‹ Histoire du priviláege de Saint-RomainChapitre 24 sur 27 · chapitre · texte numérisé non relu

chapitre

Troubles que Le jour de l'Ascension , vers une heure après nonltantlupa," midi, le chapitre envoya au parlement un cartel où jement q«e dans ^^ jj^g^t \e llom Ju chevalier de Sérans. Alors

la ville.

furent présentées à cette compagnie , tant par le père du prisonnier que par les parties civiles , des requêtes de récusation qui portaient sur un si grand nombre de magistrats, « qu'il ne resta aucuns des présidents et conseillers de la grand' chambre pour pouvoir les juger. » C'est du moins ce que dit le registre secret; mais le chapitre, dans une lettre manuscrite que j'ai sous les yeux, accuse le président De Saint-Aubin de n'avoir pas voulu permettre au parlement de mettre en délibération le cartel d'élection, marry quil estoit(à\t encore cette lettre) que les chanoines açoient préféré le prisonnier à un autre que luy-mesme avait en recommandation. Le registre secret atteste que plusieurs propositions furent faites , et qu'on ne put parvenir à s'entendre. Le président Le Roux de Saint-Aubin déclara que s'il y avait quelqu'un qui pût présider, il était prêt à répondre aux moyens de récusation présentés contre lui. Mais on ne put convenir de rien ; et, « après avoir demeuré en la chambre dorée jus ques à sept heures du soir, enfin la cour se résolut de désemparer. » Un huissier vint dire aux chapelains et aux quatre maîtres de la confrérie de

Saint-Romain, qui avaient apporte le cartel à une heure, « qu'ilz eussent à se retirer et que la court ne délibéreroit rien ce jour-là. » Le chapitre, aussi-tôt qu'il connut cette réponse, envoya au palais quatre chanoines chargés de faire des représentations. Mais tous les membres du parlement s'étaient retirés. « Ce jour-là se passa donc sans avoir esté la cérémonie du privilège accomplie, ni la fierté levée. » Le lendemain, quatre chanoines s'étant rendus au Palais, le premier avocat-général Du Vicquet leur dit que « la cour ne les entendroit point, et qu'ilz eussent à présenter requeste. » Le chapitre, poussé à bout, déclara qu'il « se pourveoiroit vers le roy. » On conçoit que tout cela ne put pas avoir lieu sans beaucoup d'agitation dans le parlement , de mouvement dans le Palais , de bruit parmi la multitude immense qui remplissait la ville. Le registre secret parle d y assemblées , d'entreprises, d'esmotions, d'armements et de tumultes. Les gentilshommes, parens et amis du prisonnier et de ses parties civiles , divisés en diverses troupes , et tous armés d'épées et de pistolets, parcouraient les rues de Rouen, se regardant, se défiant, se prodiguant les menaces, les insultes ; et l'on dut s'estimer heureux qu'il n'y eut pas de sang versé. Des amis du président De Saint - Aubin dirent que si le chevalier de Sérans eut été délivré, le trouble aurait été encore plus grand. L'arrêt , ajoutaient-ils , était fondé sur la

troubles.

prévoyance d'une sédition populaire, que n'aurait

pas manqué d'exciter la délivrance de ce prisonnier.

Le roi envoie Louis XIII fut promptement instruit de ce qui

à Rouen M. De , , . , g^ 1*1* a 1 • 1

paris, maître des s était passe. Un lui dit que , même au palais , des Informer '«Je» scènes fâcheuses avaient eu lieu entre les membres du parlement. D'Abbe ville, où il était alors , il se hâta d'envoyer à Ptouen M. De Paris , maître des requêtes , pour informer de tous ces désordres et en dresser procès -verbal. M. De Paris vint au parlement où il fut honorablement reçu ; il prononça devant les chambres assemblées , un discours dans lequel il montrait que le roi , et lui commissaire envoyé par S. M. , croyaient que des scènes violentes et tumultueuses avaient eu lieu et dans la ville et au parlement, dans le secret de la chambre du conseil. Le président Le Roux de Saint- Aubin dit que « les récusations présentées par les parties du prisonnier et par le prisonnier lui-même, avoient donné quelque sujet de contention et empesché toute délibération. Depuis cejour, toutes choses s'estoientpassées dans l'ordre accoustumé; et la compagnie avoit toujours rendu tesmoignage du service et fidélité qu'elle debvoit au roy. » A ces paroles succéda un assez long silence, qui fut enfin rompu par M. De Bonissent, conseiller aux enquêtes. « L'attitude de toute la compaignie fait assez connoître, dit-il, l'union qui est entre nous. L'énoncé des lettres du roy montre que S M. a cru qu'en ce qui s'est passé icy le jour

DE SAINT HUMAIN. St9

de l'Ascension , il y avoit eu de la chaleur de la part de MM. des enquestes. Et , daultanl que la contention meue le dit jour n'a este' aultre que celle qui a accoustumé de se rencontrer dans la diversité des advis, et pour savoir ce que l'on debvoit faire sur les causes de récusation qui avoient este' proposées par les parties , je supplie la cour , en la présence de monsieur le commissaire , de tesmoigner de vive voix et par ung concert universel, ce qui a esté faict, tant pour l'honneur de la compaignie en général, que pour faire cognoistre le procédé de MM. des enquestes , qui n'estiment avoir en rien manqué a l'honneur, service et respect qu'ils doivent au roy et à la cour. » Un murmure favorable accueillit ces paroles. Le président Le Roux de Saint-Aubin prit les avis , en présence du commissaire du roi ; puis il dit à haute voix : « Les contestations qui se passèrent en la compaignie , le jour de l'Ascension, sur la présentation de l'acte de l'élection faicte par le chapitre , de Jacques De Sérans , pour joyr du privilège sainct Romain , n'ont altéré , ni en rien diminué l'affection que toute la compaignie a tousjours eue au bien du service du roy, à l'administration de sa justice, et à maintenir le repos et tranquillité publique , et ses subjects en l'obéissance qu'ils luy doibvent. » Après ce préambule , il prononça un arrêt qui ordonnait qu'on remettrait au commissaire du roi les

procès-verbaux de ce qui s'était passe' , le jour de l'Ascension , tant au parlement que dans toute la ville, avec des listes et rôles de toutes les personnes qui étaient venues loger aux hôtelleries de Rouen pourvoir la fête. De plus, pour prévenir les désordres qui pourraient arriver en telles occurrences , pour empêcher l'abus des récusations qui pouvaient paralyser des chambres entières du parlement, il fut arrêté que l'on supplierait le roi d'ordonner que les parties seraient contraintes de réduire au tiers les récusations qui envelopperaient toute la compagnie. Enfin, pour obvier aux abus et contraventions qui se faisaient par le chapitre dans l'élection du prisonnier, le jour de l'Ascension, il fut arrêté que les chanoines seraient tenus de se régler selon la déclaration de Henri IV, sans quoi le cartel d'élection serait nul.

Cependant les chanoines, très-mécontens de ce que la fierté n'avait pas été levée cette année , s'étaient plaints au roi et au conseil. Par arrêt rendu contradictoirement entre eux et les parties civiles du chevalier D'Andrieu , toute cette affaire fut renvoyée au parlement de Bretagne. Aussi-tôt, le chapitre de Rouen écrivit à l'évêque de Rennes , pour le prier d'interposer son autorité et le crédit de ses amis « à ce qu'il ne fust faict bresche à un privilège si authentique, dernière marque qui restoit encore des anciennes prérogatives de l'esglize ,

et que , conformément à l'élection du chapitre de Rouen, le chevalier d'Andrieu fut mis en liberté. Le principal motif qui nous a portés à faire ceste élection (disait le chapitre), a esté la recommandation de l'ordre des chevaliers de Malthe , les quels exposant journellement leurs vies contre les ennemis de nostre foy, nous avons pensé que nous ne debvions refuser à leurs prières ceste faveur pour la délivrance d'un de leurs confrères, affm qu'ilz soient d'autant plus encouragez à la deffense de l'esglize, voyant que les ecclésiastiques se souviennent d'eux aux occasions. » Dans une seconde lettre à ce prélat, les chanoines, en le remerciant de ce qu'il avait déjà fait pour eux, le priaient de leur continuer ses bons offices. « La conservation de ce privilège nous est d'autant plus chère (lui disaientils), qu'il s'agit d'une des marques qui restent encore de l'ancienne franchise et liberté de l'église , que nous avons , jusques à présent , maintenue contre les enfreprises de tous ceux qui l'ont voulu heurter en ces derniers temps. En quoy nous sommes d'autant plus favorables , que ce sont en partie les huguenots qui se meslent maintenant en ceste affaire et nous y veulent troubler , essayant , par voyes obliques , de donner quelque atteinte à l'église; nous espérons que, par vostre moyen, ces nuages se dissiperont. » Par une lettre à la même date , le chapitre de Rouen remercie vivement les

chanoines de la cathédrale de Rennes, qui, sans avoir attendu ses prières, « s'estoient portés puissamment à la protection des droits et prérogatives de l'église de Rouen , comme si c'eût été leur affaire propre. » — « Vous nous avez engagez et attachez à vous (leur écrivait-il) par des nœuds et liens si fermes qu'ilz ne se rompront jamais , et nous transmettrons le souvenir et la reconnoissance de ce bienfait à ceux qui viendront après nous , pour estre à perpétuité vouez et obligez au service de vostre compagnie. » Cette affaire languit long- tems Le parlement Enfin , le parlement de Bretagne, par un arrêt

iirelagne or-

lonne que m. De du 5 janvier 1634, décida que le chevalier de Sérans d'Andrieu jouirait du privilège de saint Romain, au jour accoutumé, suivant la nomination du chapitre de Rouen. Mais , eu égard à de nouveaux excès commis dans la conciergerie de Rennes par cet incorrigible gentilhomme , entre autres sur le sieur De Bréon qu'il avait frappé d'un coup de couteau , l'arrêt portait qu'il serait banni des provinces de Bretagne et de Normandie pour dix ans, sous peine de mort, s'il rompait son ban. Les chanoines de Rouen , regardant cette dernière clause comme contraire au privilège de la fierté , dont l'effet était de restituer les impétrans en leur bonne renommée et en pleine liberté de leurs personnes, supplièrent le parlement de Bretagne « de vouloir bien , interprétant son arrêt du 5

St-ians lèvera la (ime.

janvier, dispenser le chevalier d'Andrieu du bannissement qui y estoit prononcé; d'autant qu'il diminuoit la force du privilège , estant une mort civile qui les empeschoit de pouvoir l'admettre aux cére'monies ordinaires et requises à l'effet du privilège de la fierté. » Ils prièrent cette cour de déclarer, du moins, que la condamnation au bannissement ne pourrait préjudicier à leur privilège , ni apporter aucune restriction aux lettres de conces- < sion à eux données par les rois de France. Mais cette démarche n'eut aucun succès ; et le parlement de Bretagne ordonna, le 4 mai, que son arrêt du 5 janvier précédent serait exécuté selon sa forme et teneur, sans préjudice des droits et privilèges des chanoines de Rouen. Par suite de ces arrêts , il y Le chevalier eut , en 1634, le jour de l'Ascension, deux prison- J ^tJPen niers qui levèrent la fierté; savoir ; le chevalier d'Andrieu de Sérans, pour l'année 163â, et un gentilhomme du pays de Caux, nommé Gréaulme, pour l'année présente (1 634).

Au moment où la procession de Notre-Dame , se rendant à la Vieille-Tour, passait devant la conciergerie de la cour ecclésiastique ( rue Saint- Romain), Jacques De Sérans se présenta à la porte de cette prison, les fers aux bras et une couronne de fleurs sur la tête. Deux des anciens maîtres de la confrérie de Saint-Romain , assistés des officiers de l'église , l'emmenèrent avec eux, derrière la

1652 , lève la fierté en 1654.

procession , jusqu'à la Vieille-Tour où il leva la fierté avant le sieur De Gre'aulme , prisonnier élu pour cette année. Au retour de la procession, il marchait à la droite du sieur De Gréaulme , portant , avec lui , la châsse de Saint-Romain. Lorsqu'on fut arrivé à l'église, le chapelain les présenta ensemble à tous les membres du chapitre, qui leur adressèrent la remontrance d'usage. Ce cérémonial avait été ainsi réglé à l'avance (I).

1633. En 1 633 , la fierté avait été sollicitée par Nicolas

Dubosc, jeune homme de Rouen, clerc au tabellionnage , et par Anne Le Thuillier, qui , de complicité, avaient tué un homme dans un mauvais lieu de Rouen. La famille Dubosc, qui était très-protégée , avait commencé par obtenir que le procès serait évoqué au parlement de Paris ; puis le conseil avait défendu à ce parlement d'en connaître; et bientôt, rapportant son premier arrêt, lui avait enfin renvoyé cette affaire. Mais pendant toutes ces procédures , suscitées par la famille Dubosc pour gagner du tems , arriva le jour de l'insinuation du privilège de saint Romain. Alors les geôliers des prisons du bailliage de Rouen , qui , jusque-là , se fondant sur la contrariété des arrêts du conseil , avaient refusé de livrer Dubosc et sa complice aux

(') Délibération du chapitre, en date du 23 mai 1634 , deux jour avant l'Ascension.

huissiers de Paris envoye's pour les chercher, refusèrent plus explicitement encore, se fondant maintenant sur l'insinuation du privilège , formalité après laquelle aucun prisonnier ne devait plus être transporte' hors la ville. On somma le chapitre de consentir l'enlèvement des deux prisonniers. Le grand-chantre répondit que messieurs du chapitre estoient maistres des prisons, attendu V insinuation du privilège de monsieur sainct Romain; et que l'arrêt du parlement défendait qu'aucun prisonnier fût transféré hors la ville. Conséquemment , ils ne pouvaient tolérer l'enlèvement de Dubosc et de la femme Le Thuillier. Bientôt les espérances de la famille Dubosc furent réalisées. Le jour de l'Ascension , Nicolas Dubosc et sa complice levèrent la fierté. Nul doute que , sans toutes ces longues procédures , ils auraient été condamnés et exécutés avant l'insinuation. Le danger imminent qu'avait couru Dubosc aurait dû être pour lui un avertissement de mieux vivre à l'avenir. Mais les inclinations perverses de ce jeune homme étaient incorrigibles. Précédemment il avait tué en duel, sur les bruyères dui de Saint-Julien, près Rouen, le précepteur des en- en i633,estPen fans de M. Châlon. Dès l'année qui suivit celle où il ^^ avait levé la fierté , il tua , près de la porte Cauchoise, à Rouen, le fils d'un tavernier de Dieppe, pour un sujet des plus frivoles. Cette fois, l'indulgence des hommes était épuisée pour lui ; arrêté et mis en

>osc , qui avait levé la Gerte

du , à Rouen, en pour un autre crime.

jugement à raison de ce troisième meurtre, Nicolas Dubosc, âgé de vingt-sept ans seulement, fut condamné à mort, et pendu le 16 août 1634 sur la place du Vieux-Marché , à Rouen.

1638. En 1 638 , le jour de 1" Ascension, le chapitre avait

un prisonnier e'lu Raulin Dubusc, jeune homme de Rouen, qui

rst refusé au cha-

ritre , parce que avait tué son frère. Le parlement cassa l'élection,

la date de son . , i > *

écrou était dou- non pas a cause du crime en lui-même , que les cir-

teuse. On finit , -. . 1 1 • ?\ •

toutefois , pai îe constances rendaient excusable jusqu a un certain

délivrer. • • i • • , •

point, mais parce que le prisonnier n avait pas été enregistré suivant la déclaration du roi et les arrêts de la cour; sauf au chapitre à faire choix d'un autre. Le chapitre, averti de cette décision à cinq heures du soir, fit venir le concierge de la Chambre des Comptes, qui, après avoir prêté serment entre les mains de l'archevêque, attesta que sa liste était sincère , et que Raulin Dubusc avait été continuellement prisonnier sous sa garde , depuis trois semaines ; il signa sa déposition. Des députés du chapitre allèrent trouver MM. du parlement, et exhibèrent cette déclaration faite sous la foi du serment. Si le concierge avait commis une faute, une omission, pouvait-elle, dirent-ils, être imputée au chapitre ? Sans doute le parlement maintiendrait ce corps dans ses libertés et possessions anciennes. M. Charles De Faucon , premier président , leur objecta la déclaration de 1537 , et l'arrêt du parlement, qui exigeaient qu'un prisonnier, pour être

admis à lever la fierté , eût ëte' e'croue' dans les prisons avant l'insinuation du privilège. L'ëcrou de Pvaulin Dubusc n'étant point produit, on en devait conclure qu'il ne s'était constitué prisonnier que depuis l'insinuation ; il ne pouvait, conséqueminent , être admis à lever la fierté. Il invita le chapitre a procéder à une nouvelle élection , en lui donnant l'assurance que le parlement attendrait son second cartel. Les chanoines députés répondirent que l'élection du chapitre ayant été faite selon les formes ordinaires et observées de tems immémorial, « avec la candeur et la bonne foi requises en telle élection » , on ne pouvait exiger qu'ils procédassent à un nouveau choix. L'affaire étant d'importance , ils demandèrent instamment que les avis de MM. du parlement fussent recueillis de nouveau , espérant que les explications qu'ils venaient d'entendre les auraient satisfaits. La cour y consentit , et la conjecture du chapitre se trouva vraie ; car bientôt on fit venir enfin Raulin Dubusc, qui fut interrogé sur la sellette. A huit heures et ce prisonnier

-, . -, . p , a • i .est enfin délivre

demie du soir, tut prononce un arrêt qui ordonnait au chapitre. que ce prisonnier serait délivré au chapitre , pour jouir du privilège, mais pour la cérémonie du jour seulement. La procession partit de Notre-Dame à plus de neuf heures du soir. Raulin Dubusc leva la fierté à la Vieille-Tour, et l'apporta jusque sur le maître autel du chœur. Alors, sur le bruit qui courut

qu'on vouloit se saisir de sa personne , en vertu de l'arrêt du parlement qui l'avait délivré pour la cérémonie seulement , il sortit sans bruit de la cathédrale , à la faveur de la nuit. La grand'messe fut célébrée comme elle l'était ordinairement à pareil jour ; et sans doute elle ne finit pas avant minuit.

Lois fre.es En 1 6/11 , la fierté fut donnée à trois gentils-

lèvent la fierté, , 1 1 H 11»

pour avoir tué nommes coupables d un meurtre dont les circon-

un homme qui ?..• ■ CC * 1 '. • i\

avait deshonoré stances étaient allreuses , mais qu excusait, jus qu a îen. sœur. un ceriam point le sentiment bien naturel qui paraissait avoir animé ses auteurs. Les sieurs De Bérard, gentilshommes deTouraine, étaient avertis qu'une intimité criminelle existait entre un sieur Postel d'Ormois et Marguerite De Bérard, leur sœur. L'un de ces gentilshommes , page du prince de Guéméné , avait épié les deux amans, et, par l'ouverture de la serrure , « les avoit veu faire une action non licite qu'aux gens mariés. » Il en avertit ses deux frères, et ils résolurent tous les trois de tâcher de surprendre le sieur D'Ormois et leur sœur « en Testât que leur jeune frère les avoit veus , affm de les faire espouser ensemble», et réparer ainsi l'offense faite à leur maison. C'était au manoir de la Grillonnière , appartenant à leur mère , que se passaient ces scènes honteuses. Accompagnés de deux gentilshommes, leurs cousins, ils s'y rendirent une nuit, fort secrètement. Arrivés aux portes du

château , après s'être tous débottés pour faire moins de bruit, ils furent introduits par des valets. Ils entrèrent dans la chambre de leur sœur ; l'un d'eux écarta les rideaux du lit... il n'y avait plus lieu d'en douter.... leur sœur e'tait dèshonore'e. Cependant, aussi-tôt qu'il les avait aperçus, le sieur D'Ormois s' e'tait jeté sur son épée, puis la lampe qui éclairait la chambre étant venue à s'éteindre , il s'était enfui en chemise, et était allé se barricader dans une des chambres de l'étage supérieur. Bientôt, voyant les issues du château fermées pour l'empêcher de s'évader, il demanda aux sieurs De Bérard ce qu'ils lui voulaient. « Ilfault, lui dirent-ils, que vous espousiéz celle que vous avez déshonorée, » — « Je mourrois plustost, répondit-il ; je nayrien attenté contre Vhonneur de madamoiselle vostre sœur ; je causois avec elle, mais cestoit sans aulcun mal. » Cette réponse était peu faite pour contenter les trois frères. Après bien des pourparlers , D'Ormois , voyant que c'était fait de lui, résolut de vendre cher sa vie. Lui et son domestique se présentèrent à leurs adversaires, l'épée et le pistolet à la main; de part et d'autre on tira ; des deux côtés, les balles portèrent. D'Ormois étant blessé, on lui dit qu il estoit encore assez temps d'espouser Marguerite De Bérard , et quil y avoit ung prestre non loin de là. Mais il répondit qu'il voulait qu'on l'achevât, et, en disant ces mots, coucha en joue le sieur Thomas De

Bérard, qui, voyant cela, l'étendit mort à ses pieds. Aussi-tôt les meurtriers s'enfuirent, on instruisit contre eux. Des indices graves donnèrent lieu de penser que cette trage'die était le résultat d'un complot honteux , ourdi entre Marguerite De Bérard , sa mère et ses frères, pour contraindre le sieur D'Ormois à un mariage auquel il répugnait invinciblement. Le trop célèbre Laubardemont , envoyé' en Touraine pour faire le procès aux coupables, les condamna par contumace , les uns à être rompus vifs, les autres à avoir la tête tranchée. Enfin, en 1 641 , les sieurs De Bérard vinrent à Rouen solliciter la fierté. Bouthillier - Chavigny , secrétaire d'état aux affaires étrangères, proche parent des Bérard , écrivit à François De Harlai , premier du nom, archevêque de Rouen, et au chapitre, en leur faveur. « Il seroit difficile à ces gentilshommes (écrivait-il) de se mettre en seûreté par autre voie que la fierté. » Et comme le chapitre l'avait invité à recourir plutôt à la grâce du roi , ce ministre répondit ; « Si le crime dont les sieurs de la Grillonnière sont accusés eust permis d'implorer la grâce du prince , j'oze vous dire que le Roy m'eust peut estre faict l'honneur de me l'accorder pour eux. Ce sont gentilshommes de condition, qui sont tombés dans ce crime par un malheur extrême. Il y a quatre ans qu'ils en font pénitence, et ils espèrent, dans le repentir et très-grand déplaisir qu'ils ont de leur

faulte, qu'ils obtiendront le remède qu'ils cherchent pour mettre fin à leurs peines en levant la fierté. » Le duc de Longueville écrivit aussi en faveur de ces gentilshommes, « qu'il avoit veu, disait-il, signaler souvent leur valeur dans les armées. C'est principalement, ajoutait-il, pour les personnes de leur mérite et condition que le privilège de la fierté a esté introduit. » Ces sollicitations eurent un succès complet. La fierté fut accordée aux sieurs De Bérard de la Grillonnière. Mais, pendant plusieurs années encore , ils continuèrent d'expier leur crime par les persécutions qu'ils eurent à essuyer de la part de la famille du sieur D'Ormois. Marguerite De Bérard , qui n'avait pas levé la fierté , était plus tourmentée que les autres , et on était parvenu à la faire arrêter. Après de longues procédures , le conseil renvoya cette affaire au jugement du parlement de Rouen , qui, par un arrêt du ââ août 1 648 , ordonna que les prisons seraient ouvertes à Marguerite De Bérard , la renvoya en la possession de ses biens , et la mit hors de procès. Ainsi se termina cette affaire , après onze ou douze années d'angoisses pour la famille De la Grillonnière. Ce qu'il y a de piquant, c'est que l'esclandre qu'avait faite ce procès n'empêcha pas Marguerite De Bérard d'être recherchée en mariage ; peu de tems après la mort tragique du sieur Postel d'Ormois , elle avait épousé un sieur Jacques De Sarcilly , sieur des Fourneaux.

1642. Un baron de Ris (je ne sais s'il e'tait de la famille

des Faucon de Ris qui adonné plusieurs premiers présidens au parlement de Rouen) ayant assassiné le vicomte de Montmartin , le parlement de Paris l'avait condamné à mort par contumace. En 1 6^2 , Le roi (Louis XIII), informé que ce gentilhomme «poursuivoit pour lever la fierté de sainct Romain, et obtenir, par ce moyen, l'impunité de son crime », écrivit au chapitre « qu'il estoit à propos que l'on n'abusât point de ce privilège, l'estendant à toutes sortes de personnes qui, par faveur, estoient admises à s'en prévaloir, ce que si l'on toléroit quelquefois , il estoit bon, néantmoins, que ce ne fût pas tousjours. Vous ferez donc en sorte , pour ceste fois-cy, ajoutait-il, qu'un autre que le dict baron de Ris lève la dicte fierté. »

Le chapitre eut égard à cette lettre ; et le privilège fut accordé, cette année, à un sieur Olivier Dagouët de la Giraudière, qui avait tué son beau-père (le mari en secondes noces de sa mère).

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