‹ Histoire du ProtectoratChapitre 100 sur 118 · de Bordeaux au cardinal 3Iazarin · texte numérisé non relu

de Bordeaux au cardinal 3Iazarin

Londre»! ÎO Téfricr 1651.

(Voir le D» XIII.)

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(P«get 72, 79 et 90.)

!• M. de Bordeaux au cardinal SFazann.

L«ndr«*» 6 nir« 1659.

(Il rend compte de la conféreDce qu'il a eue avec le serrétairt d'ËUl.)

Je donnai aussi avis du dessein qu’avaient les

ministres d’Espagne de faire passer en Flandre de l’infanterie, et de se servir du duc d’York pour exciter en Angleterre quelques divisions durant la siiance du Parlement. Il me dit que M. le Protecteur serait toujours prêt de favoriser les recrues, quand Sa Majesté serait entièrement déterminée de les faire, et qu’il renverrait dans peu M. Lockhart à Paris pour recevoir ses commandements; qu’encore qu’il fût peu vraisemblable que les Espagnols voulussent hasarder un corps d’infanterie considérable dans la Manche, il ne laisserait (>as d’être ordonné à tous les vaisseaux anglais de faire garde bien exacte; et que, pour les desseins du duc d’York, quoique quelques députés du Parlement (désignant les républicains) les appuyassent. Son Altesse n’avait pas sujet de les appréhender. Notre convereation finit de ma part après avoir fait savoir les ordres envoyés à Amiens en faveur des régiments anglais, et par des instances réitérées que M. le Protecteur eût à renvoyer au plus tût M. Lockhart instruit de ses sentiments, ou à me les déclarer. Ledit sieur secrétaire me confirma que j’aurais aujourd’hui de ses nouvelles, et me Ut force protestations que Son Altesse n’aurait point de réserve pour Votre Éminence et ne prendrait aucune résolution pour la paix que de concert avec la France. — Celte même déclaration m’a été si souvent et si solennellement faite ces derniers temps que je n’ai pas eu lieu de me plaindre ni de stipuler pour l’avenir une autre correspondance, et je demeure persuadé que l’incertitude de la condition de H. le Protecteur est

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«rule cause de ce qu’il ne s’explique pas plus ouvertement . r/est à quoi il faut attribuer que M. Lockharl ait ditTérd son voyage, et ç’aurait été une conduite hasardeuse de quitter Dunkerque dans le moment que toute l’armée se voulait déclarer contre le gouvernement , la garnison de cette plact étant composée d’officiers aussi assurés à M. Fleetwood qu’i.

M. le Protecteur. Je n’ai rien à ajouter à mes précédentes touchant les procédés dudit sieur Lockhart, si contraires k ses protestations, si ce n’est que l’avis qui m’a été donné s’est trouvé fort conforme aux discours que lui-méme m’a

tenus. Je ne puis aussi rien dire encore sur la pensée qu’a ,

Votre Éminence de traiter de Dunkerque. Il est bien certain

que M. le Protecteur ne considère pas tant cette conquête que ’

faisait le défunt Protecteur, n’ayant pas des desseins si rele- ■

vés. Le Parlement même la regarde comme un sujet de

dépense et de querelle, et depuis deux jours, un des députés,

assez accrédité de soi-même, m’a dit que c’était l’intérêt de

la nation de vendre cette place à la France ou à l’Espagne.

Néanmoins le conseil d’État aura peine de prendre la résolution s’il n’est pressé par une grande nécessité, crainte de donner prise sur sa conduite. Je ne laisserai jms de tenter, par quelque voie particulière, cet accommodement aussitôt qu’on verra plus clair dans l’établissement du régime; et les Anglais sont assez mercenaires pour ne pas négliger une occasion de profit, pour peu de couleur qui se puisse donner à cette proposition. Le traité de paix en fournira. Il y aurait encore plus de facilité de réussir dans ce dessein si l’on fait entendre que l’Espagne insiste sur la restitution, et s’en départirait plutôt en faveur de la France, à cause de l’intérêt de la religion. Si le Parlement venait à se brouiller avec M. le Protecteur, devant que de lui accorder de l’argent, il y aurait encore plus de facilité de réussir dans ce dessein, à l’avancement duquel je m’appliquerai avec toute diligence.

Je n’ai pas cru devoir approfondir de nouveau la pensée qu’ont eue les commissaires de Son Altesse, en me proposant un traite préliminaire. Outre que cette ouverture mi* parut être

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faite leulenienl pour amuser, je déclarai dès lors qu’il n’y avait autre précaution ni engagement à prendre ensemble qu'à nous obliger de ne point traiter séparément, et de demeurer réciproquement garants du traité de paii. Les deux commissaires tombèrent dans mon sentiment, et depuis il ne s’en est plus parlé. Si la même proposition se remet sur le tapis, j’en userai suivant les ordres de Votre Eminence. . .

Il ne me reste, pour satisfaire entièrement au contenu des deux lettres de Votre Eminence, qu’à lui dire que M. Faulconbridge ne sera pas diflicile à contenter sur la figure du diamant , |tourvu qu’il soit de mille pistoles. Le sieur Cédéon n’est pas plus délicat; et encore que l’autorité de M. le Protecteur puisse être affaiblie, la dépense en sera très-utile, et le présent mieux venu dans la conjoncture présente qu’après raffermissement du régime. — Je dois aussi promettre à Votre Eminence les avis qui me seront donnés tant des dis- |K)sitions de l’armée que du Parlement. Pour mes jugements sur la conduite de l’un et de l’autre, j’en ferais grand scrupule, à moins d’un accommodement exprès , reconnaissant que les événements y peuvent être contraires , n’étant pas toujours informé par ceux qui conduisent les affaires, et euxmêmes ebangeant de conduite fort souvent. Il s’est pu remarquer de mes lettres que, devant la séance du Parlement, M. le Protecteur était menacé d’une liaison entre les oftkiers de l’armée mécontents et les députés républicains, et que ces deux partis joints ensemble seraient capables d’altérer le gouvernement. Tout le monde, même les plus éclairés ministres de l’État, avait lors cette appréhension; et, dans les premières séances, on a vu qu’elle était bien fondée, grand nombre de députés s’étant ouvertement déclarés pour la république, les sectaires ayant présenté une requête tendant à ce même dessein, et l’armée en ayant aussi, dans ce même temps, projeté une semblable. Pour dissiper tous ces orages, il n’a point été trouvé d’autre voie que celle de réunir les vincipaux ofliciers qui fomentaient le soulèvement des au-

très : et aussitdt que la l'ëconciliation a été faite, les affaires ont changé de face, le parti de M. le Protecteur s’est fortifié dans le Parlement, ses ennemis ont perdu cœur, voyant leur nombre le plus faible et l’armée réunie, et l’acte de reconnaissance ne trouva plus tant d’obstacles. Il se peut même dire que le Parlement, jusques avant-bier, paraissait disposé à lui accorder plus qu'il ne désirait, le rétablissement de la maison des seigneurs ayant été résolu sans que les républicains se missent en devoirdcrempêcher,et la communication du dessein de la flotte ayant été reçue en si bonne part que, le premier jour de cette semaine, il ne se faisait pas de difficulté qu’il fût remis à H. le Protecteur et à son Conseil de conduire cette affaire comme ils trouveraient à propos, ce qui donna lieu à un des députés de me mander que le renvoi lui en avait été fait. Néanmoins, depuis deux jours, leurs esprits ont paru un peu altérés (j'entends parler de ceux qui avaient été attachés aux intérêts du gouvernement). Leur mécontentement procède de ce qu’ils s’étaient imaginé qu’en rétablissant la Chambre haute, elle serait composée des vieux seigneurs et sur l’ancien pied. Mais iis ont trouvé que H. le Protecteur voulait maintenir celle que le défunt a faite , ce qui non-seulement excluerait l’ancienne noblesse, mais aussi détruirait l’autorité du Parlement, en ce que cette Chambre aurait la voix néga tive sur les Communes, et serait remplie de personnes choisies par le souverain , au lieu que les anciens seigneurs y venaient de leur propre droit. Ce dessein ayant paru avantbier, lorsqu’il fut question de régler le pouvoir de cette Chambre, il y eut des menaces et reproches entre le parti modéré et les courtisans, sans que les républicains se mêlassent de la querelle ni que la question fût décidée. Elle se doit encore traiter demain. Cependant il fut résolu que la flotte s’équiperait pour être employée suivant ce qui serait jugé à propos. C’est maintenant la question qui est sur le tapis. Le ministre de Danemark a fait, de son cûté, courir quelque écrit pour garantir son maître de cet orage; et les Suédois n’oublient pas non plus de faire entendre leurs rai-

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sons ; mais ils les accompagnent d’une ostentation de leur puissance plus propre à aliéner qu’à concilier les inclinations. Pour moi, j'ai témoigné à quelques-uns qui m’ont vu que le désir de la France était de concourir avec l’Angleterre à la réconciliation des Étals du Nord, et que pour y parvenir il fallait envoyer avec la flotte des commissaires pour les y convier. Ce parti pouvait bien être pris, mais les républicains ne peuvent consentir qu’elle aille au nom de M. le Protecteur, prévoyant que ce serait lui donner le commandement des forces. C’est ce qui fait grande la difficulté, comme aussi l’espérance d’emporter ce préjugé a pu [wrter les ministres du Conseil à faire cette tentative. Du succès, il se [wurra juger si le parti de .M. le Protecteur est affaibli. Les républicains n’ont d'autre ressource que de le diviser, cl difficilement se peut-il connaître s'ils y ont réussi; mais généralement l’on peut dire que la confusion règne encore dans ce corps composé de courtisans, républicains et modérés, qui veulent un gouvernement dont le pouvoir suit borné et n’appréhendent pas moins de tomlver sous la milice que sous les républicains. Cette crainte et la croyance publiquement établie que M. le Protecteur n’a pu regagner les chefs de l’armée sans se remettre entièrement entre leurs mains, sont encore capables d'aliéner les inclinations de beaucoup, et il n’est pas facile de former un jugement certain sur des dispositions si confuses. Je dirai néanmoins qu’il me paraît que l’armée convient avec M. le Protecteur sur quelques points du gouvernement, et consentira à la dissolution du Parlement s’il ne s’y peut pas conformer; que la Chambre nouvelle fait parti, et que les principaux officiers la composant, ils prétendent la maintenir et par là s’allii-er toute l’autorité ; que déjà, dans les affaires du dedans, les sieurs Fleetwood et Desborough s'en attribuent beaucoup, et que M. le Protecteur ne peut éviter la subjeclion du Parlement sans tomber sous celle de l'armée qui est d’ailleurs toujours divisée, les subalternes étant enclins à un pouvoir plus républicain que les chefs ne souhaitent pas. Il faut espérer que l’ordre s’engendiera ae

ces désordres, et qu’enfin tous conviendront à former un gouvernement sous lequel chaque parti trouve son compte.

2» M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Lendrc*, 15 MArt 1659.

Monseigneur,

Ha lettre de rordinairc précédent aura informe Votre Éminence de ce que le secrétaire d’État m’avait le même jour mandé et qu’il devait encore me venir voir hier; son indisposition l’en ayant empêché, je l’allai trouver et me plaignis à lui de ce qu’ispres m’avoir fait écrire que M. le Protecteur me déclarerait scs intentions sur la paix, il ne m’était donné qu’une réponse encore plus générale que les précédentes, et de laquelle il ne se pouvait pas même juger si Son Altesse, était en résolution de traiter, au lieu que j’avais attendu qu’elle me communiquerait ses prétentions, ou qu'au moins elle ne ferait pas scrupule de découvrir confidcmment quel est son présent intérêt ou désir, afin que Sa Majesté en 'tant avertie pût prendre une conduite qui ne leur fût pas préjudiciable, et aussi se garantir du reproche qu’elle ne saurait éviter en différant de répondre aux empressements que l’Kspagnc témoigne avoir pour la paix; je conviai donc ledit secrétaire, par toutes les considérations qui pouvaient le persuader, à me mettre en état de sortir Votre Éminence de la peine où elle me témoignait être par toutes ses dépêches. Il ne me fut pas néanmoins possible d’en retirer qu’une réponse semblable à celle que son commis m’avait apportée; il m’avoua bien de m’en avoir fait espérer une plus précise et particulière, mais que c’était sur la créance que les affaires du dedans de l’Angleterre mettraient M. le Protecteur en état de se résoudre; qu’aujourd’hui, comme je le pouvais savoir, sa condition n’était pas plus certaine, qu’il dépendait des délibérations du Parlement, qu’il y avait lieu d’espérer que dans peu de temps tout s’accommoderait et qu’alors je serais averti des intentions de Son Altesse; que

pécher le secours que l’empereur projetait de jeter en Flandre; qu’à cet cfTet il devait être détourné de s’attacher davantage à la conquête du Danemark, crainte cependant que la maison d’Autriche, se prévalant de la conjoncture, n’attiràt beaucoup d’autres États et princes dans son parti, et ii’ezécutât son dessein, au hasard même du Danemark dont la conservation ne lui était pas tant à cœur que celle de la Flandre. Je touchai aussi quelque chose des jalousies que les États Généraux avaient d’un traité secret entre M. le Protecteur et le roi de Suède, par lequel quelque place du Sund ou de l’Elbe devait être remise entre les mains des Anglais pour les engager à favoriser la conquête de Copcnhagen, et fis remarquer qu’entre autres inconvénients de cette liaison, elle était bien éloignée de la fin que nous nous étions proposée par le traité de garantie, et que pour faire cesser ces défiances auxquelles les discours mêmes des ministres suédois, résidents à Londres, donnent lieu, et qui étaient capables d’aliéner les États Généraux et les porter à quelque extrémité, il était nécessaire de déclarer, tant ici qu’à La Haye et au roi de Suède, que la France et l’Angleterre ne prétendent se mêler des guerres du Nord que pour y mettre fin , que M. le Protecteur ne songe point à s’établir dans ces quartiers, et que le secours naval que l’on piépare en Angleterre doit être employé contre celui des deux rois qui refusera de s’accommoder à des conditions raisonnables. J’assurai que les ministres de France avaient ordre de parler en ces termes, et insistai que semblables instructions fussent envoyées à ceux d’Angleterre. Je laissai aussi entendre, pour découvrir quel en pouvait être le fondement, l'avis que l’un des envoyés de Suède a donné à son maître, que la France était cause qu’il n’eüt pas été ici pris plus tôt une résolution de l’assister. Ledit sieur secrétaire me dit, sur le sujet du traité de garantie, que la rUification de M. le Protecteur serait prête dans deux jours, que c’était sa résolution de l’exécuter ponctuellement, et de suivre en cela les mouvements de la France, comme elle avait fait dès le commencement, étant très-constant que sans

rimitation de la France il ne se fût point mêlé de cette querelle, que les ministres d’Angleterre avaient ordre de parler en cette conformité, et que, quelque bruit qui courût, aucune place n’était offerte à M. le Protecteur, et que ce ne serait pas même de son intérêt d’en accepter, mais que c’était aux Hollandais que l’on proposait de donner les ebâteaux de Cronembourg et Clückstadt pour les assurer du remboursement des grandes dé|>enses qu’ils faisaient; qu’au reste il paraissait de grandes difficultés dans l’accommodement des rois de Suède et de Uaneraark, l’exécution du traité de Koskield n’étant agréable ni à l’un ni k l’autre, le premier de ces princes prétendant être en état de conserver Cronembourg, et l’autre de recouvrer, avec l’assistance tant desdits Hollandais que de ses autres alliés, les pays qu’il a perdus par ledit traité de Roskield. Il me communiqua aussi les avis qu’il avait eus de Zélande, par lesquels il paraissait que le roi de Suède, devait donner un assaut général à Cojienliagen avec grande espérance de succès. J’assurai que le roi apprendrait avec beaucoup de joie la disposition où était Son Altesse de rejeter toutes les offres qui lui pourraient être faites et de ne songer qu’à la réconciliation desdits princes; et prévoyant que cette jirétendue offre des Hollandais pouvait être un prétexte recherché, je lis connaître qu’il y avait peu d’apparence que le roi de Danemark se voulût dépouiller des deux principales places qui lui resteraient quand il serait délivré de sou ennemi, et persistai à ce que l’on pressât l’un et l’autre de ces princes de déférer à leurs amis; que si la flotte d’Angleterre se met en mer, elle soit chargée, devant qned’agir,de proposer l’accommodement, que MM. les États Généraux soient conviés d’agir de même, et d’envoyer ordre à leur ambassadeur résident à Londres d’y convenir des conditions auxquelles chacun doit porter son allié. Ledit sieur secrétaire demeura d’accord de tenir cette conduite , et me dit que la flotte d’Angleterre ne se mettrait pas en mer de quelques jours, bien que son rendez-vous soit au 20 de ce mois, et que l’amiral Monlague doive partir demain. C'est 4

peu près le résultat de l’entretien que j’eus avec lui sur cette matière. Il s’en peut inférer que l'on ne songe point ici à l’acquisition d’aucune place dans le Nord, encore qu’il me soit rapporte de bonne part que l’offre en a été faite, et d’abord accueillie avec assez de chaleur; mais que depuis quelques jours les commissaires de Son Altesse avaient répondu, sur l’instance qui leur était faite de conclure, que M. le Protec* leur en enverrait l’ordre à son ministre résident auprès du roi de Suède. Il parait aussi de ces discours que l’on souhaite ici l’accommodement, qu’il ne s’omettra rien pour y porter lesdits princes, et qu’il n’a été donné aucun sujet d’écrire des offices de France en des termes dont la fausseté se découvre dans le traité de garantie. Je n’ai pas laissé de désirer que dans l’occasion ledit sieur secrétaire d’État effaçât les impressions que l’un des ministres suédois, qui entretient la correspondance avec le sieur Courtin, que j’apprends être aussi peu équitable juge des actions de la cour de France, peut avoir données, dans la pensée de s’attribuer tout le mérite des résolutions d’ici, où je ne vois pas qu’il y ait maintenant rien à faire touchant la paix du Nord jusqu’à ce que l’on en reçoive des nouvelles. Si M. de Terlon est retourné en Zélande, il y aura trouvé mes lettres, et même aura pu commencer l’exécution du traité de garantie devant l'assaut qui se devait donner à Copenhagen. Le mauvais succès de cette entreprise peut rendre le roi de Suède plus traitable. Mais s’il vient à bout de ses desseins, l’on ne doit plus s’attendre à l’accommodement; au moins c’est l’opinion du secrétaire d’Êtat qui me professa encore , en nous séparant, que Son Altesse, soit dans le traité de paix avec l’Espagne, soit dans l’iutérêt du septentrion , déférerait aux désirs de Sa Majesté. Il me témoigna aussi espérer une heureuse fin des délibérations du Parlement , que toute la semaine a été occupée sur la Chambre des seigneurs sans avoir beaucoup avancé ; seulement a-t-il réduit le débat à cette question , savoir si la maison traitera avec les personnes qui composent présentement l'autre Chambre comme avec l’une des Chambres du

Parlement. Il est bien certain que l'inclination générale de toute l’assemblée en est bien éloignée. Néanmoins la soumission aveugle de quelques députés et la crainte que les vu très ont de l’armée est capable de les faire voter contre ours propres sentiments |K>ur détruire les anciens seigneurs qui ont un grand crédit dans l’élection du présent Parlement, et s’en sont prévalus pour nommer les députés contraires au gouvernement républicain, sans considérer que celui qu’on veut établir ruine entièrement leurs prérogatives; ils s’en aperçoivent maintenant, mais bien tard, et le mieux qui leur puisse arriver sera que quelques-uns d’entre eux soient mêlés avec les nouveaux seigneurs. Le Parlement continuei-a d’agiter demain celle affaire , et tout le monde demeure d'accord que, si elle est décidée suivant l’intention de la cour, rien ne lui peut être après difficile; je suis aussi persuadé que M. le Protecteur pourra peu après découvrir ses |)ensées sur la paix. L’armée demeure cependant dans le silence; il s’en attendait une déclaration qui fît voir au public qu’elle était résolue de maintenir le gouvernement comme il est établi ; mais les principaux officiers n’ont pas voulu faire cette démarche, bien qu’en effet ils conviennent en ce point avec M. le Protecteur. J’ai déjà écrit que le gouverneur de k Tour de Londres avait été abandonné à la justice ordinaire pour avoir retenu des prisonniers sur les ordres du défunt Protecteur qu’il produisit au Parlement, (^e renvoi met tous ceux qui ont de son temps été emprisonnés en liberté d'en ilemander la réparation, et il semble que l’on ait voulu immoler à la fureur du peuple ce gouverneur, originairement orfèvre, depuis colonel, maintenant l'un des nouveaux seigneurs, pour laisser quelque ombre de liberté. Il se dit aussi que le secrétaire d’Êtal pouirait être attaqué comme ministre des violences qui ont été exercées en ces derniers temps; il est très-bien avec son maître, et le Parlement se trouve trop soumis pour s’en prendre à son princi|>al officier, à moins que l’armée ne l’entreprit. Dans cette longue séance qui dura jusques à minuit, il y a huit jours, dont j’ai déjà écrit l'ar*

HISTORIQUES. .'WT

rèié, l’un des principaux républicains parla contre la France, lui attribuant le dessein que M. le Protecteur avait de .accourir le roi de Suède, et condamnant cette grande liaison que l'Angleterre avait avec nous ; il se mit môme en devoir de persuader que notre amitié était peu constante, que notre traité avec l'Espagne était signé et que l’acquisition de Dunkerque était désavantageuse à l’Angleterre. Ce discours ne fut appuyé d’aucun autre, et le secrétaire d’État me témoigna hier qu’il n’avait fait aucune impression. Aussi ne doit-il être considéré que comme fait à dessein seulement de condamner la conduite du gouvernement , le môme qui en est l’auteur s’étant déclaré, lorsque j’arrivai en Angleterre, le plus porté à l’accommodement de la France, et ayant empêché que le Parlement n’envoyât un secours à Bordeaux, à quoi le conseil d’Etat était lors fort enclin.

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