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DIOCÈSE DE COUTANCES AGON

Aagona, Aagon, anciens titres.

Saint-Evroult.

Suivant quelques auteurs, le nom d'Agon, et plus anciennement Aagon, dériverait du mot celtique aa, eau, ou

(i) V. p. just., LXIX.

bien encore du latin aqua^ qui a la même signification. Agon voudrait donc dire lieu entouré d'eau, lieu humide.

Lorsque l'évêque Thierry eut reçu de la générosité de Rollon Téglise Sainte-Trinité de Rouen depuis Saint-Lô, il fit venir de Coutances des chanoines pour l'aider à célébrer l'office divin dans sa nouvelle cathédrale. Depuis cette époque une prébende ou canonicat était toujours réservé dans le chapitre de Coutances pour être aflfecté au prieur de Saint- Lô quel qu'il fût.

Le gros de cette prébende était toujours assis en la paroisse d'Agon, diocèse de Coutances, que Rollon avait donnée à l'évêque Thierry, en même temps que Sainte-Trinité, nous ne savons pour quel motif; ce qu'il y a de certain, c'est que, à la fin du xiii® siècle, les religieux de Saint-Lô avaient le patronage d'Agon, ainsi que l'indiquent une charte de Hugues deMorville, évêque de Coutances, datée de 1237 (i), et plus tard l'aveu fait au roi en 1462, où nous relevons ce» passage :

« Item au baillage de Costentin et viconté de Constances ils ont une prébende et chanoinie (2) (chanonynerie, 141 p) en la mère et cathedral eglize du dit lieu de Constances la . quelle tient quicunqùe soit prieur du dict lieu de Saint-Lô et y a le dit prieur lui présent la distribution telle que lun des autres chanoines et voix en chappitre en élection et en toutes choses et en est le gros assis en la paroisse d'Agon ou les dis de Saint-Lô prennent la moitié des dixmes et si y

(i) V, p. just., Lxni.

(2) La prébende du prieur de Saint-Lô, comme chanoine de G)Utances, consistait dans la moitié d'Agon avec la moitié de la dime et une charruée de terre.

La charruée était le terrain qu'une charrue attelée de six boeufs pouvait 1»boorer en un jour.

présentent alternativement à Tencontre de sept des chanoines de la dicte église de Coutances coniointement avec quatre livres de rente de pension sur la cure de la dicte paroisse d'Agon. Item ils ont à cause du dit gros en la parroisse d'Ourval traize boisseaulx de foilrment et le grange au dict lieu d'Agon semblablement et une masure tenue de eulx dont il leur est deub rentes en deniers et en oyseaulx (i). a

Voici ce que disent sur les revenus des religieux dans la paroisse d'Agon les aveux ou déclarations à différentes époques :

« Le fermyer de la prébende et dixme appartenant à mon dit seigneur le prieur en la parroisse d'Aagon doibt par chnscun an la somme de six vingts dix livres tz... rendu en ceste ville de Rouen a ses dépens (2) VI ** X 1.

a Le cure d'Agon proche Constance en basse Normandie a la nomination alternatifve du chapitre de Saint-Lô de Rouen et des chanoines de la cathédrale du dict Constance peut valoir douze cents livres (3) 1,200 1. »

Dans le partage du revenu fait en 1647, entre les religieux et l'abbé de Cordes, XXXI* prieur, le chiffre des dîmes est estimé à 200 1.

La moitié des grosses dîmes avec la soumission d'entretenir de réparations le chancel et la grange, travail estimé à 6 1., était porté en 1747 à la somme de 496 1.

Dans le principe la paroisse d'Agon était occupée par deux vicaires desservant la cure chacun à leur tour pendant une semaine, et prenant alternativement la direction du

(i) V. p. Just., LXIX.

(2) Déclaration de 1577, P. just., LXXXV.

(î) Etat des bénéfices, P. just., LXXXVI.

temporel et le soin des âmes, avec les mêmes pouvoirs et sans que l'un fût soumis à l'autre.

L'évoque de Coutances, comprenant combien cette égalité d'autorité, jointe à la division dans le service, était préjudiciable à une bonne administration et au salut des fidèles, arrêta, avec le consentement mutuel des chanoines prébendes de la cathédrale de Coutances et de ceux de Saint- Lô, que désormais il n'y aurait qu'un curé qui jouirait seul et tranquillement de tout ce que possédaient auparavant les deux vicaires par moitié. C'est à savoir le revenu de l'autel (altalagium)y la dîme du hameau de Costainville (hamellide Cosiainvilk), avec les dîmes des poissons, les revenus de la terre et les offrandes appartenant de droit au curé de la dite église, à charge pour lui de payer par chaque année une pension de huit livres tournois aux chanoines de Coutances et au prieur du monastère par parties égales, moitié à la fête de Mont-Martin (Montis Martini), et l'autre à la Purification de la Sainte- Vierge. De plus, ledit curé devait faire l'aveu de son bénéfice soit entre les mains des chanoines de Coutances, soit aux religieux de Saint-Lô, et partager entre eux également la moitié des dîmes de la paroisse. Enfin, il était tenu d'avoir avec lui un autre prêtre, afin qu'il s'en trouvât constamment deux sur la paroisse. Les chanoines de Saint- Lô et ceux de Coutances conservaient toujours le droit alternatif de nommer à la cure et d'envoyer, chacun à leur tour en possession de la totalité du bénéfice qui bon leur semblerait, sans que les autres pussent s'y opposer (i).

Cependant, quelques années plus tard, un certain Olivier Paegnel, seigneur d'Agon, voulut contester ce droit de

(i) V. P. just., LXIII.

patronage, prétendant le posséder seul lui-même. Cette prétention par trop hasardée ne pouvait se soutenir longtemps et nous avons trouvé la charte par laquelle, en 1299, il renonce à tout droit, à toute action qu'il aurait pu avoir sur la présentation ou le patronage de ladite église, moyennant un service solennel pour le repos de son âme et de ceUe de sa femme que les religieux prirent l'engagement de célébrer par chaque année (i).

Le curé qui occupait la paroisse d'Agon jouissait de certains privilèges : il était un des archiprètres de l'insigne cathédrale de Coutances qui devaient se tenir aux côtés de l'évêque chaque fois qu'il lui arrivait d'officier pontificalement; il avait juridiction ecclésiastique entière sur ses paroissiens et n'était soumis ni au déport (2) ni à l'obligation d'assister aux synodes du diocèse ; son vicaire, de son côté, n'était pas tenu de présenter des lettres spéciales pour remplir son ministère (3).

La jouissance des dîmes d'Agon à moitié par les chanoines de Coutances et par les religieux de Saint-Lô en rendait la perception difficile; les fermiers auxquels les religieux louaient leur part en tiraient le plus grand profit par tous les moyens possibles; chacune des parties se croyait lésée par l'autre et il en résultait de fréquentes contestations.

(i) V. p. just., LXIIIfl.

(2) Droit que le seigneur prélevait sur un fief qui n*étsiit pas occupé. À Texemple des seigneurs, les évèques, sous prétexte qu'ils donnaient Tinvestiture du bénéfice comme les seigneurs la donnaient pour leurs fiefs, s^arrogèrent une semblable rétribution, connue sous le nom de déport , sur le revenu des cures vacantes. Bientôt, à leur tour, les religieux prétendirent aussi au droit de déport et ceux de Saint-Augustin l'exigèrent sur tous les bénéfices vacants à leur nomination. (Houard, Dictionnaire du droit normand.)

(3) V, P. just., LXIII h.

Vers le milieu du xv* siècle un débat de ce genre donna lieu à un procès, à l'occasion duquel un des chanoines prébendes publia contre ceux de Saint-Là un mémoire d'où nous allons extraire quelques passages. U y est dit que « les dicts sept chanoines avaient et ont droit de posséder les dictes dixmes; que les dictes dixmes doibvent estre subhastees (i) a yssue de la messe devant le cymetière et au rabat (rabais) et bailles a chairier a deulx chairtiers et que les dicts chanoines doibvent mètre deux batteurs en la grange pour ung an et le dict prieur ung et vice versa le dict prieur pro alio anno en doibt mètre deulx et les dicts chanoynes ung et y doibt avoir deulx clefe pour garder les drois des dicts chanoynes et prieur. »

« Item que les dicts bateurs doibvent porter au samedy aux dicts chanoynes et prieur ce qu'ils ont batu la sepmaine des dicts blés et bailler par escript a qui il ont baille les estrains (2) en quel nombre et a quel jour de quoy il ne font rien ainsy les dicts chanoynes et prieur ne peulvent scavoir combien leurs portions vallent car de présent plusieurs sont mal renommes et de mauvaise conscience. »

« Item il est vérité que les dicts malfaicteurs qui descousîrent (3) ledict procès qui estoit cousu (4) au commenchement du procès a présent pendant entre Lohier ses compaignons et le dict Auber ne furent pas contens davoir embley (5) et descousu le dict procès mes après allèrent a la fenestre de Pierres Logne notaire et procureur du dict

(i) Criées i renchère.

(2) Paille, fourrages ; de stramen.

(3) Retirèrent de cause.

(4) Qui était au rôle.

(5) Embltr = fuir, éviter.

Auber et prindrent furtivement et larrechineusement (i) loutre plus du dict procès les quels sont excommuniés aggraves (2) et reaggraves et le confttndantur et tous ceulx qui en ont veu ou sceu aucune chose. »

« Item... avons este plus de mi ** ans chanoynes de la dicte prébende du bois Héron assise a Quiebou... et jamais ne fust veu ne oy que on ayt arrestey et prins de faict nos dictes dixmes comme ont faict les dicts Loyer et ses compaignons les queulx sont excommunies par la charte du duc Guillaume, n

Ce mémoire fut remis au chantre de la cathédrale de Coutances pour être porté à Rouen et présenté au prieur de Saint-Lô.

Un autre mémoire, écrit par le curé prébende de Sainte- Suzanne de Quiebou en la prébende de Boishéron, sans doute pour soutenir ces réclamations, nous donne quelques autres détails curieux et nous feit voir, comme le premier, l'animosité qui régnait dans ces sortes de discussions :

« Item, il a esté acoustumey en temps passay et de si longtemps qu'il n'est mémoire du contraire jusques au temps que maistre Hugues de Laye natif du pays de Bourgongne est venu à traictier et gouverner la part du dictpriour davoîr eu en la porte de la dicte grange ung petit huysset (j) en quel en laes (4) de devant estoient attachées et pendues deux serreures fermantes a deux clefs non semblables lune àlautre des quelles le dit priour ou ses fermiers et commis gardoient lune et les dis chanoynes ou leurs commis gardoient lautre

(0 Comme des larrons.

(2) Accablés, renversés.

(3) Petite porte.

(4) Les ais, les planches.

et estoit et est chose bien juste et bien raisonnable pour éviter tous inconvéniens et toutes mescreantises (i) mes les piliars qui y sont de présent de par le dit prieur n'en sont pas contens. »

« Item il a estey acoustumey de ainsy ce faire en temps passey mesmes en temps des Anglois jusques àce que maistre Hugues de Laye a commenchie a faire et faire faire ces excès et abus et osta ou fist oster il na pas xv ans ung aes de huysset de la porte o les dites serreures estoient pendues et en y fist mettre une neuve en laquelle il fist pendre une seule serreure (2). »

Le curé de Sainte-Susanne avait mis en cause les Carrouges et les Vasses, les plus notables et les plus riches habitants de la paroisse d'Agon et qui étaient en même temps fermiers du prieur de Saint-LÔ(3). Il gagna son procès; cependant nous ne pensons pas que ce succès ait mis fin aux discussions ; plusieurs sentences du bailli de Saint-Sauveur, du 9 avril 1593 et 9 juin 1604, semblent prouver le contraire, et le 7 décembre 1725 on se plaignait encore au chapitre assemblé que le curé d'Agon se mettait aussi depuis plusieurs années à usurper les dîmes à recueillir sur une partie des terres dépendant de la seigneurie d'Agon; on décida qu'il serait poursuivi.

Les progrès de l'agriculture ayant fait adopter en basse Normandie k culture du trèfle et de la luzerne, vers le xviii* siècle, plusieurs habitants d'Agon se refusèrent à payer la dîme de ces prairies artificielles inconnues jusque

(i) Infidélités.

(a) V, le texte complet, P. just., LXIII c.

(3) Avec eux figuraient encore au procès : Jehan Befin, Tanquerois, Laurens Lohier, le Habys, Jehan Âuber.

là. Des procès eurent lieu qui finirent par des arrangements amiables.

Il en fut de même en 1765 : le seigneur d'Agon, ayant converti en herbe une pièce de terre autrefois en nature de labour et sur laquelle les religieux et les chanoines exerçaient leur droit de dîme, finit par consentir à payer par chaque année 14 boisseaux d'orge, à partager entre les différents décimateurs, comme indemnité des dîmes qu'ils percevaient auparavant, tant que cette pièce de terre, appelée le grand maraiSy resterait en herbe.

En 1662, une autre contestation avait été engagée par un sieur de Bois-David, ou Bois-Davi. Il se disait seigneur et patron d'Agon et se refusait à reconnaître les droits des religieux. Il les fit appeler à ses plaids et voulut les faire condamner pour n'y pas avoir comparu ; il ordonna même que la grange où ils reserraîent leurs dîmes et leur héritage seraient saisis et réunis au corps de sa seigneurie. Mais les religieux firent valoir que de tout temps ils avaient possédé une terre dîmeresse, avec quelques masures et autres propriétés dans la paroisse d'Agon, qu'ils en avaient toujours baillé déclaration à la chambre des comptes avec leurs autres biens comme relevant du roi seulement, et les prétentions du seigneur d'Agon furent repoussées; mais il trouva bientôt un autre motif de chicane, et dans la même année il intenta un procès au curé pour avoir fait boucher sans son autorisation une porte par laquelle de tout temps il entrait avec sa famille pour aller gagner son banc dans le chœur de l'église. Il voulait aussi que le curé le recommandât au prône de la paroisse.

Le curé, pour sa défense, répondit que lorsqu'il fut pourvu de la cure d'Agon en 1641, il trouva l'église « en grande

décadence et destituée de tous ornements propres à célébrer le service divin » ; qu'il n'existait aucune séparation entre le chœur et la nef; qu'il s'était adressé alors au couvent de Saint-Lô de Rouen et au chapitre de Notre-Dame de Coutances pour les prier de rétablir la décoration d'icelle, s'engageant à faire à ses frais la séparation entre le chœur et la nef au dessoubs du crucifix, et leur demander en même temps l'autorisation de boucher et fermer la dicte porte, ce qu'ils lui permirent tout d'une voix. Il n'a donc agi que d'après l'avis de ses vrais patrons, et le sieur d'Agon ne peut s'en plaindre, puisque le travail a été fait sous ses yeux et dès l'année 1648, sans qu'il ait soulevé aucune opposition. Il ajoutait encore qu'il existait trois autres petites portes dans la nef par lesquelles le sieur de Bois-David pouvait entrer dans le chœur pour aller à sa sceance qui a esté de tout temps hors le cœur^ les vrais patrons ayant seuls le droit, à l'exception de toutes autres personnes, d'avoir leur sceance dans le chœur et qu'il n'en connaît pas d'autres que les chapitres, dont le droit ressort de la réunion des deux portions du bénéfice en une seule dès l'année 1237, tandis que ledit sieur d'Agon ne fait, voir aucun titre sur lequel il puisse appuyer sa demande pas plus que pour être recommandé au prône, chose lout à fait inusità. Nous ne savons quel fut le résultat de cette discussion; nous n'en avons pas trouvé la conclusion .

Les religieux de Saint-Lô, qui mettaient autant d'attention et de sévérité à conserver leurs droits et à percevoir leurs revenus, ne remplissaient pas toujours leurs engagements avec la même exactitude. L'argent leur manquait souvent et les bâtiments de leurs fermes ou les églises dont ils étaient patrons étaient souvent fort mal entretenus.

En 1648, le curé de Saînt-Evroult d'Agon adressait une

réclamation dans laquelle il déclare que son église est en mauvais état, qu'il y a déjà mis à ses frais a des chasubles, des chappes avec deux calices d'argent » qu'il a « faict construire un autel de carreau de Caen avec ses appartenances qui lui a coûté 500 1., faict blanchir tout le chœur la nef et les chapelles de la dicte église » et il demande l'autorisation « de faire séparer le chœur de la nefau dessous du crucifix ».

Une autre lettre d'un curé d'Agon adressée au procureur du prieuré de Saint-Lô nous apprend qu'en 1765 les murailles du chœur et du chancel étaient fort peu solides. « A notre honte, dit-il, notre chœur est si indécemment entretenu quil ressemble plus à un lieu abandonné qu'au temple du seigneur, ce lieu, comme nous n'en pouvons disconvenir, exige de nous un entretient décent, comme nous percevons les fruits sans que nous en portions les charges. »

Deux personnes charitables, « sensibles à la décence et à la décoration de la maison du Seigneur, » lui ont donné la somme nécessaire pour faire un autel plus convenable : « Il n'est pas possible de placer l'ouvrage dans le cœur en l'état où il est. L'autel qui sera détruit est une masse de carreau accompagnée aux deux bouts de deux portes de même matière pour entrer dans la sacristie qui est derrière l'autel; j'espère trouver dans la démolition de l'autel et des portes des matériaux pour la réparation du pavet. »

Ce môme curé dit encore dans sa lettre : « Les vitres du cœur doivent aussi être réparées en entier. Elles sont si crevassées et en si mauvais état par vétusté quil est honteux pour nous de ne les avoir pas réparées; dailleurs on ny voit point dans le cœur. La grande vitre du côté du midi est partagée du haut en bas par une aiguille ou colonne de

pierre qui par vétusté est courbée en dedans du cœur par le haut, et en dehors par le bas; il y a déjà quelque temps qu'un vitrier en reparant cette vitre m'avertit que cette colonne étant ébranlée et ne tenant à rien jeusse a prendre peur que quelqu'un ne fut blesse par sa chutte. » Etc.

En terminant, il engageait le prieur à contribuer à la réparation des murs et du pavage et à blanchir l'intérieur du chœur, tous travaux auxquels les religieux étaient obligés, et c'est ce qu'ils firent conjointement avec Messieurs les chanoines de Coutances, après avoir pris une consultation et suivant un édit de 1695 qui prescrivait que les réparations devaient être supportées par tous les gros décimateurs en proportion des dîmes qu'ils percevaient.

Les religieux comprenaient bien qu'ils avaient des devoirs à remplir; mais comme ils étaient pauvres et que l'état de leurs finances ne leur permettait pas de faire de grandes avances, il ne trouvèrent le moyen de se tirer d'embarras qu'en obligeant leur fermier à se charger lui-même de ces réparations. Aussi nous trouvons un bail de 1785 qui afferme pour neuf années le droit de percevoir les grosses dîmes et prébendes tout et autant qu'il peut leur en appartenir dans la paroisse et aux environs, compris le marais dépendant de la seigneurie, ne réservant pour les bailleurs que le droit de présentation à la cure, en les déchargeant de toutes les obligations et aumônes qui pourraient leur être imposées, ainsi que de toutes les réparations à faire à la grange, au chœur et au chancel de l'église; et de plus, moyennant 850 1. de fermage par an, 720 1. de vin, une fois payés, et aussi par « chaque année deux culottes de mouton de miellé (i) du

(i) Dans le pays de Coutances on désigne sous le nom de miellés ce qu'on appelle ailleurs des prés salés. •

meilleur cru pesant au moins lo à 12 1. chaque culotte, qui seront portées à Rouen quittes de port par les messageries. »

Par suite de ce bail, des réparations importantes furent faites à la grange, au choeur et au chancel d'Agon, en Tannée 1747.

Cette paroisse était célèbre autrefois par un fon marché que Jean-sans-Terre, roi d'Angleterre, lui avait accordé de tenir tous les jeudis de chaque semaine, avec droit de foire pendant huit jours à la fête de la Pentecôte. Cette foire fiit depuis transférée à Montmartin, situé à une lieue d'Agon, où elle resta jusqu'au milieu du xvi* siècle, qu'elle fut reponée à Guibray, près Falaise, bien moins exposée à l'insulte des Anglais et plus commode pour la province (i).

Agon, autrefois des diocèse et vicomte de Coutances, doyenné de la chrétienté, bailliage du Cotentin, est aujourd'hui un bourg de la Manche, situé sur le bord de la mer, à quelques kilomètres de Coutances, et compte environ 1,600 habitants.

Dans le cours de nos recherches nous avons rencontré le nom de plusieurs curés d'Agon que nous croyons utile de rapporter ici :

Vers 1475. — Maître Roben Secles. — Jean Angot.

1532. — Jean Quétil, bachelier en droit canon.

1399. — Pierre de La Fabrique, archidiacre du Val-de- Vire.

1662. — M"^ Louis Le Bas, archidiacre.

1765 . — M" Bichue. Ce fut lui qui fit exécuter de grands travaux dans l'église et notamment la réparation du meneau de la principale fenêtre dont nous avons parlé plus haut.

(i) Hist. eccUs, du diocèse de Coutances, par Toustain de Billy, t. !•', p. 370.

Ourval, dont il vient d'être question dans ce chapitre, paroisse sur laquelle les religieux avaient à percevoir treize boisseaux de froment avec quelques rentes en argent et en oiseaux, doit être Orval, commune située dans le même diocèse et le même doyenné, dans les mêmes département et arrondissement qu'Agon, mais dans le canton de Montmartin-sur-Mer.

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