‹ Histoire du ProtectoratChapitre 99 sur 118 · I.ondrt», SI #elobrt · texte numérisé non relu

I.ondrt», SI #elobrt

Monscipncur,

Devant que j’eusse reçu la lettre qu’il a plu à Votre Émi* ocnce de m’ëcrire le 26, j’avais, sur la recherche que me fît hier l’un des ministres de Suède, oflert de passer tous les ofticcs possibles pour porter M. le Protecteur à secourir d’un nombre de vaisseaux le roi de Suède ; mais ayant reconnu, dans la dernière visite que je rendis au secrétaire d’£tat, le peu de disposition que l’on a ici de contribuer à la perte du roi de Danemark , je ne me serais pas tant pressé de parler de celte assistance si Votre Éminence ne me l’ordonnait. Dès demain je demanderai conférence avec ledit secrétaire d’État et lui représenterai que, le roi de Suède étant à la veille d’étre accablé par le grand nombre de ses ennemis, l’AngleteiTe recevrait plus de préjudice de sa ruine que de celle de son ennemie et n’oublierai aucune raison capable de persuader qu’il faut envoyer en diligence une escadre de vaisseaux que depuis quelques jours on a tenue prèle aux Dunes, apparemment pour donner de la jalousie aux Hollandais; mais leur ambassadeur a pu facilement reconnaître que ni la conjoncture des alTaircs d’Angleterre, ni l’inclination des ministres ne permettaient pas que ce secours fût envoyé; et le ministre de Suède, qui me vint voirhier, m'avoua que, comme Anglais, il ne trouvait pas que M. le Protecteur dût se mêler de cette querelle. Dans mon audience de lundi dernier, il ne se passa rien d’extraordinaire; après avoir rendu la lettre du roi, je orésentai celle de Votre Éminence et fis toutes les olTres dont

DOCUMENTS

elle m avait chargé; M. le Protecteur s’étendit fort sur l’estime particulière que défunt son père avait de Votre Éminence et la confiance qu’il prenait en son amitié; il piotesta se sentir fort obligé qu’elle lui continuât les mêmes sentiments, et me pria de l’en conjurer encore particulièrement et de l’assurer de ses services en attendant que lui-même le ilt, par la réponse qu'il prétend de rendre à la lettre de Votre Éminence. Les officiers de l’armée ne se départent point de leurs demandes, et même il passe pour certain que M. le Protecteur ne leur a encore rien accordé; il doit leur déclarer que, le Parlement ayant établi le gouvernement, le même corps doit consentir aux changements qu’ils prétendent y apporter. Cette décision donne grande espérance aux républicdins,ct quelques-uns des principaux sont venus à Londres depuis peu; mais tout dépend de la disposition des troupes d’Ècosse, et si elles se trouvent bien intentionnées, comme on le présuppose, il ne sera pas difficile d’arrêter les menées de CCS officiers. Maintenant le lieutenant général FIcetwood et le major général Desborough paraissent adhérer à leurs sentiments; c'est un effet de la jalousie qu’ils ont eue de ce que M. le Protecteur prenait plus de confiance à d’autres qu’à eux. Le mylord Faulconbridge est celui qui les a choqués davantage; il faut que dans peu l’affaire soit réglée, et l’assemblée de demain découvrira l’esprit des factieux; les apparences ni la raison ne veulent pas qu’ils se portent aux extrémités. J’ai fait pressentir ledit mylord Faulconbridge lur le présent que Votre Éminence a pensé de lui faire; il le tecevra et s’engagera à servir. Quelques pierreries pour sa femme seraient plus propres que de l'argent; il s'était attendu à deux Barbes, la mortalité s’étant mise dans les écuries de M. le Protecteur. Ce présent serait bien venu

Digilized by Googl

(Page 95. —Pour 1a dépêche du 31 octobre, Toir le n* IV.)

I* if. de Bùrdeaxix au cardinal Mazarin.

Il tioT«mbr« 165$.

Monseigneur,

Depuis la dernière lettre que je me suis donné l’honneui d'écrire è Votre Éminence, il ne m’a pas été possible d’entretenir le secrétaire d’État des affaires de Suède; mais, ayant eu prétexte de visiter les principaux ministres du Conseil, où maintenant toutes les résolutions se prennent, je me suis prévalu de l’occasion pour leur faire connaître qu’encore que l’Angleterre semble n’avoir pas d’intérêt à favoriser la réunion de la puissance du Nord sous un seul prince, M. le Protecteur devait employer ses forces navales à la conservation du roi de Suède qui se trouvait engagé dans une entreprise dont le mauvais succès ne pouvant qu’être suivi de sa ruine entière, ses ennemis se trouveraient en liberté d’assister les nêtres, et d’agir aussi bien contre l’Angleterre que contre la France. Cette considération et les autres raisons dont je me suis servi semblaient avoir porté le garde des sceaux, président du Conseil, et le général Montague dans les sentiments qui s’en peuvent souhaiter; et, peu de jours après, l’affaire ayant été prise en délibération, les autres ministres se trouvèrent si disposés à suivre leur avis qu’il fut envoyé des ordres à la flotte des Dunes de se tenir prêle à faire le voyage du Sund. Néanmoins, depuis trois jours, toutes ces dispositions sont changées, et il me fut rapporté hier d’assez bonne part que Son Altesse ne se mêlerait de cette querelle, qu’elle attribue en partie à l'aversion qu’ont quelquesuns du Conseil contre tout ce qui est désiré par le lieutenantgénéral Fleetwood, dont le bère agit ici pour le roi de Suède.

DOCUMENTS

il y a aussi dans le Conseil quelques minislres fort zélés pour les intdrôls de Hollande. Les uns et les autres trouvent, dans l'état présent des affaires d’Angleterre, un assez beau prétexte pour em|)éclier que M. le Protecteur ne s’engage dans une nouvelle guerre. Encore que cette répugnance ne soit pas facile à vaincre, je ne laisserai pas de continuer mes instances pour l’envoi d’un secours de vaisseaux, et si le secrétaire d’État se rend inaccessible, je demanderai audience afin de satisfaire les Suédois qui n’oublient pas présentement de rechercher mes olfices, ni moi do les on assurer, et des dernier: ordres que j’ai reçus de Votre Eminence.

J’étais en peine de savoir d’où procédait la froideur dn secrétaire d’Etat ; mais hier le milord Kaulcunbridge m’en découvrit sans doute le sujet, m’avertissant que M. Lockhart a depuis |)ou éi:rit que Votre Éminence lui avait paru tout autre qu’elle n’était durant la vie du défunt Protecteur ; que l’on était ici fort piqué du refus des cinquante mille livre* sterling, cette somme n’étant pas si considérable qu’elle ne pût être trouvée si les 'dispositions du passé n’étaient pas changées; qu’au reste, .M. le Protecteur sc serait senti fort obligé de adte assistance, non pas tant pour l’avantage qu’elle lui aurait produit que parce que cela lui aurait été une marque a'rtaine de l’amitié du roi ; et que quand les affaires ne lui auraient pas permis de l’acquitter si tôt, il n’auiait pas laisse d’être en étal de rendre à la France des services assez importants pour dédommager Sa Majesté dn retardement. Je témoignai au dit sieur Faulconbridge que l’on avait mal reconnu les sentiments de Votre Eminence, et que quiconque en jugerait pr scs propres intérêts ou par ceux de la France ne pourrait pas douter qu’elle ne considéi'At autant l’amitié de M. le Protecteur d’aujourd'hui ; que, quant à l’emprunt, il fallait attribuer à la seule impuissance, et non p$ au défaut de volonté, les difficultés qu’avait trouvées .M. Lockhart ; et, apres avoir employé toutes les raisons qui pouvaient persuader le dit sieur Faulconbridge de l’un et l’autre, je le priai d’en prier aux mêmes termes et

HISTORIQUES. SSl

d’effacer les impressions contraires qui avaient été données à Son Altesse (il me le promit), et de m’avertir exactement du succès. Pour l’encourager davantage, je lui laissai entendra que Votre Éminence songeait à faire faite un présent à sa femme; ce sera une dépense assez utile; mais il ne me parait pas moins nécessaire de faire quelque effoii, dans la conjoncture présente, en faveur de M. le Protecteur; à moins qu’il ne vienne à succomber, il n’y a rien à pcidre, et son naturel fort généraux donne sujet de croira qu’un bienfait ne peut être mieux placé.

Les dernières nouvelles que j’ai écrites d’ici auront peut-être fuit apprélicnder quelque notable altération dans l’État d’Angleterre, et il est vrai que la chaleur avec laquelle quelques officiers de l’armée se portaient pour obtenir leurs demandes, et la ferme résolution de M. le Protecteur de ne rien accorder, faisaient faira à tout le monde de mauvais pronostics -, mais, depuis quelques jours, les officiers ont beaucoup changé àe conduite, et, soit que les principaux aient été gagnés ou qu’ils jugent ne |)ouvoir venir à bout de leur dessein sans se porter aux extrémités, ils n'ont fait aucune instance, ni même remis la proposition sur le tapis dans leurs assemblées, qu’ils continuent tous les vendredis, sous prétexte de dévotion. La semaine passée, le milord Faulconbridgc, le général Blontague et deux autres colonels avec des ofliciers subalternes de leurs amis, y assistaient sans que les autres s’en formalisassent; et, apparem-> ment, ils continueront de s’y trouver afin d’arrêter par leur présence les menées de quelques-uns plus factieux que les autres. Le sieur Kleelwood n’a point eu d’autre commission que celle de lieutenant général dont il n’est pas bien satisfait; l'on veut qu’ayant promis, au nom de M. le Protecteur, à tous les officiers, entière satisfaction sur Ifurs demandes, il ail été désavoué ; la disposition de son esprit ne fait rien appréhender de cette injure, et, suivant l’opinion la plus commune, M. le Protecteur n’aurait pas de peine è dissiper tous ces mécontentements s’il avait de l’argent pour payer les arrérages dus

DOCUMENTS

à l'armée ; mais s’il est nécessité d’appeler nn Parlement, l’on peut avec quelque raison appréhender que ce corps, se sentant appuyé d’une partie de l’armée, n’afTaiblisse son autorité, encore que les Presbytériens et toute la noblesse lui soient entièrement favorables. C’est tout ce qui se peut écrire présentement des affaires du dedans d’Angleterre. . . .

2» M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

L«a4r«i, 18 >otmbrt 1656.

Monseigneur,

J’avais espéré de faire savoir à Votre Éminence, par l’ordi- .laire d’aujourd’hui, en quelle disposition le secrétaire d’Etat m’avait paru touchant les affaires de Suède; mais il a encore évité tous ces jours de me voir, sous prétexte de sa mauvaise santé et des affaires ; les ministres de Suède n’ont pas trouvé plus de facilité à l’aborder, et scs fuites semblent ne pouvoir procéder que d’une résolution déterminée de n’accorder aucun secours ; comme l’on attend tous les jours des nouvelles de ce qu’aura fait la flotte de Hollande, que d’ailleurs la saison d’envoyer des vaisseaux dans la mer Baltique se passe, ce régime peut avoir la jicnsée de gagner du temps, afin de se défendre avec plus de couleur de nos instances. Dans cette impossibilité de rien avancer par mes offices, je ne puis que faire connaître aux susdits ministres suédois mes diligences et ma bonne volonté; ils témoignent être persuadés de l’un et de l’autre; j’ai aussi quelque soupçon que le secrétaire d’État m’évite, prévoyant l’embarras où il se trouverait si je le mets sur la négociation du sieur Bodkins qui m’a rapporté que, depuis deux jours, ledit sieur secrétaire d’Etat lui paraît incliner è l’accommodement avec l’Espagne, et lui a promis dans peu une réponse précise avec des dépêches pour Flandre; suivant son rapport, le sieur Downing aura ordre d’entrer en conférence avec don Estevan de Gamarre, et M. le Protecteur se contentera d’abandonner les conquêtes de l’Amérique pour la liberté à quelques vaisseaux anglais d'y trafiquer.

I.«s bruits publics sont assez conformes à cet avis; et le mylord Faulconbridge me représentant la plupart des ministres du G)nseil assez enclins à l’accommodement, il y aurait Heu de croire que cette disposition serait affectée afin d’échauffer la volonté du roi en faveur de ce gouvernement, s’il n’était certain que le parti anabaptiste de l'armée et les républicains souhaitent la paix, qu’aussi la nécessité de l’argent est telle que l’esjiérance d’en retirer de l’Espagne fera écouter à M. le Protecteur toutes ces propositions, et que tant lui que les autres veulent se rendre agréables au peuple. Ce n’est pas néanmoins une affaire à être traitée présentement ni à être résolue si tôt; je tâcherai de découvrir certainement ce qu’D en est, après avoir traversé cette résolution

Je ne laisse pas d’être persuadé de quelque altération dans les esprits d’ici à l’égard de la France; il n’y a pas moins de sujet de croire que M. le Protecteur pourrait bien souffrir grande diminution dans son pouvoir; les officiers de l’armée n’ont point tous ces jours renouvelé leurs prétentions et paraissent fort soumis; mais les principaux ne sont point encore satisfaits, et l’on les voit tous les jours en conférence avec les chefs du parti républicain ; il se remarque aussi que quelques-uns des ministres du Conseil, qui étaient fort zélés pour l’intérêt du Protecteur, s’en détachent, craignant de succomber avec lui; d'autres, plus fermes dans leurs principes, sont menacés d’être chassés avec quelques officiers de l’armée bien intentionnés, et il ne se prend aucune résolution pour dissiper cette faction, ce qui fait appréhender qu’enCn elle ne prévale, nonobstant la bonne volonté que les Presbytériens et la noblesse témoignent à M. le Protecteur. Il laisse présentement agir le Conseil avec entière liberté et autorité, et la plupart des résolutions se prennent suivant le désir des officiers de l’armée; on veut que leurs desseins éclateront après les funérailles qui se devaient faire demain; mais elles ont été remises, sans marquer im autre joui

ISi

DOCUMENTS

3» M. de Bordeaux à M. de Brienne.

Lradraif 17 MtMibrt IflSt.

Monsieur,

J’ai enfin entretenu le secrétaire d’Élat la semaine passée. Comme les intérêts de Suède étaient le principal motif qui me faisait souhaiter celle entrevue, ils ont aussi fait la principale partie de notre conversation. Je le priai de faire savoir à Son Altesse et au (ionseil que le roi, voyant ce prince à la veille d’être accablé par le grand nombre de scs ennemis, et l’Angleterre seule étant capable de le garantir d’un si grand danger par ses forces navales, il m’avait clé ordonné d’inviter San Altesse à lui donner toute l’assistance que l’état de scs afliiires permettait, n’étant pas moins l’intérêt de l'Angleterre que de la France de conserver un prince dont la puissance divertit nos ennemis communs et les empêche de tourner contre nous leurs forces. Le dit sieur secrétaire me répondit qu'il était vrai que jusqu’à cette heure Son Altesse n’avait pas jugé à propos de prendre part en la querelle du roi de Suède, qu’elle était peu satisfaite de son entreprise et de la manière dont il en avait usé, rompant un traité si solennel, fait par l’entremise des ministies d’Angleterre, sans donner aucune participation du motifd’un si grand changement; qu’aussi ce n’était point l'intérêt d’ici de favoriser la réduction de tous les pays septentrionaux sous l’obéissance d’un même prince, et que Sa Majesté n’ayant point jusqu’à cette heure paru vouloir appuyer celle comiuêlc, M. le Protecteur n’a'ail p,as cru y devoir conliibucr; mais que s’y voyant maintenant invité, il mettrait en délibération et déférerait san.s doute aux considérations que j’avais touchées et au désir du roi. J’assurai que Sa Majesté prendrait en fort bonne part celte complaisam c, bien que le fi uil en dût irjaillir principalement sur l’Angleterre. J’avouai aussi que d'abord le procédé du roi de Suède n’avait point été approuvé en France, mais que tous les ressentiments devaient céder à l’intérêt que nous avons tous de maintenir ce prince, et je priai le dit sieur secrétaire

de représenter à Son Altesse que désormais il ne se pouvait plus difTérer de prendre résolution sans s’ex[i08er à de grands inconvénients; il en demeura d'accord et me promit une réponse précise le jour même, ou tout au plus tard le lendemain. Il me demanda ensuite si nous ne faisions pas étal de continuer les assistances que Sa Majesté avait données au roi de Suède par le passé ; ce discours m’ayanl fait juger qu’il pouvait avoir la pensée de demauider cet argent pour le remboursement de la dépense que coûterait l’armement navsJ, je voulus lui éloigner cette espérance en lui témoignant que les efforts du passé pourraient bien avoir mis le roi hors d’état de rien faire présentement, et que notre nécessité était grande puisqu’elle n’avait pas permis d’accorder à Son Altesse l’emprunt qu’elle avait demandé, à quoi sans doute le roi se serait porté plus volontiers qu’à l’assistance du roi de Suède; je trouvai que mon pressentiment n’était pas tout à fait mal fondé, et le dit sieur secrétaire me déclara assez ouvertement que c’était sa visée, m’exagérant la grande nécessité de son maître, et qu'il n’était pas juste de lui faire porter toute cette dépense; mais lui ayant fait considérer que jusqu’à présent l'Angleterre ne s’était mise en aucuns frais et que néanmoins elle avait tiré tout le fruit de la diversion que les Suédois avaient faite en Allemagne puisque, sans elle, Dunkerque n’eût pu être pris, que Sa Majesté avait déjà déboursé cette année jusqu’à 400,000 fr., et qu’en invitant M. le Protecteur à secourir un ami commun, je ne prétendais pas lui demander assistance )>our la France; il n’insista p.u davantage sur celte proposition et me laissa espérer que la résolution de M. le Protecteur serait conforme au désir de Sa Majesté

Celte conférence arriva le 21 au soir; le lendemain ledit sieur sccrélaire, au lieu de m'envoyer réponse, me proposa une autre conférence |>our le 23, me conviant, à cause de son indisposition, de me rendre chez lui; à quoi ayant satisfait, je k U'ouvai avec l'un des gardes des sceaux, et ils me décla-

DOCUMENTS

fS8

rèrentque Son Altesse ayant été informée de ce que Sa Majesté m’avait ordonné de lui faire savoir, elle les avait députés pour recevoir encore de moi plus particulièrement ses intentions; je leur fis les mêmes ouvertures, et ils me tinrent aussi les mêmes discours que j’avais entendus dudit secrétaire, se plaignant toujours du roi de Suède. J’entrai dans leurs pensées et professai que le roi n’avait pas plus de sujet de s’en louer, mais que ce n’était pas le temps de témoigner notre ressentiment, qu’il fallait plutôt songer à donner de l’occupation aux troupes d’Allemagne, à moins que nous ne voulussions exposer nos conquêtes de Flandre à un danger très-certain; enfin, après beaucoup de raisonnements , lesdits commissaires me demandèrent encore si Sa Majesté ne continuerait pas d’assister le roi de Suède, et ce qu’elle ferait en cas que l’envoi d’une flotte attirât la guerre entre l'Angleterre et la Hollande, comme il y avait assez d’apparence, remontrant qu’il ne serait pas juste que Son Altesse soutint seule cette guerre et fût abandonnée de la France; je leur parlai du premier point aux mêmes termes que j’avais déjà fait au sieur secrétaire d’État, et leur ôtai l’espérance que nous voulussions acheter le secoars d’Angleterre; mais sur les suites qu’il pourrait produire, je fis entendre que Sa Majesté s’intéresserait en tous les événements, après néanmoins avoir déclaré que je n’avais aucun ordre de rien avancer, n’ayant pas été prévu que Son Altesse dût appréhender la rupture avec les Provinces-Unies pour envoyer du secours à un prince d" ses amis, l’usage olMervé entre toutes les nations le permettant et les Hollandais même en donnant l’exemple. Lesdits sieurs commissaires me demandèrent par écrit cette assurance, et m’en étant défendu sur ce que mes ordres ne s’étendaient qu’à les inviter à secourir le roi de Suède pour leur propre intérêt, enfin nous demeurâmes d’accord que je leur donnerais seulement ma proposition pour servir de fondement à la délibération du Conseil, qu’il me serait fait une réponse contenant le désir de Son Altesse, sur laquelle je déclarerais B>on sentiment, et qu’aussitôt je dépêcherais encore pour sa.

voir plus particulièrement les intentions de Sa Majesté sur le traité de garantie que Sun Altesse désire devant que de s’engager au secours du roi de Suède. Tous ces papiers ont été envoyés de part et d’autre depuis hier au soir, et ledit secrétaire d’Éiat m’a encore, en recevant les miens, pressé de dépécher un exprès, crainte que le roi étant éloigné de Paris, les lettres ne demeurent en chemin trop longtemps et que cependant les affaires des Suédois ne dépérissent. C’est, Monsieur, ce que je n’ai pas refusé pour ne pas donner un titre au régime d’Angleterre de différer plus longtemps la résolution dont je le presse. Comme les Hollandais sont entrés dans Copenhague et que de quelques jours ils ne seront pas en état d’y transporter un second seconia, soit qu’ils le prennent de l'armée de Brandebourg ou de leur propre pays, les Suédois étant encore maîtres de la mer Baltique, suivant les avis de leurs ministres d’ici, l’on aura le loisir de conclure le traité proposé dont j’aurais souhaité que lesdits sieurs commissaires na’cussent donné des articles pour les envoyer; mais ils ne veulent |)Os entrer plus avant devant que d’étre assurés de la volonté du roi, et que j’aie un pouvoir. Il n’y a pas aussi d’apparence que l’on s’expose ici à de nouvelles guerres devant que d’clrc assuré de la jonction de la France; et comme toutes les dépêches qui m’ont été écrites m’ordonnent de faire des instances en faveur du roi de Suède, et qu’il est aujourd’hui réduit à ne pouvoir pas souffrir l’effort de ses ennemis sans l’appui de ses amis, j’ai cru agir suivant les intentions de Sa Majesté en faisant espérer qu’elle se joindra avec l'Angleterre si son assistance lui attire une guerre. D’ailleurs nos intérêts sont aujourd’hui si unis que les uns ne peuvent être choqués sans que les autres s’en ressentent. Ces considérations feront sans doute approuver un traité de garantie) et en cas qu’il s’y remarquât des inconvénients que je ne prévois pas, il se pourra facilement éluder en y insérant des clauses dont l’effet donnerait tout loisir à ces deux rois de terminer leur querelle devant que la France et l’Angleterre s'en mêlent. Je ne fais point de doute que, si Sa Majesté

*68 DOCUMENTS

jugeait à pi'opos de mnyennei- quelque accommoderacnt entre lesdits rois de Suède et de Danemark, M. le Pi olecteur ne préférât ce parti, ses ministres étant persuadés, aussi bien que tout le reste de la nation, que ce n'est pas leur avantage de favoriser la conquête des côtes de la mer Baltique ; et cette maxime aurait assez de force sur les esprits pour arrêter le secours d’Angleterre si Sa Majesté ne le pressait, et s’il n’avait été représenté ici que la ruine du roi de Suède est encore plus à craindre que sa trop grande puissance ; il sera donc nécessaire, si les ouvertures qui m’ont été faites sont agréables, de m’envoyer un pouvoir et de me faire savoir en même temps jusques où Sa Majesté veut s’étendre, afin que l’attente de nouvelles instructions ne fasse pas perdre l’occasion du secours, et que les ministres de ce Conseil, qui peuvent y être contraires, n’aient pas lieu de rendre la bonne volonté des autres infructueuse. J’ai même quelque soupçon que la proposition de ce traité ne procède de ce principe; mais quoi qu’il en soit, il n’est pas facile de porter ce régime à d’autres résolutions. La copie de l’écrit qui m’a été envoyé et de ma réponse fera voir l’état de cette négociation, et il ne me reste aucun éclaircissement à donner, si ce n’est que j’ai fort nettement fait entendre que le roi ne voulait pas s’obliger â aucun secours d’arpent, qu’il en userait comme par le passé si scs affaires domestiques le permettaient, et que ce n’était point son intention de payer la flotte d’Angleterre; qu’ainsi le traité ne peut regarder que la garantie et un engagement à entrer en guerre avec les Hollandais en cas qu’ils la fassent k l’Angleterre. Je n’ai aussi rien à dire sur les offices que M. le Protecteur désire être passés à La Haye, ne jugeant pas qu’ils reçoivent de la difficulté; et il y aurait même sujet d’être surpris si la France et l’Angleterre, agissant de concert, les États Généraux osaient former des desseins qui les choquassent ouvertement, et ne s’appliquaient à la réconciliation des deux rois du Nord. Il est vraisem'oiable que, sans l’assurance qu’a donnée leur ambassadeur en Angleterre que l’on ne se mêlerait point ici de la guerre de Suède, ils ne se fussent

pas engagés si avant, leurs forces n’étant pas suffîsantes pour prévaloir sur celles d’Angleleire et de Suède; c’est ce qui doit faire attendre grande facilité à les porter dans d’autres conseils. Je n’ai point encore communiqué aux ministres suédois résidant ici ce qui s’est passé entre les commissaires de Son Altcs.<>e et moi, ayant été requis de ne leur en point parler jusqu’à ce que nous fussions tout à fait d’accord. Cet engagement au secret ne m'a pas néanmoins empéché de leur témoigner en général que les dispositions d’ici étaient fort bonnes et que dans peu ils en verraient les effets; ils ont aussi reçu du secrétaire d’État les mêmes paroles, et professent que le changement procède des offices de la France, la néces> sité les rendant plus reconnaissants qu’ils ne le sont dans la

prospérité.

... Je n’ajouterai aussi rien à mes précédentes touchant les affaires d’ici, n’y étant arrivé aucun changement; quel* ques-uns veulent toujours que M. le Protecteur viendra enfin à bout de la faction anabaptiste de l’armée, et d’autres en jugent bien différemment; cependant toutes choses demeurent au même état, et le Conseil, dans lequel le parti de l'armée a grand pouvoir, continue d’agir à l’ordinaire ; il pense maintenant à la convocation du Parlement, le paiement des arrérages dus à l’armée ne se pouvant différer plus longtemps sans quelques inconvénients; l’on publie même qu’il a été appréhendé que les soldats n’arrêtassent le corps du défunt Protecteur pour sûreté de leur dette, et que ce soupçon est la seule cause qui l’ait fait enterrer la semaine passée à une heure après minuit; l’on ne laissa pas de laisser son effigie exposée au même lieu où elle était et de conünuer les préparatifs pour la cérémonie des funérailles.

4o M. de Bordeaux à M. de Brieme.

Londratfi <lée«abr« 1653.

Monsieur,

1^8 dispositions d’ici sur les guerres du Nord sont bien différentes de ce qui m’avait paru; ce changement doit être

SM

DOCUMENTS

attribué aux instances que j'ai faites de la part du roi, et sans doute M. le Protecteur et son Conseil ont dû être touchés des considérations qui leur ont été mises devant les yeux pour leur faire prendre plus de part aux intérêts du roi de Suède ; la nouvelle du combat de sa flotte arec celle des Hollandais, étant arrivée au même moment, a pu avancer la résolution que je pressais, et, la semaine passée, sur l’avis que les HoU landais devaient transporter en toute diligence dans la Zélande une partie de l’armée de Brandebourg, les vingt-deux vaisseaux qui avaient été équipés furent commandés et sortirent des Dunes ; ils doivent être présentement à la hauteur de Yarmouth , et le vent leur est fort favorable pour le Sund ; leur ordre est de combattre les Hollandais en cas qu’ils portent du secours par voie d'hostilité. I/ambassadcur de Hollande en a eu communication, et le sieur Downing doit être chargé d’inviter MM. les États Généraux de ne se plus mêler de la guerre de ces deux rois. Ledit ambassadeur m’est venu voir et n’a pas manqué de me mettre sur ce sujet, ni moi de lui faire connaître que, si ses supérieurs avaient intérêt d’empêcher la ruine du roi de Danemark, l’Angleterre ne devait pas moins appréhender celle des Suédois. Il n’a pu contester cette vérité; mais il a fait son devoir pour me persuader que l’un et l’autre se pouvaient garantir par un accommodement dans lequel tous les amis trouveraient leur compte, qui détacherait l’électeur de Brandebourg du parti des Autrichiens et lais.serait aux Suédois assez de puissance pour occuper celle des ennemis. J’ai professé que le roi contribuerait avec joie à une telle paix ; il ne serait pas dilTicile de porter ce régime dans de semblables sentiments, encore qu’aujourd'hui il fasse paraître assez de chaleur pour l’intérêt suédois. Si la saison continue aussi rude qu’elle est, cette bonne volonté sera inutile, et la glace donnerait à l’électeur de Brandebourg le moyen d’exécuter son dessein. L’un des envoyés du roi de Suède est aussi parti avec environ trois cents matelots et quelques officiers de marine, dont le chevalier Ayscough est le principal et doit servir de vice-amiral dans la flotte

suédoise ; sa réputation est fort grande, et lorsqu'il prit congé de M. le Protecteur, il le régala d’une bague et lui recommanda l’honneur de sa nation. Les autres ministres de Suède restés ici m’ont fort remercié de mes oflices; le roi de Suède reconnaîtra que l’entremise de Sa Majesté a entièrement déterminé ce régime à lui accorder ce secours; de cette complaisance l’on peut juger que le refus de l’emprunt de cinquante mille livres sterling n’a pas produit si grand ressentiment, et qu’il sera en partie attribué è impuissance,, encore que H. Lockliart, arrivé à Londres, nous représente fort riches.

La cérémonie des funérailles du défunt Protecteur se fera demain ; l’on veut qu’aussitôt il se prendra des mesures pour arrêter les divisions de l’armée, et H. le Protecteur commença dès vendredi dernier à parler aux ofBciersde l’armée avec vigueur, les avertissant de ne pasabuscr du titre de dévotion pour faire des assemblées séditieuses, et de prendre garde que leur conduite ne fasse point deux armées pour une. Ce discours les a un peu aigris ; néanmoins, il reste toujours une grande espérance d’accommodement. L’assemblée du Parlement ne se peut éviter et donne plus d'alarmes; nous en devons aussi appréhender quelque altération de l’alliance étroite qui est entre laFrance et l’Angleterre, étant vraisemblable que ce corps fera paix avec l’Espagne. Il s’en parle même déjà beaucoup, et je suis averti de bonne part que la proposition en a été faite, qu’elle n’esi point rejetée, et que quelques-uns du Conseil y sont fort enclins. La mémoire du défunt Protecteur n'est pas seule capable de les en détourner, l'état présent des affaires d’Angleterre pouvant donner lieu de changer la conduite qu’il avait tenue de son vivant, outre que, dès lors, la plupart des ministres y étaient contraires. Si l’Eispagne est en pouvoir de donner de l’argent, la tentation sera encore plus grande; et pour combattre ces raisons, il faudra appuyer les nôtres de quelques gratifications, les Anglais étant trop intéressés pour en devoir rien attendra s’ils ne sont bien payés; prenant ce

*5î DOCUMENTS

chemin, mes oppositions seront plus eflicaces. Je ne saurais même concevoir comment il est attendu que j'aie des nouvelles bien certaines des délibérations d’ici sans que le roi fasse fonds pour quelques pensionnaires. Lorsque le défunt Protecteur vivait, comme il agissait de son chef, cette dépense aélé épargnée avec moins d'inconvénients; maintenant que l'autorité est partagée et que le Conseil y a grande part, il est nécessaire d’en user autrement pour peu que cet État soit considéré.

i>» M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londrei, S dee«mbr« 165it.

Monseigneur,

Le duplicata de ma lettre à M. le comte de Brienne fera savoir à Votre Éminence l’exécution de ce que Sa Majesté désire de l’Angleterre pour la conservation du roi de Suède, et que le secours qui sortit des Dunes sur la lin do la semaine passée peut arriver au Sund devant que la flotte des Provinces-Unies ait transporté l’armée de l’électeur de Brandebourg; l’avis que l’on a reçu ici de ce dessein a fait avancer le départ de celle d’Angleterre, et déclarer à l’ambassadeur de Hollande que l’on ne pouvait abandonner l’intérét de la Suède; il ne s’était pas attendu à cette résolution ; je l’en trouvai hier fort mortilié, et toutes ses réflexions tendent à me faire connaître qu’il est de l’intérêt de la France de s’entremettre d’un accommodement entre les rois de Suède et Danemark qui garantît l’un et l’autre d’une ruine entière; que l’état de leurs affaires donnerait le temps de faire cette négociation, et que l’électeur de Brandebourg se détacherait facilement de l'intérêt de l’Autriche, pourvu qu’il fût assuré de la garantie de la France et de l’Angleterre contre les entreprises des Suédois. Apparemment les États-Généraux contribueraient au succès d’un tel traité, la puissance d’Angleterre leur faisant perdre l’espérance de sauver le roi de Danemark. Je témoignai audit ambassadeur que le roi s’entremettrait aussi avec joie pour un accommodement si raisonnable ; et si Sa Majesté le

jugeait utile au bien de ses affaires, il serait facile de faire entrer le rdgime d’.Vngleterre dans un semblable sentiment ; mais jusqu’à ce que scs intentions me soient connues, je m’abstiendrai d’en faire aucune ouverture. Les lettres dont Votre Eminence m’a honoré les 3 et 25 novembre me donnent lieu d’ajouter que M. Lockhart, qui me vint voir hier, ne m’a pas paru si satisfait qu’elle le croit des offres de scs pierreries, m’ayant dit sur ce sujet que la France ne manquait point d'argent quand elle voulait assister ses amis, sans laisser aller aucunes paroles qui témoignassent que M. le Protecteur dût se sentir obligé des avances de Votre Éminence. Je trouvai ledit sieur fort réservé sur toutes les autres affaires dont je lui parlai; il n’est pas à croire que ce soit un effet de quelque altération des esprits d’ici à l’égard de la France, bien que de différents endroits il me suit rapporté que l’on écoute les propositions d’accommodement avec l’Espagne. Je n’apprends pas neanmoins que la résolution soit prise d’entrer en traité, et le sieur Fleetwood, ministre de Suède, après m’avoir assuré que l'ambassadeur de Hollande avait aussi fait quelques ouvertures, me laissa entendre que son frère, qui a grand crédit, n’est pas pour la paix. Comme il se dit qu’après la cérémonie des funérailles, qui se feront demain, l’on doit ici entrer en délihération sur les affaires concernant l’établissement du régime d’Angleterre, et que le traité est une des principales, il se peut attendre bientôt éclaircissement des inclinations du Conseil. Suivant la voix publique, il se prendra aussi des mesures pour réunir les officiers de l’armée qui ont continué de s’assembler tous les vendredis, mais sans renouveler leurs propositions; M. le Protecteur leur parla fort aigrement devant qu’ils s’assemblassent la semaine passée, et bien que son discours les ait mécontentés, il n’en paraissait encore aucun mauvais effet. Cependant les républicains sont pleins d’espérance, et ils ont depuis peu publié le formulaire d'un gouvernement à leur gré; si le parlement était convoqué devant cette maligne disposition, l'autorité présente serait exposée à quelque dan-

DOCUMENTS

gcr; c'est ce qui en fait douter, encore que les ministres du Conseil le représentent proche.

Je ferai espérer au mylord Faulconbridge la gratification que Votre Éminence trouve à propos de faire à sa femme; à moins que H. le Protecteur ne succombe, ce sera une dépense fort bien employée, et je croirais que le présent ne doit pas être au*des$ous de mille pistoles

6* M. de Bordeaux à M. de Brienne.

Loadrat, 9 d«e«Bbr« 1658.

Monsieur,

J’appréhende que mon secrétaire, en passant à Paris, ne TOUS ait pas rendu ma dépêche, puisque vous n’en accusez pas la réa'ption; il doit avoir cru que vous fussiez a la cour où je l’avais chargé d’aller tout droit, la diligence m’ayant été recommandée ; s’il a fait cette faute , mes lettres de l’ordinaire précédent l’auront en quelque façon réparée en vous informant du sujet de son voyage -, elles auront fait savoir le départ de la flotte d’Angleterre dont il n’y a aucune nouvelle. Mais si les avis que l’ambassadeur de Hollande me vint communiquer avant-hier sont véritables, ce secours ne sera pas capable de rétablir les affaires du roi do Suède, ni d'empêcher les États Généraux d’envoyer d’autres tioiipes au roi de Danemark. I.a dépêche de M. le chevalier de Tci Ion donnera sans doute tout éclaircissement de l’état des affaires de ces quartiers; ce qu’il m'eu a écrit m’a fait demander aujourd’hui une entrevue avec le secrétaire d’État pour aviser au moyen de réconcilier ces princes; et bien que, apparemment, aucune résolution déterminée ne doive être prise ici devant la réponse que j’attends, il ne laisse pas d’être à propos, tout retardement pouvant apporter quelque préjudice, de presser ce régime d’examiner la matière , afin qu’il prenne des mesures pour l’exécution de ce qui sera jugé capable d’établir la paix entre les princes du Nord, ou de garantir le roi de Suède de la porte dont il est menacé. Je vois dans les lettres de M. de Thou qu’il a déjà fait des diligences avec

SI. Downing pour retarder l’envoi du second secours; mais les Provinces-Unies semblent être bien intéressées dans la conservation du roi de Danemark, et ont déjà trop oflensé son ennemi, ces derniers temps, par l’assislance envoyée à Dantsick et Copenhague, pour ne pas continuer dans leur dessein, à moins que l'Angleterre ne leur fosse appréhender l’emploi de toutes scs forces navales en faveur des Suédois, ou qu’il n’y ait certitude à un accommodcmi'nt. L’on peut aussi attendre que M. le Protecteur, ayant si bien commencé, [leissévérera dans les mêmes sentiments que scs ministres m’ont témoignés, si Sa Majesté veut entrer dans un traité de garantie qui ne peut apporter aucun préjudice à la France etengagera d’autant plus l’Angleterre dans nos intérêts. Si Icsbruits publics étaient bien fondés, M. le Protecteur songerait présentement à s’en retirer et à s’accommoder avec l’Espagne; mais je n’apprends point que cette disposition soit si prochaine, et vraisemblablement, avant que d’entrer dans aucune négociation au dehors, l’on voudra mettre ordre aux affaires du dedans. Il ne paraît pc-is que l’on y ait encore mis grand ordre, les officiers de l’armée continuant de témoigner du mécontentement et de s’assembler; d’où les républicains conçoivent de grandes espérances, si une fois le Parlement peut être convoqué. Il se dit toujours que ce sera dans fort peu de temps, et peut-être le fait-on espérer pour contenir la milice cl les autres créanciers de l’Etat. Ïjb danger de cette assemblée est si certain, au jugement des plus clairvoyants, qu’à moins d'une extrême nécessité, ce corps ne doit point être appelé. Le Conseil d’État a d’ailleurs sujet de l’appréhender, et son autorité est aujourd’hui fort grande, jusqu’à-pourvoir aux charges de judicaturepar forme de présentation approuvée, et à donner les ordres pour l’élargissement des moindres prisonniers d’État, dont quelques-uns s’étant pourvus pour leur liberté devant la justice ordinaire, le gouverneur de la Tour n’a ps osé les retenir. Toutes ces entreprises contre l’autorité du souverain procédant de la division des officiers de l’armée, elles n’auront pas de suites

DOCUMENTS

aussitôt qu’ils seront réunis, et c’est présentement la principale aiïaire d’ici. La cérémonie des funérailles fut faite le 3* de ce mois ; il ne s’y passa rien de considérable ni différent des actions de cette nature : sa magniücence consistait en la quantité du deuil qui marcha depuis Somerset jusqu’à Westminster entre deux rangs de mousquetaires, et devant l’effigie du défunt Protecteur, revêtue d’un manteau royal, ayant le sceptre en une main, le globe en l’autre, et la couronne en tête. Le général Fleetwood suivait le chariot, comme représentant l’héritier, et avait à scs côtés le vicomte de Faulconbridge, gendi-c du défunt, et l’un des ministres conseillers d’État ; le troisième gendre menait en main un cheval, faisant la fonction de grand écuyer; les ambassadeurs eurent quelques questions avec les envoyés de Suède sur ce que ceux-ci prétendaient être au rang des autres, cl non pas à celui des ministres subalternes, fondant leur prétention sur la place honorable que le roi leur maître donnait à l’envoyé d’Angleterre, et aussi sur ce qu’étant ablégats extraordinaires, ils devaient être autant considérés que l’ambassadeur de Hollande. Les commissaires établis pour régler la cérémonie avaient déféré à leur désir en les plaçant immédiatement après l’ambassadeur de Hollande et devant les gardes des sceaux d’Angleterre ; mais il me fallut suivre l’exemple de ce qui s’était passé à l’enterrement du roi Jacques, et contester celte égalité, les gardes des sceaux, de leur côté, ne voulant être précédés que par les ambassadeurs; enfin, après quelques allées et venues, ils s’eu relâchèrent avec protestation pour l’avenir, et je fus prié de trouver hon que, pour mettre quelque différence entre lesdits ministres et les ambassadeurs , néanmoins sans leur faire autre injure que de les déplacer d’un rang qu’on leur avait accordé, le maître des cérémonies avec ses officiers se missent entre eux et nous : à quoi je consentis. Il y eut aussi quelques légères contestations entre les autres ambassadeurs et moi sur ce que je voulus marcher seul et non pas entre celui de Portugal cl de Hollande, qui à la fin s’accom-

modèrent à mon désir. La première question fut en partie cause que la cérémonie ne s’acheva que la nuit ; et ne l’ayant pas prévu, il ne se trouva pas une chandelle dans l’église de Westminster pour éclairer la compagnie et conduire l’efligic dans une manière de chapelle ardente qui avait été dressée; il n’y eut aussi ni prières, ni sermon, ni oraison funèbre, et, après que les trompettes curent sonné peu de temps, chacun se retira sans ordre. Il fut jeté ce jour>là force imprimés, tant contre la vanité et la dépense de cette pompe funèbre que contre la validité de tous les actes passés en Angleterre depuis la dissolution du grand Parlement, et aujourd’hui tout le monde se donne grande liberté de dire ses sentiments.

7« M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londr«i, 9 d«eenbr« 1658

Monseigneur,

II ne s’est rien passé ici qui me donne lieu d’ajouter au duplicata de ma lettre à M. le comte de Bricnne touchant les affaires du Nord et du dehors d’Angleterre; seulement ai-je appris que la flotte envoyée au secours du roi de Suède a été repoussée sur les côtes d’ici par le mauvais temps; et il est appréhendé que la saison ne lui soit désormais fort contraire. Je remets aux dépêches que M. de Tcrion m’a depuis peu adressées à informer Votre Éminence du véritable succès du combat dont l’ambassadeur de Hollande m’est depuis peu venu faire une relation bien éloignée de celle que les ministres de Suède avaient d’abord publiée. Si la défaite de leur flotte est si grande, M. le Protecteur scia plus obligé de faire effort pour secourir le vaincu; j’ai envoyé cejourd’hui demander conférence avec le secrétaire d’État, à dessein d’en faire prendre la résolution, en attendant la réjronse à la dépêche que mon secrétaire doit avoir rendue.

Les divisions du dedans sont toujours au même état, et tout le monde est en attente du Parlement, duquel il semble que le repos ou le désordre dépendent. Cependant le Conseil continue d’agir avec la même autorité. M. Loc'ahart m'est venu voir ce soir, et m’a chargé d’une lettre pour Votr e

868 DOCUMENTS

Éminence; il m’a aussi téraoignd du déplaisir de ne pouvoir rendre le service qu’elle avait désiré de lui sur le sujet des vaisseaux anglais qui sont à Toulon ; la division entre les officiers sert de prétexte à ce refus, et l’on fait état de les rap> peler tous, n’y ayant point d’autre moyen de rétablir entre eux l’ordre et l’obéissance.

J'ai parlé audit sieur ambassadeur de la nécessité qu’il y avait, si les ennemis, pendant l’hiver, faisaient quelque entreprise en Flandre, que la garnison de Dunkerque assistât nos troupes ; il m’a témoigné être Irès-disjwsé à le faire ; que néanmoins je devais en parler afin que l’ordre lui en fdt donné ; ce sera pour la première fois que je verrai le secrétaire d’État.l.e marquis de Carracena demande un passe-port à M. le Protecteur pour don Juan d’Autriche, qu’il dit être rappelé par le roi d’Espagne pour commander l’armée opposée au Portugal ; cette civilité ne sera pas refusée.

8» M. de Bordeaux à 31. de Brietme.

Londre«, 10 dée«inbr« 1658.

Monsieur,

I.es dernières lettres que j’avais reçues de M. de Tcrlon m’ayant fait connaître en termes fort exprès que ce serait rendre un grand office au roi de Suède de le sortir de la guerre du Danemuik et lui procurer une bonne paix, je jugeai à propos de communiquer ce désir au secrétaire d 'État, afin que M. le Protecteur prît des mesures promptes pour avancer la réconciliation de ces deux princes ou pour relever le parti suédois. Il ne me fut pas diflicile de persuader l’un ou l’autre, et je trouvai encore plus d’inclination à procurer la |Miix; l’on est seulement en peine à quelles conditions elle se pourra faire, et s’il faudra appuyer sur l’exécution du traité de Roskield ou porter le roi de Suède à se départir de la plupart des avantages qu’il en a reçus, en cas que celui de Danemark ne puisse être induit à s’en contenter; ledit sieur secrétaire me demanda mon avis sur ce point ; je ne crus pas devoir rien décider avant que d’avoir reçu la réponse à mes précé-

HISTORIQUES. iüO

(lentes dëpAches; je lui proposai de faire pressentir, par lès ministres de France et d’AngIctertc senant auprès du roi de Suède, quelle peut ëlie sa disposition, et savoir aussi pnicisément sa présente condition devant que de déterm'j^cr les conditions; je jugeai aussi que cependant il fallait faire à I.a Haye tout devoir par M. de Thou et le sieur Downing pour arrêter le départ du second secours, et persuader que le roi et M. le Protecteur veulent travailler sérieusement à la pacincation de ces princes. Ces ouvertures étant approuvées, nous demeurâmes d’accord d’écrire en conformité à La Haye et en Danemark, et qu’il ne laisserait pas d’étre passé outre, aussitôt que le pouvoir m’eu serait envoyé, à un traité tendant à la conservation du roi de Suède, comme aussi que Son Altesse chercherait les moyens les plus prompts d’y parvenir on cas qu’une paix avantageuse à nos deux nations ne pût être établie en ces quartiers du Nord. Ce fut le résultat de la conversation que ledit sieur secrétaire d’l<!tat et moi eûmes sur cette matière; je n'y puis rien ajouter, si ce n’est qu’il me paraît fort enclin à l’accommodement et roc dit plusieurs fuis que c’était l’intérêt d’Angleterre. Il me confirma aussi ce que j’avais déjà appris d'ailleurs que la flotte d’ici avait été repoussée sur les côtes de Norfolk, et que diflicilement elle pourrait en cette saison continuer son voyage. Je le priai de suite de faire donner ordre à &I. Lockhart d’assister de sa garnison les troupes du roi qui sont restées en Flandre ai les ennemis y faisaient quelques entreprises durant le quartier d'hiver, offrant à la pareille l’assistance de nos garnisons si les Anglais étaient attaqués; il convint de ce mutuel lecours

On est à la veille d’un Parlement qui doit avoir grande autorité et sera assez enclin à s’accommoder avec l'Espagne. La convocation en a été solennellement résolue dans le Conseil la semaine passée ; et les ordres seront envoyés au premier jour, afin qu’il puisse être assemblé le 7 du mois de février. Le secrétaire d’Êtat en fit la proposition, et l’accompagna de

DOCUMENTS

toutes les considérations qui obligent d’avoir recours à ce remède pour acquitter les dettes publiques et alTermir le gouvernement. L’on ne laisse pas d’èire étonné que cette résolution se prenne devant que les esprits de l’année soient réunis; et bien que ceux qui sont pour le Protecteur paraissent en plus grand nombre, les autres seront en état de traverser son autorité si le Parlement est rempli de républicains. Ce danger étant certain, il y a lieu de croire, et aussi est-ce l’opinion de quelques-uns, que les officiers factieux seront réformés ou que l’on se tient assuré de faire choisir par les provinces des personnes bien intentionnées, et il est vrai que la généralité du peuple, la noblesse et les ministres sont fbrt contraires à l’autorité que partie de cette milice veut s’attribuer. Il y eut encore la semaine passée grand bruit entre le général major Desborough, l'un des chefs, et le général Montagne, le premier s’étant publiquement plaint que l’autre avait formé le dessein , avec le sieur Faulconbridge et quelques officiers, de l’enlever, et le lieutenant général Kleetwood, et de les mener au ebiteau de Windsor; cette accusation était fondée sur une lettre d’avis qu’il disait avoir reçue; l’accusé désavoua le dessein et demanda que l’auteur de la lettre fût nommé, ce que ledit sieur Desborough refusa, et néanmoins insista qu’il lui fût fait raison. M. le Protecteur prit la parole et le parti dudit sieur Monlaguc, et le Conseil se leva sans mettre l’alTaii'e en délibération. Cette aigreur n’est point encore apaisée, et ayant éclaté, il semble qu’elle doive avoir des suites, dont la plus apparente est la ruine dudit sieur Desborough, homme fort altier, qui doit sa fortune au défunt Protecteur, dont il avait épousé la sœur. . . .

9° M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

tondre*, fO décenbr* 1658

Monseigneur,

Il m’a paru dans la dernière lettre de M. de Terlon que le roi de Suède prendrait en si bonne {vartque la France et l’Angleterre le retirassent de la guerre où il était engagé, que J'ai

HISTORIQUKS. Î7I

cru devoir cooimuniqucr ce ddsir au secrétaire d’État, qui s’est trouvé fort disposé à suivre cette ouvertui-e, et est demeuré d’accord d’écrire aux ministres de M. le Protecteur résidant à La Haye et auprès du roi de Suède, de faire toute diligence (xiur y disposer les esprits, et reconnaître à quelles conditions ils pourront condescendre, afin que sur ces informations l’on puisse prendre quelques mesures certaines pour l’avancement du traité, et que ces princes puissent être conviés de s’accommoder s’ils ne veulent s’attirer l’inimitié de l’Angleterre. L’on est ici persuadé que le roi de Suède ne voudra pas dédire Sa Majesté et M. le Protecteur, et que celui de Danemark sera aussi contraint de se réduire à des termes raisonnables si les Hollandais peuvent être détournés de lui envoyer un second secours, soit par voies amiables, soit par force, et il y a toute disposition ici à user de l’une et

de l’autre

La résolution a été enfin publiquement prise dans le Conseil de convoquer le parlement pour le 7* du mois de février; ce n’est pas que les esprits de l’armée soient encore bien réunis, y ayant eu depuis peu grand bruit en présence de M. le Protecteur dans le Conseil entre le général-major Desborough et l'amiral Montagne, sur ce que le premier disait que l'autre avait fait dessein avec le mylord Faulconbridge de l’enlever et le lieutenant général Fleetwood; les deux accusés ont demandé que l'on leur produisit l’auteur de cet avis et qu’ils répondraient; M. le Protecteur parut prendre leur pai-ti, et ledit sieur Desborough s’emporta jusqu’à dire qu’il n’entrerait plus dans le Conseil si le mylord Faulconbridge, qui n’était pas présent, y était admis. La querelle nu fut point accommodée, et le Conseil se leva sans mettre l’aflaire en délibération. H se dit que depuis l’armée a proposé à M. le Protecteur, pour accommoder tous les düTérends, qu’il ne pourrait changer les ofliciers de l’armée que de l’avis et consentement de quatre des principaux qu’elle nommerait, et que l’on est maintenant sur ces termes, et qu’étant nécessaire d’apaiser les aigreurs pour tirer quelque fruit du parle-

DOCUMENTS

ment, cet expédient sera suivi, ou H. le Protecteur sera obligé de faire un coup d’autorité.

10» M. de Bordeaux à M. de Brienne.

LondreipiS d«c««br« 1658.

Monsieur,

J'accusai par ma précédente la réception de la lettre qu’il vous a plu de m’écrire le 8; celle du 14 m’a depuis été rendue arec le billet qui m’apprend l’arrivée de mon secrétaire à la cour; le contenu de l’une et de l’autre ne me donne pas lieu de rien ajouter à ce que j’ai déjà fait savoir des dispositions de ce régime touchant les Suédois; l’on y parait toujours résolu de les assister, et la semaine passée, le vent ayant changé, la (lotte d’ici s’est remise en mer. Les rois de Suède et de Danemaik ne laisseront pas d’être conviés à la paix, et si le dernier se veut tenir au traité de Roskield, son ennemi sera exhorté de l’exécuter, étant jugé de l’avantage d’Angleterre que le passage de la mer Baltique soit sous diflerentes puissanœs. I.e sieur Downing doit avoir reçu depuis pou de nouveaux ordres de faire tous ofUces pour porter les États Généraux à entrer dans nos sentiments, et le premier mémoire qu’il a présenté à cette fin avait été concerté ici. Aussitôt que mon secrétaire sera de retour, il se pourra encore prendre des résolutions plus précises sur les affaires de ces quartiers. Cependant la flotte d’Angleterre, jointe à celle du roi de Suède, sera capable d’empêcher qu’il n’entre aucun nouveau secours dans l’ile de Zélande, si les quatre mille hommes qui devaient être embarqués en Hollande n’ont gagné le devant, de quoi nous n’avons aucune nouvelle, la poste de Flandre n’étant point arrivée la semaine passée. L’ambassadeur des Provinces-Unies, que j’ai vu ces dernien jours, ne manque pas de professer une grande inclination en ses supérieurs pour l’accommodement, et demeure même d’accord que l’Électeur de Brandebourg doit, par le traité, se détacher du parti de la maison d’Autriche; mais lorsque je lui ai témoigné que l’envoi d’un secours ne s’accordait pas à

HISTORIQUES. f»

cette disposilion, qne, si elle était réelle, il fallait agir de concert avec nous pour l’avancement de la paix, et non pas travailler à la ruine entière de l’un de ces partis, leur ambassadeur est demeuré sans aucune répartie ; d’où il sc peut inférer que la province de Hollande a grande confiance de rétablir le roi de Danemark au même état qu’il était devant qiiè d’entrer en guerre, et qu’elle ne changera pas de conduite si elle ne voit la France et l’Angleterre faire do grands elTort* ^ur la conservation du roi de Suède; le traité, pour lequel j’attends des ordies, peut leur faire appréhender que la résolution en aura été prise ; il servira aussi à engager ce régime dans la continuation de la guerre contre l’Espagne, le peuple d'Angleterre étant assez affectionné à la couionne de Suède pour approuver tout ce qui peut conlrihuer à sa conservation. Il ne se doit néanmoins parler avec certitude des inclinations du Parlement devant son assemblée; quelques mesures que M. le Protecteur prenne pour avoir des députés bien intentionnés, un corps composé de cinq cents personnes ne laissera pas d’être bien diflieile à gouverner, et les républicains se promettent d’y avoir grande autorité; les ordres pour l’élection seront envoyés aujourd’hui par toutes les provinces. H n’est pas vraisemblable que cependant l’on entre en négo^ ciation avec l’Espagne, et ce serait avec peu de succès si elle prétendait retirer Dunkerque; encore que il. le Protecteur et son Conseil lussent disposés à en tirer de l’argent, ils n’oseraicnt laire ce commerce, qui les cx|)oscrail à un très-grand reproche et donnerait trop d’avantage à leurs ennemis assez enclins d ailleiii-s à faire valoir tout ce qui serait capable de décrier la conduite du pressent régime. Ils feront moins de scrupule d abandonner la Jamaïque, y ayant assez d’autres pays a occuper dans l’Améiiqne à moins do frais Si nous avons quelque soupçon que l’Angleterre ne s’accommode avec 1 h>pagne, elle n en conçoit pas moins sur ce que les avis de !■ rance font faire à M. de Lionne à iladrid, et j’ai déjà été questionne par différentes ficrsonnes sur le motif de cette élection; il ne m'est pas facile de les satisfaire, n’en sachant

DOCUMENTS

rien de positif et n’nyant ps inùme reçu de lettres de la cour depuis qu’elle estù Lyon. M. Lockharl même, en me disant hier adieu, n’oublia pas de m’en toucher quelques mots; je me défis de lui en le mettant sur les bruits qui courent aussi que l’on se veut accommoder ici avec l’Espagne. . . .

Je ne manque pas, dans toutes les occasions,

de représenter de quelle conséquence il est à l’Angleterre de bien traiter les catholiques, et leur condition n’a point empiré sous le Protecteur présent; la plupart des prêtres qui étaient prisonniers ont été relichés, et si le secrétaire d’Etat m’acrnrde la liberté de trois que je lui ai demandée, celui que la reine d’Angleterre a recommandé se trouvera élargi, n’y en ayant point d'autre arrêté. Le inylord Henri en a aussi élargi quelques-uns en Irlande sur ma prière, et m'a fait espérer par sa lettre un traitement favorable pour les catholiques; et tant ceux d'Irlande que d'Angleterre doivent bien espérer des inclinations de M. le Protecteur qui suit, en fait de religion, l’exemple du défunt, ne se déclarant pour aucune, alin de les avoir toutes favorables.

Il» i/. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

L«adrM»19 déc«Mbr< 1658.

Monseigneur,

Il ne s’est rien passé ici deconsidérable depuis ma précédente dépêche, que le départ de la (lutte qui se remit en mer la semaine passée; elle a depuis eu le veut assez favorable pour être maintenant au Sund, d’où il n'est venu aucune nouvelle ces derniers jours. Les affaires du dedans d’Angleterre sont aussi dans le même état, la ré>ululiun d’assembler le parlement continuant de s’exécuter par l’envoi des ordres pour l'élection des députés; et il semble que le principal soin d’aujourd’hui soit de les avoir bien intentionnés; pour y réussir, la forme des élections a élé changée, et au lieu que les comtés dans ces derniers temps s’assemblaieut en un seul lieu et corps qui les nommait tous, chaque comté n’en élira que deux, et les villes et boui'gs choisirent les autres ; l’espérance que l’on a de disposer plus facilement des detites communautés

que de tout un peuple assembld a fait substituer cet ordre à celui qui s était observé dans la convocation des derniers parlements. Ix!s oilkiers de l’armée continuent de s’assembler, mais sans presser leurs prétentions.

M. Lockhart doit repasser demain à Dunkerque; il ne fait pas état d'aller à la cour devant le printemps; il a eu assci de peine à s’assurer des fonds pour l’entretien de sa garnison et le remboursement de scs avances.

M. de Bordeaux au cardinal Mazarin et au comte de Brienne.

L«B4r«if 11 MTNftbr*

(Voir le n* V.)

vn

il. de Bordeaux au cardinal Mazarin et au comte de Brienne.

L«adr«i, t 4Ac««br« ItSS.

(Voir le n* V.)

M. de Bordeaux au cardinal Mazarin et au comte de Brienne.

LMirtt, Il Mt«Abr«

(Voir le n* V.)

JJ. de Bordeaux au cardinal Mazarin et au comte de Brienne.

L«nSrM. 17 p*t«nSr« tSSI.

(Voir le n” V.)

«« DOCUMENTS

M. de Bordeaux au cardinal Alazarin et au com;e de Britnne.

Loodrti, il déc«abr«

(Voir le n* V.)

(Page 38.)

l°if. de Bordeaux au cardinal JUazarin.

• ■ |.ofidrei, t6 jaaTi«r 16^V .

Monseigneur,

Après béaucoiip de remises, le sccrélairc d’État et le garde des sceaux sont enfin venus chez moi celte aprcs-Klince, et le dernier portant la parole, ils m’ont déclaré que M. le Protecteur avait reçu en bonne part, et comme une marque de l’eslime du roi et de l’amitié de Votre Éminence, la communication que je lui avais donnée des recherches d'Espagne et des dispositions de Sa Majesté touchant la paix, dont ils ne voulaient pas'àûssi me dé.savouer que Son Altesse n’eût été recherchée par diffoi'cnlcs voies; qu'elle s’en était toujours éloignée pour ne se point détacher de la France; que maintenant, puisque Sa .Majesté jugeait qu’il était du bien de son État de s'accommoder à des conditions raisonnables, Son Altesse entrait dans les mêmes sentiments et était |)ies de convenir d’un traité particulier, préliminaire du général; que cependant Son Altesse ayant remarqué qu’en pressant le retour de M. Lockhart, j’avais jiarlé de la prochaine campagne et de rétablir le corps d’inranterie anglais, il les avait aussi chargés d’entrer en conléicnee sur le renouvellement du dernier traité, étant nécessaire de prendre de bonne heure des mesures, et de convenir des desseins qu’exécuterait l’armée de Flandre. Cette dernière projvositiun, en suite d’upe réponse si générale au point principal de ma

HISTORIQOES. J7T

dernière audience, m’ayant lait soupçonner que M. le Protecteur et Icsdits sieurs commissaires n’eussent pas bien interprété ce que je leur avais dit de la négociation du sieur Pimcntcl, ou que, l’ctat des afiaires domestiques d’Angleterre ne leur permettant pas de prendre aucune résolution sur une matière de cette impirtance devant la séance du Parlement, pour éluder l’éclairc)8»cmcnt que Votre Ëraincnce souhaitait d’avoir, ils ne me proposassent des conférences tant sur un traité préliminaire que de campagne, j’ai fait tout devoir pour leur persuader qu’elle ne désirait le retour de M. Lockliart, ou de tel autre qu'il plairait à M. le Profccteur d’envoyer en France, instruit de ses prétentions, qu’alin de les faire entendre audit sieur Pimcntcl, et que l’Espagne se disposât à y donner satisfaction, si elle voulait la paix avec la France, devant que l’on entrât dans une négociation publique. Je leur ai aussi renouvelé l'offre que j’avais faite à M. la Protecteur qu’en cas que scs affaires l’obligeassent à s’accommoder promptement. Sa Majesté, pour avancer la paix, sc départirait de ses propres avantages autant que la bienséance le |iermcllrait ; et pour faire cesser tout prétexte d’amusement, j’ai assuré que non-seulement elle s’engagerait par un traité à ne s’accommoder que conjoiiitement avec l’Angleterre et à la garantie mutuelle, mais que déjà Votre Éminence avait fait pcrdie audit sieur Pimcntcl la pensée de nous détacher les uns des autres; qu’ainsi ne pouvant survenir aucune difficulté sur ce traité que lesdiU commissaires appellent préliminaire, il ne devait point empêcher que présentement le régime d’Angleterre ne me fit savoir à peu près ses intentions, aDn que Votre Éminence fût en état d’en parler précisément lorsque ledit sieur Pimeiitcl repasserait en France. J’ai convié lesdits sieurs commissaires d’en user avec la même franchise et sincérité que M. le Protecteur avait pu remarquer dans le procédé du roi, et à sc conlicr que Votm Éminence n'ogissail qu’avec un esprit d’avancer le bien commun de la France et de l’Angleterre à qui la paix pouvait être également nécessaire. Il fallait se prévaloir de la conjoncture et du mauvais état de

DOCUMENTS

l’E -pagne pour la faire avec plus d'honneur et de profil. Ce discours leur ayant donné lieu de s’ouvrir un pou plus ipi'ils n’avaient fait, apres avoir conféré ensemble, ils m'ont formé quelques scrupules; et entre autres, ils ont trouvé que la bienséance ne voulait pas que l'Aiiglelerre fît scs demandes devant que l’Espagne eût donné les siennes; que ce n’était point aussi l’usage qu’un État traitAt par la voie Vun autre, quoique son allié; qu’au reste, il serait assez emps d’envoyer un ambassadeur pour la paix quand l’on ferait convenu de s’assembler; qu'alors M. le Protecteur expliquerait ses prétentions; et ils m’ont encore pressé de me déclarer sur le traité de campagne dont je n’avais point parlé. Je les ai satisfaits sur tous ces points par l’exemple de ce qui s’était passé entre la France et les autres Etats alliés dans la plupart des anciens traités de paix, et leur faisant connaître qu’il y avait plutdt de la gloire que du déshonneur à proposer le premier les conditions qu’à les recevoir, outre qu’il était assez notoire que, quand même nous rechercherions l’Espagne, ce ne serait pas par la crainte de sa puissance; qu’au reste il était aussi fort ordinaire de se servir des amis pour faire entendre ses prétentions, et mémede convenir ensemble de celles sur lesquelles l’on doit insister, principalement lorsque l’un et l'autre Etat demeurent d’accord de la garantie du traité qui doit intervenir; que le roi ne ferait pas difficulté, en pareille rencontre, de la découvrir à M. le Protec teur; que, si néanmoins il ne voulait p.is en user avec la même confiance, il pouvait ordonner audit sieur Lockhart d’en user avec telle réserve que bon lui semblerait; et quant à l’assemblée publi(|ue des ministres de toutes les nations intéressées pour traiter la paix, j'ai été l’espérance qu’elle se pût faire devant que les difficultés principales eussent été réglées, crainte de tomber dans les mêmes inconvénients qui s’étaient remarqués en celle de Munsier, où l’Espagne ne songea qu’a détacher les alliés de la France; (|u’aii reste je n’avais pas demandé un ambassadeur pour traiter de la paix ouvertement, mais quelqu’un qui fût assez informé des inten-

tiuns de Son Altesse pour, dans l’occasion, les faire savoir; et j’ai encore pressé lesdiU sieurs commissaires de portci M. le Protecteur à passer par-dessus tous ces scrupules et à vouloir de bonne foi me déclarer présentement s’il veut s’accommoder, et en ce cas de faire déclarer quel est son intérêt, n’étant pas possible que le roi s’empêche de donner quelque résolution précise audit sieur Pimentel, s’il repasse par la France, à moins de s’exposer au reproche d’avoir rejeté la paix, ce qui tournerait au grand préjudice de la France et à l’avantage de l’Espagne. Lesdits sieurs se sont encore retirés, et, devant que de me répondre, m’ont demandé si nous passerions outre à l’accommodement, encore que l’Espagne ne satisfit pas l’Angleterre, Je leur ai témoigné que, comme le roi ne voulait point traiter sans l’Angleterre, aussi espérait-il que M. le Protecteur réduirait scs prétentions à des termes raisonnables; que ce serait nous engager dans une guerre perpétuelle que la France aurait peine à soutenir. Ils m’ont dit en termes fort précis que présentement ils ne pouvaient me donner tout l’éclaircissement que Votre Eminence souhaitait, mais que, dans peu de jours, je le recevrais ; que M. Lockliart aurait aussi ordre de passer en France, et que je pouvais être assuré que M. le Protecteur était disposé à la paix. J'ai reçu cette réponse en recommandant la diligence et représentant la nécessité qu'il y avait de se déterminer promptement. Lesdits sieurs commissaires m’ont aussitôt remis sur le traité de campagne et demandé si je n’avais pas d’instruction particulière. Je leur ai témoigné que Votre Éminence s’étant attendue d’en conférer avec M. Lockhait, elle ne m’en avait écrit qu’en termes généraux, et que je savais seulement qu’elle souhaitait de rendre le corps anglais complet ; que, s’ils avaient queli|ue visée, en me la faisant savoir, j’en informerais Sa Majesté. Lesdits sieurs commissaires ont accepté cette ouverture et m’ont convié aussi de presser qu’il me fût envoyé des instructions; qu’en attendant ils ne laisseraient pas de faire quelque projet et de me le communiquer. Je ne puis juger tant de tous leurs discours sur le

DOCUMENTS

Iraild de paix que de leur empressement pour renouveler celui de campagne, si ce nVst qu’cncore que M. le Protecteur ne puisse éviter de s’accommoder avec l’Espagne, à moins que ses aflaircs ne changent de face, il ne saurait néanmoins se déterminer à aucun parti devant le l’arlement, et que, n’étant pas le maître du Conseil, sans la parlicijution et avis duquel peu d’affaires se décident, il n’a pas voulu lui donner connaissance de celle-ci, crainte qu’étant mise en délibération, la résolution no fût contraire à scs desseins )iarticulicrs. Il SC peut aussi faire que, la guerre avec l’Cs|)agnc pouvant servir de prétexte pour tirer de l’argent du peuple d'Angleterre, l’on ne veuille pas entrer si tôt en négociation; ou bien M. le Protecteur appelant le Parlement pour s’en prévaloir contre une partie de l’armée qui oppose ouvertement son autorité, il croit se rendre plus agiéalile à ce cor|)s en lui rcmcltanl la décision de la paix ou de la guerre. Mais, quel que puisse être son motif, il est trcs-vraisemblalile que scs commissaires n’étaient venus qu’avec un esprit d'amu sement; et quelque soin que j’aie pris de leur faire connaître qu’il fallait ou renvoyer M. Lockbart, ou, par quelque autre voie, faire savoir les prélentioiisde M. le Protecteur, il différera l’un et l’autre jusqu’à la séance du Pailement. Je suis confirmé dans celte opinion par l’assurance que me donnèrent Icsdits sieurs commissaires qu’ils n’avaient communiqué à qui que ce soit l’arrivée du sieur Pimentel, étant ccitain qu’cncorc que M. le Protecteur ait grande confiance en scs deux minisires, ils n’oseraient tous trois avoir piis une résolution sur une affaire de celte conséquence. Ainsi la proposition qu’ils font d’un traité préliminaire, devant que de s’expliquer sur celui de paix, ne doit être considérée que comme une ouverture faite à dessein de gagner temps ; et quantà celui de campagne pour lequel ils ont tant decbaleur, je crois que leur lin est de s’en servir pour faire voir au Parlement que M. le Protecteur est encore engagé à de grandes dépenses, cl faire espérer des conquêtes dans la Flandre par It continuation Je la guerre avAc l’Espagne, ce qui sera

— Oigirtfeetby

capable de donner dans la vue de quelques députés de ce corps et de les porter à ouvrir la bourse plus libéralement. Que si Votre Ëmincnre juge à propos de se prévaloir de cet dispositions pour tirer «les troupes d’Angleterre, et aussi pour l’engnger à ne s’accommoder avec l’Espagne que conjointement avec l.i France, et à la garantie de la paix, il sera nécessaire d’user de diligence, crainte que le Parlement, qui considérera moins l’inlérét de M. le Protecteur que le repos de la nation, no trouve plus avantageux de traiter sûrement que de rester toujours engagé avec la France. Je prévois que, par le traité de campagne, l’on stipulera quelque autre place, soit pour la réputation, soit afin de retirer du pays de quoi entretenir la garnison, dont la dépense est beaucoup à charge. Je pourrais aussi avec autant de certitude avancer que l’Angleterre se conienlcra, dans un traité général, de conserver les conquêtes qu’elle possédera en Flandre ; défunt M. le Protecteur flattait les marchands de l’c.spérancc du commerce dans les Indes pour la restitution de la Jamaïque; mais 1e présent régime n’a pas les pensées si élevées, ni la puissance assez airermic pour appuyer de telles prétentions. Tous les avis qui m'ont été donnés, depuis la division des officiers de l’armée, conviennent qu’ils ne sauraient s’empêcher de complaire au peuple, fort enclin à la paix. G}lte nécessité laisse croire que l’intérêt d’Angleterre ne peut pas arrêter longtemps l’accommodement général, et qu’il se peut toujours prendre quelque mesure en attendant queM. le Protecteur s’explique davantage. Je rapporterais exactement co qui se passa dans l'audience qu’il me donna, s’il s’en pouvait tirer quelque lumière ; mais ce ne futde maparl qu'une relation exacte des propositions du sieur Pimentel, du jugement que Votre Éminence en avait fait, et de tout le contenu de sa lettre du 17* du passé; à quoi M. le Protecteur me répondit en des termes généraux pleins de reconnaissance, tant envers le roi que Votre Éminence, et d’assuiances qu’il lécherait de * correspondre à un procédé si obligeant, sans néanmoins entrer dans le parliculinr des affaires que je lui avais commute.

DOCUMENTS

niquées; il remit à s’expliquer après qu’il en aurait commu» nique à son Conseil. Je ne m’attendais pas à davantage, et même je me serais contenté d’en entretenir le garde des sceaux et le secrétaire d’État, s’il ne m’eût panique M. le Pro> lecteur l’aurait pu prendre en mauvaise part. Le premier de ces ministres fut son interprète, et l’autre servit à amuser deux du Conseil dont il ne s’était pu défaire. Quand j’entrai à l'audience, bien que je les eusse avertis de s’y trouver seuls, et qu’ils me l’eussent fait attendre, l’embarras fut tel que le garde des sceaux m’avertit de parler de quelque affaire indifférente en cas qu’ils n’eussent pas la discrétion de se retirer. Je ne fus pas en cette [>eine : lesdits sieurs commissaires, devant que de se retirer, m’ont rendu le traité de garantie sur le secours de Suède, avec peu de changements aux articles que je leur avais donnés; ils en ont seulement ajoute un par lequel l’Angleterre se réserve la liberté de traiter avec le roi de Suède, qui est sujet à quelque explication, n'élant pas raisonnable que, si elle prend quelque engagement particulier avec ce prince dont elle relire do l'avantage, le roi soit garant des suites et événements, sous prétexte que le secours en aura été la cause originaire. Je. ne fais potnt de doute que, dans la première conférence, nous ne convenions qu'au moins, s’il se fait quelque traité, ce soit avec la participation de Sa Majesté, et qn’ainsi celte affaire ne soit bientôt réglée. Mais, quoi que nous arrêtions pour garantir le roi de Suède du danger où il est, l’AnglelctTe ne pourra envoyer aucune assistance qu’au mois de mars ; et, sans les glaces, sa flotte aurait été entièrement ruinée devant l’arrivée de celle d’AngleteiTe, qui a empêché, è ce que prétendent lesdits sieurs commissaires, le départ du secours des Hollandais; d’où l’on peut juger que les États Généraux prendront luutde bon le parti de persuader la paix, à moins de quelque changement. Ici la voix publique veut que le Parlement pourrait en produire d’assez considérables, et il se voit, par les élections déjà faites, que les plus factieux du l..ong-Parlcment et quelques officiers do l’armée réformée sont députés. Le général Falrfax est môme du

Digiiized by GoO;;le

nombre. Quelques-uns s’imaginent aussi que les Presbytériens ont fait toute diligence pour se faire nommer, à dessein, s’ils ne se trouvent pas assez puissants d’eux-mémes pour former un gouvernement à leur gré, de se joindi c avec BI. le Protecteur contre l’armée. Bien que ces diversités ne soient pas si dangereuses, le présent régime ne laissera pas d'avoir assez de peine, surtout à conserver la chambre des nouveaux seigneurs que le défunt Protecteur a créés. G: sera la première pierre de scandale. Les députes d’Irlande et d’Ecosse courront aussi risque d’être chassés, étant contre l’usage qu’ils soient admis dans le Parlement d’Angleterre. Ces rctranchcmcnU affuililiiont beaucoup le nombre des amis du gouvernement, qui sera vraisemblablement appuyé par tous les esprits paciriqiies. Il a depuis (icu été envoyé trois cents hommes de recrues à Dunkerque ; rembarquement s’en fit aussitôt qu’ils curent été tirés des vieux régiments, crainte de quelque mutinerie, ce service n’étant pas aussi agréable que celui d’Angleterre.

Votre Éminence aura sans doute reçu les mômes avis qui sont ici de l’arrivée de la (lotte des Indes aux Canaries; s’ils sont bien fondés, jamais elle ne fut si riche ; l’on parle de quarante-cinq millions de piastres, dont n'y ayant eu que huit d’enregistrés, les officiers ont visité les vaisseaux si exactement qu’ils en ont trouvé jusqu’à quarante ; ce sont les nouvelles de la Bourse de Londres, auxquelles je n’ai rien à ajouter, si ce n’est que je suis avec respect

La présente lettre n’ayant pu être envoyée par l’ordinaire précédent, j’y ajouterai que, depuis l’avoir écrite, le secrétaire J'État est demeuré d'accord de retrancher du traité de garantie l’article qu’il y avait ajouté, mais qu’il ne me parle point d’y apporter l’éclaircissement que sa dernière visite me faisait attendre. Ixs mêmes bruits que j’ai déjà fait savoir de l’arrivée de la flotte des Indes continuent, et pour ce qui est du dedans d’Angleterre, toutes choses y sont au môme étaU

WW DOCUMENTS

2o M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Bionseigncur,

J’accuserai seulement la réception de la lettre dont Votre Éminence m’a honoré, en date du H, m’ayant été rendue cejourd’hui si tard qu’elle n’a pas pu être déchilTrée; je ne ferai point aussi savoir aujourd’hui les sentiments de M. le Protecteur sur les affaires dont j’ai entretenu ces jours jwssés le secrétaire d’Élat, encore qu’il me soit venu voir ce soir avec le garde des sceaux; ils ont remis jusqu’à samedi à me donner l'éclaircissement que la conjoncture des affaires leur permet de me faire savoir, et aussi la signature du traité de garantie; je les ai priés, suivant ce que M. le comte de Brienne m’en avait écrit, qu’il fût envoyé ordre au sieur Downing de représenter à MM. les États-Généraux que l’Angleterre considérant le duc de Neuhourg, ce serait choquer Son Altesse aussi bien que Sa Majesté s’ils entraient en guerre avec )ui, à moins d’en avoir sujet, ce que sans doute ce prince évitera de donner; cet oflice a été promis, et s’il est nécessaire, je presserai que l’on agisse avec chaleur en sa faveur. Lesdits sieurs commissaires m’ont dit qu’ils n’avaient autre nouvelle du Nord si ce n’est que le roi de Suède était allé à Frédériskborg, et m’ont encore affirmé que l’Électeurde Brandebourg professait de ne vouloir point s’arcommotler sans l’Emitcreur; le roi de Danemark entrant, comme il y a lieu de le croire, dans de semblables sentiments, il n’y aura autre ressource que d’envojer le secours naval aussitôt que la mer sera libre. M. le Protecteur professe d’y être résolu. Il y avait un chevalier anglais, estimé bon homme de mer, qui était engagé dans le service de Suède, et était allé avec la flotte d’Angleterre; le mauvais temps l’ayant obligé de relâcher il refuse maintenant, et tous les officiers qui le suivaient, de continuer dans son dessein, d'où l'on |)eut juger que les affaires de ce prince ne sont pas en bon état.

Il n’y a rien présentement à écrire d'ici, si ce n’est qu’il lirait beaucoup do députés enclins à la paix et que le pai-ti

HISTORIQUES. tS5

des mécontenU du gouvernement pourra bien être le plus faible en nombre.

M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

LosdrM, 9 «l 6 ftvritr 1659.

Monseigneur,

}Ia prdcédcnle lettre aura fait savoir à Votre Éminence que les commissaires de Son Altesse me devaient venir trouver avant-liicr; cette entrevue a ëtd remise jusqu’à ce soir qu’ils m’ont apporld le traité degarantic que nous avons signé, et en exécution duquel nous devons écrire, par un vaisseau qui part demain, à M. le chevalier de Tcrion cl au résident d’Angleterre, pour les faire agir tant auprès du roi de Suède que du roi de Danemark; mais afin de donner plus de force à leui's olUces, il est jugé à propos de leur envoyer des lettres de créance pour le dernier de ces princes; nous n’avons pas cru pouvoir prendre aucune mesure certaine sur les conditions particulières de cet accommodement avant d’etre informés de l’état des affaires du Nord; ce sera cependant aux ministres de France et d’Angleterre d’en user suivant la disposition où ils se trouveront présentement. J’en écrirai en ce sens à M. le chevalier de Terlon, qui pourra faire appréhender au roi de Suède l’abandonnemenl de la France comme à celui de Danemark sa puissance, s’il ne croyait pas porter l’un et l’autre à la paix. Le résident d’Angleterre parlera aux mômes termes, et ils seront aussi tous deu avei tii qu’en cas que le roi de Pologne et l’Électeur de Brandüliourg refusent de s’accommoder sans l’Empcieur, il s’appliquent principalement à celui de Danemark comme le plus pressé, et que si leurs soins ont quelque succès, ils fassent rejeter nu au moins si bien expliquer l’article dudit traite de Boskield, où il est ptudé du passage par le Sund des vaisseaux des autres nations, que le commerce de France et

DOCUMENTS

d’Anglelerre n'en reçoive point de préjudice. Nous sommes aussi convenus en m^me temps de faire savoir & MM. les Élats-Généraux la résolution du roi et de M. le Protecteur. L’on s’cn est môme déjà expliqué au sieur de Nieuporl, leur ambassadeur, qui, sur l’avis sans doute du traité, m'est venu assurer depuis deux jours qu’il était autorisé, pour obliger scs supérieurs, à se joindre avec nous contre celui desdits princes qui refuserait la paix à des conditions équitables. Je lui témoignai que Sa Majesté aurait très-agréable qu’ils prissent ce parti, et le renvoyai au secrétaire d’Êtatafinque, Son Altesse en étant informée, elle nommât des commissaires et que nous entrassions sans perte de temps en matière; mais il s’est trouvé n’avoir ni pouvoir ni instructions précises, et que .MM. les Ëtats-Généraux prétendaient régler Icsdits princes suivant le traité de Brunnsbcrgdc l’année J64o, sans avoir égard à celui de Itoskicld; ce qui a fait juger ici que les avances faites par ledit sieur ambassadeur n’étaient pas à considérer, et qu’il fallait, avant que de venir avec lui à aucune particularité, que ses supérieurs fussent dans d’autres sentiments. Le traité d’aujourd'hui pourra produire ce cbangemenl. Je ne manquerai pas, le prochain ordinaire, d’en faire part à M. de Thou. Je me suis aussi chargé de faire savoir au roi de Pologne et à l’I^lectcur de Brandebourg, par les ministres de France, n’y en ayant point d’Anglelerre auprès d’eux, les soins et les diligences que nous voulons apporter pour les réconcilier avec la Suède; et ledit sieur secrétaire doit, par la même dépêche qu'il écrira au sieur Downing en conformité, lui ordonner des offices pour empêcher que les Pro'inces-Unics ne s’engagent contre le duc de Neubourg. Après que toutes ces informations auront été envoyées, jusqu’à ce qu’il arrive des nouvelles de Zélande, il n’y aura plus rien à faire ici sur ce sujet, ensuite duquel le garde des sceaux m’a dit que Sun Altesse lui avait commandé de me conlinner encore qu’elle se sentait fort obligée de la communication que je lui avais donnée tant des ouvertures faites par le sieur Pimentel que des instances de l’Électeur de Mayence ; mais ’

qu'il fallait, devant que de prcndie ici aucime résnhrf ion snr l’envoi d’un ambassadeur à Augsbourg cl que de communiquer les prëtenlions d’Anglelcrre, aviser aux moyens de riisislcr aux grands pri’paratlfs que l’Espagne faisait en Flandre, qui semblaient menacer Dunkerque du siifgc, devant que nos armées fussent en campagne. Ce discours, semblable à celui que j’avais déjà entendu, m’ayant confirmé dans la pensée où j’étais que M. le Protecteur ne pouvait se déterminer qu’après les premières séances du Parlement, j’ai cru me devoir plaindre auxdits sieurs commissaires de ce qu’ils me parlaient avei; si peu de franchise, de ne me déclarer pas que Son Altesse ne pouvait présentement songer è la paix, afin que le roi s’accommodiU à la nécessité de scs affaires, au lieu qu’en usant avec tant de réserve, c’était nous laisser la défiance que toutes ces remises étaient affectées pour cependant pressentir si l’Espagne n’accordera pas à l’Angleterre quelques conditions plus avantageuses, en s’accommodant sans la France; qu’au reste le traité de campagne ne devait point empêcher que l’on ne s’expliquât sur la paix, non plus que l’assemblée d’Augsbourg n’empêchait la jonction de nos troupes, seules capables de tirer des ennemis des conditions avantageuses et d’arrêter leurs desseins en Flandre, qui ne devaient pas donner jalousie pour Dunkerque, le siège n’en pouvant être fait sans une armée nouvelle plus puissante que celle d’Angleterre; que j'avais déjà informé Votre Éminence du désir de Son Altesse à cet égard, et qu’apimrcmmeiit dans peu de jours je recevrais des oixlrcs pour en conférer et convenir de ce qui serait possible et misonnahic; que cependant ils ne devaient pas faire scrupule de me dire si Son Altcs^e ne pouvait s’expliquer sur la paix générale devant la séance du Parlement, afin que j’écnvissc quelque chose de certain, et que Sa Majesté, qui avait répondu de l’Angleterre, pût ù l’avenir parler plus assurément de ses dis|H>silions, leur faisant aussi connaitie que si elle difféiait longtemps à se déclaier, nos ennemis communs en tireraient de grands avantages et ne manqueraient pas d’insinuer à tous les princes

DOCUMENTS

d’Allemagne que, sous le nom de nos alliés, nous formions de nouveaiii obstacles à la paix. Lcsdils sieurs commissaires, apres s’ôlre entretenus ensemble, m’ont d’aWd fait de grandes protestations qu’ils n'avaient point la pensée d’entrer ni |iubliqucmcnt ni secrètement, sans notre participation, en traité avec l’Rspagnc, que Son Altesse était trop reconnaissante du procédé de Sa Majesté pour en mal user, et qu’elle n’écoulerait ni ne recevrait aucune proposition dont nous ne fussions avertis; qu’ils m’avouaient néanmoins, sans m’en pouvoir dire les motifs, qu’elle n’était point aujourd’hui en état de prendre aucune résolution, mais qu’apparemment elle le serait dans peu de temps. J’ai reçu cette confession plus ingénue que les autres discours précédents, avec assurance que le roi tdclicrait de sa part de tenir tout en sus|>cns pendant quelques jours, et nous nous sommes fait force protestations de demeurer aussi unis dans le traité de paix que nous l’avions été dans la guerre; encore qu’au mois de mars l’une et l’autre nation doivent être en liberté do pourvoir sé|>arémont à scs alTaires et de chercher ses avantages. C’est tout ce que j’ai pu retirer desdits commissaires, et il n’y a pas sujet d’être surpris que M, le Protecteur dilTere à se détci miner jusqu’à ce qu'il sache quelle doit être à l’avenir sa condition. J'avais fait le même jugement dès la preiuièrc réponse qui me fut rendue, et depuis deux jours j’ai été averti qu’il ne fallait rien attendre qu’après les premières séances du Parlement. L’avis que M. de Turenne m’avait donné qu'il était nécessaire que M. l.ockhart nous assistât de cinq ou six cents hommes de sa garnison, si Oudenarde était assiégé, m’a donné lieu de prier le secrétaire d’Ltat que l’ordre en fût envoyé à Dunkerque; il me l’a fait espérer, et que généralement nous pourrions disposer de tout ce qui serait en la puissance de Son Altesse. Mais il appréhende que cette garnison ne suit bien faible, à cause que l’on n’a point de nouvelles de cinq compagnies qui devaient passer de France a Dunkerque, quoiqu’elles aient été embarquées il y a quelque temps. Il m’a ausû dit que le commandant des Anglais, qui sont en

qiiartion d’hiver dans l’une de ces deux villes, se plaint fort du mauvais traitement que les habitants leur font, et j’assurai qu’il serait envoyé ordre d’en user mieux à l’avenir. L’avis des projets du duc d’York et l’instance que je fis pour le renvoi de M. Lockhart à la cour mirent fin à notre conférence; le secret me fut promis sur le premier point; et sur l’autre que, dans peu de jours, l’on pourrait envoyer ordre audit sieur ambassadeur de faire un tour à Paris, sans néanmoins se désister de la prière qui m’avait été faite d’écrire à Votre Imminence touchant le traité de campagne, afin que l’on pût de bonne heure prendre ici des mesutes pour l’exécution de ce qui sera résolu; nous avons môme parlé des recrues du corps anglais, et lesdits sieurs commissaires n’ont pas témoigné que Son Altesse dût faire difficulté de les accorder. Il faut aussi s’attendre qu’elle prétendra étendre ses conquêtes dans le pays, et en tirer des contributions capables de maintenir en partie la garnison de Dunkerque. Si les intentions de Sa Majesté me sont envoyées, la communication que j’en donnerai avancera les résolutions d’ici, et M. le Proteoteur ne faisant rien de son chef, son ambassadeur ne pourra Hen déterminer si promptement, ni répondre de son maître présent avec tant de certitude qu’il faisait du défunt; le Conseil môme remet depuis quelque temps toutes les aflaires importantes jusqu’à la séance du Parlement, dont la conduite est si appréhendée qu'il se parie déjà de le rompre, à moins qu’il ne se soumette entièrement au gouvernement du présent régime; de quoi l’on peut douter, vu les inclinations des principaux députés. Ils professent tant d’aigreur contre la milice et tant de passion pour l’établissement de la république que partie de l’armée, détachée des intérêts de M. le Protecteur, pourra être forcée de se réunir par la crainte que, en appuyant scs ennemis, elle n’en soit à la fin détruite. Si les autres bruits qui courent des sentiments de cette assemblée sont véritables, ils écouteront favorablement l’instance que les principaux marchands d’Angleterre doivent faire pour la paix avec l’Espagne. .Mais devant que d’en venir là, il faudra régler

d’autres affaires domestiques dont la décision détruira ou affermira la puissance de M. le Protecteur. Le compte que je rends de ce qui s’est dit et passé aujourd’hui entre les comraissaiies de Son Altesse et moi ne me laisse rien à répandre au contenu de la lettre de Votre Éminence du 14 janvier, si ce n’est que ses précédentes ont dissipé entièrement les jalousies causées par le passage du sieur Pimentel et le prétendu voyage de H. de Lionne qui avaient, avec quelque fondement, donné de l’ombrage, jusqu’à la communication que Son Altesse a eue des ouvertures faites par l’Espagne; elle parait bien persuadée de notre sincérité.

Je crois aussi devoir ajouter que, quelque démonstration que fassent les États-Généraux, par leur ambassadeur, de vouloir détacher l'électeur de Brandebourg de la maison d’Autriche, s’ils s’emploient pour y parvenir, ce ne sera qu’à toute extrémité; et lorsque dans la dernière visite que me rendit ledit sieur ambassadeur, je lui témoignai, parlant sur ce sujet, que ses supérieurs avaient tout crédit auprès de ce prince, il s’en défendit fort, et n’oublia rien pour me persuader que maintenant il déférait fort peu à leurs conseils. Pour ce qui est de l’intention de la province de Hollande sur l’accommodement du roi de Danemark, encore qu’elle ne paraisse pas changée dans le discours que ledit sieur ambassadeur a tenu au secrétaire d’État, il y a sujet à croire que l’engagement dans lequel la France et l’Angleterre viennent d’entrer fera perdre la pensée de dépouiller le roi de Suède de tous les avantages que lui a donnés le traité de Roskield, s’il se peut encore maintenir quelque temps, et s’il n’arrive rien en Angleterre qui empêche de lui renvoyer la flotte.

O féfritr.

La présente lettre n’ayant pu être envoyée par l’ordinaire précédent, j’y ajouterai ce qui s’est passé aujourd’hui à l’ouveiture du Parlement. I>2s députés se sont rendus dans la cba|>elle de Westminster, où M. le Protecteur est aussi venu par eau, accompagné de son Conseil, de sa famille et de quel-

HISTORIQUFS. Ml

que* officiers de l’armëe; après avoir entendu le prêche, il s’est retiré dans une chambre où, les nouveaux seigneurs et les députés des Communes l'étant venus ttouver, il leur a parlé debout et découveil, après néanmoins s’être assis et[ couvert un moment. Le commencement de son discoursa été une exagération des soins que le défunt Protecteur avait pris pour établir la paix en Angleterre et de l’état où il l’avait laissée au moment de sa mort; il est ensuite passé aux motifs qui l’avaient obligé d’assembler ce corps, professant qu’encore que Dieu l’eût appelé au gouvernement, il ne voulait point se conduire par ses seules lumières, mais par l’avis du Conseil de la nation, et descendant dans le particulier, il a représenté la grande nécessité qu’il y avait de satisfaire l’armée, à laquelle il était dû beaucoup d’arrérages, et a pris occasion de louer sa grande retenue et la patience avec laquelle elle sup* portait le retardement de sa paye. Il a ensuite proposé trois points sur lesquels on avait principalement à délibérer : l’un est la religion protestante et les moyens de pourvoir aux désordres dont elle est affligée; l’autre est l’intérêt du roi de Suède, dont il a représenté la ruine préjudiciable et honteuse à l’Anglelcri'e, sa ruine ne pouvant que donner le moyen à scs ennemis d'y former des entreprises. Le dernier |K>int a été la puissance de la maison d’Autriche, qui se rendait formidable, par la réunion apparente de la branche d’Allemagne avec celle d'Espagne, è toute la chrétienté et principalement aux protestants. La fin de ce discours a été une exhortation à l’union, sans laquelle il ne pouvait attendre aucun fruit de l’assemblée ; le premier des gardes des sceaux a pris la parole «près M. le Protecteur, et ne s’est guère étendu que sur cette même union; cet acte achevé, il s’est retiré de la même manière qu’il était venu, et le Parlement est allé choisir son orateur, qui est un avocat des plus estimés de la nation, sans qu’il ait paru aucune diversité de sentiments sur cette élection.

DOCUMENTS

XTIT

M. de Bordeaux au cardinal JUazarin.

Londrei, 20 février 1659.

Monseigneur,

Les derniers ordinaires ne m’ayant apporté aucune lettre de Votre Éminence, et ne s’étant rien passé ici louchant les aiïaires du dehors d’Angleterre, j’ai seulement à informer de celles du dedans, qui se réduisent aux délihéralions du Parlement. Il employa les deux derniers jours de la semaine précédente en prières et à nommer des cummissaires pour l’cxaroen de plusieurs matières. Il y eut aussi un assez grand débat sur ce que deux députes, dont l'un est le colonel Cook, entrèrent dans rassemblée sans avoir prête le serment que les autres ont prêté; ils s’en excusèrent sous prétexte que ce serait blesser leur conscience de les assujettir à aucun engagement. Cette raison ne fut pas bien reçue de tout le corps; quelques-uns voulaient qu’ils subissent la loi générale, mais d’autres ayant déclaré que c’était seulement une cérémonie peu nécessaire et que, si les députés étaient assez scrupuleux pour ne pouvoir pas donner au serment une interprétation favorable, ils n’y devaient pas être forcés: plutôt que d’enti-er plus avant en cette question, l'un les soulfrit prendre place, ce qui a servi depuis d’exemple, entre autres au chevalier Vanc, l’un des plus signalés républicains de toute la nation, qui entra le premier de la semaine. Ce même jour, l’acte de reconnaissance fut relu, et il ne s’est pailé depuis d’aucune autre affaire, sans que néanmoins l’on soit encore venu au particulier de la question. Toutes les séances se sont passées en harangues fort libres de la part des républicains, cl réponses que les alfeclionnés au gouvernement y ont faites; les jdus modérés des premiers prétendent que ce sera bien l’avis d’accorder à -M. le Protecteur les mêmes prérogatives et conditions que le roi défunt accepta quand le Long Parlement traita avec lui dans l’ile de Wigbt; celle pioposition étant

asssz plausible et conforme aux inclinations de la milice, en ce qu’elle détache le commandement de l’armée du chef magistrat, il semble qu'elle doive être enfin suivie, encore que présentement le plus grand nombre des députés soient aveuglement portés à maintenir l’autorité de M. le Protecteur, qui recevrait une grande atteinte par celte séparation, pour laquelle appuyer il parut hier à la porte du Parlement quelques bourgeois qui demandaient à présenter une requête, tant en leurs noms que de beaucoup de gens de bien. L’on leur manda que présentement le corps ne pouvait écouler aucune autre affaire, mais qu’après la conclusion de la délibération qui était sur le tapis, ils pouiraient être entendus; il était néanmoins tout public que cette requête avait été signée par quinze ou vingt mille personnes, et tendait à la diminution du pouvoir de M. le Protecteur; d’où l’on peut juger que ses amis prévalent ; et il se pourrait dire que de leur fermeté sa grandeur dépendrait, s’il est vrai, comme le général major Lambert l’a avancé, que l’autre Chambre, composée des principaux officiers de l’armée, se soumettra sans peine aux résolutions de celle des Communes. Ce serait faire une relation ennuyeuse que de rapporter tous les autres discours libres qui se tiennent ; il suffira, pour faire connaître l’esprit de quelques républicains, de toucher quelques passages de la longue harangue du chevalier Vane. Après une exacte déduction de ce qui s’était passé dans les derniers mouvements auxquels il avait eu grande part, il demeura d’accord que M. le Protecteur défunt avait pu mériter, en travaillant, comme il l’avait fait, à la ruine de la monarchie, l’autorité que le dernier Parlement lui avait confiée ; mais venant au fils, il ne trouva en lui aucun titre pour y succéder; et examinant toutes les voies légitimes qui peuvent porter les hommes légitimement à l’autorité souveraine, lécha de persuader que M. le Protecteur ne pouvait appuyer la sienne d’aucune raison bien solide. Ce discours n’a pas manqué de ré|>artic, y ayant, parmi ses amis, des avocats fort illustres, et ce u’esl pas la croyance que les républicains aient la pensée

DOCUMENTS

de le détruire, les trois quarts du corps étant favorables & sa conservation; seulement prétendent-ils de borner son pouvoir et détacher la milice. Cette délibération durera encore quelques jours, quelque diligence que l'on y apporte pour y mettre fin, crainte que les ennemis du Parlement ne gagnent, avec le temps, d’autres députés moins fermes dans leurs sentiments. Le bruit avait couru ces derniers jours que l’armée d’Écosse voulait faire une déclaration de soumission au Parlement ; mais jusqu’à celte heure, elle n’a point paru, et c’esi encore la créance commune que tout se passera soit dans les troupes, soit dans le Parlement, suivant le désir de M. le Proteçjeur, que j’apprends avoir donné des ordres ti ès-précis pour mcttrei vingt-huit vaisseaux en état de faire voile vers le Sund aussitôt que la saison le permettra. Il m’est aussi assuré que M. Lockhart pourra partir dans la fin de ce mois, et son secrétaire est venu poursuivre ici des ordres; j’attends avec impatience ceux de Votre Éminence sur mon paiement, et qu’elle me continue l’honneur de sa bienveillance, nie faisant la justice de croire que je suis, etc.

M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

LoBdr«s,10 février 1559.

Monseigneur,

La lettre que Votre Eminence m’a fait l’honneur de m’écrire le 30 janvier ne venant que de m’étre rendue, j’en accuserai seulement la réception aujourd’hui, et 1e prochain ordinaire en portera la réponse ; je n’ajouterai rien aussi à mes précédentes touchant les affaires dentelles ont rendu compte. Le parlement occupe trop le régime d’Angleterre pour permettre présentement aux ministres du Conseil de s'appliquer au dehors ; ce n’est pas néanmoins que, depuis l’ouverture de cette assemblée, dont j’ai informé Votre Eminence, il s'y soit pris aucune résolution considérable. La première a été que

vendredi prochain serait un jour de jeûne et d’humiliation |)Our le corps; il fut ensuite établi un comité pour examiner les élections contestées, et ce matin la liste des députés a été lue, ce qui a donné lieu à une question assez importante, savoir si les trente nommés pour l’Écosse, en pareil nombre pour l’Irlande, doivent être admis; ceux qui veulent leur exclusion prétendent qu’ils ne sont point appelés par aucun acte des parlements précédents, ni même par l’usage, mais qu’ils n’ont pour titre qu’une ordonnance du conseil d’Ëtat, dont le pouvoir ne s’étend pas jusqu’à régler les parlements; que, d’ailleurs, l’union de ces deux nations à l’Angleterre n’a point été faite, et qu’elles se doivent plutôt considérer comme provinces conquises, et que, s’il était en la puissance du souverain d’ajouter un si grand nombre de députés, il serait le maître absolu des parlements, puisque, par la même ordonnance, soixante députés sont réputés représenter tout le corps, et qu’il éloignerait les autres, suivant l’e.xemple pratiqué si souvent par le défunt Protecteur. L’on avait toujours prévu que ce serait une diflicultc très-grande, et elle a été formée cejourd’hui; demain elle s’agitera et donnera lieu de reconnaître les bien intentionnés au gouvernement, encore que quelques-uns d’entre eux soient contraires à cette nouveauté. L’établissement de la Chambre créée par le précédent parlement sera ensuite examiné et ne trouvera guère moins d’opposition ; aussi se peut-il dire que, si H. le Protecteur fait décider ces deux points suivant son désir, tout le reste lui sera fort facile

Page 1