LIVRE I .— RICHARD SE DÉCIDE
qu'elles soient de fête ou de deuil. La magnificence déployée dans celle-ci fut une arme de plus aux mains des mécontents; la dépense s'éleva, dit-on, à 00,000 livres sterling , contraste choquant avec la détresse de l'armée et la i>énurie du pouvoir. Les républicains en exprimaient hautement leur blâme ; des pamphlets, répandus dans les rues et sur les pas du cortège, dénonçaient au peuple cette criante prodigalité; le bruit courut môme que les soldats irrités avaient formé le projet d'enlever à son juissage le corps du grand Protecteur, et de le retenir en gage du payement de leur solde arriérée. Rien de semblable ne fut tenté; malgré un assez grand désordre , aucun trouble sérieux n'éclata , et Cromwell descendit sans insulte dans les tombeaux des rois. Mais la fermentation allait toujours s'aggravant; aux conciliabules des officiers mécontents s'étaient ajoutés ceux des meneurs républicains réunis à Charing-Cross, dans la maison de sir Henri Vane; les menées renaissantes des Cavaliers leur fournissaient des sujets d'alarme pour l'avenir et d'accusation contre le jwuvoir; en Angleterre pourtant , aucun mouvement royaliste ne paraissait encore; mais on parlait beaucoup de l'activité des Stuart sur le continent, de leurs allées et venues à Bruxelles, à La Haye, à Amsterdam, à Paris. Richard ne pouvait tester plus longtemps isolé en butte à tant d'attaques, inactif et silencieux au milieu de ce bruit. En fait d'argent, un Parlement était indispensable; et parmi les partisans du Protecteur, beaucoup, dans leur inquiétude, eu espéraient, pour son gouvernement, quelque appui. Que ne