‹ Histoire du Protectorat de Richard Cromwell et du rétablissement des StuartChapitre 36 sur 131 · EST RECONNU PROTECTEUR · texte numérisé non relu

EST RECONNU PROTECTEUR

temps que le mot reconnaître fut admis, celui d'indubitable fut écarté, et la Chambre déclara en outre que le bill contiendrait « des clauses additionnelles, destinées à « limiter le pouvoir du premier magistrat et à garantir « les droits et privilèges du Parlement, ainsi que les « droits et libertés du peuple, et qu'aucune disposition « de ce bill ne serait en vigueur ni obligatoire pour a personne jusqu'à ce que le bill tout entier eût été « adopté1. »

Thurloe seul vota contre cet amendement, proposé à Timproviste et adopté sans contestation. Ce judicieux raisonneur ne voulait pas admettre qu'au moment même où la Chambre reconnaissait le Protecteur comme un pouvoir préexistant par lui-même, en droit et en fait, elle tînt ce pouvoir en suspens et subordonné aux limites qu'elle jugerait à propos de lui assigner*.

Prise dans son ensemble, la décision était sans doute une victoire pour le gouvernement du Protecteur ; mais une de ces victoires qui, dans les Chambres comme dans les camps, coûtent plus cher qu'elles ne valent, et présagent les grands revers. Ce long combat, terminé par un succès incomplet, avait exhumé tous les souvenirs de discorde, renflammé toutes les passions, profondément divisé les partisans de la révolution, et remis la République aux prises avec le Protectorat, sous les yeux des

« Joumals ofthehouseofC, t. VII, p. 603 ,—Parl. hist., t. XXI, p. 283-284; — Burton, Diary, t. III, p. 117, 256-287;— Thurloe, State-Papers, t. VII, p. 609.

* Pari, hist., t. XXI, p. 289.

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royalistes ardemment immobiles et attentifs : a La dis- « sension est telle dans Westminster, » écrivait à Hyde son correspondant John Barwick, « qu'elle finira proba- « blement par la confusion ; un parti croit que le Pro- « tectorat ne peut pas tenir ; l'autre, que la République a ne peut pas se relever ; e^es indifférents espèrent que « l'un et l'autre auront raison. Il est aisé de prévoir et « de prédire le dénouement1. »

Quand on en vint à la seconde des questions fondamentales dont le Parlement avait à s'occuper, à la question des deux Chambres, le mal devint bien plus grave encore et le péril plus apparent. Le bill pour la reconnaissance du Protecteur avait été proposé à l'autre Chambre, que Richard et ses conseillers appelaient toujours la Chambre des Lords, en même temps qu'à la Chambre des Communes ; et elle en avait, le jour même, ordonné la première et la seconde lecture; mais elle en était restée là, timide au fond et n'osant faire acte de puissance tant qu'elle était elle-même en question. Les républicains désiraient que cette situation se prolongeât, car elle laissait les Communes presque souveraines en enlevant au Protecteur l'appui que l'autre Chambre définitivement constituée eût pu lui prêter. Aussi, quand ce débat s'ouvrit, Haslerig et Vane demandèrent-ils qu'il fût ajourné, et qu'on s'occupât d'abord de régler complètement la situation du Protecteur en fixant les limites de son pouvoir; ils insistèrent surtout pour que la Chambre

i Thurloe, State-Papers, t VII, p. 615.

statuât sur les questions du commandement de la force armée et du veto législatif, les plus importantes de toutes, disaient-ils, pour déterminer la nature du gouvernement : a Je ne sais pas, » dit Haslerig, a lequel est le « plus grand d'un Protecteur ou d'un Roi ; j'espère que « nous l'apprendrons dans ce débat; c'était autrefois ime « maxime légale que le roi ne peut mal faire...; si cette « maxime est encore vraie, et si le Protecteur n'est pas « plus grand que le roi, je serai sûr alors qu'il ne peut a pas avoir le veto législatif, car, s'il l'avait, il pourrait « faire beaucoup de mal.» — « Je souhaite, » dit M. Trevor, « que nous réglions l'état du premier magistrat de « telle sorte qu'il ne puisse faire aucun mal; mais « alors , il sera fort douteux qu'il puisse faire aucun « bien. » — « Traitons loyalement les uns avec les au- « très, » dit M. Swinfen ; « nous n'avons pas examiné la « question de savoir si nous voulions une république ; « discutons-la ouvertement, et n'essayons pas de nous « entraîner par des votes indirects. » Vane et Haslerig n'hésitèrent point : « Tout le pouvoir législatif et suit prême est ici, » dirent-ils ; « vous seuls avez droit de « lier le peuple ; et c'est précisément à cause de cela « que vous devez statuer, et statuer à vous seuls, sur le « commandement de la force armée et sur le veto, avant « de vous occuper de l'autre Chambre. », Leur prétention fut vivement repoussée : « Je ne veux pas, » dit sir John Lenthall, « monter si haut que de voter un roi ; « mais je ne veux pas non plus descendre si bas que de « croire et de déclarer que tout le pouvoir réside dans

« cette Chambre ; que d'extravagances n'a-t-on pas coin- « mises dans cette supposition ! »— « Dire que nous avons « tout le pouvoir, » s'écria M. Manley, « qu'est-ce donc « sinon la république ? 1 »

Ce mot détesté suffisait pour décider les incertains : la Chambre repoussa la proposition de Haslerig et vota, à 217 voix contre 86, que, laissant de côté tout autre objet, elle s'occuperait sans délai de la constitution du Parlement en deux Chambres*.

Il semblait que, dans ce débat, la première question : « Y aura-t-il deux Chambres? » ne dût pas même être élevée : l'acte constitutionnel du Protectorat l'avait tranchée ; la seconde Chambre existait ; et les chefs républicains avaient eux-mêmes déclaré qu'ils regardaient un Sénat comme nécessaire. Mais les hommes, même les politiques, sont gouvernés, plus qu'on ne le croit communément, par leur pensée intime et générale ; et quand ils ont fait , même sincèrement , une concession à la pensée contraire, ils ont grand' peine à la maintenir tant qu'ils conservent le pouvoir de la rétracter. Au fond, les républicains ne croyaient qu'à une Chambre élective , unique et souveraine, et confiant à un Conseil d'État , mobile et responsable, le pouvoir exécutif. C'était là , à leurs yeux, le droit naturel et le seul gouvernement légi-

1 Thurloe, State-Papers, t. VII, p. 604;— Journal» of the house ofC, t. VII, p. 605;— Pari, hist., t. XXI, p. 290;— Burton, Diary, t. III, p. 316-345.

* Journal* of the house ofC, t. VII, p. 605;— Burton, Diary, t. III, p, 345.

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LES DEUX CHAMBRES. ttf

time. Ils concédaient aux préjugés publics l'institution d'un chef unique à la tête du gouvernement, mais à condition que, par son origine et par les limites de son pouvoir, il serait la création de la Chambre élective et demeurerait sa créature. Sur la question des deux Chambres, leur disposition était la même : quoiqu'ils eussent, par bon sens pratique, combattu les démagogues et les niveleurs, ils étaient, en principe, aussi peu aristocratiques que monarchiques, et une autre Chambre, indépendante et forte, leur était aussi odieuse qu'un roi héréditaire. Ils mirent la Chambre des Lords de Cromwell en question comme ils avaient mis en question le Protecteur. On proposait de voter que « le Parlement était composé de deux Chambres; » Vane demanda qu'on dit : « Le Parte lement sera comi>osé de deux Chambres. » La Chambre ne céda point à la demande de Vane, et vota, selon la première projM)sition, que « le Parlement était com- « posé de deux Chambres ; » mais aussitôt, par une faiblesse que les assemblées timides et inconséquentes prennent pour de l'impartialité, elle vota « qu'elle discute- « rait les limites qu'il convenait d'assigner aux pouvoirs « de l'autre Chambre. » C'était ouvrir le débat au moment même où Ton prétendait le fermer : tous les opjK)sants s'y précipitèrent par cette voie ; on discuta la constitution de l'autre Chambre comme si elle n'existait pas, sa formation, ses attributions, ses rapports avec la Chambre des Communes et le Protecteur. Les uns demandèrent qu'elle fût élue par le peuple, et seulement à vie ; les autres, que la Chambre des Communes et le Pro-

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tecteur se présentassent mutuellement des candidats parmi lesquels, et chacun par moitié, ils en choisiraient les membres. Presque tous, de quelque façon que cette Chambre fût choisie, lui refusaient absolument l'hérédité. Ses pouvoirs ne furent pas moins débattus que le mode de sa nomination ; on lui contesta le droit de rejeter les lois adoptées par les Communes, car c'était, dit-on, donner indirectement, au Protecteur qui la nommait, le veto législatif. Au fond, tous les efforts des républicains tendaient à n'avoir qu'une seconde Chambre élective, complètement subordonnée à celle des Communes ; et la Chambre des Lords de Cromwell, celle que la Pétition et avis avait instituée, et qui, à cette heure même, siégeait dans l'enceinte de Westminster, tombait pièce à pièce dans ce débat. Les Cromwellicns inquiets essayèrent d'arrêter les coups : a Nous n'avons pas reçu, de ceux « qui nous ont envoyés ici, la mission de nous mêler de « la constitution, » dit M. Drake; « il a plu à Dieu de « ramener le gouvernement du pays à un chef unique « et à deux Chambres du Parlement, comme il était « jadis ; c'est notre devoir de regarder en avant, non pas « en arrière, et d'agir en fondateurs, non en destruc- « teurs. »— « Je ne discuterai pas l'autorité de la Péli- « tion et avis y » dit M. Starkey ; « je la regarde comme « l'arche qui nous a sauvés dans le déluge de l'anar- « chie.... Je trouve une autre Chambre embarquée avec « nous dans cette arche. . . . Je ne sais lequel des deux est « le frère aîné.... Nous venons d'un même père; nous « sommes des jumeaux; ne nous détruisons pas mu-

« tuellement. » Mais ces appels à la modération, ces hommages à l'acte constitutionnel du- Protectorat soulevaient des tempêtes : « Vous pouvez changer la Péti- « lion et avis, » disait Haslerig, « partout où vous lui trou- « verez des inconvénients.... S'il y a un pouvoir auquel « nous ne puissions pas toucher, il ne nous reste qu'à « lui ôter notre chapeau. » — « Cette Pétition el avis, » s'écriait M. Hobart, « si le pape Alexandre, César Borgia « et Macchiavel s'étaient concertés, ils n'auraient pu « fonder une plus absolue tyrannie1. »

Ces colères démesurées et imprévoyantes, le travail caché des royalistes, surtout les instincts et l'impulsion du pays lui-même amenèrent promptement dans ce débat un fait auquel ni les républicains, ni les Cromwelliens ne s'attendaient guère, l'éloge et le regret hautement exprimés de l'ancienne Chambre des Pairs, des anciens barons, de l'élément aristocratique dans l'ancienne constitution nationale : « Les anciens barons « ont été le boulevard et les défenseurs des libertés « publiques; (pie de batailles ils ont livrées pour la « grande Charte ! Combien de fois ils se sont engagés « pour le Parlement contre le roi ! » Je suis charmé, » dit M. Higgons, « de voir qu'on peut plaider j»our « notre ancienne constitution ; la Chambre des Lords « existait longtemps avant qu'il y eût une Chambre

« des Communes Si Dieu, dans sa providence, a

« laissé tomber la noblesse, Dieu n'approuve pas tou-

» Journals of the house of C., t. VII, p. 603-608; — Pari, hul., t. XXI, p. 290-293 Burton, Diary, t. III, p. 347-318.

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« jours ce qu'il permet; aucun bon chrétien ne |>eut « arguer au nom de l'événement seul; parce que « Constantinople a été enlevée aux chrétiens, en faut- « conclure qu'ils ne doivent pas essayer de la reprendre ? « .... Si on mettait la question aux voix dans le pays, « cinq cents personnes contre une seraient pour la « Chambre des Lords. . . . Nous n'avons fait que chanceler « et déchoir depuis qu'elle n'est plus. » On ne s'en tint pas à ces souvenirs et à ces regrets; on en vint promptement à leurs conséquences pratiques : « Les anciens « lords,» dit M' Drake, « ont encore un droit; il som- « meille, mais un jour ou l'autre, il se réveillera. » a — J'ai toujours été contre l'abolition delà Chambre des « Lords,» dit M. Stephens; a ce fut un coup de surprise. « —Nous oublions trop , » dit M. Terrill, a que de nos « jours, quand les Parlements étaient toml>és dans le décri « et que personne n'osait en prononcer le nom, ce furent « des lords, douze au moins, encore vivants, qui eurent « le courage d'aller trouver le roi au milieu de son « armée , leur i>étition dans une main et leur vie dans « l'autre , et de lui demander la convocation d'un « Parlement. —Je proposerai, » dit sir Richard Temple, « ce qui n'a pas encore été dit; sans nul doute, il y « a là, devant vous, un droit, le droit des anciens pairs; « révoquez l'acte qui les a alx)lis ; rappelez-les dans leur « Chambre ; vous pouvez le faire par une adresse au Proie tecteur ; ils ont des terres pour soutenir leur rang »

i Burton, Diary, t. III, p. 356, 361, 363, 349, 357, 616; t. IV. p. 40.

LES DEUX CHAMBRES. <j7

A ce langage, parmi les vieux membres du Long Parlement et les vieux soldats de Cromwell, beaucoup frémissaient de surprise et de colère : « Si la loi qui a aboli « les lords n'est pas valable, » s'écriait le major général Kelsey, « celle qui a aboli le roi ne Test pas non plus, « et Charles Stuart est roi de droit aujourd'hui, aussi a bien que les pairs sont pairs de droit. »— « Si les anciens « lords n'ont pas été légitimement supprimés, » dit M. Scott, « je n'ai pas le droit de siéger ici en vertu du « writ du pouvoir qui m'y a appelé. »— « Je n'entends « personne faire immédiatement la motion de rappeler « Charles Stuart, » dit l'avocat général Prideaux ; « mais o peu importe, il est au fond de ceci; si vous ramenez « les uns, je sais bien qui ramènera l'autre »

Républicains ou Cromwelliens, les vrais meneurs des l>artis étaient plus réservés, et observaient en silence cette explosion de réaction aristocratique, se flattant, les uns et les autres, qu'ils en tireraient parti contre leurs adversaires. Les républicains espéraient que la Chambre des Lords de Cromwell périrait dans cette comparaison avec les anciens barons, et qu'il leur serait facile alors de s'en défaire ou de la refondre à leur gré. Le Protecteur et ses conseillers se promettaient au contraire de raffermir leur aristocratie née d'hier en l'amalgamant avec celle que les siècles avaient faite, et au lieu de repousser le retour des anciens pairs dans leur Chambre, ils se montraient dis]>osés à les accueillir : « La Pétition

• Burion, Diary, t. III, p. 407, 526; t. IV, p. 34.

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« et avis », dit Thurloe, « n'exclut point les anciens « pairs; plusieurs ont déjà été appelés; d'autres pource ront l'être. » Cette perspective devint l'objet d'une proposition formelle, et les Cromwelliens demandèrent à la Chambre de déclarer, d'une part, « qu'elle traiterait « avec les personnes actuellement siégeant dans l'autre « Chambre, comme avec une Chambre du Parlement, » de l'autre, « qu'elle n'entendait |K)int dépouiller de leur « droit d'être dûment convoqués à cette Chambre les « anciens pairs qui avaient été fidèles au Parlement1. »

Quand ils virent la question ainsi posée, la colère des républicains fut au comble ; ce double vote, s'il était adopté, était pour eux une double défaite, car il consacrait à la fois le pouvoir de leurs récents et le retour de leurs anciens ennemis. Leur passion s'exhala en attaques violentes et personnelles contre les hommes dont Cromwell avait composé sa Chambre des Lords : a Cette Cham- « bre est pleine d'hommes d'épée et de juges, de soldats « et de salariés. — Vous les payez pour jouer le rôle de « la balance des pouvoirs. — Vouloir faire de ces gens-là « des lords, c'est vouloir que douze sous soient pris |>our « vingt schellings ; quel bien peuvent vous faire des « pairs qui ont besoin d'emprunter douze deniers pour « acheter un ruban bleu qui fasse reconnaître leurs sei- « gneuries? — Ce n'est là qu'une caricature de la Chambre « des Lords; un singe est la plus ridicule caricature du « monde, car il ressemble à un homme et n'en est

» Journal* ofthehouseofC, t. VII, p. G05-608 ;— Burton, Diary. t. III, p. 509-594; t. IV, p. 1-86.

« pas un. — Ces hommes, dit M. Hungcrford, ont violé « tous les privilèges de notre Chambre et se sont rendus « coupables envers elle des plus grands crimes. — Je « vous conjure, disait Ludlow, de ne jamais traiter avec a eux ; ce sont les auteurs de tous les attentats contre o les libertés du peuple. — Ce sont vos serviteurs, « s'écriait Scott ; il ne convient pas d'en faire vos maî- « très. » Haslerig, selon sa coutume , fut le plus emporté dans son éloquence : « Pensez donc à ce que sont a ces gens-là, » dit-il; « ils vous ont pris votre argent « pour se maintenir sur pied, eux et leurs troupes; ils o ont établi des droits de douane à peqrétuité ; ils ont « donné, à perpétuité, 1,300,000 livres sterl. par an « au Protecteur. Le roi n'aurait pas eu besoin d'argent « s'il avait eu 1,300,000 livres sterl. pour nourrir ses « courtisans affamés. Est-ce que les grands lords en « avaient jamais fait autant quand on les a chassés a d'ici?... J'honore les anciens lords;... je voudrais, de « toute mon âme, qu'ils fussent ici, à la place de ces « hommes qui ont deux épées dans leurs mains et deux « cordes à leur arc, qui ont brisé les Parlements, jeté « votre orateur à bas de son fauteuil, et qui vous coupent « la bourse en attendant qu'ils vous coupent la gorge.... « Oh ! que ne donnerais-je pas pour être ramené où « nous étions jadis ! Notre condition est bien "pire (pie si a nos ennemis l avaient emporté1. »

A ces rudes attaques, les Cromwelliens n'avaient

* Burton, Diary, t. IV, p. 10 278.

qu'une réponse : les services que les officiers membres de la nouvelle Chambre des Lords avaient rendus à la bonne vieille cause, et le danger du retour de Charles Stuart.lls la reproduisaient incessamment : «Est-ce donc un crime a d'être un homme de l'armée? — Ce qui rend les hommes « qu'on attaque bons pour siéger dans la Chambre des « Lords, c'est précisément qu'ils sont des soldats; quelle « fidélité a été mise à une plus rude épreuve? Ils ont « supporté le froid et le chaud, la sécheresse et la pluie, « l'eau et le feu. — Ce sont les meilleurs officiers de la « meilleure armée du monde; leurs épées sont faites du « même métal que la massue d'Hercule. —Un honnête « savetier, parmi eux, vaut mieux que cent anciens « lords. — Du même coup qui renversera cette autre « Chambre, vous renverserez le Protecteur actuel; son « prédécesseur pouvait rester en selle, quelque mouve- « ment qu'on fît autour de lui ; il n'en serait pas de « même aujourd'hui. » Mais ces arguments étaient de peu d'effet; la fortune et la tyrannie des majors généraux avaient décrié leurs anciens services , et parmi les gens qu'on menaçait du retour de Charles Stuart, beaucoup ne s'en inquiétaient guère plus. Les chefs républicains étaient d'ailleurs des orateurs plus éloquents et des meneurs du Parlement plus exercés que leurs adversaire^ ; ils gagnaient du terrain à la prolongation des débats; ils étaient battus au vote, mais souvent à quelques voix seulement de majorité. A la fois irrités de leurs défaites et enhardis par leurs progrès, ils tentèrent enfin le coup qu'ils méditaient , sans

oser le risquer, depuis l'ouverture de la session; ils attaquèrent, comme radicalement illégales et nulles, les élections des soixante membres écossais et irlandais, presque tous Cromwelliens, qui siégeaient dans la Chambre. «Ceux-là n'avaient, dirent les républicains, aucun « droit d'y entrer, car aucune loi ne les y avait appelés; a aucune n'avait réglé le mode de leur élection ; un pouce voir arbitraire et illégal y avait seul présidé ; un Parte lement anglais ne pouvait les recevoir dans ses rangs, a ni les admettre à faire des lois pour l'Angleterre.» La probité internationale et le droit public repoussaient cette prétention; l'Écosse et l'Irlande, incorporées à l'Angleterre, devaient avoir des représentants dans le Parlement qui gouvernait les trois pays devenus un seul État; on le leur avait promis; et si leurs députés actuels avaient été élus selon des formes arbitraires et sous l'influence du gouvernement, ils siégeaient depuis six semaines dans la Chambre; ils avaient [iris part à toutes ses délibérations; il y avait là un principe d'équité et un fait accompli contre lequel ni les susceptibilités légales, ni les passions de parti ne devaient prévaloir. Après onze jours d'un débat aussi confus qu'acharné, les républicains essuyèrent un échec complet; la Chambre décida que les membres écossais et irlandais continueraient de siéger dans son sein pendant la durée de ce Parlement; et cinq jours après, le 28 mars 1659, la question des deux Chambres, discutée pendant vingt-trois séances, reçut également sa solution définitive; les Communes votèrent, à 198 \oix contre 125, « que, pendant la durée du Parlement

« actuel , elles traiteraient avec les personnes actuelle- « ment siégeant dans l'autre Chambre, comme avec une « Chambre du Parlement; n'entendant nullement par-là « dépouiller de leur droit d être dûment convoqués , « comme membres de cette Chambre, les anciens pairs a qui avaient été fidèles au Parlement1. »

C'était, pour Richard et ses conseillers, une grande victoire : le défilé périlleux était franchi; dans une Chambre des Commîmes librement élue, après un libre et solennel débat, le gouvernement protectorat était reconnu dans ses deux bases essentielles et contestées, le Protecteur et la nouvelle Chambre des Lords; la succession appartenait au fils de Cromwell et le privilège aristocratique à ses compagnons d'armes et de politique ; la révolution avait son roi et ses barons. Malgré les dangers qui pesaient encore sur le pouvoir, malgré la modestie de Richard et la prudence de Thurloe, une joie orgueilleuse perçait dans l'attitude des vainqueurs. Les opposants, républicains ou royalistes, étaient tristes et découragés. Les républicains avaient essayé de s'entendre avec les mécontents de l'armée et de concerter leurs coups; Lambert, qui siégeait à la fois dans la Chambre des Communes et dans le petit Conseil des officiers, s'était fait le meneur de cette intrigue; il avait été convenu que les officiers présenteraient à la Chambre une pétition exprimant leurs griefs contre le gouvernement

1 Journal* ofthe house ofC, t. VII, p. 621 ,— Parl. hist.. t. XXI, p. 290-297;— Bu rton, Diary, t. IV, p. 1-204 Bordeaux à Masarin. ti et 13 mars 1G59 (Doctiments historiques, nu XVI).

du Protecteur; mais Richard, informé du projet, se rendit en personne chez Fleehvood, au moment où les officiers mécontents s'y trouvaient réunis, et là, avec une fermeté inattendue, il leur déclara qu'il ne souffrirait pas de telles menées, ruine de la cause commune, et que, s'ils persistaient dans leur dessein, il se porterait, envers eux, aux mesures les plus fortes, sûr que l'appui du gros de l'armée, comme de la majorité de la Chambre, ne lui manquerait pas. Intimidés ou gagnés, les officiers s'arrêtèrent; la pétition ne fut pas présentée; Fleetwood et Deshorough se montrèrent satisfaits et ralliés au Protecteur. Le travail hostile des royalistes n'avait pas mieux réussi que celui des républicains; dans la Chambre, malgré quelques velléités de concert entre les meneurs des deux partis, les intérêts contraires et les vieilles passions prévalaient; plusieurs Cavaliers, à ce titre seul, avaient été ardemment signalés, déclarés inéligibles et expulsés, sans qu'aucun de leurs secrets amis républicains osât les soutenir; en dehors de la Chambre, diverses propositions d'alliance, faites par des niveleurs aux agents de Charles II, n'avaient abouti qu'à des conversations et à des correspondances vaines. Après ' les deux votes sur la reconnaissance de Richard et sur les relations des deux Chambres, il fut clair que, si le gouvernement était faible et mal uni, les oppositions l'étaient encore davantage, et qu'on s'était trop tôt flatté de brouiller le Protecteur soit avec l'armée, soit avec le Parlement1.

i Clarendon, State-Papers, t. ITI, p. 426, 430-432, 440-442, 449:

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