‹ Histoire du priviláege de Saint-Romain (volume 2)Chapitre 51 sur 77 · DIX-HUITIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME SIÈCLE

1701. Jacques Grosbois, âgé de 19 ans, demeurant en

la paroisse du Tremblay, hameau d'Omonville,

diocèse d'Evreux.

Le i<j novembre 1699, se promenant le long d'un bois appartenant à son père , avec un fusil pour tuer des petits oiseaux , il fut rencontré par le sieur De Gueudreville , du Mesnil-Pipart , qui lui arracha son fusil en lui disant qu'il était bien hardi de chasser. Après de vains efforts pour se faire

rendre son fusil, Grosbois retourna chez son père , y prit un autre fusil , et , accompagné d'un valet aussi armé d'un fusil , il se dirigeait yeif le Mesnil-Pipart , lieu de la demeure du sieur De Gueudreville , lorsqu'il rencontra ce gentilhomme. Après s'être injuriés quelque tems , ils se couchèrent en joue. Gueudreville blessa Grosbois aux bras, aux mains, et lui creva l'œil droit. Grosbois, voyant que ce gentilhomme voulait encore tirer sur lui, lâcha sur lui son fusil, et le tua.

Nicolas Le Terrier, âgé de 20 ans, de la paroisse d'Ablon, près Honfleur, diocèse de Lisieux.

Le 2 3 novembre 1699» et âgé alors de 16 ou 17 ans seulement , il avait commis un meurtre que les circonstances rendaient très-excusable. Allant d'Ablon au lieu appelé le Noyer , où demeurait François Le Terrier , son oncle , il fut pro\oqué par Nicolas Poulain , domestique de la veuve Le Mesle , qui prétendit que Le Terrier avait promis de se rire de lui à la porte de V église d'Ablon. Le Terrier lui répondit qu'il ne pourrait l'empêcher de rire quand bon lui semblerai l. Sur cela, Poulain se mit à le poursuivre, malgré tout ce qu'il lui dit pour le déterminer à retourner à son travail , jusqu'à le menacer de lui casser le ventre d'un coup de son fusil, s'il ne se retirait; mais Poulain continuait toujours d'avancer, injuriant et menaçant Nicolas Le Terrier. Enfin , ce dernier , se voyant acculé contre une haie et sur le point d'être maltraité par Poulain , lui tira un coup de fusil dans le basventre , dont il mourut peu de tems après. Le Terrier se cacha à Grestain , à Foulbec, à Theuville-en-Caux , puis revint à Ablon . Il avait été condamné à mort, par contumace, à Honfleur.

François DeNaguet, e'cuyer, sieur deTEchallard,

àgè de M) ans. demeurant à Saint-Paul-sur-Risle.

Le 8 mars 1702, dans la chambre du conseil du bailli de Vittefleur, comme il rendait ses comptes de tutelle à Raoul De Naguet , écuver , sieur de Saint - Wulfran , son neveu et

pupille, ce jeune homme lui adressa des paroles insultantes. Pour éviter une querelle, François De Naguet sortit de la chambre du conseil avec son avocat , et alla au marché ; mais son neveu le suivit, l'accablant d'injures, et tenant à la main son épée, dont il blessa son oncle et l'avocat. François De Naguet dégaina son épée pour se défendre , et en donna à son neveu un coup qui fut mortel.

Il était neveu du sieur De Boislabbé , trésorier du duc du Maine. Ce prince écrivit au chapitre en sa faveur.

1704. Marie Duhamel, fille, née à Litry, diocèse de

Bayeux, âgée de %\ ans.

Etant allée en la paroisse du Breuil, où demeurait Catherine Duhamel , sa tante , elle la pressa vivement de lui rendre douze francs qu'elle lui avait prêtés , et dont elle avait le plus grand besoin. Sa tante lui ayant donné un violent soufflet qui la fit saigner, elle se saisit d'un morceau de bois et en frappa à la tète sa tante, qui mourut à l'instant.

1705. Pierre Le Sueur , âgé de 34 ans, bourgeois de

Rouen.

En septembre 1 6g8 , étant en la paroisse de Crestot , au hameau de Bestramesnil , chez Jacques Lelièvre , son beaupère , il alla se promener avec un fusil , dans la campagne . Trois hommes armés de fusils s'avancèrent vers lui , l'injuriant et le sommant de rendre son arme ; il se mit en défense , les coucha en joue , et déclara qu'il tuerait le premier qui avancerait. Ces trois hommes, continuant de marcher vers lui , il tira , et tua le sieur Jeuffray, l'un d'eux .

1706. Robert Le Gendre, âgé de %\ ans^ié et demeu-

rant à Sainte-Marguerite-en-Caux , chez son père, marchaud de bois.

Le 26 mars 1 702 , étant à l'affût près des bois de Bellegarde,

il \i( venir à lui un nommé Simon, qui voulut le désarmer. 11 lui dit plusieurs lois de se retirer, mais Simon s'avança et SÇ saisit du fusil par le eanon. Legendre tira cl le tua.

"07. JACQUES Parent, écuyer, demeurant à Ectot, âgé de 38 ans.

En mai 1702, passant à Déville, monté sur son cheval, et portant en croupe un sieur Le Carpentier, il trouva un embarras de charrettes qui obstruait le chemin , en sorte qu'il était fort difficile de passer. Son cheval, qu'il conduisait le long des charrettes , ayant blessé légèrement un charretier , cet homme et ses confrères , ivres comme lui , se prirent à injurier Parent, et se jetèrent sur lui pour le maltraiter, déchirant ses habits , et tenant son cheval par la bride pour l'empêcher de s'en aller. Alors Parent, obligé de défendre sa vie contre ces furieux, tira un coup de pistolet, et tua l'un d'eux.

08. Louis Le Cerf, âge' de â5 ans , ne' à Elbeuf, soldat dans la compagnie colonelle du re'giment. de Lalonde.

Richard Dugard , âgé de 39 ans , d'Elbeuf , employé dans les fermes du tabac.

Se rendant ensemble du Bosc-Roger à Elbeuf, ils burent du vin à une hôtellerie nommé la Bergerie, puis se remirent en route. Un poulet — dinde que Dugard portait dans un panier , s'étant échappé , un nommé Levacher, homme de journée , les railla à cette occasion ; il en résulta une dispute , puis une lutte qui se termina par la mort de Levacher, à qui Lecerf donna un coup d'épée.

Ils étaient recommandés par M. De Bigards-Lalonde , «Muiseiller au parlement de Rouen.

1709. Etienne Aumont, âgé de 45 ans, né à Tourville-

la-Campagne , diocèse d'Evreux , menuisier à

Rouen, soldat de la garnison du Vieux-Palais.

En 1707, il tenait une petite auberge dans le faubourg Saint-Gervais. Le lundi de la Pentecôte , à dix heures du soir , des vagabonds vinrent s'y installer , et y restèrent jusqu'à minuit , malgré ses instances ; en sorte qu'il fut obligé de les mettre à la porte. Furieux de se voir ainsi expulsés , ces ivrognes cherchèrent à enfoncer la porte. Aumont se montra à une croisée , tenant à sa main un fusil pour leur faire peur. Mais ils lui jetèrent des pierres , dont une l'atteignit à la tempe et le blessa grièvement. Outré, il tira un coup de fusil, et tua Charles Clauset , d'Ectot, compagnon toilier, qui se trouvait avec ces vagabonds.

Il était recommandé par le maréchal d'Harcourt.

1710. Françoise Picart , âgée de ââ ans , née à

Envermeu.

Elle était enceinte des œuvres d'un sieur Saint-Louis, commis aux aides , à Dieppe , dont elle avait été la servante , et qui l'avait séduite en lui promettant de l'épouser. Cet employé fut envoyé en commission à quarante lieues de là. Alors elle entra en service chez un juge de l'amirauté de Dieppe, où sa grossesse fut ignorée. Elle accoucha clandestinement, étrangla son enfant, et alla le jeter à la mer, sans avoir été aperçue. Mais le crime fut découvert par des mariniers , qui trouvèrent l'enfant enveloppé dans des linges marqués au nom du juge , maître de cette fdle ; elle fut arrêtée et condamnée à mort.

Le parlement la déclara indigne.

i'i l. Aubin Bouchard, âgé de 39 ans, journalier, né au Torquesne, diocèse de Lisieux.

V la fin d'août 1705, un dimanche ail soir, allant de

Saint-lmier au Breuil , son fusil à la main, il vit des gens qui insultaient et outrageaient sa cousine, « c'étaient les nommés Bourdon et la femme, Sébastien Sallin et sa femme, qui revenoient du pèlerinage de Saint-Eugène, et paroissoieni ivres. » Aubin Bouchard leur adressa des reproches, et prit le parti de sa cousine. Bourdon , irrité, se jeta sur lui, et VOuluJ s'emparer de son fusil. Bouchard, un peu ivre, tira son coup de fusil et tua Bourdon , qui était un journalier de Pierrefitte.

712. Jean Périer, âgé de 54 ans, maréchal, demeurant à Tourville, diocèse de Rouen.

Revenant, un soir, à Tourville, parle bois de Lessart , il s'assit dans ce bois et s'y endormit. Bientôt, il se réveilla et s'aperçut qu'un homme le fouillait ; c'était Jacques Stère , journalier a Oissel ; Périer lui résista , mais Stère le saisit à ht gorge , cherchant à l'étrangler ; heureusement il voulut ôter son habit pour tuer Périer plus à son aise. Celui-ci se leva aussi— tôt, et chercha à s'enfuir. Stère le poursuivit, en disant: « Il faut que tu périsses aujourd'hui, que je t'enterre dans le bois y et qu'on n'entende plus parler de toi. » Alors Périer tira un couteau ou jambette qu'il avait dans sa poche, et en donna plusieurs coups à Stère , qui mourut sur la place.

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