‹ Histoire du privilége de saint Romain en vertu duquel le chapitre de la cathédrale de Rouen délivrait anciennement un meurtrier tous les ans, le jour de láscensionChapitre 2 sur 27 · PR£FAC · texte numérisé non relu

PR£FAC

celles de la Chambre-des-Comptes, du Bailliage, de rHôteMe-Yille; les vieilles chroniques , les rituels , les recueils de jui^ispnidence ont passé sous nos yeux.

A ces sources fécoaJes , combien nous axons puisé de documens ignorés sur les premiers tems du priyil^e, sur les crimes, quelquefois énormes, qu'il effaça par sa vertu puissante; sur les luttes nombreuses que le chapitre , possesseur de cette prérogative unique, eut à sou* tenir, contre les magisti^ats qu'indignait l'impunité, contre les rois eux-mêmes, qui, quelquefois, regardèrent le privilège dW:Œil d'envie, mais finirent toujours par le confirmer, comme avaient fait leurs prédécesseurs; sur 1 empressement et riosistance avec lesquels le sollicitaient chaque aimée, pom^ iem^s protégés, des princes , des ministres , des rois , des reines, descardinaux, des papes, et les magistratsmémes qui s étaienteflforeésde lui portfsr atteinte; enfin, sur le cérémonial de la fierté, non pas tel que Font si

impaiiaitemenidécrh tous les auteurs qui

eu ont pai^é jusqu'à ce jour, mais complet, détaille, avec un grand nombre de faits ig^norés qui ôtent à notre Description (nous le .croyons du moins) ce que sau^ eux elle aurait eu de monotone.

Il nous a semblé que Jiotre travail, résumé fidèle de documens nombreux et presque tous inconnus jusqu'à ce jour, ne serait pas sans intérêt pour nos cornpatriotes j et nous le leur offrons avec la confiance d un écrivain qui n'a rien négligé pour i^ndre son œuvre complète et digne de l'approbation des lecteurs éclairés et équita]>les.

Au XY I^ siècle , Etienne Pasquier ayait été frappé de l'importance et de l'éclat de ce privilège « vrayement admirable et imique en son espèce (disait-il), et qui, pour céste cause, méritoit, selon lui, d'estre recognu de tous, mesmement en ceste France. Je puis dire , ajcMitait^l , et en pétille qui voudra, qu'en toute l'ancienneté vous ue trouverez un semblable

privilège Deux siècles après, Froland, jumconsulte normand , parlant de ce même privilège , alors bien dégénéré , disait cependmt : « Je ne connois point en France de plus beau privilège que celui-ci. » 11 le comparait au privilège des évêques d'Orléans, qui délivraient, lors de leur première entrée, tons les prisonniem qui se trouvaient dans les prisons de la ville; « mais, disait-il « le privil^ des évéquesd'Orléaus, à peine a-t-il eu son effet, qu'il tombe et ne peut plus être renouvelé pendant tout le temps de leur vie i au lieu que celui que nos rois et nos ducs ont accorde au chapitre de Rouen, se renouvelle, tous les ans, au jour de 1 Ascension. Le privilège de saint Romain mériteroit (ajoutait- il) une discussion des plus étendues par la quantité de faits et de droonslances qui le regardent; «t ) avoue que ma première idée avoit été d'en faire une explication complète ; mais

Btckerches de la Ftttmcê, livre 19*'. , chaf ilxe 4^*.

BMTAiÇKi va

j ai CMmmà/éré qm le détiûl en $ero«t trop loQg« et iju'il étoit plijifi k propos de le conserver pour ce volume dont j parlé pluâeun. fois dans' k précécleni chapitjTe^'^ *

Froland fit point cet autre volume qu U avait promis , et il fallut renoncer à Touvrage détaillé qu'il s'était proposé da codAsacrei* au privilège de saint Hooiain, Dràronbeaucoup regretter qu 'il n ait pas esécuté son desisein ? Il est penoîsd endouter. a»)«ré h ^ ërudiOoaq» di^ guait ce jurisconsulte. I^e chapitre n our vi ait pas volontiers ses archives à ceux qui Tonlaient écrire sur le privil^e. Ën 1 765, M. BelaviUe, avocat au parlement d^ Paris, s occupant de continuer les Causes célèbres f et voulant y pai 1er du uiéaM>* raUe procès de Claude De Péhu, et de quelques autres procès où la fierté jouait un rôle , avait écrit au chapitre de Rouen pour prier cette compagnie de lui donner

Reemtit étvnût àt régkme/U, tome pag^ 7^<'-

VIII PBBFAGE.

des ëclaircissemens sur ces diverses affaires. MM. les chanoines Rosset, Saas et Hébert, furent chargés de faire des recherches et de dresser un mémoire, qui ne serait toutefois envoyé au sieur Delaville « gu après woir été examiné en chapitre. » En envoyant ce mémoire, soigneusement revu par sa compagnie ^ le doyen recommanda à M. Delaville « de ne rien faiix imprimer sur cet objet , sans Valoir préalablement communiqué au chapH^. n Lorsque l'on aura lu notre ouvrage, on verra si mi auteur soumis à cette surveillance inquiète du chapitre pouvait écrire une histoire complète et iidèle.du privil^e de saint Romain. •

Nous venons remplir cette tâche avec beaucoup moins d'érudition et de talent, sans doute , mais en revanche avec plus de liberté , d'indépendance, etdégagés des entraves qui, avant la révolutionde 1 789, n'auraient pas permis k un historien du privilège de dire la vérité tout entière , ou même d'entreprendre l'ouvrage que

PttEFACC. IX

nous pul^cns aujrard'hui. Loin dé nous; toutefois, iidée d abuser de cette liberté pour insulter à une compagnie qui n'est plus, et qui brilla autrefoisdans notre cité fiar ses vertus et son savoir. Mais aussi, on ne saurait exiger que nous respections des erreurs graves sur des points qui toudbmt essentiellement à Thistoire du privilège. Et, par exemple, le miracle de la gai^ouille, si iong-tems regardé comme l'origine du privilège de la fierté, devonsnous nous faire un scrupule d'en montrer la fausseté , lorsqu'elle <est pour nous de la dernière évidence? Dans notre Dissertation sur l'origine du privilège, nous avons dit que le dragon de saint Romain n'était autre chose que l'idolâtrie à laquelle le saint évèque de Rouen porta le deriiici' coup ; et que , dans beaucoup d antres villes de France , les évéques qui y avaient lutté avec succès contre l'idolâtrie, l'hérésie ou Terreur, étaient l'egardes comme ayant terrassé des serpens,, des dragons, et représentés dans cette

attitude par des monument sans nombre.

Nous avons expliqué cette croyance popu- . laire par Tusage où r<Hi était de peindre ridoUtrie, le diable, sous la forme d'un serpent ou dragon.

Après un nouvel examen , au lieu de désavouer ces assertions, nous les reproduisons ici, avec des développemens nouveaux, dus, en grande partie, à un ouvrage curieux et savant tle M. Eusèbe Salverte^'*. Nous ne ferons, pour ainsi dire, qu'analyser son cba(Nltre sur ies jDragons et les Serperts monstrueux quijfigurent dwis wi grand nombre de récils fabuleux ou historitpes^ en profitant toutefois aussi des Rechéwhes hisim^éss sur Gilles f seigneur de Chmf et le Dragon^ publiées à Mons, en 1835.

La lutte du bien contre la mal, de la lumière contre les ténèbres, de la v^ertu contre le vice, de la civilisation contie

^'^ Dts Sciences occuUes , ou Essai sur la Magie, les Prodiges rt les Miracles, par Ëuaèbc Saiveitc. Parût; 1S29;

la boriMne ^ de la Yërité contre l'emiir , est aussi vieille q«e le monde; les ciens Vont connue. Voulant rendre glo- Tteux et sensible a tous le triomphe do la vertu, de la vérité, ib imaginèrent, ils représentèrent leurs dieux , leurs héros, leurs demi-dieux anéantissant des monstres, l'efi&oi des peuples : Apollon perçant de ses flèches le serpent Pithon; Jason triomphant du dragon sur les bords du fleuve de la Colc hide; Orion détruisant un serpent; Hercule etPersée domptant des monstres mariné; Anubîs perçant un serpent avec sa lance. Tous

les monumens de TEgypte, de la Grèce et de Rome, ofiErirent ces emblèmes. De là ils passèrent dans les écrits des poètes et des historiens, qui, eux aussi, étaient souvent des poètes. Or, si, dès le tems des païens , le génie du bien et de la lumière, personnifié sous les traits dun esprit céleste, et triomphant du génie du mal , du vice et des ténèbres , figuré , lui, par un serpent, était une image

Xn PB^FACE*

familière , reproduite par des monumens iidmbreux; on conçoit avec quel empressement les chrétiens accueillirent , lors de la chute tla polythéisme, cette image si conforme an langage , à 1 esprit et à lorigine de la religion nouvelle. La Genèse ne nous offrait-elle pas la femme écrasant la tête du serpent*'^? L'Apoealypse nedëcrivait-il pas un grand combatdans le ciel entre l'archange Michel et le dragon roux, escortés, Tun et Tautre, de leurs milices ? Là, on voyait le dragon, le serpent antique , appelé le Diable, précipité du ciel en terre ; on voyait lar* change , vainquem^ du monstre, le saisir, et Tenchalner pour mille ans^^K

Les Rogations , instituées à la fin du v*"* siècle, rendirent plus iamihère encore, surtout dans TOccident, l'idée d'un serpent anéanti par un être supérieur et

Gènes., cap. 3, vm. i5.

Apocal., cap. 12, vers. ^ et 9.

jipocal, , cip. 20 , Te». 3.

PRÉFACE. Xm

Imtifiûsaiit. Les dragona ailés que fdn

{Hurlait 9ljxs, processions, images du dëmon, taatôt vainqueur, tantôt vaincu, fiirent regardés , à la longue , par le peuple, coimne les dépouilles de dragons de chair et d'os, domptés naguère par les saints évéques plus particulièrement ré- Térés dans les dioci^ses. Cliaque dragon eut bientôt son histoire particulière, et les légendes se multipUèrent à 1 infini, La Tarasque de Tarascon; ia Grand' gueule de Poitiers; le Graoulli, {ou. Kraoulli) de Metz; la Chair s€Êlée de Troyes; la Knmlla de Reims; le Dragon de Louvain ; le JJnagqn de Saint-Marcel , àPaiis, lie sont guère moins célèbres que la Groi^Dift/fe de Rouen. Comme chaque église catb^rale avait son dragon, que l'on portait dans les processions, chaque cathédrale eul aussi son Sciint evêque , vainqueur d'im dragon, d'un serpent monstrueux dont il avait purgé le pays. Ainsi , sans parler de saint Georges et de son dragon , si connus de tous , Tlle de

XIV P|l£FACE.

Batz , en Bretagne , eut saint Pol ; et Léon eut «amt Jonin, tous deux vainqueurs d'un serpent ; le Mans , saint Julien , saint Léon et saint Pavace; Vendôme, saint Bië, ou Bienlieuré, vénérable ermite; Mete eut saint Clément; Poitiers, sainte Badegonde; Tarascon, sainte Marthe; Bordeaux, saint Martial; Saumur, saint Florent ; Tonnerre , le saint abbé Jean. Outre cela, on connaît encore saint Théodore; saint Victor, de Marseille; saint Second, dAsti; saint Cyr, de Venise; saint Bertrand , évéqne de Comminges ; saint Samson , de Dôle ; saint Hilarion , d Epidaure; saint Donat, évêque de Corinthe ; saint Arnel, du diocèse Av \ annes; saint Benoit, d'Arezzo ; saint Derien, de Landemau ; saint Jean , de Reaume; saint Meen, abbé de Saint-Florent; saint Paul, deMalthe; saint Véran, archevêque d'Arles; saint Amand, du diocèse de Toumay ; saint Marcel , évéque de Paris. En JNormandie , outre noU e saint Rouiaiii, 11 avous-nous pas saint Nicaise, qui

PKEFA^. XW ^

triompha d'un serpent entre Vatpc et Meokn; MintVigor , évoque de BayeiA, qui dompta aussi un dragon ?

À eu croire les légendaires, tous ces saints , et d'autres encore que nous omettons pour pe point £atigoieT le leetear, luttèrent naguère avec $uccès contre un dragon, un serpent, un monstre. Mais ^ à qui le persuadera -t- on? Est-ce mal raisonner que de dire^ aYec M» Ëusèbe Salverta ^ que « tous ces récits sont trop souvent renouvelés pour avoir jamais été ▼mis?» Qui ne reconnafft ici , en effet, un emblème qui, universel, pour ainsi

fait ou plutôt une allégorie reçue dans tons les tems et dnn& tons les lieux? Ët quel anire fait pourrtit-ce être que le triomphe du vainqueur céleste , du principe du bien et de la lumière sur le principe des ténèbres et du mal , figuré par un serpent , comme parlaient les païens 4 et, pour nous, chrétiens, le triomphe de la vérité sur Terreur, de la

XVI PftBFAGE.

religion chrétienne sur le polythéisme; en langage populaii^e , de Dieu sur le Diable ? Que la victoii^e de saint Romain sur la gargouille soit aussi fabuleuse que toutes celles des saints et saintes que nous avons cités, c'est ce que montre sa parité , son air de. famille avec toutes les légendes auxquelles nous venonside £adre allusion; c'est ce que prouve surabondamment le silence unanime .des plus anciens auteurs qui ont écrit la vie.de ce saint C'en est assez sur ce sujet.

Nous devons maintenant exposer, en peu de mots, le plan que nous avons ' suivi dans la composition de .notre histoire du privilège. de saint Romain.

L'origine de ce privil^e est un point débattu depuis long-tems. C'est celui dont s'occuperont d'abord beaucoup de nos lecteurs ; nous l'avons discuté dans une JDissertcUion qui figure en tête de l'ouvrage, et que complète ce que nous yen<»i$de dire relativement aux démons vaincus par des saints. Vient ensuite

PEEFACX. XVII

l'iûstoire du privilège , qui se divise en trois époques;

1\ Depuis les premiers tems jusqu'à Tan ISm exclusivement, parce qu'en 1518 le roi Louis XII rendit deux édits confirmati& du privilège, et ti^ës-mémorables dans Thistoire de cet ancien usage.

9*. Depuis I Jiâ jusqu'en ï597, parce qu'en 1597 Henri lY, voulant mettre un terme à Tabus scandaleux que l'on fidsait du privilège, le modiiia notablement par un èdit qui défend d'accorder la Herte aux individus coupable^ de viol , d'assa^ sinatpar guet*à*pens, d'hérésie, de lèae^ majesté et de fausse-nK>nnaie.

3". Depuis i597, époque de cette modification, jusqu'à Tannée 1791^ où le privil^e cessa d'eadsier.

Le cérémonial du privilège était txèsr compliqué et foit curieux; il réclamait donc une description -étendue, qui suit . imm^Uatement Thistoire.

Eiuiin , nos lecteurs seront curieux sans doute de connaître les noms des

XVm PlliFAC£.

pridcmiiierft qui forent admis à lever la fierté de saint Romain. Nous publions donc tous les noms que nous avons pu découvrir de prisouiiiers ayant joui du privilège ; nous en indiquons un grand nombre du xiv^< siècle; il ne nous en manque que cinq du xv^. ; nous avons trouyé tous ceux des xvi*. , xvn". et XYiii«« siècles.

Dans un Appenêicey nous donnons :

Jj' Histoire de la cof^rine de saint Jtomain, que nous avons détachée du corps de 1 ouvrage, parce qu elle en arrélaift trop iong^tems la marche.

• Des notices de MM. Hyacinthe Langlois et A. Deville , sur les anciennes châsses de saint Romain et sar la nouvelle.

De plus , une courte notice de M. E.- Hyacinthe Langlois, sur le monument de la Vieilk-Tour.

Ënhn, paraitix>nt, pour la première fois, quelques Pièces jusiificcUiçes importantes et jusqu'alors inconnues.

U nous reste à remplir un devoir bien doux, celui de la recpumissance euvers les personnes qui ont augmenté la masse des matériaux réunis par nous pour la composition de cet ouvrage. A la Bibliothèque du roi , où naguère nous avions frayaillë pendant six ans, nous avons trouvé les iximnrailicadQns les plus empressées ; M. Champolligu^Figeac , l un des conservateurs de ce précieux dépôt, et avec lui MM. Iiéon Lacabane , Guérard et Paulin Paris « nous ont traité comme une ancienne connaissance, comme un ami. A Rouen, MM. A. Devillej E.-H.

Langlois ; Baroche , conseiller en la cour royale; André Pottier, bibliothé- Uouel , président du tribunal civil de Louviei's ; Le Gendi e , arcliiviste de la Préfecture; Beauvet, archiviste de rHôtel-de-Yille , ont mis à notre disposition les documens les plus curieux. Que tous ces hommes bienveillans autant qu'éclairés trouvent ici Texpression de notre vive gratitude. Si cet ouvrage est

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