SUITE ET FIN DE LA TBOISIÈME ÉPOQUE
La fictte cordée aux ba-
age
OUS avons vu , en 1 598 , un village 1644. tout entier, du Perche, représenté par quelques uns de ses habitans , bk>m du t.™ obtenir la fierté pour un homicide voi«m de k forêt 'commis de complicité par tous les habitans du village réunis. En 1644, la ville de Rouen vit le méine spectacle , mais avec un
intérêt plus vif encore. Il s'agissait d'une commune située à peu de distance de Rouen , et d'un meurtre environné de circonstances qui inspiraient beaucoup de compassion pour ses auteurs, plus malheureux que coupables. Les paroissiens du Tronquay (élection de Lyons-la-Forêt), ruinés par les passages continuels des gens de guerre, avaient obtenu des intendans de la justice en Normandie une dispense expresse de loger les troupes qui se présenteraient sans un ordre du roi, par écrit. Déjà ils avaient eu occasion de se prévaloir de cette exemption , et toujours avec succès. Le sieur De la Fontaine du Houx , capitaine au régiment de Bretagne, qui connaissait très-bien ce privilège , conçut la malheureuse idée de le braver, et de loger au Tronquay lui et sa troupe , sans ordre du roi, et malgré les habitans ; un gentilhomme du pays l'avait excité à ce coup de tête. Le §3 avril 16/iâ, après avoir envoyé son train et son bagage par la route qui conduit au bourg de Ry , le sieur De la Fontaine du Houx s'achemina, avec sa troupe, vers le Tronquay, se détournant pour cela de son chemin, environ d'une lieue et demie. A son entrée dans le village, lui et les siens maltraitèrent et souffletèrent plusieurs habitans isolés, qui leur représentaient que, pour être admis à loger au Tronquay, il fallait exhiber un ordre écrit du roi. Ces militaires prirent même prétexte de ces avertissemens qui leur
déplaisaient, pour entrer dans le village comme en pays ennemi, sommant les habitans de leur remettre les rôles des tailles , afin que l'on pût rédiger les bulletins de logement. Les représentations qu'on adressait a ces soldats indisciplinés ne faisant que les irriter, ils se rendirent à l'église, en forcèrent les portes, et y commirent une infinité de désordres ; puis ils escaladèrent le presbytère pour le piller. Cependant, deux ou trois villageois montèrent au clocher et sonnèrent le tocsin. A ce bruit, tous les habitans se rendirent à la hâte sur la grande place, avec des armes, des bâtons, des fourches et des haches. En ce moment , les soldats sortaient du presbytère, emportant les vêtemens, les surplis, les meubles , les provisions ; le capitaine La Fontaine du Houx était le plus échauffé de tous ; il emportait le manteau du curé sur la selle de son cheval ; il tenait des poulets à sa main ; et l'on voyait un verre à vin attaché à son chapeau, en guise de plumet; équipage, on l'avouera, assez peu digne d'un gentilhomme , d'un capitaine. Sur la place étaient des amas de provisions et des tas de meubles , enlevés par cette troupe , tant dans le presbytère que dans l'église , où, par la permission du curé, quelques habitans les avaient déposés, espérant, bien à tort, qu'ils y seraient en sûreté. Qu'eût fait de pire cette soldatesque en pays conquis? Cependan. , apercevant tous les villageois réunis en armes sur la place, le capitaine La Fontaine
du Houx leur demanda ce qu'ils voulaient. On l'invita à montrer l'ordre du roi, en lui déclarant que , maigre' les désordres commis par lui et les siens, on les logerait, s'ils étaient en règle. A ce mot , le capitaine La Fontaine du Houx se mit en fureur. Il dit, en jurant et blasphémant: Mon ordre est au bout de mon épée , et je vous marcherai sur le ventre à tous. Joignant les effets aux menaces, il sauta à bas de son cheval , l'épée à la main , criant à ses soldats : tue ! tue! Ils n'obéirent que trop fidèlement , et se ruèrent, l'épée à la main, sur les
habitans. Un combat déplorable s'engagea
quelques villageois périrent; mais plusieurs soldats restèrent aussi sur la place L'imprudent capitaine La Fontaine du Houx fut tué ; ceux des soldats qui n'avaient pas succombé furent chassés du village. Mais les malheureux habitans du Tronquay devaient payer cher ce lamentable succès qu'ils n'avaient point cherché. Le chevalier de Fours , père du capitaine La Fontaine du Houx , avait du crédit et du pouvoir. Il était gouverneur d'Honfleur et de Pont-1'Evêque , capitaine de cinquante hommes d'armes , gentilhomme de la chambre du roi ; c'était un adversaire bien redoutable pour de pauvres villageois sans appui. Que son fils eût eu, ou non, des torts, ce gentilhomme désolé ne prit conseil que de sa douleur de père , et cria vengeance contre les habitans du Tronquay, meurtriers de son fils. Le roi attribua au conseil privé la connaissance
de celte affaire. Dix-huit ou vingt des habitans du Tronquay furent décrétés de prise de corps ; les autres mis en ajournement personnel. On parvint à en arrêter trois ou quatre seulement ; tous les autres s'enfuirent et se réfugièrent dans les bois avec leurs femmes et en/ans. La plupart « estoient des manouvriers gaignans leur pain à travailler dans les forests, n'ayant que leur hache pour nourrir leurs familles.... Ils se virent re'duicts en une extrême nécessité et à vivre parmi les bestes, pendant que leurs enfants alloient mendier leur pain ; la plupart de ces malheureux estoientforcéz de paistre l'herbe comme les brutes, estant courus journellement par des cavaliers qui les tuoient à coups de pistolets. » Ils passèrent deux années dans ce déplorable état. C'est du fond de cet abîme de misère, qu'en 1644, c'est-à-dire deux ans après l'événement que nous avons rapporté , ces infortunés tournèrent leurs regards vers l'église de Rouen , et résolurent de recourir au privilège de saint Romain. Ils adressèrent au chapitre une supplique qui nous offre les détails que nous venons de reproduire. Au premier avis que le chevalier de Fours reçut de cette démarche, il s'empressa de former opposition à leur demande. Il s'agissait , dit-il , d'un fait de guerre , d'une rébellion à main armée commise par les habitans du Tronquay contre l'autorité et les ordres du roi ; c'était un crime de lèze-majesté ,
exclus du privilège ; il présenta requête au chapitre pour le supplier de refuser la fierté à des gens qui en étaient indignes. A la sollicitation de ce gentilhomme , le jeune roi Louis XIV avait écrit au chapitre : « Qu'ayant esté adverti que les habitans du Tronquai , qui avoient assassiné le capitaine La Fontaine du Houx et deffaict entièrement sa compagnie , prétendoient , pour éviter le châtiment du à ce crime , se servir et se prévaloir du privilège de la fierté , il vouloit qu'il fut faict une justice exemplaire de ceste action qui estoit très-mauvaise et de dangereuse conséquence; qu'ainsi son intention estoit que le chapitre n'accordât aux ditz habitans le privilège de la fierté, qu aux cas et conditions portés par iceluy. » Sous les dehors d'une défense , cette lettre n'était-elle pas une invitation aux chanoines de n'accorder le privilège aux habitans du Tronquay, que si, après une exacte appréciation des faits , ils pouvaient le leur appliquer sans contrevenir aux lois , édits et réglemens ? A cet égard, on savait déjà à quoi s'en tenir. La notoriété publique donnait au capitaine La Fontaine du Houx tous les torts dans cette malheureuse affaire. Tout le monde s'accordait à dire que cet imprudent jeune homme avait voulu faire un coup de teste, et qu'il estoit venu chercher sa mort. On avait trouvé dans ses poches, en le déshabillant, des lettres que lui avait écrites un gentilhomme des environs du
DE SAINT JKOMUN.
Tronqua) pour l'exciter à cette échauffourée qui détail avoir de si tristes conséquences. Qu'avaient fait les habitons duTronquay, que se défendre contre un agresseur injuste et violent? aussi le chapitre et le parlement ne cachaient-ils pas la compassion que leur inspirait le sort de ces malheureux, assez punis d'ail leurs par deux années de misère et d'angoisses. Ce lut alors que seize habitans duTronquay, sortant de ces bois où , depuis si long-tems , ils étaient traqués comme des bêtes fauves , vinrent se faire écrouer dans les prisons de Rouen. L'un d'eux (Jacques Bresmontier) était président de l'élection de Lyons. La concordance de leurs confessions aux deux chanoines députés pour les interroger, la conformité de ces déclarations avec les témoignages de toutes les personnes dupays, lapeinture naïve etattendrissante de leurs longues et cruelles souffrances, ne permirent point aux chanoines ni au parlement d'hésiter plus long-tems. Malgré le duc de Longueville, qui voulait faire donner la fierté à un sieur De Lislemare ; malgré une lettre de la reine contre les habitans du Tronquay ; malgré la démarche du sieur De Fours, qui vint, le jour de l'Ascension, «supplier les chanoines de avoir esgard à l'action noire des habitans du Tronquay , meurtriers de son frère», les seize prisonniers furent élus par le chapitre: le parlement les délivra tous seize, en déclarant que le privilège estoif pour eux et tous leurs complices . sons
en excepter aucun, c'est-à-dire pour le village du Tronquay tout entier, dont il était bien peu d'habitans qui n'eussent pris part au soulèvement de la paroisse et au meurtre du capitaine La Fontaine du Houx et de ses soldats. Les seize élus levèrent la fierté , le jeudi 5 mai , jour de l'Ascension , aux acclamations d'une foule encore plus nombreuse que de coutume, qui manifesta hautement sa sympathie pour eux, et sa pitié' pour leurs malheurs si peu mérités. Mais le sieur De Fours attaqua au conseil l'arrêt du parlement de Rouen , comme ayant accordé la fierté à des gens indignes de cette grâce. Il soutint qu'en tout cas le privilège de saint Romain ne pouvait servir à ceux des habitans qui ne s'étaient pas présentés et n'avaient point paru à la cérémonie. Les habitans du Tronquay répondirent (,) qu'il n'y avait rien de détaché dans cette action ; qu'elle était commune et continue à l'égard du général et des particuliers, venant d'une même cause, ayant été faite à même tems et à même heure ; qu'ainsi la grâce donnée et reçue par les plus coupables devait découler et se répandre sur tous les complices. Après dix-huit mois d'intance, le conseil , par un arrêt du 1 § décembre 1 6^5 , déclara que le crime dont les habitans du Tronquay étaient accusés, était fiertable et dans le cas de la fierté;
Mémoire imprime, in-f'°.
DK SAINT HUMAIN. %
ordonna que l'arrêt du parlement de Rouen (du 5 niai 1 644) serait exécuté selon sa forme et teneur: et qu'en conséquence, tous les habitans du Tronqua > 'jouiraient duprwilége de saint Romain, sans préjudice des dommages-intérêts prétendus par le sieur De Fours à rencontre des dits habitans. Les parties , sur cela, furent renvoyées au parlement de Rouen, par un arrêt du conseil en date du 1 8 mai 1 646.
L'élection de 1 649 nous offre encore un exemple I6£9. de ces haines qui divisaient des gentilshommes Des gentil».
hommes lèven
du même pays, les forçaient de marcher armés et ia fierté, Pou,