MESNIL-GEOFFROI
Capella de Maisnillo Terri; de Maisnillo Terrici, 1202; de Mesnillo Tyerrici, 1220. Monasterium Mesnilli Terri, 121 1. Mesnillum Cerrici, sive Gaufridi, £. R. Mesnillum Gaufridi, ex antiquo libro. Mesnil-Geouffrey, 1419. Mesnil-Guiefïroy, 1462.
Saint-Ouen.
Pierre de Cantelou avait donné au couvent de Saint-Lô, pour en jouir à perpétuité, le patronage de l'église de Mesnil-Geoffroi, qui n'était alors qu'une simple chapelle, et portait le nom de Mesnil-Thierri, avec toutes ses dépendances et tous lesdroitsqu'ilpouvaity posséder lui-même (i). Mais sa charte, sans date, ne pourrait nous éclairer sur l'époque où cette concession eut Ueu, si le vénérable Gauthier, archevêque de Rouen, entre les mains duquel ce droit de patronage avait été déposé, n'en eût confirmé et ratifié la possession par une charte, signée de son sceau et datée de Déville, le 13 des kalendes de l'an 1202 (2). Le même archevêque cite encore, en 1205, ^^^^^ église au nombre des bénéfices accordés aux chanoines réguliers (3).
(Quelques années plus tard, en 121 1, Robert le Masurier donna aux mêmes religieux une pièce de terre située auprès dii tnonastire du Mesnil-Terri, moyennant la faible redevance
(1) r. p. just., xxxiii.
(2) F. p. just., xxxiv.
(3) V. p. just., XXXIX.
de deux sous de rente, qu'ils étaient obligés de verser tous les ans entre les mains de Pierre de Cantelou ou de ses héritiers, par moitié, au jour de saint Michel et à la micarême, suivant l'aveu que le ditRobert lui en avait rendu (i).
Enfin nous avons trouvé une reconnaissance du sieur Godefroy Tranchefer, par laquelle il avoue n'avoir aucun droit sur le patronage de l'église de Mesnil-Thierry^ près le MesniUDurdent, au sujet duquel un différend s'était élevé avec les religieux, et qu'un clerc, du nom de Briton, avait été chargé de vider (2).
Voici ce que le prieuré de Saint-Lô possédait en cette paroisse suivant la déclaration de 1462 : « Item en ycelui bailliage en la dicte viconté de Caudebec soubz le siège de Cany leur appartient le patronnage de la cure du Mesnil- Guiefiroy avec plusieurs masures domosne et saize acres de terre ou environ et sur lesquelles ils ont rente en argent et grains avec les deux pars des dixmes dicelle paroisse (3) ».
Le fermier des terres, en 1577, devait « parchascunan... a deulz terme egallement Noël et Sainct Jehan Baptiste par moytye avec ung demy baril de harenc blanc plein et pecque (4) du meilleur... et deubz mines de poix blancs ou vers mesure de Doudeville bons loyauk et marchands rendus en ceste dicte ville au jour de Chandelleur et la somme de huict vingts livres tournois (160 livres) (s) ».
En 149 1, les chanoines de Saint-Lô avaient fieffé à Guillaume Olivier, sieur de La Motte, douze acres et demie
(i) F. p. just.. xxxx.
(a) V. p. just., XXXXI.
(3) V, p. just., LXIX.
(4) Fraichement salé.
(s) V. p. just., LXXXVI.
de terre, sises en la paroisse du Mesnil-Guifrayy par six livres douze sous six deniers de rente; mais ils durent rentrer en possession de cette propriété, puisqu'en 1563 ils en faisaient un bail moyennant trente livres tournois par an.
Quelques années plus tard, en 1587, ils mirent en vente ces mêmes douze acres et demie de terre pour subvenir au payement de la somme de quatre cents écus, accordée à Sa Majesté par Notre Saint-Père le Pape, à prendre sur le temporel ecclésiastique. Probablement, cette vente ne réussit pas mieux que la première; en effet, on 1595, ces mêmes terres, avec les dîmes de la paroisse, étaient louées moyennant dix livres tournois de rente qui servaient au curé de pension annuelle, avec quarante écus en argent, « ung quartanet (i) de harent blanc plain et pecque du meilleur qui se trouvera au marclié, une mine de bons pois blancs ou verts mesure de Doudcvillc et deux chappons, le tout par chacun an. »
Ces mêmes terres et dîmes étaient louées, en 1626, par le prix de sept vingt livres tournois (140) en argent et deux cappons par chacun an'. Mais en 1656 les douze acres et demie de terre furent vendues à Guillaume le Seigneur, écuyer, seigneur du Mesnil-Geoffroy, « de la Heuze et autres lieux en franc (2) avec le patronage y annexé et droit de présenter à la cure par le prix de 2,300 livres tournois ».
Ce marché était à peine terminé que le dit sieur Le Seigneur, voulant donner aux religieux de Saint-Lô une preuve d'estime et de reconnaissance, leur fit la concession suivante, du droit de patronage qu'il venait d'acheter, en ces termes : « Le vingt-sixième jour d'août mil six cent cin-
(i) Qjiartaut, quart d'un muid.
(2) Hxempt de tous droits seigneuriaux.
quante sept... par devant les notaires gardenottes du roy nostre sire... fut présent Guillautile Le Seigneur, écuyer, patron du Mesnil Geoffroy, seigneur d'Admeny, Auzouville, du Rocher, demeurant au dit lieu du Mesnil en Normandie, vîconté de Caudebec, donne en pure aumosne aux vénérables religieux prieur et couvent du prieuré de Saint-LÔ... le droit au dit sieur d'Admesnîl appartenant de pouvoir présenter à la cure du dit lieu du Mesnil... à la charge de faire participer le sieur donateur, ses oirs et aians cause, aux prières et suffrages de la communauté des dits religieux. »
Cet acte de générosité avait peut-être été inspiré à Guillaume Le Seigneur par la concession que lui avait faite le prieur de Saint-Lô, en lui permettant de construire une chapelle dans le chœur de l'église du Mesnil-Geofiroy. •
En effet, le 19 mars 163 1, le curé et les principaux habitants de la paroisse s'étant assemblés pour traiter des affaires de Téglise, « monsieur Guillaume Le Seigneur, escuier, sieur de la Heuze, Auzouville et de Saint-Ouen, en partie seigneur et patron d'Admesnil et Carville », se fît introduire au milieu d'eux et leur fit part d'une lettre qu'il disait avoir adressée à Mgr de Gordes, prieur commendataire de Saint- Lô, pour lui exposer que l'église du Mesnil-Geoffroy, lieu de sa résicfence, n'avait été de tout temps jusqu'ici desservie que par un curé et que pour la commodité des paroissiens et de sa famille il désirait fonder « une messe et Libéra de bas et donner pour la dite église cinquante livres de rente pour faire prier pour lui », en considération de laquelle fondation il réclamait de Mgr de Gordes l'autorisation de faire construire une chapelle de quinze pieds de long et douze pieds de large, hors le chœur de l'église et à l'aile gauche, pour recevoir, lui et les siens, pendant leur vie, et
leur servir de sépulture après leur mort; laquelle chapelle aurait une arcade fermée par une balustrade du côté de l'église et une petite porte pour en sortir, s'engageant pour lui et pour les siens à l'entretenir et à prier pour la santé et la prospérité du prieur.
Au bas de cette supplique Mgr de Gordes avait écrit de sa main qu'il acceptait la présente demande à condition qu'un acte serait passé avec le curé et les habitants; qu'il ne serait causé aucun dommage à l'église et que le requérant ne pourrait prétendre à aucuns droits honorifiques au préjudice du prieur. A ces conditions, il pourrait faire construire la chapelle qu'il réclamait, et, sur les cinquante livres de rente promises, il en serait payé six au curé pour chanter un Libéra avec les prières accoustumies au commencement ou à la fin de la grande messe et faire dire la dite basse messe de fondation au maitre-autel ou dans ladite chapelle, au choix du fondateur (i).
Le tout était daté de Paris, en l'hôtel de Mgr de Gordes, le 12 d'octobre 1650.
Dans le partage fait en 1647 avec l'abbé commendataire, les dîmes de la paroisse seules, puisque les terres avaient été vendues, sont estimées à cent soixante livres de revenu.
(i) La famille de La Hcuze était puissante et fort ancienne. Elle avait fondé le prieuré de Saint-Martin, près Bellcncombre, pour y placer des religieux de Tordre de Saint-Augustin, qui l'ont desservi pendant très longtemps, et, pour ces motifs, étaient obligés d'aller chercher le seigneur une fois par mois sur une baquenée blanche, pour le conduire k l'église éloignée d'une demi lieue de sa demeure. En 173 1, on voyait encore, sur la grande verrière de l'église du Mesnil-Gcoflfroy, les armes de cette noble famille : d'or à trois bouges eU sabU, et, dans le milieu du chccur, la tombe de haut et puissant seigneur Jean de la Ileuze, chambellan du roi, qui trépassa, l'an 1386, le 7* jour de septembre. — y, Hisi, de Roui'ti par un iolitaire, t. V, p. 172.
En 1752, elles furent louées par le prix de cent trois livres avec l'obligation d'entretenir le chancel (i). En 1770, elles étaient affermées au mêtne prix par messire Jacques Qe-. lannoy, chevalier, seigneur de Bellegarde et autres lieux, conseiller en la grand'chambre du Parlement de Normandie.
Ce même M. Delannoy, seigneur de Bellegarde, devait en plus au couvent de Saint-Lô trois mines d'orge de rente foncière comme héritier des siens et de dame de La Heuze.
La cure, d'après un document du xvii* siècle, desservie par un prêtre régulier, pouvait valoir de trois à quatre cents livres de revenu annuel (2). Cependant, en 1656, le curé se plaignait que le bénéfice était trop peu important pour qu'un prêtre pût y vivre honorablement. Une enquête fut ordonnée, et les témoins entendus furent unanimes pour déclarer que le revenu ne valait pas au curé plus de deux cent cinquante à trois cents livres, année commune; que plusieurs pièces de terre n'étaient plus labourées à cause* de leur mauvaise qualité; on y récoltait à peine la semence; d'autres en costières etperrey ne produisaient que des brières et autres meschantes herbes.
Le Mesnil-Geoffroi, sous l'invocation de Saint-Ouen, appartenait à l'archidiaconé du Petit-Caux, doyenné de Canville, bailliage de Caux, vicomte de Cani. Du temps d'E. Rigaud, la cure valait quatorze livres et comptait vingtsix feux seulement.
La paroisse avait été érigée en succursale en 1807, et la commune réunie, en 1823, à Ermenonville. En 1879, la succursale fut supprimée. Par suite, le Mesnil- Geoffroy n'est plus qu'un hameau d'une cinquantaine d'habitants,
(i) V, p. just., LXXXVI.
(a) V. p. just., LXXXV.
dépendant d'Ermenonville, paroisse de Tarrondisscment d'Yvetot, canton de Fontaine, 500 habitants environ.