquisition en 1677, et jamais les Caumont de Recusson n'ont eu les honneurs religieux : « ni banc clos, ni litte, ni prières nominales, ni encens, ni eau bénite (i) ». Le sieur

(i) Les droits honorifiques dus au patron, en Normandie étaient :

Ijti prières nominales. Dans les recommandations aux prières publiques, le nom et les qualités du seigneur devaient être exprimées.

ÎM préséance dans Us bancs. Le banc du seigneur devait être placé dans le choeur au côté de l'évangile ; il pouvait être fermé et avoir des accoudoirs.

L'encens. Toutes les fois que le clergé était encensé, le patron devait l'être lui-même.

La sépulture dans le ehceur dis églises. Elle était réservée aux patrons, à leurs femmes et aux curés et vicaires qui avaient fait des dons & Téglise.

Les litres et les ceintures funèbres. V. ce que nous en disons, p. 174.

Veau bénite. Elle se donnait tantôt par aspersion, tantôt par présentation de Taspersoir, selon les localités.

d'Henneville lui-même, qui par des acquisitions successives avait réuni sur sa tête plusieurs fiefs, n'avait pu jusqu'ici jouir de ces prérogatives, à l'exception toutefois des litres qu'il avait fait placer en dehors et au dedans de l'église, à la mort de sa femme, par surprise et par la négligence du procureur du couvent, qui ne donna pas connaissance au prieur de cette usurpation.

Telles étaient du moins les raisons que faisaient valoir les religieux, mais il prétendait, lui, qu'en vendant le fief de Froberville, ceux-ci, par un seul et même acte, avaient aussi vendu à sa famille les droits honorifiques.

Pour mettre fin à ces empiétements sur leurs privilèges, et faisant un acte suprême de propriété, les religieux, un jour, crurent pouvoir se permettre, avec l'assentiment des paroissiens, de &ire enlever de la tour de l'église la cloche sur laquelle le sieur d'Hainneville avait fait graver son nom et ses armes, avec l'intention de la refondre et de substituer leurs qualités et armoiries à celles de l'usurpateur.

La cloche, en effet, descendue, cassée et placée sur un chariot attelé de quatre chevaux, allait être enlevée, lorsqu'à la nouvelle de cet abus d'autorité, M. d'Hainneville en personne vint arrêter la voiture et fit interjeter action devant le juge de Montivilliers. Là il finit cependant par consentir à ce que la cloche fût fondue, mais il s'opposa formellement à ce qu'il y fût placé une inscription ou les armes du ' prieuré.

Ne pouvant réussir de ce côté, il se déclara ouvertement patron honoraire de la paroisse, ce qui lui fut accordé par une sentence qui en même temps condamnait les religieux à payer les frais.

Ce jugement nous paraît juste en tout point; îe sieur d'Henneville avait raison.

L'entretien du chancel de réglise de Froberville était à la charge des religieux pour les deux tiers, parce qu'ils avaient les deux tiers des dîmes; mais d'après les usages, l'entretien et la refonte des cloches était à la charge des habitants et des propriétaires; les religieux ne devaient donc passe permettre d'en enlever une de leur plein gré et sans le consentement des habitants.

D'un autre côté, M. d'Henneville, dans ce procès, ne réclamait pas le droit de nomination à la cure, mais seulement ce que la coutume accorde aux descendants des donateurs : aux droits honorifiques que bien véritablement les religieux avaient vendus, en 1676, avec leur part du fief de Froberville. En effet, nous avons trouvé leur désistement, dans lequel il est dit qu'ils reconnaissent damç Jeanne de Caumont, fille et héritière de Pierre de Caumont, seigneur de Froberville, et veuve de feu Louis de Recusson, chevalier, seigneur d'Allouvile, pour véritable ^^ifw^wr de la dite paroisse de Froberville, à qui appartient « tous les honneurs honnoraires ne pouvant empescher qu'ils y mettent leurs armes et ceintures en la ditte église acquiessant à ne la troubler à l'advenir dans la ditte seigneurie ny empescher quelle en jouisse elle et les siens de tous les droits qui y sont attribués

à l'exception du patronage et présentation à la cure en

étant de tout temps en possession. »

Partant de ce principe, mais en exagérant ses droits, M. d'Henneville défendait aux religieux de prendre à Tavenir la qualité de seigneurs et patrons de Froberville, mais seulement celle de présentateurs à la cure. Il ne leur permettait pas même de se dire seigneurs de Heudierville, ni d'aucun

autre fief situé à Froberville. En effet, propriétaire par sos ancêtres depuis plusieurs siècles du fief de Bouffart, il avait successivement acheté celui de Maupertuis, celui de Bresse et celui de Froberville, de sorte que, à l'époque où nous sommes arrivés, il possédait quatre fiefs dans la paroisse, et cherchait à s'attribuer aussi le bénéfice du cinquième, en contestant aux religieux les droits qu'ils pouvaient avoir dessus.

Ces droits cependant étaient incontestables ; nous avons fait connaître les chartes et donations qui en garantissaient l'origine et la possession. La mauvaise foi de ces prétentions était d'autant plus évidente que des baux pour l'exécution desquels les ancêtres du sieur d'Henneville s'étaient portés caution, ou, pour être plus vrai, dont ils avaient été fermiers , eux-mêmes sous le nom de ces particuliers, ces baux, disons-nous, et entre autres ceux du fief d'Heudierville, contenaient la stipulation que les bailleurs seraient tenus a d'aider les fermiers des titres et enseignements concernant les rentes et redevances seigneuriales dépendant du fief d'Heudierville, dont les religieux sont seigneurs et patrons, » sans compter tous les actes de vente, d'échange, les aveux, saisies, etc., où ils avaient toujours soin de conserver cette qualité. Comment pouvait-il soutenir un procès de ce genre, dans lequel ses propres titres s'élevaient contre ses prétentions ? Le résultat ne pouvait être douteux ; il perdit cette partie de son procès et gagna sur les autres points du débat.

Par une sentence du bailliage de Montivilliers de 1752, le sieur de Larrey d'Henneville fut reconnu patron honoraire de Froberville, et les chanoines condamnés à faire replacer la cloche qu'ils avaient fait enlever, casser et emporter de leur autorité privée. Sur l'appel interjeté par les religieux, ce juge-

ment fut confirmé par arrêt du grand conseil, en 1753, et les religieux condamnés à trois cents livres de dommagesintérêts. Mais un nouvel arrêt du même conseil, daté de 173 5, en défendant aux religieux de prendre le titre de seigneurspatrons de Frobervillc, leur reconnaît néanmoins le titre de patrons, présentateurs de la cure, les maintient dans la qualité de seigneurs du fief de Heudierville et les condamne aux trois quarts des dépens, Tautre quart étant compensé.

Donné à Paris, le 13 décembre 1755.

On ne peut se faire une idée exacte de la quantité de papier qui fut dépensé pour ce long et malheureux procès. Les requêtes, les assignations, les mémoires, dits et contredits, etc., composent deux grosses liasses pour eux seulement. La note des frais dus par les religieux, à la suite de tous ces débats, forme un cahier de sept feuillets écrits sur treize pages et se monte à la somme de 1,300 1.

Si les religieux de Saint-Lô avaient éprouvé de nombreuses contrariétés au sujet de leurs droits honorifiques, ils ne furent pas beaucoup plus heureux pour les dîmes qui leur étaient légitimement dues. En 1490, ils eurent à subir les reproches du curé de la paroisse. D'après les usages reçus, les deux tiers des grosses dîmes devaient appartenir au prieuré, le troisième tiers restant au curé. Mais ce dernier trouvait sa part trop faible et réclamait la dîme de tous les fruits croissant dans la paroisse, ainsi que toutes les dîmes des anciens dosages, gardinages, helages (i) et novalUs (2).

Ces prétentions n'étaient pas nouvelles, elles ne furent sans doute pas écoutées ; mais, comme on les souleva encore plus tard, nous devons signaler un arrêt par lequel, à la re-

(i) HelyHelage = Verger.

(2) Terres nouvellenieiit défrichées.

quête des religieux, la court fait inhibitions et défense à toutes personnes de troubler ni etnpeschr le fermier des dits religieux, ni le sieur de Caumont, seigneur de Bondcville plige (i) principal du dit fermier, dans la recœuitte et perception des grosses dîmes de la paroisse de Froberville, appartenant aux religieux de Saint-Lô.

Ces débats nous apprennent, en effet, que parfois les personnages le plus haut placés se rendaient adjudicataires des dîmes, sans doute pour se soustraire aux désagréments de cet impôt, lorsqu'ils y étaient soumis. Cest pour ce nîotif qu'en Tannée 1595 M- ^^ Caumont reçut une assignation pour s'entendre condamner à payer la somme de huict vingts livres (160 1.) qu'il devait pour une année de perception des dîmes de Froberville. En 15 91, déjà, un arrêt du Parlement l'avait condamné à payer les arrérages qu il devait pour la même cause.

Mais voici quelque chose de plus curieux encore : un certain M. de Thiboutot, se disant seigneur de Froberville, prétendit que nul n'avait le droit de percevoir les dîmes de la paroisse qui lui appartenaient en sa qualité de seigneurchâtelain et patron honoraire, affirmant qu'il existait un accord fait entre lui et les religieux du chapitre de Saint-Lô, en vertu duquel il avait pu pourvoir un curé du bénéfice de Froberville, mais qu'il abandonnerait désormais ce droit, si les religieux voulaient le reconnaître pour seigneur honoraire.

Sur la présentation de titres contraires à ses allégations, M. de Thiboutot, représentant de la famille de Caumont, fut obligé de céder; mais un jour, suivant un procès-verbal

(i) dtttion ; répondAnt.

rédigé en 1645, « il a fet assemblée de plusieurs de ses amis avec lesquels il a maltraté un des vales qui alloit cueillir la dîme au droict de Messieurs du prieuray de Saint-Lô et luy a premièrement desniee et en mesme instant chassé a coups de bâton en suitte de quby jey fet coucher plainte le landemain matin par le batu. » Voici le résumé de sa déposition :

Sur les trois ou quatre heures d'après midi, comme le plaignant s'était transporté sur les terres appartenant au sieur de Thiboutot pour recevoir les deux tiers des dîmes d'une pièce de seigle où le curé du lieu avait déjà pris son tiers, les gens du sieur de Thiboutot lui enjoignirent de se rendre auprès de leur maître, qu'il trouva en compagnie de plusieurs personnes, et sur la question qui lui fut posée il répondit qu'il venait, au nom du fermier de MM. les Religieux, recueillir les deux tiers de la dîme que ses gens venaient (Tapprofiier. Sur quoi le sieur de Thiboutot, se mettant en colère, lui avait dit, entre autres injures, qu'il était un bougre; qu'il lui romperait les os, et en même temps il lui avait donné plusieurs coups d'un bâton qu'il tenait à la main en ajoutant : « Tien mort dieu, voilla pour toi à cause du sieur ■ d'Alvémont (c'était le procureur du prieuré) mes non pas à cause des religieux de Saint-Lô. » Ces outrages et ces violences avaient forcé le déposant à se retirer sans avoir pu recueillir la dîme. Cette déclaration fut signée par plusieurs témoins.

Nous ne savons trop quelle fut la conclusion de cette affaire; nous apprenons cependant que les religieux restèrent en possession par les termes d'un arrêt de 1663, qui permettait aux religieux de transporter les dîmes de Froberville dans une des granges des paroisses voisines, attendu qu'il n'en existait pas à louer dans la paroisse de Froberville.

Lorsqu'on lit de semblables faits, enprésence de ces luttes

acharnées et scandaleuses, de ces interminables procès, on s'estime bien heureux que tous ces privilèges, que tous ces revenus antipathiques aux populations et incertains aient été abolis ; il est facile de comprendre pourquoi il ne se trouverait pas aujourd'hui en France un homme assez osé pour prétendre à la jouissance de droits féodaux, pas un curé qui voulût s'abaisser jusqu'à réclamer la dîme dans sa paroisse. Mettons de côté ces usages d'une autre époque, en prenant à notre profit ce qu'elle a laissé de bon.

Le revenu de la cure, suivant le pouillé d'Eude Rigaud, se montait à xx 1. et les feux à c.

La cure de Frober\âllc-en-Caux, dit le curé Avisse, dans son état des bénéfices, vers 1636, à treize lieues de Rouen, desservie par un prêtre séculier, autrefois desservie par les religieux de Saint-Lô, vaut huict cens livres de revenu. 800 1.

Dans une déclaration de 1752 on lit : Deux petits héritages, situés en la paroisse de Froberville près Fécamp, de la contenance de huict acres environ, affermés ensemble par le prix de cent vingt livres 120 1.

Les dîmes qui, avant l'arrivée des Anglais étaient estimées à 50 1. à Froberville, tombèrent à 24 s. en 1450. Les rentes dues par divers à la même époqde descendirent de 6 1. à néant (i).

En 1604, les dîmes de la terre de HudiervilU et stigncuriG de Froberville furent allouées par bail au prix de iio 1. par chacun an.

Les deux tiers des grosses dîmes étaient louées par bail, en 1531, et par chacun an 90 1.

En 1692, également par bail 360

En 1752, — S0<^

En 1787, — 750

(i) De Beaurepaire, État des campagnes dans la Haute-Normandie, p. 31X.

En 1674, deux acres de terre furent vendues par Madeleine de Berrî, femme d'Ephraïm de Larrey, par le prix de 300 1.

Il y eut à Froberville une léproserie commune pour moitié avec la paroisse de Criquebeuf. Elle était située sur le bord du chemin allant à Epouville, et fut souvent désignée sous le nom de léproserie du Val-Babeuf. Le faible revenu de cette léproserie fut attribué à l'hôpital du Havre en 1700 (i).

Sainte-Hélène de Froberville dépendait du doy. des Loges, baill. de Caux; élection de Montivilliers.

Arr. du Havre. C. et à quatre lieues de Fécamp, 720 hab.

DOYEKNÊ DES LOGES

CRIQPEBEUF '

Ecclesia de Criquebue, Eud. Rîgaud. De Crikebove, 1228. De Criqueboto. 1240. Criquebuef, R. Roussel.

Saint-Marttn.

Suivant dom Toussaint Duplessis, cette église fat donnée en 1203 au prieuré de Saint-Lô, et Gauthier de Cou tances, archevêque de Rouen, afin de célébrer dignement l'anniversaire de son entrée dans le diocèse et pour donner une preuve de sa profonde estime au révérend père Adam, prieur du monastère, voulut confirmer cette donation en sa faveur et lui abandonna, par une charte datée de 1206, la possession de l'église avec toutes ses dépendances, se réservant seulement son droit épiscopal et le privilège de nommer à la cure le prêtre qui lui serait présenté par les religieux (2).

(i) Alph. Martin» Glanes hist, sur Varr, du Havre, p. 1(4. {2) V. P. just, XXXVUL

Le pape Honoré m, qui fut élu le 3 des calendes d'août de l'année 12 16, donna aussi, pour ratifier cette donation, une bulle datée de Latran, le 11 des calendes de juin, en la huitième année de son pontificat, et après lui Grégoire DC l'accepta de nouveau lui-même vers l'année 1228 (i).

Cependant il ressort de certains aveux que* le seigneur du lieu choisissait un sujet et le proposait à l'acceptation du prieur de Saint-Lô, qui, à son tour, le présentait à l'archevêque, et c'était ce dernier qui, en définitive, nommait à la cure. C'est sans doute ce qui explique ce passage un peu obscur de la déclaration du revenu en 1462 :

a Item, par personne suffisant que leur baille le seigneur de Criquebeuf, ils ont droit de présenter à la cure du dict lieu de Criquebeuf et si y prennent les deux pars des dixmes ».

Parmi les seigneurs présentateurs de cette paroisse, on voit figurer successivement plusieurs noms historiques : C'est, en 15 18, Guillaume Le Roux, écuyer, seigneur du Bourgtheroulde, conseiller du roi en la cour du Parlement.

En I s 43, Jacqueline d'Estouteville, dame des baronnies de Briquebec et Garey, aussi dame de Merleraoul, Tiyé la ville, Tiyé le chastel, Fresnes, Lesguillon et de Criquebeuf.

En 15 81, « dame Marie de Vipart, veufve de son noble homme Jehan Ysnel, sieur et patron de Criquebeuf. »

En la même année, Charles Martel, seigneur et « chastelain de la terre et chastellenie » de Rames, gentilhomme ordinaire de la maison du roi, conseiller et chambellan de Monseigneur le duc frère du roi, ayant la garde noble des enfiants mineurs de défunt noble homme Ysnel de Criquebeuf.

(i) V. P. just., xxxxiv-xxxxv.

En 1661, Claude de Monchy, seigneur de Moîsmont, Sainte-Radegonde, seigneur et patron de Criquebeuf.

En 1708, c'était le marquis de Saint-Julien, à cause de sa femme, et, plus tard, ce furent les Rome de Fresquiennes, seigneurs de Gommerville.

En 1240, une sentence de TOfEcial de Rouen avait adjugé aux religieux de Saint-Lô les deux tiers des grosses dîmes de la paroisse. Elles étaient louées, en 1508, douze livres par an; en 1577, soixante livres; en IS72, soixante-treize livres et l'obligation d'entretenir le chancel. En 1771, deux cents livres.

En 1595, le curé de la paroisse ayant cru pouvoir percevoir à son compte la moitié de ces grosses dîmes, plainte fut portée de son usurpatioù à l'OfEcial ; il fut condamné à rendre ce qu'il s'était injustement approprié.

Quant aux rentes ducs au prieur^ par les vassaux de Criquebeuf, qui, à l'arrivée des Anglais, se montaient à la somme de XV 1., elles tombèrent à cette époque à x 1. et même à VI 1.(1).

La cure de Criquebeuf, desservie par un prêtre séculier, pouvait valoir au milieu du xvn* siècle la somme de 400 1.

Elle faisait partie du baill. de Caux. V. de Montivilliers. Archid. du G.-C, doy. des Loges. Au xiu*" siècle, elle ne comptait que 24 feux, suivant Eude Rigaud, et ne valait que xn I.

Comm. de l'arrond. du Havre, cant. de Fécamp, 254 hab.

L'église actuelle est moderne en grande panie; le clocher seul peut remonter au xvi* siècle (2).

(i) De Beaurepsiire, État des camp, dans la Haute-Normandie, p. )ii. (2) V. Tabbé Cochet, Églises de Varr, du Havre,

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