I LIVRE I. — AVENEMENT
sent de lâcheté et d'ingratitude, et se débattant sous la main de Dieu sans comprendre ses coups. Tel fut, après la mort de Cromwell, le sort de tous les jvartis qui, depuis celle de Charles Ier, se disputaient le gouvernement de l'Angleterre, telle que la révolution l'avait faite, républicains ou partisans du Protecteur, parlementaires ou soldats, fanatiques ou politiques, sincères ou corrompus.
Au premier moment, Cromwell à peine expiré, sous l'impression de cette grande mort et des périls qu'elle leur préparait, toute dissidence fut suspendue ; ils prirent une résolution prompte et unanime. Cromwell avait-il, comme l'acte constitutionnel du Protectorat lui en donnait le droit, désigné son successeur? On pouvait en disputer. Sa famille et ses plus intimes conseillers déclaraient que, dans la nuit qui avait précédé sa mort, en présence de quatre ou cinq d'entre eux, il avait nommé son fils aîné Richard; mais aucun acte authentique et signé du Protecteur ne confirmait cette déclaration. C'était d'ailleurs un bruit accrédité que, plus d'un an auparavant, par un écrit resté secret, il avait fait un autre choix, son gendre Fleetwood, disait-on. Cherché pendant la maladie de Cromwell, et par son ordre même, ce papier n'avait pas été trouvé ; mais il pouvait se retrouver; et quel danger qu'un conflit de prétendants- Protecteurs en face du prétendant - Roi ! Deux des hommes les plus dévoués à la famille et les plus considérables dans le parti , Thurloe et Fiennes , se rendirent sur-le-champ auprès des princq>aux chefs de l'armée* entre autres de Desborough et de Fleetwood lui»
même, et traitant sans détour avec eux de la situation, ils leur demandèrent si, môme dans le cas où l'écrit antérieur dont on parlait serait découvert, ils s'engageaient à reconnaître et à respecter la dernière volonté de Cromwell en faveur de son fils Richard. Fleetwood et Desborough prirent sans hésiter cet engagement ; le Conseil privé fut immédiatement convoqué; admis dans son sein, trois témoins des derniers moments du Protecteur, le chapelain Goodwin et les deux majors généraux Whalley et Goffe, attestèrent sous serment qu'il avait désigné Richard pour son successeur. Deshorough se leva et adjura les assistants de déclarer, devant Dieu, s'ils avaient sur le cœur quelque doute ou quelque mécontentement. Tous donnèrent leur pleine adhésion. Le Conseil en corps porta aussitôt à Richard ses félicitations avec ses condoléances. Strickland, Skippon et quelques autres membres se rendirent dans la Cité pour préparer, au pouvoir nouveau, un favorable accueil; un article officiel, partout répandu, annonça la mort du Protecteur en ajoutant : « Nous tenterions d'exprimer, « dans cette triste circonstance, la douleur qui remplit « le cœur de son noble fils et successeur si des paroles « pouvaient y suffire ; mais tout ce que nous pourrions « dire serait trop au-dessous des mérites de ce trèsce excellent prince. » Dès le lendemain, K septembre, devant Whltehall, à Westminster et sur les principales places de la Cité, en présence du Conseil privé, du lord maire, des aldermen , et d'un grand nombre d'officiers et de citoyens, le nouveau Protecteur fut solennellement