DU PARLEMENT
Pendant que ses amis subissaient ainsi, sans rigueurs cruelles, les conséquences de leur défaite, Charles errait le long des côtes de la Bretagne, attendant qu'un avis lui vînt pour aller les joindre. Ce fut à Saint-Malo, ou, selon d'autres, à La Rochelle qu'il apprit le désastre de Booth et la vanité du grand complot si longtemps médité : « Ne comptez plus sur aucun soulèvement, » écrivait-on à Hyde1; a nos espérances maintenant ne peuvent venir « que du dehors; et elles sont bien faibles quand nous « voyons comment les Espagnols vous traitent, que les a Français vous trahissent et que les Hollandais se sont a déjà prononcés contre vous. » Charles reprit aussitôt le dessein que l'attente d'un succès des royalistes en Angleterre lui avait seule fait suspendre ; il partit pour aller chercher, aux Pyrénées, auprès des deux ministres qui négociaient la réconciliation des deux couronnes, quelque espoir de recouvrer la sienne. 11 ne pouvait se promettre beaucoup de cette tentative, car Mazarin, qui en craignait pour lui-même quelque embarras, avait vivement conseillé à la reine sa mère de l'en détourner, et lui avait même, après quelque hésitation, fait refuser tout passe-port. Mais Charles, triste des nouvelles de Londres, ennuyé du séjour de Bruxelles et curieux de contrées et de scènes nouvelles, ne tint compte ni du conseil, ni du refus, et prit sa route incognito à travers la France, choisissant les voies les plus longues, s'arrêtant çà et là pour son plaisir, et plus occupé des incidents du voyage que pressé d'en atteindre le terme. En approchant de
* Le 20 août 1659.