DE L'ANGLETERRE
Aux embarras intérieurs de Richard une grave complication extérieure vint s'ajouter. Le roi de Suède, Charles-Gustave X, était en guerre, d'une part avec le roi de Pologne, Jean-Casimir V, soutenu par l'empereur Léopold I« et par plusieurs princes allemands, de l'autre avec le roi de Danemark, Frédéric III, soutenu par les Hollandais. Ce n'était point là une simple guerre locale dans le nord -est de l'Europe; la Suède rêvait encore la prépondérance protestante que Gustave- Adolphe lui avait , un moment, conquise en Allemagne avec tant d éclat , et la maison d'Autriche n'avait pas encore renoncé à la domination catholique qu'avait exercée en Europe Charles-Quint. Les croyances religieuses, quoique pacifiées, et les ambitions de suprématie continentale, quoique déjouées par le traité de Westphalie, influaient encore puissamment sur les plans et la conduite des souverains. Des questions nouvelles, il est vrai, s'élevaient et amenaient des combinaisons différentes; tranquilles sur leur indépendance et sur leur foi, les États protestants se divisaient; les Hollandais et l'électeur de Brandebourg s'unissaient à la maison d'Autriche contre le roi de Suède; la domination sur les passages du Sund et dans la mer Baltique, disputée entre la Suède et le Danemark, était aussi, l>our l'Angleterre et la Hollande, un sujet de vive préoccupation et d'ardente rivalité; mais à travers ces complications inattendues et changeantes, les grands intérêts qui, depuis la dernière moitié du XVIe siècle, avaient divisé l'Europe prévalaient encore dans les grands
ai LIVRE I. — RELATIONS EXTÉRIEURES
esprits; et Cromwcll et Mazarin, en s'alliant entre eux et avec la Suède contre l'Autriche et l'Espagne, continuaient hardiment la politique de Henri IV et d'Élisaheth. Les hases de cette politique, la question du protectorat protestant et celle de l'équilibre européen, étaient au fond de la guerre de la Suède contre la Pologne et le Danemark. Aussi Mazarin ordonna-t-ii à Bordeaux de pousser vivement le gouvernement anglais à soutenir les Suédois. Cromwcll, à coup sûr, s'il eût vécu, n'eût pas attendu de telles instances, et le roi de Suède, qui lui avait été constamment fidèle, eût trouvé en lui un ami efficace. Charles-Gustave réclama l'appui du nouveau Protecteur. Les conseillers de Cromwell, restés ceux de son fils, étaient, profondément imhus de sa politique; Thurloe surtout, esprit judicieux et pénétrant, en comprenait , mieux que personne, les motifs et les conditions. Mais Thurloe était en môme temps craintif et suhalterne, excellent serviteur d'un maître puissant, mais hors d'état de s'en passer. Richard et son Conseil hésitèrent; comme leur propre sentiment ,1a faveur publique, en Angleterre, était pour la Suède; mais ils prévoyaient que, leur résolution une fois prise, une forte opposition, ou sincère ou factieuse, éclaterait. Ils négocièrent, tantôt essayant de détourner les Hollandais de leur alliance avec le Danemark , tantôt leur offrant de s'unir dans une médiation commune, et demandant à Mazarin d'abord des subsides, puis un traite de garantie pour le ras ou l'Angleterre, eh agissant eri faveur dé la Suéde, se trouverait1 entraînée dans une girerre avec- la