I . • TT 1* • un crime commi
les mettaient souvent aux prises. Une dispute avait dans une *giiie. eu lieu auciennement entre les sieurs De la Boullaie et De Montpisson, gentilshommes des environs de Bernay : ils avaient, l'un et l'autre, de nombreux amis qui épousèrent chaudement leur querelle. Le dimanche §5 novembre 1640, tous ces gentilshommes armés d'épées , de fusils , de pistolets , allèrent entendre la grand'messe dans l'église de la Lande-Péreuse (ou Lande-Preuse ). Ils étaient partagés en deux groupes distincts , qui sans doute s'observaient mutuellement d'un œil peu amical, si l'on en juge par la scène que nous allons raconter. Au sortir de l'église, le sieur Delà Boullaie ayant adressé des injures au sieur Boissaptel , et l'ayant provoqué , des deux cotés on se coucha en joue , des coups de fusil et de pistolet furent échangés. Le sieur De Montpisson ayant été
blessé d'une balle , Boissaptel et ses amis poursuivirent, l'épée à la main, le sieur De la Boullaie et les siens jusques dedans Véglise de Lande- Pcreuse , où le sieur de Montpisson tomba mort du coup qu'il venait de recevoir. Boissaptel, outre' de douleur et d'indignation , tira ( e'tant toujours dans l'église ) sur le sieur De la Boullaie un coup de pistolet, dont ce dernier mourut peu de jours après. Poursuivis par la justice, Boissaptel et ses complices s'enfuirent et se rendirent à l'armée. Enfin , en 1 649 , ils obtinrent la fierté , que la reine régente, Anne d'Autriche, avait sollicitée, dès l'année précédente, pour l'un d'eux (le sieur De Boissaptel), en considération des services quil avoit autres/ois rendus. Après cette recommandation , qui eut, du moins en 1649, un plein succès, on s'étonne de trouver, à la date du §4 mai 1650, une lettre d'Anne d'Autriche, peu conciliable assurément avec ses premières démarches. Un sieur Forestier de la Forestière avait assisté, en 1640, le sieur De Boissaptel dans le combat qui ensanglanta l'église de Lande-Péreuse , et il ne paraît pas qu'il eût joué , dans cette tragédie , un rôle plus odieux que ses complices. Toutefois, ne s'étant point présenté en 1 649 pour solliciter la fierté avec les sieurs De Boissaptel , D'Estrée et De la Poterie , il fit, en 1650, des démarches pour obtenir à son tour le privilège. Ce fut alors que la reine Anne
d'Autriche adressa au chapitre de Rouen une lettre très-expresse pour le détourner d'accorder ses suffrages h ce prétendant. « L'assassinat qu'il avoit commis en la personne du sieur De la Boullaie , estant un assassinat et guet-à-pens des plus qualifiés, la régente désiroit que punition exemplaire en fût faite , et qu'il fut exclus du privilège auquel il prétendoit recourir pour esviter le châtiment que méritoit une action si noire que celle-là. Elle se promettoit d'autant plus que le chapitre n'éliroit point le sieur De la Forestière, que les ordonnances défendoient d'admettre a lever la fierté ceux qui estoient convaincus de crimes de cette qualité. » Quelque étonnement que dût inspirer cette lettre de la régente, après ce qu'elle avait fait, les années précédentes, pour Boissaptel et ses complices, le chapitre n'élut point le sieur De la Forestière , mais un notaire de Chasseradèz (diocèse de Mende). Le sieur Baldit, viguier de Villefort, ayant attaqué, l'épée à la main, ce notaire (appelé Martin) s'estoit enferré dans Vépèe de son adversaire , que ce dernier étendait pour se défendre. Ce n'est pas la première fois que nous voyons des hommes se tuer ainsi , en allant s'enferrer avec l'épée de leurs adversaires , et nous aurons encore à en citer d'autres exemples dans la suite de cette histoire. Les morts n'ont-ils pas toujours tort?
En 1657, la fierté avait été accordée au marquis |6;>;.
Le marquis ilt POspital «lormi SO pisloles , dan l'espoir d'obtcni
U fierté.
de TOspital , gentilhomme de la Touraine , qui avait tue' François Bureau, procureur fiscal à Restigny. Les parties civiles du marquis ne se rebutèrent point et continuèrent leurs procédures contre lui. Il écrivait au chapitre , le ââ juillet 1 657 : « Si vous ne me faites cet honneur et bien de me secourir en diligence, je suis perdu entièrement, car ils me doibvent trompeter dans un jour ou deux et ensuite juger ; ils ont pris les meubles , les tiltres , la damoyselle , le sommelier, un des chevaux de carosse, les bestiaux et les fruits de ma femme, et saisy tout son revenu, nonobstant qu'elle ne soit point coupable, prétendant que MM. du parlement de Rouen n'ont pu ni dû m'admettre à lever la fierté, sur la confession que j'ai faire... Mon arrêt d'admission au privilège est tout prêt d'être cassé. » La duchesse de Longueville , fort engagée , depuis quelques années , dans les voies de la piété , s'était intéressée à ce prétendant , et avait appuyé ses démarches pour obtenir la fierté. De l'aveu de cette princesse, et à sa prière , on avait, quelque tems avant l'Ascension, obsédé le marquis d'instances réitérées pour le déterminer à donner une forte somme pour les pauvres ; on lui faisait entendre que la fierté était à cette condition. Il offrit une somme dont on parut se contenter d'abord ; mais quelques jours après , on haulsa furieusement la dose, et on lui demanda quatre-vingts pistoles. Le
marquis s'excusa sur son peu de moyens, ce qui n'était que trop ve'ritable. Mais il fallut enfin en passer par là , et consigner cette somme , énorme pour lui. « J'en aurois encore donne' davantage , si je l'eusse eu (écrivait-il depuis), pour me sauver la vie et l'honneur. » Mais quelques mois après l'Ascension, le marquis de TOspital voyant que , malgré la délivrance par lui obtenue au moyen du privilège , ses ennemis le tourmentaient , le ruinaient et contestaient la validité de son élection , ne put s'en taire, et supplia instamment le chapitre de s'interposer pour qu'on lui rendît son argent: «Je ne l'ay donné , disait-il , que dans la créance que je jouirois du privilège. . . ; mais n'en jouyssant pas, et après tant de sousmissions, d'expiations publiques et inutiles , que j'ay faites, ilneseroitpas juste qu'il m'en coustast encores une si grande somme. C'est un dépost faict sous condition , et qui doit estre rendu , la condition n'estant pas accomplie. » Le chapitre en corps était certainement étranger à tout ce tripotage dont deux ou trois seulement de ses membres s'étaient mêlés à son insu. Les chanoines se plaignirent à la princesse ; ils lui dirent qu'ils étaient scandalisés qu'on eût exigé cette somme, dont M. De l'Ospital « avoit donné une partie au-delà de sa bonne volonté » : qu'on l'eût versée dans leur coffre , et qu'on « eust ainsy semblé achepter leurs suffrages. » Mais leur mécontente-
ment redoubla encore , lorsqu'ils surent que la duchesse , par un zèle très-pieux , avait déjà fait distribuer une partie des quatre-vingts pistoles à un tonnelier détenu pour dettes , et cela sans consulter le marquis de l'Ospital , le premier pauvre assurément auquel on dût songer dans cette affaire. Je ne vois pas comment finit ce débat entre le marquis de rOspital et les gens qui lavaient mis à contribution. Mais, avec tout ce zèle tracassier, on jouait à compromettre le chapitre. Du tems de Pasquier, « les malignes langues et venimeuses disoient que le privilège de la fierté estoit un jeu couvert revestu du masque de dévotion; qu'à défaut de puissants protecteurs , onmettoit de l'argent au jeu, tellement que ceste abolition s'octroyoit à l'enquant, au plus offrant et dernier enchérisseur (I).» Pasquier croyait, et il avait raison , que « ceste mesdisance estoit une vraye imposture et calomnie. » Nous le croyons aussi , et nos lecteurs doivent se souvenir qu'en 1573, le lendemain de l'Ascension, les chanoines de Rouen , tout en consentant que le baron de Montboissier enrichît la châsse de saint Romain qu'il avait levée et portée la veille , refusèrent formellement l'argent qu'il voulait leur remettre pour être employé à cet usage. On les avait vus, en 1 594, grandement incréper les chapelains de la confrérie
<•) Pasquier, Recherches de la France, livre 9, chapitre L9..
de saint Romain « d'avoir prins de l'argent deceulx qui, les années passées, avoient jouy du privilège, et leur défendre de retourner à la mesme faultc , sur les pay/ies au cas appartenantes. » Mais n'est-il pas probable que ces injustes accusations avaient pris leur source dans quelques intrigues pieuses du genre de celle que nous venons de signaler ?
En 1660, Françoise Canu, élue par le chapitre I660. pour lever la fierté, fut déclarée indigne par le , parlement. Quelques mots sur le crime qu'avait commis cette femme, suffiront pour montrer que l'arrêt du parlement était bien fondé. Michel Asse, premier mari de Françoise Canu , était mort en voyage , sans que l'on eût pu obtenir des détails satisfaisans sur un décès si inopiné et si subit. Fort peu de tems après , la veuve Asse ayant épousé, en secondes noces, Jacques Maduel son fermier, dont la réputation était mauvaise , des soupçons s'élevèrent ; on se souvint que Maduel avait fait précédemment , sans motif connu , une absence assez longue , qui coïncidait avec l'époque où Michel Asse était mort. D'autres renseignemens vinrent fortifier ces premiers indices. Maduel, arrêté et mis en jugement , fut convaincu d'avoir assassiné Michel Asse , d'intelligence avec la femme de ce dernier , qui lui avait promis de l'épouser après le crime. Maduel, condamné à mort, fut rompu vif à Rouen. Françoise Canu , sa complice, avait été
condamnée à être pendue ; mais l'exécution ayant été différée à cause de son état de grossesse , elle sollicita la fierté , et fut élue par le chapitre. Après la lecture du cartel , le parlement entra en délibé- Lc parlement ration, et , sans avoir entendu les gens du roi, sans
refuse la fierté à
une femme, com- avoir fait monter Françoise Canu , rendit un arrêt
plicede Tassassi- • 1 / 1 • /* • !• ••!
«at de son mari , qui déclarait cette femme indigne du privilège. On
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«é i'asSîiS8ia. manda au chapitre qu il eut a taire un autre choix. , Les chanoines envoyèrent au palais quatre députés, qui représentèrent au parlement les motifs de leur élection et de la résolution qu'ils avaient prise de s'y tenir. Ils supplièrent cette compagnie de lui délivrer la femme Canu, «nommée, dirent-ils, non par aucune brigue et sollicitation , mais par une élection libre , non prévue , et , « comme ils croyoient, par une voix du Saint-Esprit. » Les gens du roi remontrèrent alors que la femme Canu avait été jugée et condamnée à mort, sans qu'ils eussent été entendus , sans que le procès leur eut été communiqué ; qu'elle venait d'être déclarée indigne du privilège, sans qu'on les eut entendus davantage. Us demandèrent qu'elle fut amenée devant la cour, pour être interrogée sur les charges du procès. Alors seulement , on pourrait délibérer et décider si elle était digne ou indigne de la fierté. Une partie de MM. du parlement , et , entre autres , toute la grand'chambre , fut d'avis de ces conclusions. Les autres dirent qu'il y avait arrêt , et qu'il
fallait persister à déclarer la femme Canu incapable de la grâce. Le parlement se trouva partage « les uns et les autres demeurant fermes dans leur sentiment. » Ceux qui adhéraient a l'avis des gens du roi soutinrent que ce sentiment, le plus favorable à la prisonnière, devait pre'valoir. Les autres dirent qu'il n'y avait point de partage , la chose ayant été décidée par arrêt. Après bien des débats , le parlement se retira fort tard, s'en tenant à sa première décision; et la fierté ne fut point leve'e cette annéelà. La conjoncture était pressante , car Françoise Canu allait accoucher prochainement, et on savait que l'intention de MM. de la Tournelie était de la faire exécuter aussi-tôt après son enfantement. Le chapitre porta plainte au conseil privé, qui, dès le 1 1 mai , c'est-à-dire cinq jours après l'Ascension , ordonna, par un arrêt, qu'il serait sursis à l'exécution de la condamnation de mort, prononcée contre la femme Canu , et que cette affaire serait renvoyée au grand-conseil. Le parlement de Rouen mettant beaucoup de lenteur à envoyer à Paris les pièces du procès, Françoise Canu, dans une requête au conseil , se plaignait d'être toujours flottante entre la vie et la mort; elle demandait à être transférée à Paris, et que l'ordre fut donné au parlement de Rouen d'envoyer au conseil les pièces de son procès. Le conseil ordonna qu'elle serait amenée au For-1'Evêquc , aux frais et caution du