‹ Histoire du Prieuré de Saint-Lô de RouenChapitre 5 sur 78 · BIENS DE BOUVREUIL · texte numérisé non relu

BIENS DE BOUVREUIL

Quelques pièces de terre situées au faubourg Bouvreuil, à la porte de Rouen, avaient été données au prieuré de Saint-Lô, en 1170, par un certain Richard de Magne, ainsi que les dîmes sur le fief qu'il possédait à Saint-Maur et à Bouvreuil, mais les aveux ne s'accordent pas toujours entre eux sur l'importance de cette propriété. On lit dans celui de 1419 :

« Et plusieurs rentes, terres et maisons en ladite

ville et environ ou bourgaige dicelle ville et dehors à Desville et ailleurs au camp du pardon trois acres de terre ou environ avecques menues dixmes. »

Dans celui de 1462 :

a Item ils tiennent certaine disme en la ville de Rouen et environ le camp du pardon avec quatre ou cinq acres de terre. »

Voici ce que porte la déclaration de 1577 .

« Le fermier des dixmes des terres assisse soubs les

monts de la justice doibt pour chacun an la

soiiime de vm 1. x s.

« Le fermier de la dixme de certains petits jardins assis hors la porte de Bouvreuil doibt par chascun an de fermaige la somme de un 1.

Enfin, la déclaration de 1752 entre dans plus de détails :

« Un jardin en nature de masure, situé au faubourg de Beauvoisine lez Rouen, contenant deux acres et demi ou environ, clos de murs, bâti d'un pavillon couvert d'ardoises, d'une petite maison, de deux écuries, d'une grange et d'un

hangard, planté d'arbres fruitiers en espalier et en plein vent, affermé à Nicolas Mallet (i) pour le prix de 150 livres .par an, avec soumission d'entretenir de réparations les murs et bâtiments, soumissions estimées à 15 livres par an. Total (2) CLxv 1. »

En 175 1, les dîmes à percevoir sur les terres situées à Bouvreuil et à Beau\'t)isine étaient louées par le prix de 30 livres par acre et « six bannelées de bonne terre ».

En 1559 elles n'étaient louées que 2 livres, mais pour trois acres de terre seulement. A cette époque c'était le curé du Mont-aux-Malades qui en avait pris le bail, et nous avons trouvé aux archives le dossier d'une longue procédure qui eut lieu à cause de deux années de son fermage dont il était resté redevable.

Quelques années avant, une violente contestation, pour un motif à peu près semblable, s'était élevée aussi entre les religieux de Saint-Lô et ceux de Saint-Ouen, qui avaient enlevé de force les dîmes de trois acres et demi de terre situées au champ du pardon, près Bouvreuil, lesquelles appartenaient à Saint-Lô. Le conflit, commencé en l'année 1442, ne fut terminé que cinq ans plus tard, par une sentence qui déclarait que la dîme contestée serait désormais partagée par moitié entre les parties intéressées.

Ces dîmes, quoique modestes, furent une cause fréquente de trouble; nous avons trouvé de nombreuses décisions d'arbitres et sentences judiciaires pour en régler la possession entre le prieur de Saint-Lô et les curés de Saint-Laurent, de Saint-Godard, etc., etc.

(i) Une portion de terrain située au faubourg Bouvreuil porte encore le nom de Champi-MaJUt, (2) F. P. just.. LXVIII-LXIX-LXXXVI.

Un arrêt de TOfficial, daté de 1422 et suivi d'un ordre du Chapitre de la cathédrale, condamnait le curé de Saint- Nicaise à restituer neuf gerbes d'orge qu'il s'était induement attribuées.

Nous avons relevé sur le registre capitulaire de l'année 1779 la déclaration suivante :

« Le premier jour de mai, le chapitre étant assemblé, dom Bouin, prieur claustral de Saint-Lô, a représenté que le prieuré possède un grand terrain d'une contenance d'un acre et demi environ, appelé le petit couvent, borné par le chemin qui tend de la porte Beauvoisine au bois Guillaume, d'un bout par le champ du pardon et d'autre bout par les dames d'Ernemont, lesquelles, se trouvant dans la nécessité d'agrandir le terrain et les bâtiments qu'elles habitent, proposent de fieffer la portion dudit terrain qui les avoisine, moyennant une rente. Le conseil, jugeant qu'il n'y a aucun inconvénient à réaliser cette fieffé, il a été arrêté à l'unanimité d'accorder aux dames leur demande, à condition qu'un mur mitoyen sera élevé entre les deux propriétés et que les dames seront tenues de livrer tous les ans en deux termes égaux, Noél et saint Jean baptiste, la quantité de soixante mines de blé froment, mesure de la ville de Rouen. »

Mais, sur la recommandation de Monseigneur l'Archevêque de Rouen, cette quantité fut réduite à quarante mines.

Plus tard, en 1781, une autre partie, le reste peut-être de cette même propriété du petit couvent, fut encore aliénée en faveur des dames d'Ernemont, moyennant une rente de trente mines de bon blé.

La terre dite k champ du gardon était affermée par 56 livres

par an, suivant le partage foit, en 1647, avec l'abbé de Gordes, trente-unième prieur commendataire.

En 1692 nous voyons figurer au chapitre des recettes : « Qos nommé le champ du pardon hors la porte Beauvoisine, donné à vie au prix de 90 livres. »

Il résulte des pièces déposées aux archives que le prieuré possédait encore, en plus du champ du pardon et du petit couvent, quelques autres revenus dans le quartier Bouvreuil : au champ de la justice, sur les champs saint Nicaise et sur le Bihorel, vers le bois Guillaume qui était un fief.

Nous pensons que ce fief de Bihorel, situé rue Saini- Maur, pourrait être le fief du Boisguillaume, dans lequel Richard de Magne avait cédé plusieurs avantages en 1170 (i). A moins que nous ne le trouvions plutôt sur la montagne qui plus tard fut appelée le mont Fortin^ et que les religieux de Saint- Augustin fieffèrent vers le milieu du XVI* siècle (2).

Nous n'avons pas trouvé d'autres détails sur ces diverses propriétés ; mais avant de quitter Rouen nous relèverons dans un compte-rendu, en 1294, à Philippe Le Bel, roi de France, par son receveur chargé de recueillir les droits dus au trésor par les religieux pour leurs nouvelles acquisitions, l'article suivant : « C'est à savoir dans la paroisse de Saint- Sevère, de l'autre côté de la Seine, un terrain vague donné par dom Anselme, ancien curé du Mesnil-Esnard, d'une valeur de six sous de revenu annuel (3). »

(i) V. et que nous disons à Tarticle d'Osbert, premier prieur.

(2) Nicétas Périaux, Hist. de Rouen, p. 6i.

(5) Videlket in parrochia sancti Severi uUra secanam una platca vacua dé

donc domini Anselmi quondam presbiUri de Mesnillo enardi vaîoris sex solidorum annui reditus.

Enfin, dans l'aveu au roi de 1462, il est dit : « Item ils tiennent dans ladite ville et en la banlieue d'icelle plusieurs rentes et maisons qui d'ancienneté leur ont été données par plusieurs personnes pour estre et demourer es prières dicelle église, les quelles se montent jusqu'à la somme de deux cens cinquante livres tournois ou environ, et sont icelles rentes nommées les pitances desdicts religieux (i). »

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