‹ Histoire du Prieuré de Saint-Lô de RouenChapitre 32 sur 78 · MEULAN · texte numérisé non relu

MEULAN

Meullentum Eude Rigaud. Meullent, 14 19.

La Sainte-Vierge et Saint-Nicolas.

Les chanoines de Saint-Lô achetèrent, vers Tannée 11 70, des vignes à Meulan pour en tirer le vin nécessaire aux usages de leur couvent, et quelques années plus tard, en II 90, Robert, comte de Meulan, leur accorda franchise de ^ tous droits de péage et d'impositions d'entrée pour tous les vins provenant de ces vignes qu'ils faisaient arriver par eau jusqu'à Rouen (i).

Cette exemption leur fiit confirmée par une charte de Charles V, roi de France, rapportée par un viditnus de Guillaume Ango, lieutenant général de la ville de Rouen, et daté de 1481, dans lequel le dit Ango reconnaît « avoir veu tenu et leu mot après mot dues lettres en parchemin scellées en las de soie de cire verte saines et entières en scel seing et escriptures des quelles la teneur en suyt ».

Par ces lettres, le roi Charles confirma aux religieux l'exemption de tous droits sur leurs vins qui leur avait été déjà accordée par saint Louis, son ancêtre, et par la reine Blanche.

En 1484, une sentence du bailli de Meulan condamna le fermier des Aides, pour avoir saisi deux muids de vin

(i) V. p. just., LXXXXIII.

achetés à Thémericourt pour la provision des religieux de Saint-Lô, et déclara le dit prieuré exempt de tout droit d*entrée.

Ces mêmes privilèges leur furent encore accordés par Charles VIII, en 1485, et cependant, en 1642, les religieux, malgré leurs réclamations et la production de tous ces titres, furent condamnés à payer la somme de vingt-quatre livres pour avoir fait entrer, sans déclaration préalable, huit pièces de vin dans la ville de Rouen par la porte Saint- Hilaire.

Le dénombrement des revenus du prieuré de Saint-Lô, en 1462, s'exprime ainsi : « Item en la ville de Meulent un hostel droit de prainseur (i) avec sept arpens de vigne des quels hostel et vigne ils font rentes tant au roy que a plusieurs personnes. »

La ville de Meulan faisait partie du diocèse de Rouen, archidiaconé du Vexîn français, bailliage de Mantes et Meulan; général, de Paris.

Le célèbre Walerau, de Meulan, était seigneur de Brionne, de Pont-Audemer, d'Elbeuf et de Beaumont-le- Roger, au commencement du xu* siècle. Nous avons déjà vu figurer un sire de Meulan parmi les bienfaiteurs de Saint-Lô.

Suivant le pouillé d'Eude Rigaud, la cure valait trente livres et contenait deux cents feux.

C'est aujourd'hui un chef-lieu de canton du département de Seine-et-Oise, arrondissement de Versailles, sur le bord de la Seine, et comprenant 2,527 habitants.

(i) Pressoir.

THÉMÉRICOURT

Ecclesia de Theraericourt, 1205. Sancta-Maria de Temericuria, 1228.

Temericort, xiiie siècle. Tericort, E. R. Tericourt, Thericours, Du-

plessis.

La. Sainte-Vierge.

L'église de Théméricourt avait été donnée, en 1205, au prieuré de Saint-Lô par Gauthier, archevêque de Rouen (i). Elle éuit de celles qui devaient toujours être desservies par un chanoine régulier, ainsi qu'il était écrit dans une bulle du pape Martin V, fulminée et exécutée par l'archevêque Gauthier, et dans laquelle on lisait qu'en cas de vacance, c'était un prêtre de Saint-Lô et non tout autre qui devait occuper le bénéfice.

Effectivement, nous avons rencontré aux archives une série de présentations, collations et possessions du bénéfice de Théméricourt accordées pendant l'espace de quatre cents ans à des chanoines de ce prieuré, et même un arrangement daté de 1498 et passé entre deux religieux qui prétendaient l'un et l'autre jouir de la cure. Cependant, à cause des troubles politiques et par l'autorité des seigneurs du village, la cure fut plusieurs fois desservie par des séculiers, mais contre la volonté des religieux, qui toujours firent leurs efforts pour reconquérir leurs droits reconnus véritables par plusieurs arrêts du Parlement.

Leurs adversaires faisaient valoir que trois prêtres séculiers avaient successivement occupé le bénéfice par la négligence des religieux et qu'un quatrième serait bien fondé à

(i) F. P. just., xxxix.

le posséder à son tour; que le seul fait de ^interruption dans la jouissance suffisait pour faire tomber la cure en commende, etc.

Les religieux répondaient qu'ils n'avaient jamais cédé qu'à la force, et qu'à chaque vacance du bénéfice ils s'étaient présentés; que si, depuis 1587, il avait quelquefois été desservi par des prêtres séculiers, c'est « qu'aucun des religieux de Saint-Lô n'y pouvait résider à raison des guerres civiles et que les gentils hommes de la dicte parroisse de Théméricourt molestaient les dicts religieux parcequ'ils y vouloient mettre des curés à leur phantaisie »; que ces curés séculiers avaient toujours joui malgré eux, par la résignation de leurs prédécesseurs et en se faisant pourvoir en cour de Rome, jusqu'en 1648, mais que le procès actuellement engagé allait sans doute faire changer la face des choses et rendre justice au bon droit.

A cette époque, en effet, un arrêt du grand conseil donna gain de cause au prieur et ordonna encore une fois qu'un religieux de Saint-Lô serait seul pourvu du bénéfice.

Outre ces droits purement honorifiques, le prieuré de Saint-Lô avait encore dans la paroisse de Théméricourt les deux parts des grosses dîmes avec quelques pièces de terre labourable et de vignes, un pressoir, un cacque (i) de vin vermeil et quelques rentes en argent que recevait le curé de la paroisse pour subvenir à la subsistance et à l'entretien de lui et de son compagnon.

Quelques petits qu'ils fussent on tenait à ces revenus; nous voyons, en efiet, que dom Nicolas Gaumont, qui était curé de Théméricourt en 1668, ayant demandé que deux

(i) Sorte de baril.

habitants de sa paroisse, qui devaient la dime pour la laine et les agneaux de leurs troupeaux, en fussent déchargés à l'avenir, en leur qualité de bienfaiteurs « pour avoir fait certaines aumosnes », concession qu'il n'aurait pu accorder de lui-même sans le consentement du chapitre, obtint sa demande, mais à condition que la dite exemption ne pourrait porter aucun préjudice aux droits du curé sur la paroisse et qu'il s'obligerait par serment à les maintenir.

Une de ces pièces de terre, plantée en vignes, était louée six sous parisis par an. La cure, au xm*^ siècle, valait quinze livres et renfermait soixante feux.

Théméricourt, situé dans lachâtellenie de Meulan, proche Vigny, à trois lieues de Pontoise, faisait partie de l'archidiaconat du Vexin français, doyenné de Meulan, gouvernement d'Ile-de-France, généralité de Paris, diocèse de Rouen.

C'est un village de 274 habitants, commune de Marines, département de Seine-et-Oisc.

GADANCOURT

Wadencourt, 1141. De Wadencuria, 1228. Gadencort, Gondencourt, Gadencuria, xiii^' siècle. Gamencourt, 1419. Godencourt, 1462. Gondecourt, Duplessis. Saint-Martin.

Tout auprès de Théméricourt et du bourdeau de Vigny ^ dans la châtellenie de Meulan, les chanoines possédaient aussi le patronage de la cure de Gadancourt, qui leur avait été donnée avec toutes ses dépendances et ses revenus, en

1205, par Gauthier, archevêque de Rouen, en se réservant seulement, pour lui et pour ses successeurs, un boisseau d'avoine^ payable par chaque année^ lorsqu'il allait leur demander Thospitalité ([).

Cependant, le moine Duplessis soutient, dans sa Description géographique de la haute Normandie^ que l'abbaye du Bec avait reçu cette même église et les dîmes, de la paroisse en 1141, de la générosité de Hugues d'Amiens, archevêque de Rouen; que cette donation avait été confirmée par Rotrou en 1182 et que ce monastère présentait encore à la cure en 1467.

Nous ne savons trop comment concilier la différence qui existe entre la charte invoquée par Duplessis et celle de Gauthier que nous donnons aux pièces justificatives; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il résulte de la déclaration faite au roi Louis XI, en 1462, que les religieux avaient, avec le patronage de Gadancourt, « la tierce partie des dixmes, saize arpents de terre ou environ avec demy muid de blé sur la grange du seigneur du lieu (2) ».

Une autre déclaration, que fit, en 1547, le prieur Pompilio Delvinio des biens du prieuré, situés en la paroisse de Gadancourt, près le grand chemin qui conduisait de Paris à Rouen, nous apprend qu'ils avaient aussi un pressoir, des vignes, et en fait de rentes, un cacque de vin vermeil, rendu par chacun an en leur pressoir de Meulan.

Bien que dans les déclarations du revenu il soit dit que les religieux de Saint-Lô avaient le tiers des dîmes, il paraît cependant qu'il y avait quatre décimateurs : l'abbaye de Saint-Père, en vallée de Chartres, congrégation de Saint-

(i) r. p. jMt., xxxix.

(2) V, p. just., LXIX.

Maur, le prieuré de Gaillonnet (i), celui de Saint-Lô, et enfin le curé de la paroisse.

Ce détail nous est fourni par les pièces d'un procès qui: s'éleva, en 1742, entre les parties, pour fixer les limites où devaient s'exercer les droits de chacun. Des experts avaient été nommés pour les arrêter, mais ils rencontraient dès le début un obstacle difficile à vaincre. Pour faire le partage avec équité, il ne suffisait pas d'arpenter les terres et de les diviser en quatre parties égales, mais bien de former quatre lots d'une même valeur. Or, au nord de la paroisse se trouvait de la bonne terre; au midi, de la médiocre; au couchant, de la mauvaise; à l'orient, de la très mauvaise. On ne pouvait pas donner une partie de ces diverses qualités à chacun des ayants droit et les obliger à parcourir la campagne, du nord au midi et de l'ouest à l'est, pour recueillir quelques gerbes de blé ou autres produits, il fallut agir par compensation.

Le chiffire des terres dimables se montait, à Gadencourt, environ à cinquante arpents, mesure de Meulan.

Dans le partage des revenus du prieuré, fait en 1647 avec le prieur commendataire de Cordes, le produit des dîmes de ces terres, pour les religieux, est estimé à quarantehuit livres. Cette même part était affermée^ en 1658, par le prix de soixante livres et par celui de cent cinquante-cinq livres, en 1732, avec l'obligation d'entretenir en bon état de réparation le chancel de l'église, travail qui était estimé à trois livres par an. Enfin, ces dîmes, en 1782, étaient louées

(i) Le prieuré de Saint-Pierre-de-Gaillonnet, situé en la paroisse de Serincourt, doyenné de Meulan, dépendait de l'abbaye de Saint-Josse-aux-Bois, ordre de Prémontré.

deux cent soixante livres de fermage, aussi avec l'obligation d'entretenir le chancel.

Le clocher de l'église de Gadancourt était surmonté d'une flèche en pierre de taille. Nous avons trouvé le devis des travaux qui durent y être faits en 1785. On y parle de rétablir en pierre le cordon d'arrite, la barbe à canne, de reprendre à chaux et ciment les joints des pierres de la flèche et des quatre petits clochets par dessus et par dedans ; de barres de fer en crampons pour soutenir la croix, etc. Ce travail coûta deux cents livres dont les religieux payèrent leur part.

La cure, située dans le grand vicariat de Pontoise, doyenné de Meulan, et desservie par un prêtre séculier, pouvait valoir, au xvii* siècle, huit cents livres de revenu. Au xni', elle n'était portée qu'à quinze livres et le nombre des feux à quatre-vingts. Suivant le pouillé d'Eude Rigaud, il y avait, à cette époque, contestation entre les religieux de Saint-Lô et l'archevêque de Rouen au sujet du patronage de l'église, attendu que le prieur du monastère aurait avoué que ce patronage leur avait été accordé autrefois sans le consentement du chapitre (i). Cette prétention, si elle a existé, ne fut pas écoutée et le prieuré continua comme par le passé à jouir de ses avantages.

Gadancourt appartient aujourd'hui au département de Seine-et-Oise, canton de Marines, arrondissement de Pontoise^ avec 108 habitants.

(i) r. une copie du pouillé d'E. R. aux Archives de la Seine-Inférieure.

Page 1