‹ Histoire du ProtectoratChapitre 102 sur 118 · SOS · texte numérisé non relu

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incident sur les termes auxquels la question devait être conçue. Mais apres beaucoup de contestations, le corps étant demeuré assemblé jusque à ce soir, les bien affectionnés à M. le Protecteur ont prévalu de trente voix, dont il se préjuge que la question sera décidée à leur désir, c’est-à-dire qu'il l>assera à reconnaître M. le Protecteur. Mais la grande difficulté sera sur son autorité, et à obteuir la voix négative sur le Parlement et le gouvernement de la milice, qui sont deux points fort essentiels.

J’apprends de bonne part que les républicains ont gagné temps tous ces jours, dans l’espérance qu’une partie de l’armée, ménagée par le major général Lambert, ferait une adresse au Parlement, et elle s’est même publiée depuis peu; mais M. le Protecteur étant averti que la plupart des officiers qui l’ont résolue étaient chez le lieutenant général Fleetwood, il les y alla trouver et leur lit entendre qu’il se porterait à toutes extrémités plutôt que de souffrir que leur requête fût présentée; cette espece de menace ne les a pas tout à fait rebutés et l’on attend à tout uioment qu’ils se présentent au Parlement. M. le Protecteur semble de son cêté être résolu en ce cas d’y aller avec tous ses amis pour les chasser, et quciques-uiis croient que la crainte de cette rencontre a fait reculer ledit général Fleetwood et le major général Desboruugh, chefs des officiels. Ces différentes dispositions ne laissent pas de causer ici quelques alarmes et de faire appiéhender du désordre, les troupes étant assez partagées dans leurs sentiments, et M. le Protecteur n’ayant pu s’empêcher e souffrir h l>ondres dans cette conjoncture les régiments dudit sieur Fleetwood, bien que, suivant la règle de leur service, ils fussent en tour d’étre à la campagne; il faut que dans peu tous ces nuages se dissipent et que l’uii ou l’autre parti prévale entièrement; si c’est celui des républicains, M. le Protecteur n’aura pas plus d’autorité que le duc de Venise, et c’est à quoi tend la requête des officiers. Les ministies du Conseil n’ont |ias laissé, durant tout cet embarras, d’écouter les propositions des ministres de Suède, et l’on me

HISTORIQUES. SCO

rapporte que, pour engager M. le Protecteur à l’assister de toute sa flotte à la conquête de Copenhagcn, ils lui offrent la forteresse de Gluckstadt, se faisant fort de la prendre dans peu de temps avec les vaisseaui anglais. Comme cette proposition est splendide et peut faire concevoir au peuple d’Angleterre de grands avantages pour le commerce d’Allemagne, je voit assez d’inclination, si les affaires du dedans le permettent, à quelque traité sur ce fondement avec les Suédois, et l’on fait beaucoup de diligence pour mettre la flotte en état de sortir dans trois semaines. Je n’ai pas néanmoins communication de tous ces desseins ni par les ministres de Suède ni par le secrétaire d’Etat, ce dernier n’ayant point envoyé au sieur Duwning aucun ordre pour parler à MM. les États-Généraux sur le dernier traité de garantie, quoique nous en fussions demeurés d’accord. J’en conçois quelque soupçon que le gouvernement d’Angleterre ne diffère è passer des offices de pacification jusqu’à ce qu’il ait vu quelles mesures se peuvent prendre avec le roi de Suède. La ratification dudit traité me donnera lieu de découvrir ce qui se projette, et si Votre Éminence me fait savoir les intentions du roi, j’agirai en conformité, soit pour l’avancer ou pour l’arrêter, ou pour faire connaître que Sa Majesté ne se tiendra pas obligée d’en garantir les événements. J’avais écrit que M. Lockhart passerait bientôt à la cour, mais M. de Faulconbridge me dit avanthier que son départ était différé pour quelques jours, et d’ailleurs la conjoncture semble ne lui pas permettre de quitter sa place; nous n’avons rien du dehors d’Angleterre.

2» if. de Bordeaux au cardituil Mazarin.

Londrci, S7 r«frter 1659.

Monseigneur,

Les dispositions d’ici sont aujourd’hui bien différentes de ce qu’elles paraissaient sur la fin de la semaine passée; une partie de l’armée était alors résolue de présenter au Parlement une requête tendant à la diminution du pouvoir de U. le Protecteur; mais aujourd’hui les sieurs Fleetwood et

IK'shurough les ayant désavoués publii|ueincnt, et même s’étant réunis à Son Altesse, les républicains, dont l’espérance était en partie fondée sur le mécontentement de la milice, se trouvent bien éloignés de leurs desseins, et le parti de la cour a toute liberté d’agir. Je fis savoir, par ma précédente, l’une des résolutions qui fut prise lundi dernier dans le Parlement , dont la séance ayant ce même jour continué jusqu’à dix heures du soir, il fit un autre arrêté assex considérable; les termes du premier sont que ce soit une partie de l’acte de reconnaissance de reconnaître et déclarer Son Altesse Richard , seigneur Protecteur de la république d’Angleterre, Écosse et Irlande, pays et terres qui en dépendent; le second porte que, devant de commettre cet acte de reconnaissance, la maison déclare que les clauses qui pourront borner la puissance du chef magistrat et pleinement assurer les droits et privilèges du Parlement et les droits et libertés du peuple, feront partie dudit acte, et que le présent, ni aucun autre préliminaire qui est ou sera fait sur le sujet dudit acte, ne sera d’aucune force ni obligation pour le peuple jusques à ce que ledit acte entier soit passé; d’où il semble que la condition de M. le Protecteur ne soit pas encore bien établie. Aussi a-ce été l’intention d’empêcher qu’il ne se prévalût du premier résultat devant que sa puissance fût réglée; mais comme ses amis ont déjà prévalu dans ces délibérations sur les républicains qui ne voulaient point passer aucun résultat qui préjugeât la question et donnât un titre à M. lë Protecteur, il est à présumer que, les memes demeurant fermes dans leurs sentiments, la puissance du gouvernement n’aura point d’autres limitations que celles dont M. le Protecteur sera satisfait, nonobstant la requête de ces sectsûres qui s'étaient, dès la semaine passée, présentés au Parlement. Ils y retournèrent avant-hier, et étant admis dans l’assemblée, l’un d’eux délivra la requête sur laquelle il y eut quelques débats, les républicains voulant que, suivant l’usage observé dans le temps du Long Parlement, 1rs pétitionnaires fussent remerciés de leur adresse et soumission;

les courtisans s’y opposant, il fut arrêté que l’orateur leur déclarerait que partie des demandes contenues en la requête avait déjà été prise en considération, que les autres y seraient prises en leur temps, et que la maison attendait d’eux l’acquiescement conforme à leurs expressions. L’adresse de cette requête était au Parlement de la république d’Angleterre, sans faire mention ni dans le titre ni dans le contenu de M. le Protecteur, et conçue aux mêmes termes qu’était celle qui obligea le défunt de rompre le précédent Parlement, tendant à ce qu’il soit établi en Angleterre un gouvernement tel que le peuple puisse jouir de scs libertés ; que les consciences tendres ne soient point forcées; que l’on ne puisse plus retomber dans les inconvénients qui ont causé les dernières guerres; que s’il est nécessaire d'entretenir une armée pour la sûreté de la nation, le commandement en soit donné à telle personne qui ne s’en puisse pas servir pour opprimer la liberté du peuple; qu’aucune levée ne soit faite sans le consentement des Parlements, sur lesquels il ne soit aussi exercé à l’avenir aucune violence, ni contre les particuliers qui s’y adressent, et que même réparation soit faite de celles que quelques pétitionnaires souffrirent du dernier Protecteur. En considération d’une semblable requête , celle des oflicicrs de l’armée avait à peu près les mêmes fins et aurait été de plus grand poids si M. le Protecteur n’en eût empêché la présentation par l’accommodement avec les chefs, dont l’on publie que l’un doive être général et l’autre lieutenant-général de l’armée. Cette réunion semble faire cesser tout le danger où M. le Protecteur était ces derniers jours, et fait perdre cœur aux républicains, dont la seule ressource est de traverser l’établissement d’une trop grande puissance. I.a séance d'hier fut consommée par une accusation faite contre un grand républicain ; l’on lui reprochait, et il y avait des témoins tout prêts de déposer, qu’ils lui avaient entendu dire que la lecture de Cicéron le touchait plus que celle de la Bible; cette dénoncia tion attira des menaces d’autres dénonciations contre les ccurtisans, et même M. le secrétaire d'État fut nommé par

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Si;

l'un des républicains qui lui imputa à crime l'entreprise de la Jamaïque; il fut enfin jugé à propos de ne pas entrer dans ces débats, y ayant d’ailleurs assez d'aigreur contre les députés qui se partagent sur les moindres propositions. Ce matin il a été résolu d'examiner demain l’acte de reconnaissance; et sur la lettre écrite par M. le Protecteur qui invitait le Parlement à pourvoir promptement aux fonds nécessaires pour l’entretien de la flotte qu’il faut mettre en mer pour assister le roi de Suède nonobstant l’opposition des républicains, il a été établi un comité pour voir les comptes des trésoriers. Le même député qui fut hier accusé a pris cette occasion pour parler de la paix avec l’Espagne et après avoir exagéré les préjudices de la guerre, il a assuré que l’Espagne ne manquerait pas d’envoyer des propositions d’accommodement aussitôt qu’elle saurait les dispositions d’Angleterre. Le secrétaire d’État a pris la parole et représenté la différence de la condition oii cette nation se trouvait aujourd’hui de celle où elle était quand le défunt Protecteur vint au gouvernement; auquel temps il y avait guerre avec toutes les autres nations et paix avec l’Espagne seule, au lieu que maintenant il y a paix avec toutes, hormis avec l’Espagne, dont la guerre avait été si avantageuse à la religion et si glorieuse h l’Angleterre que le Parlement ne se porterait pas si facilement à la paix après y avoir fait une sérieuse réflexion; que néanmoins dans son temps il s’en pourrait parler et que M. le Protecteur soumettrait cette affaire au Parlement. De ce discours, Votre Éminence pourra juger que les réponses qui m’ont été ci-devant faites, sur les ouvertures de paix que j'ai communiquées, ont eu leurs motifs, et que l’on n’est pas encore pressé ici de voir la conclusion de ce qui peut être désiré par la France; mais comme peu de temps doit mettre M. le Protecteur en plus grande liberté, l’on sera bientôt assuré de scs prétentions. Cette longue relation de ce qui s’est passé ici depuis trois jours ne me laisse rien à ajouter pour faire connaître quelle est la présente condition du régime d’Angleterre. Les apparences sont tout à fait favorables, et à

moins de quelque nouveau mouvement de l’armée, il n’y a rien à craindre ; ce n’est pas que son autorité ne puisse être bornée; mais celle des rois l’était aussi; et pourvu que la milice lui demeure, il sera plus absolu qu’ils n’ont été, quand même a voix négative sur les Parlements lui serait ôtée et que son Conseil serait établi par ce corps. Ce sont les trois points qui K traiteront désormais sans intermission. Je n’ai pas, devant toutes ces occupations domestiques, jugé à propos de presser une conférence avec le secrétaire d’Élat, quoiqu’elle m’eût paru assez à propos pour apprendre l’état de la négociation des ministres de Suède, que l’on me confirme avoir fait les offres que Votre Éminence aura vues dans ma précédente lettre; la diligence qu’il apporte pour lever des matelots con- 6rme aussi quelque dessein , encore qu’elle puisse être affectée pour avancer les délibérations et le secours du Parle ment. J’ai aussi vu cejourd’hui l’ambassadeur de Hollande qui se délie de quelque traité secret, sans néanmoins qu’il ait pu découvrir rien de particulier, et l’appréhension que le roi de Suède ne remette aux Anglais quelque place du Sund lui fait parler avec grande chaleur d'une ligue défensive avec la France et l’Angleterre; il exagère aussi fort le grand préjudice que nous pourrions recevoir un jour de cette grande liaison entre la Suède et l’Angleterre; néanmoins ses supérieurs ne lui ont point envoyé le pouvoir qu’il attendait pour convenir avec nous des moyens d’avancer la paix des princes du Nord; il dit que ses supérieurs appréhendent que quelques provinces affectionnées au marquis de Brandebourg, à cause de la maison d’Orange, ne fassent difliculté de le presser à aucun accommodement sans la maison d’Autriche, et aussi de solliciter le roi de Danemark d’aucun traité sans ledit Électeur; mais il croit que si nous faisions entendre aux États Généraux que nous avons trouvé à propos de presser lesdils princes de s’accommoder, même suivant le traité dernier de Roskield, ils prendraient cette occasion pour inviter les provinces à concourir avec nous pour l’avancement de cette paix; et enfin du discours dudit ambassadeur, il me parait

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que lui ou ses supérieurs ont grande alarme. Je l’ai assuré que le prétendu traité de Suède ne m’était point connu, que Sa Majesté n’était point dans le sentiment, en assistant le roi de Suède, de rien faire dont ses autres alliés pussent recevoir du préjudice, mais que toute sa fin était de réconcilier les États du Nord; que quant à la ligue défensive, sans doute M. Borel, qui avait eu ordre de la proposer, tnvuverait toutes dispositions favorables, et que pour moi il m’était ordouné d’employer tout le crédit du roi auprès de Son Altesse pour maintenir l’intelligence entre l’Angleterre et les l'rovinces- Unies; que si M. le Protecteur voulait convenir de presser l’exécution du traité de Itoskield, j’en demeurais aussi d’accord, et que M. de Tliou recevrait ordie d’agir à La Haye en conformité des résolutions prises ici. Aussitôt que la ratification du traite de garantie m’aura été envoyée, je me prévaudrai de l’occasion pour parler avec le secrétaire d’État de toutes ces alTuircs, et presser l’envoi des ordres dont nous étions convenus avec le sieur Downing, s’ils ne sont déjà partis, de quoi il y a sujet de douter, vu les propositions des ministres de Suède et l’armement qui se fait

S mars f659.

I.a présente lettre n’étant point partie par le précédent ordinaire, je dois y ajouter que le secrétaire d’État m’a fait attendre tout aujourd'hui de ses nouvelles sur l’audience ou conférence que je lui ai demandée pour satisfaire au contenu des deux lettres de Votre Éminence, sans m’en avoir donné; et que je suis, par cette leinise, obligé de différer jusqu’au prochain ordinaire l’éclaircissement qu’elle attend ; j’ajouterai aussi que, sur la fin de la setnaine passée, lu Parlement résolut qu’il serait à l’avenir composé de deux chambres, et remit à demain de régler le pouvoir de la nouvelle, sans que les républicains s’opposassent à cette résolution, voyant leur pai'li de beaucoup plus faible que celui des courtisans. Il y aura néanmoins quelques questions sur la composition de

cette chambre nouvelle, M. le Protecteur voulant maintenir celle que le défunt a composée et la plus grande partie du Parlement étant portée à rétablir les anciens seigneurs, à l’exception de ceux qui ont été en armes pour le roi. Son Altesse semble moins désapprouver la proposition qui se fait de joindre les uns avec les autres, crainte que ceux-ci, étant en plus grand nombre, ne favorisent un jour le retour du roi . Ce matin M. de Buckingham a obtenu sa liberté du Parlement, et le secours pour le roi de Suède ayant été mis en délibération, il a été trouvé à propos de remettre cette affaire au Protecteur et à son Conseil.

t" M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londro, i jAnii«r 1659.

Monseigneur,

J’ai depuis peu reçu les dépêches dont mon secrétaire a été chargé, celle qui regarde principlement le traité de garantie, qui ne me donne pas lieu de rien ajouter à ce que mes précédentes lettres ont déjà fait savoir des dispositions d’ici sur celte affaire. Votre Eminence y aura vu l'exécution de ce qu’elle juge à propos d’être fait pour porter les rois du Nord à la paix et détourner l’assistance des Hollandais, et qu’elle approuve les réponses que j'ai fuites aux demandes des commissaires de M. le Protecteur. Le mauvais état où il a cru les Suédois a fait avancer le départ de la flotte, sur la conGance que Sa Majesté ne me désavouerait pas, et scs ministres résidents à La Haye et auprès du roi de Suède ont en même temps reçu des ordres très-exprès de presser l’accommodement. Il a même été déclare par un écrit à l’ambassadeur de Hollande que l’on ne pouvait abandonner un allié si considérable, et que ses supérieurs devaient joindre leurs offices aux nétres pour faire cesser une guerre dont les suites ne pouvaient qu’être préjudiciables aux uns et aux autres. La personne de

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l’électeur de Brandebourg n’a pas été oubliée, et lorsque les commissaires de Son Altesse et moi avons parlé des moyens de mettre le roi de Suède en état d’occuper toutes les troupes de l’empereur en Allemagne, il ne nous en a point paru de plus solide que de détacher de ses intérêts ledit électeur. A quoi il semble nécessaire que les États généraux concourent. Je n’ai pas aussi manqué de professer que Sa Majesté souhaitait avec autant de chaleur l’accommodement de la Pologne, et sans doute M. le Protecteur ne refusera pas de seconder ce désir, fondé sur des considérations qui doivent toucher le régime d’Angleterre. Ce n’est pas que jusque à cette heure les alfaires d’Allemagne aient causé une grande inquiétude, et le défunt Protecteur, auquel j’ai souvent voulu donner jalousie de la puissance de l’empereur pour l’engager à secourir les Suédois , ne m’a paru en aucune manière s’en mettre en peine; en effet, il ne considérait que les États maritimes, sachant bien que les autres n’étaient pas capables de traverser son établissement. Depuis la prise de Dunkerque l’on est un peu plus intéressé aux guerres de ces quartiers ; néanmoins, la conservation de celte place n’est pas tellement à cœur qu’elle eût seule produit la résolution de secours qui a été prise, sans les instances de la France et les reproches auxquels le conseil d’État se voyait exposé, s’il aban- • donnait un prince qui a toujours été uni è l’Angleterre ; ce

motif étant encore plus puissant à la veille du parlement et devant servir de titre aux demandes d’argent qui lui seront faites, l’on peut attendre que les commissaires de Son Altesse entrent dans tous les expédients capables de garantir les Suédois d’une ruine entière, et qu’à moins de quelque occupation bien pressante, le traité qui m’a été proposé sera bientôt conclu, n’y paraissant aucune difficulté, et n’étant resté, dans ma dernière entrevue avec le secrétaire d’État, qu’à résoudre à quelles conditions l’on obligerait le roi de Suède à s’accommoder, je crois qu’avec justice l’on peut désirer qu’il se tienne au traité de Roskield, et si l’espérance d’être assisté de scs amis lui donne de plus grandes prétentions, la menace

de l’abandonner le réduira à des termes raisonnables; ses ministres sont si hauts dans la moindre prospérité que l’on pourrait bien être contraint de venir à cette extrémité. Quant au roi de Danemark, il aura peine à se détendre de la loi qui lui sera donnée, voyant la France et l’Angleterre conspirer sa ruine; en cas de retus, et aussitdtque le traité de garantie sera signé, je ne manquerai pas d’en informer M. de Thou et le chevalier de Terlun, afin qu’ils agissent suivant les résolutions prises ici. Le dernier aura déjà su en général les diligences que je faisais et leur effet, lui ayant écrit par l’envoyé qui s’en retourna auprès du roi de Suède avec la flotte d’Angleterre. Il ne me reste. Monseigneur, pour répondre entièrement à ce que Votre Éminence m’a écrit sur ce traité, qu’à l’assurer que j’ai déjà dans mes premières conférences fait entendre aux commissaires que la garantie ne pouvait avoir lieu qu’en cas que l’envoi du secours produisît la rupture entre l’Angleterre et les États généraux, et qu’il était assez ordinaire que les princes et États assistassent leurs amis sans entrer en guerre ; ils sont demeurés d’accord de cette maxime; mais la crainte que, dans la suite, l’aigreur s’augmentant, la guerre ne se déclarât ouvertement, leur a fait désirer la précaution dont il s’agit aujourd’hui ; j’espère que, devant la clôture de la présente, le secrétaire d’État me fera savoir de ses nouvelles sur la conférence que je lui ai proposée, et l’audience que j’ai en même temps demandée pour satisfaire au surplus du contenu des lettres de Votre Éminence ; et vraisemblablement j’aurai dans peu occasion d’informer Son Altesse des desseins du duc d’York, de l’envoi d’infanterie qui se projette en Espagne, et des ouvertures faites par M. Pinaentel. Sur le premier avis, il se peut dire que ce ne serait pas une mauvaise fortune pour M. le Protecteur si la famille royale formait quelque enti'eprise dans la conjoncture présente, le défunt Protecteur n’ayant point eu de plus prompts ni assurés moyens de réunir son armée que de lui faire appréhender semblables desseins; et il est de ma connaissance que dans les premiers mois de son établissement, sans un

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foulèvement de quelques royalistes, il courait grand risque d'ètre entièrement ruiné, la plus grande partie des officiers qui étaient contraires à sa puissance et à la reille de se déclarer en ayant été retenus par la crainte du retour du roi ; je ne doute pas néanmoins que M. le Protecteur ne se sente obligé de l’avis, ni qu’il manque de donner ordre à ses vaisseaux d’observer exactement tout ce qui se passera par la Manche. Quant aux dispositions à la paix avec l’Espagne qui ont paru ici, et aux défiances que l’on y a conçues du séjour du sieur Pimentel à Lyon, je remets de rendre compte à Votre Éminence de ce qui sera venu à ma connaissance jusqu’au prochain ordinaire; cependant M. le Protecteur me donnera lieu de l’entretenir; je ferai en sorte que ce soit seulement en présence du garde des sceaux et du secrétaire d’Eitat par les mains desquels toutes les affaires passent ; mais, le Conseil gouvernant, ils auront peine à n’en pas faire part à d’autres ministres : M. Lockhart s’en étant retourné il y a huit jours à Dunkerque, je ne puis m’adresser à lui; ce serait d’ailleurs choquer le secrétaire d’État, son seul protecteur, que de prendre d’autre voie que la sienne, et quelque confiance que Votre Éminence ait audit sieur ambassadeur, il est certain que ses relations ont excité ici beaucoup de froideur, et même des plaintes contre Votre Éminence, tant par ses lettres que pendant son séjour, l’avis m'en ayant été donné par le milord Faulconbridge qui est de ses amis. Je léchai de le découvrir moi-méme lorsqu’il fut arrivé à Londres, et l’ayant mis à dessein sur les offres de pierreries que Votre Éminence lui avait faites, il me répondit que la France ne manquait jamais d’argent quand elle voulait en trouver, sans lâcher une parole qui témoignât que cette ofiie eût été prise en bonne part.

Il faut voir la séance du Parlement devant que de

décider qui aura plus de crédit en Angleterre ; quoique certainement la plupart de la noblesse soit bien intentionnée pour M. le Protecteur, si les provinces choisissent pour leurs députés des républicains, son autorité sera un peu exposée ;

comme son bien et son mal dépendent de cette élection, il se fait de grandes diligences pour remplir ce corps de gens bien affectionnés, et les seigneurs de paroisses sont fort recherchés. Ceux qui avaient la principale autorité dans le Long Parlement espèrent aussi être députés, et les officiers de l’armée hrigucnt de leur côté ; l’on croit que la ville de Londres embrassera les intérêts de M. le Protecteur, ce qui lui serait trèsavantageux pour s’en concilier l’affection : il a depuis peu, au préjudice des prérogatives de la milice, renvoyé au jugement du peuple un cavalier qui en faisant sa garde a tué un bourgeois de la ville, après en avoir reçu des coups de bâton ; et dans toutes les rencontres l’on tâche de satisfaire les bourgeois. C’est à quoi il faut en partie attribuer ces menaces de lettres de représailles, et le procédé si fier du Conseil contre les Hollandais sur la restitution de trois vaisseaux pris à Bantam

Il est arrivé nouvelle que la flotte d’Angleterre était le 20< du passé à la hauteur de Schagen, qui est la pointe du Jutland, et qu’elle était résolue de se retourner en Angleterre â cause des glaces et de la rigueur de la saison; mais le temps s’étant un peu adouci, l’on ne sait si elle n’aura point continué son voyage.

M. de Bordeaux au cardinal Mazarin et au comte de Brienne.

Loadrci, S férricr i659.

(Voir le n* XII.)

. 3° M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

1059.— 13 férricr.

Monseigneur,

J’espère que mes dépêches des IG, 27 janvier et 6 de ce mois feront cesser la surprise où Votre Éminence me parait être par sa lettre du 30 du passé, et qu’elle reconnaîtra que j’ai accusé la réception de ses précédentes, satisfait au cun-

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tenu, et rendu compte exact des réponses que les ministres de M. le Protecteur m'ont données. Comme il ne m’est rien échappé de ce qui s’est passé dans nos conférences, ayant même touché les considérations qui m’ont servi à presser ici une prompte résolution sur les ouvertures du sieur Pimentel et les poursuites de l’électeur de Mayence, je ne crois pas mieux satisfaire à l’attente de Votre Éminence qu’en lui envoyant le duplicata de mes précédentes lettres, si la première des siennes n’eu accuse point la réception. Elle y trouvera aussi mes sentiments sur les différentes propositions des commissaires de Son Altesse conformes à ce qu’eui-mémes m’ont enfin déclaré assez ouvertement. Mais ma pensée n’a pas été que, pour remettre jusqu’à la séance du Parlement à se déterminer, M. le Protecteur voulût faire part à tout ce corps d’une négociation qui doit être secrète. Il était plutôt à présumer que l'incertitude de sa condition et la confiance de tirer avantage de la continuation apparente de la guerre pour l’établissement du dedans d’Angleterre, faisaient suspendre l’éclaircissement désiré. Le discours de M. le Protecteur au Parlement ne peut que confirmer le jugement que j'avais fait, et se remarquant que la puissance de la maison d’Autriche et le commerce de la mer Baltique ont servi de prétexte à la convocation de l’assemblée et à la demande d’une assistance d’argent, il n’y a pas de quoi s’étonner que l'on ne se soit pas expliqué qu’en des termes fort généraux, ni que le voyage de M. Lockhart se soit aussi différé jusqu’à ce que l’on lui pût donner des instructions précises ; la disposition que M. le Protecteur professe cependant d’avoir et les prétentions à la paix qu’il me semble devoir appuyer, peuvent faire prendre des mesures assez certaines en attendant que sa conduite lui permette de parler ouvertement, ce qu’il y a lieu d’attendre dans peu de jours. Quant à ce qui regarde l’intérêt des rois du Nord, le traité, que Votre Éminence aura présentement, justifie que j’ai exécuté les derniers ordres qui m’ont été envoyés. Il se prépare maintenant un nombre de vaisseaux assez considéi'able pour l’opposer aux

HISTORIQUES. 8îl

Hollandais s’ils prenaient le parti d’assister le roi de Danemark. I>eur ambassadeur professe qu’ils ne songent qu’à la '^conciliation, et hier il me vint assurer d’avoir écrit la dédaration que je lui ai faite, après en être convenu avec le secrétaire d'I^tat, que, quand il aurait pouvoir de convenir avec les députés de Son Altesse et moi des moyens d’avancer cet accommodement, nous serions prêts d’entrer en conférence, et même de résoudre à peu près les conditions auxquelles chacun de nous tâcherait de porter nos alliés. Il croit que cette ouverture sera embrassée par ses supérieurs, mais qu’ils ne peuvent pas envoyer un ambassadeur devant que d’être informés des présentes dispositions du roi de Suède après ce qui s’est passé de part et d’autre, y ayant grand sujet de douter que la médiation soit agréable. Ledit sieur ambassadeur m'a ensuite dit avoir ordre de témoigner ici, comme le. sieur Borel le devait faire en France, que les Provinces-Unies entreraient volontiers dans une ligue défensive avec la France et l’Angleterre, et sur ce que je lui ai demandé quelle en pouvait être la fin, il ne m’en a proposé aucune autre que la cessation de beaucoup de jalousies que nous avions les uns des autres. Je n’ai pas laissé de lui faire espérer que Sa Majesté écouterait avec joie cette proposition, et de lui confirmer que ses ordres m’obligeaient d’employer tout son crédit pour prévenir les sujets de mésintelligence entre eux et l’Angleterre. J'avais en effet, dans mes précédentes conférences, convié les commissaires de Son Altesse d’accommoder le différend qui regarde la prise de trois vaisseaux anglais devant Bantam, et aussi, sur le désir dudit ambassadeur, représenté les mauvaises suites qui pourraient arriver si M. le Protecteur permettait à ses sujets d’armer sous les commissions du roi de Suède. Le secrétaire d’Élat me promit que le sieur Downing aurait des ordres de terminer le premier point, que pour l’armement, il ne savait pas qu’aucun Anglais en eût pris la liberté, et nous demeurâmes d’accord d’en user avec les États généraux de telle façon qu’ils n’eusaent pas prétexte de prendre aucune liaison avec l’Eispagne.

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Je continuerai d’agir sur le même principe, et s’ils envoien. ici ordre de traiter sur les affaires du Nord, je ne doute point que nous ne convenions des moyens de rétablir la paix, crainte de s’engager contre un État puissant sur mer, outre que l’on ne croit pas ici l’avantage de la nation de ruiner entièrement le roi de Danemark. Je juge aussi, des discours dudit ambassadeur et de scs fréquentes visites depuis la résolution du traité de garantie, que scs supérieurs veulent éviter les occasions de rompre avec la France et l’Angleterre. Ces belles apparences ne retarderont pas les préparatifs d’ici, et les apparences veulent que M. le Protecteur aura le pouvoir d’exécuter ce qu’il projette. Le Parlement est mieux disposé en sa faveur que l’on ne s’était imaginé; au lieu d’agiter avant-hier l'exclusion des membres d’Écosse et d’Irlande, comme il était attendu, le secrétaire d’État proposa un acte de reconnaissance de M. le Protecteur, prenant pour prétexte que les princes étrangers ne sauraient que juger du gouvernement d’Angleterre jusqu’à ce qu’il parût avoir été reconnu par l’assemblée, et que ce pourrait être un préjudice trèsconsidérable à la nation si dans la présente conjoncture ils refusaient de traiter avec Son Altesse. Cette proposition fut d’abord éloignée par quelques républicains; mais leur nombre se trouva si peu considérable quand l’acte fut lu |)our la première fois, et renvoyé à lundi prochain pour être relu, étant de l’usage, devant que de venir aux suffrages, de les relire trois fois. Il a depuis été aussi proposé que les Étals voisins de l’Angleterre étant en guerre, et donnant, par leurs grands préparatifs, occasion d’appréhender quelque entreprise, il fallait pourvoir au plus tdt à ce qu’il y eût un fonds capable d’équiper une Qotte considérable, sur quoi la résolution a été que de lundi en huit joui-s les trésoriers apporteraient leurs comptes, afin que le Parlement, étant informé des deniers levés, pût mieux reconnaître la nécessité présente. Ce sont les principales afiaires qui ont été tous ces derniers jours sur le tapis; le reste du temps a été employé à examiner la plainte d’un des membres du corps contre un major de l’armée qui

a ëtd envoyé à la Tour de Londres, et la requête du major général Overton, prisonnier d’État depuis quelques années dans le château de Jersey, dont il a été ordonné au gouverneur de représenter au Parlement le prisonnier. Il fut aussi fait hier une harangue par l'un des plus illustres républicains de l’Assemhlée, tendant à séparer le commandement de la milice du gouvernement politique, mais sans être suivi, d’où il se reconnaît que le parti de M. le Protecteur est le plus fort, et qu’il pourra faire prendre des résolutions favorables à ses desseins ; encore que l’on croie qu’il se projette une requête au nom de beaucoup de peuple, tant de Londres que de la campagne, tendant à la diminution de son autorité. Cet acte (le reconnaissance fera éclater dans peu tous les mécontentements. Cependant la Chambre des seigneurs n’a aucune correspondance avec celle des Communes, et l'on évite d’entrer dans cette question, qui pourrait aliéner beaucoup de personnes bien intentionnées au gouvernement et contraires au nouveau établissement

4° M. de Bordeaux au cardinal Mazarin et au comie de Brienne.

Lendrti^ 6 otn 1659.

(Voir le n’XVI.)

5* M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Loo4i«i 1659.^7 mtri.

Monseigneur,

J’ai reçu la lettre que Votre Éminence m’a fait l’honneur de m’écrire le 39* du passé, dont le contenu ne me donne rien à ajouter à ce que ma précédente lui a déjà fait savoir de la négociation du colonel Walter, n’en étant rien venu à ma connaissance depuis qui puisse détruire les avis que Votre Éminence a reçus, ni aussi convaincre le secrétaire d’État d’une fausse franchise dans la protestation qu’il m’a faite que ledit colonel n’a eu aucune commission de M. le Protecteur.

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Je dois seulement conhni.er qu’il ne me parait point que le père Talbot, jésuite, ait été en Angleterre, ni par quels motifs le régime d’Angleterre voudrait traiter séparément avec l'Espagne, maintenant qu’il reconnaît que le roi désire la paix, que sa condition n'en sera pas meilleure, et qu’il est certain qu'il est de son intérêt particulier de conserver l'a* mitié de la France, bien loin de lui donner sujet de plainte, et un titre de favoriser un jour le roi d’Ecosse dont le retour sera plus facile lorsque les deux grandes couronnes seront d’accord. C’est la seule ressource des royalistes, et soit qu’elle soit bien fondée ou qu’ils se flattent d’une vaine espérance, le parti de M. le Protecteur semble appréhender encore plus de traverses dans son établissement lorsque les États du dehors seront sans occupation, parce qu'ils pourront assister plus facilement sous main son ennemi, et les mécontents du gouvernement d’Angleterre seront plus hardis à former des entreprises s’ils le croient abandonné de la France que quand elle sera dans ses intérêts. Je suis demeuré quasi persuadé par ces considérations, et par les discours qui ont été tenus dans le Parlement, que M. le Protecteur ne se détacherait point de la France, que son empressement pour la paix n’était pas si grand ; que les réponses vagues du secrétaire d’Etat ne procédaient pas moins de sa froideur que de l’incertitude des aiVdires du dedans, et qu’il ne prendrait point ici aucune résolution précise jusqu’à ce que sa puissance fût un peu plus affermie. 11 est vrai que, pour correspondre à la confiance et sincérité dont Votre Eminence a usé depuis que le sieur Pimenlel est arrivé à Lyon, M. le Protecteur devait parler plus ouvei tement que ses ministres n’ont fait, et ne pas professer une si grande disposition à la paix, si elle était si préjudiciable à ses desseins que le secrétaire d’Etat lu’a laissé entendre dans notre dernière entrevue , depuis laquelle je n’ai pas reçu de scs nouvelles, encore qu’en nous sé[)araut il se fût engagé de m’en donner, et que le dernier jour de la semaine passée, ayant reçu la lettre de Votre Eminence, je lui aie mandé l’impatience où elle était d’ètie certaine U

intentions de Son Altesse; il remit à cette après-dinëe de me rendre rëponse; mais je doute que le Parlement se lève assez tôt pour lui donner le temps de satisfaire aujourd’hui à sa promesse, ni ne puis rien assurer si ce n’est que je continuerai de faire connaître qu’il ne se peut plus différer de rendre réponse au sieur Pimente!. Les avis qui s’écrivent du dehors de l’accommodement d’entre la France et l’Espagne, et le succès de la délibération présente du Parlement, pourront porter .M. le Protecteur à se déclarer. Quelques marchands de Londres lui ont aussi depuis peu présenté un écrit contenant l’avantage et le préjudice que l’Angleterre reçoit de la guerre avec l’Espagne, et cette remontrance peut être suscitée pour tirer quelque mérite de la résolution qui ne se peut éviter; il s’est môme publié que le sieur Whitclocke, ci-devant ambassadeur en Suède et garde des sceaux d’Angleterre, était destiné pour traiter de la paix; mais si l’on en était venu si avant, M. Lockhart en aurait déjà porté la nouvelle, et son retardement doit être en partie attribué à l’irrésolution des ministres d’ici, n’étant pas en effet de bonne grâce de le renvoyer dons la présente conjoncture sans des instructions touchant la paix. Il ne s’est rien passé tous ces jours, touchant celle des princes du Nord, qui soit venu à ma connaissance, et j’attends toujours ledit sieur secrétaire pour presser le départ de la flotte et lever les scrupules qui le pourraient retarder; si ce que s’en publie est vrai, le vent seul l’empêche présentement de se mettre en mer. 11 n’est pas néanmoins à présumer que ce soit devant l’échange des ratifications de notre traité de garantie, et que nous soyons demeurés d’accord des instructions qui doivent être envoyées aux ministres de France et d’Angleterre résidant auprès du roi de Suède. L’ambassadeur de Hollande m’a dit depuis deux jours qu’il avait entretenu le secrétaire d’État sur les ouvertures faites à La Haye par le pensionnaire de Hollande sans en retirer rien de positif, ce qui fait juger que l’on n’est pas encore bien déterminé si le roi de Suède sera pressé de se relâcher d’une partie des avantages du traité de Roskieid.

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Il semble aussi, par le discours dudit ambassadeur, que ses supérieurs ne veulent retenir leur secours qu’à cette condition, et il parle de cette affaire avec tant d’emportement que je ne l’ai point trouvé capable de goûter les raisons qui nous devaient empêcher de forcer ce prince à un traité si désavantageux, si nous ne l’y pouvions volontairement porter; c’est une des principales difficultés que le secrétaire d’État m’a formée, et qui est à résoudre. H n’y a rien de plus considérable à écrire d’ici que la résolution qui fut prise la semaine passée de laisser la séance aux députes d’Irlande aussi bien qu’à ceux d’Écosse, sans entrer dans la question s’ils étaient bien ou mal appelés, ni les priver du suffrage dans leur propre cause. Les autres séances de la semaine furent employées par quelques affaires particulières, et plaintes d’un lolonel de l’armée contre un secrétaire du mylord Henry, {u’il accuse de concussion et malversation. Il a été ordonné que ledit secrétaire se présenterait au Parlement. Un gentilhomme, autrefois major dans les troupes du roi, s’est aussi plaint de ce que sans condamnation ni jugement il a été relégué en l'ile de Barbade, et là vendu en plein marché comme un esclave; ce traitement a excité quelque bruit, même contre le secrétaire d’État, sans que néanmoins l’on soit venu à aucune résolution. Quelques marchands ont aussi présenté requête au comité du commerce que le Parlement a établi, tendant à ce que, durant la guerre avec l’Espagne, le transport des marchandises qui en proviennent, comme le vin et les fruits, soit défendu ; en même temps d’autres ont demandé à M. le Protecteur la paix avec l’Eispagne. Présentement la question de la Chambre nouvelle est en débat, et l’opinion générale veut qu’elle sera maintenue. Les presbytériens demeurent fermes dans les intérêts de M. le Protecteur; l’on veut que les principaux aient été gagnés par des promesses de leur donner part au gouvernement, appelant les uns au Conseil et les autres dans l’armée, que les anabaptistes et autres sectaires soient aussi retenus par l’espérance d’entrer en autorité si la Chambre des seigneurs, composée

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de leurs chefs, est conservée. Ces deux partis étant d’accord, M. le Protecteur ne peut présentement trouver aucune difficulté à ses desseins. H ne laisse pas de caresser les soldats, et ce matin il s’est trouvé au lieu où la montre leur a été payée; il l’a accompagnée de paroles de confiance et d’amitié. . .

Je n’ai point ouï parler du secrétaire d’État, mais j’apprends qu’il a enfin passé, de 174 h 130, que les nouveaux seigneurs seront reconnus; beaucoup d’autres députés se sont absentés pour ne vouloir approuver cet établissement, et n’oser aussi s’y opposer.

6° M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Loadrtts 1659.^10 mari.

Monseigneur,

J’ai attendu jusques à dix heures du soir le secrétaire d’État; au lieu de m’apporter, comme il me l’avait mandé ce matin, la réponse que j’attendais, son premier commis m’est venu dire de sa part que Son Altesse était si fort embarrassée des affaires domestiques qu’elle ne pouvait prendre encore aucune résolution sur celle que je lui avais communiquée, et que même l’importance dont elle était ne lui permettait pas de la déterminer sans le conseil de son Parlement; que néanmoins M. Lockhart allait recevoir ordre de passera la cour, et qu’il serait pleinement instruit des intentions de Son Altesse, tant sur cette affaire que sur les recrues dont j’avais parlé audit sieur secrétaire dans notre dernière entrevue; j’ai témoigné audit commis que j’avais fait espérer, suivant la promesse qui m’en avait été faite,quelque chose de plus positif; que Votre Éminence ne pourrait recevoir cette réponse que comme un amusement; que même j’y trouverais de la contrariété en ce que M. le Protecteur déclarait ne ftouvoir rien résoudre sans l’avis de son Parlement, et néanmoins promettait d'envoyer présentement M, Lockhart avec pleines instructions; que je priais ledit sieur secrétaire de me donner quelque chose de plus positif à écrire ; edit commis, après

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avoir lu un papier contenant son instruction, m’a dit que c’était tout l’éclaircissement qu’il me pouvait donner, et qu’à la vérité, il avait, comme moi, trouvé de la contrariété dans le discours de son maître. Pour en être éclairci, je l’ai chargé de l’aller trouver et de lui faire savoir la peine où il me mettait : qu'il était à propos que je le visse tant sur cette aflairc que pour l’écliange de la ratification du traité de garantie, et qu’il me fit savoirs! je n’avais point d'autre éclaircissement à promettre à Votre Éminence, qui l’attendait avec grande impatience. Ix’dit commis vient présentement de me rapporter que son maîtr e ne manquerait pas de me voir aprèsdemain; que cependant je vous pouvais transmettre la réponse qu’il m’avait déjà envoyée, ajoutant qu’à la vérité M. Lockhart n’avait pas enettre reçu ordre de partir et que même son voyage pouvait être différé quelques jours, avant lesquels il espérait, avec l’assistance du ciel, qite M. le Protecteur serait en état de prendre sa résolution et de m’en informer aussi bien que ledit sieur Lockhart. Ce sont les termes de l’un et l’autre message, dont sans doute Votre Éminence ne restera guère plus satisfaite qu’elle ne l’a été des précédentes réponses. 11 n’y a pas néanmoins sujet de s’étonner de ces remises, vu l'état des affaires du dedans, qui sont toujours assez incertaines; ce n’est pas que jeudi dernier le Parlement ne résolût, à minuit, après br-aucoup de contestations, que M. le Protecteur exécuterait la résolution prise par la maison de mettre en mer une flotte considérable pour la défense de la républi([ue et conservation du commerce, sans préjudice de l’intérêt du Parlement dans la milice et du droit de faire la paix et la guerre. Cet arrêté passe pour trèsavantageux à Son Altesse en ce qu’il le maintient dans la possession des forces; et quoique la dernière partie semble, par la réserve, établir aussi le droit du Parlement, cette clause est seulement considérée comme un adoucissement pour faire passer le renvoi à M. le Protecteur, et par là non-seulement le reconnaître, mais aussi lui donner la disposition des plus importantes forces de la nation. Les républicains n’étaient

pas de ce sentiment; d’autres voulaient que l’on laiss&t les princes du Nord vider leur querelle, et que, si la flotte était envoyée, ce fût au nom du Parlement, et pour offrir des conditions d’accommodement devant que d’appuyer aucun intérêt. Tous ces avis dilférents ont été appuyés par beaucoup de débats, mais le nombre des courtisans a prévalu; il est encore à remarquer que le Parlement a voulu faire le renvoi à M. le Protecteur seul, sans faire mention du Conseil, pour ne pas autoriser le gouvernement en la forme qu'il est établi, et a seulement parlé de l’exécution de la résolution qui avait été prise la veille d’équiper une flotte. L’on n’a pas d’ailleurs voulu parler de l’assistance d’aucun des princes du Nord pour ne rien préjuger, mais seulement de l’avantage du commerce ; ce sont les réflexions sur cet acte duquel chaque parti prétend tirer de l’avantage. Le reste de la semaine, il ne s’est rien passé de considérable, et aujourd’hui l’on a recommencé à parler de la Chambre des Seigneurs. La voix publique est contre l’établissement nouveau, et il se dit que M. le Protecteur le veut maintenir, ce qui pourrait causer quelque division entre lui et le Parlement, qui a aussi ce matin entendu le gouverneur de la Tour de Londres, sur la plainte faite contre lui par un gentilhomme prisonnier qu’il n’avait pas remis à la justice ordinaire suivant l’ordre qu’il en avait reçu ; sa défense a été une lettre du défunt Protecteur portant qu’il eût à le remettre entre les mains d’un oflicier pour le transporter en quelque Ile. Le Parlement n’a pas trouvé cette excuse valable, et a permis au prisonnier de poursuivre les dommages et intérêts contre ledit gouverneur. Il se dit que maintenant l’armée est en meilleure disposition et que les ofiieiers devaient aujourd’hui signer une déclaration pour dissiper les impressions que le public a conçues de leur division.

7* M. de Bordeaux au cardinal JUazarin.

Londrti 1059. ->I7 mtr».

Monseigneur,

Les deiu dernières lettres des 8 et 12 de ce mois que

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Votre Éminence m’a fait l’honneur de m’écrire ne venant que de m’étre rendues, j'en accuserai seulement aujourd’hui la réception, et remettrai au prochain ordinaire à l’informer du succès des instances qu’elle m’ordonne de réitérer sur le sujet de la paix. Ce n’est pas que le dernier entretien du secrétaire d’État donne lieu d’espérer encore aucune solution, à moins que les délibérations du Parlement ne la fassent prendre. Ce n’a point été le manquement de temps qui l’a retardée jusques à cette heure. M. le Protecteur ne lait rien de son chef , et le secrétaire , qui semble avoir la direction des ailaires du dehors, m’a souvent insinué que ce n’était pas encore l’intérét de ce gouvernement de parler de la paix, bien que, suivant les avis qui me sont donnés. Son Altesse y soit fort portée. J’avais bien eu le soupçon que, sous le prétexte des occupations domestiques, il différait de me rendre une réponse précise pour cependant traiter secrètement avec l’Espagne; le voyage du colonel Walter ne m’avait aussi été caché, non plus que les propositions du père Talbot; il m’a même été rapporté depuis deux jours que M. le Protecteur était pressé par un autre émissaire d’Espagne de se déclarer, et qu’il l’avait renvoyé au secrétaire d’État; et sur ce qu’il se plaignit que ce ministre n’avait aucune inclination à la paix. Son Altesse répondit qu’il était mal informé et que ledit sieur secrétaire la souhaitait plus qu’il ne croyait. Mais les mêmes qui m’ont donné ces informations m’assurent aussi que, tant le secrétaire que les autres ministres du Conseil auxquels la proposition a été faite, ne rendent que des réponses illusoires et qui laissent seulement espérer que, quand notre traité de campagne sera expiré, M. le Protecteur pourra songer à l’accommodement. Le secrétaire d’État m’avait aussi fait savoir la proposition du père Talbot, cordelier réputé fort fripon, qui vint avec Bodkins; et comme les uns et les autres avis se sont trouvés conformes, je jugeai que Ton pouvait sc fier aux assurances, qui m’ont été si solennellement réitérées, que l’Angleterre ne traiterait point sans la France ; je ne vois pas d’ailleurs que ce soit son inlérôt

d’en user autrement, à moins que le roi ne refus&t de traiter, étant bien plus avantageux pour l’établissement de M. le Protecteur d’engager Sa Majesté à la garantie de la paix que de se reposer sur la bonne foi de l’Espagne, sans retirer aujourd’hui plus de profit d’un traité séparé qu’il ne s’en pourra ménager demeurant uni avec la France. Je ne m’appuyerai pas néanmoins si fort sur ces considérations, ni sur les avis qui me sont donnés que dans la première occasion je ne tAche de découvrir du secrétaire d’État s’il agit avec la bonne foi qu’il professe. Les offres d’un secours d’hommes que Votre Éminence m’ordonne de faire , et dont j’avais déjà fait avance lorsque les officiers de l’armée commencèrent à se diviser, me mettront en état de traiter cette matière. Il s’en peut parler sans scrupule, étant certain que le voyage du colonel Walter a été fort public; et comme on me rapporte qu’il n’avait ni ordre ni commission, je n'y ferai pas beaucoup de réflexion. Pour ce qui est des affaires du Danemark, ma précédente aura fait savoir que j’en ai parlé au secrétaire d’État suivant les intentions de Sa Majesté, et qu’il m’a désavoué le traité secret dont néanmoins j’avaisété averti de fort bonne part. En délivrant la ratification, il y a lieu d’insinuer encore que ce n’est pas l’intention de la France de dépouiller le roi de Danemark, ni de favoriser aucune entreprise capable d'apporter de nouveaux obstacles à la paix du Nord, que l’Angleterre a encore plus d’intérêt de souhaiter que la France. Depuis quelques jours , le bruit s’est répandu que Copenhagen avait été forcé, et cette nouvelle s’attribue à un envoyé de Pologne arrivé depuis peu. Cependant la flotte demeure en même état, et le général Montagne est encore à Londres; l’on veut que ce soit faute d’argent qu’il ne soit pas parti dès la semaine passée; mais M. le Protecteur pourrait bien attendre ce que feront les États généraux et si les ordres qu’a eu le sieur Downing de les convier de concourir avec nous à la réconciliation ne produiront pas quelque effet , devant que de s’exposer à une guerre qu’il a intérêt d’éviter, quand son naturel ne serait pas fort pacifique, son établis-

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sement n'étant pas si solide qu’il ne doive appréhender une puissance maritime. Il est bien vrai que le Parlement est composé de membres bien intentionnés, mais l’armée est toujours divisée en difTdrcntes factions, et le Protecteur aura peine à s’aflranchir du pouvoir du premier de ces corps sans tomber sous la sujétion de l’autre. Il ne fut encore rien conclu la semaine passée sur la question qui est agitée depuis quelques jours, mais apparemment elle sera décidée aujourd’hui, suivant le désir de la cour, ayant passé ce matin, contre l’avis des républicains, que le Parlement se rassemblerait cette après-dînée pour y mettre fin, et quelques chefs presbytériens ayant fort harangué en faveur de cette Chambre des nouveaux seigneurs. Cette affaire terminée, il semble que les autres ne puissent pas recevoir beaucoup de difficulté; aussi tout le monde est en attente de la présente délibération.

8» .V. de Bordeaux au cardinal Mazarin,

L— dre* «it 31 mvi.

Monseigneur,

La lettre que Votre Éminence m’a fait l’honneur de m’écrire le 22* de ce mois m’ayant été rendue aujourd’hui au moment où j’allais chei le secrétaire d’État, je me suis trouvé en condition de satisfaire au contenu, en pressant avec instance la résolution que l’on a différée jusques à cette heure de me donner, et faisant entendre, qu’encore que le sieur Pimenlel ait été renvoyé en Flandre, comme ç’a été avec assurance que dans peu le roi serait informé des prétentions du régime d’Angleterre , Sa Majesté ne pouvait, sans s’exposer aux reproches de toute la chrétienté , demeurer plus longtemps dans l’incertitude où elle était de ses sentiments. Je me suis même réduit à ce que, s’il n’était pas possible à M. le Protecteur de se déterminer encore, au moins il découvrît en général son inclination, et je n’ai enfin oublié aucune des raisons que Votre Éminence a touchées dans toutes ses dépêches pour tirer l’éclaircissement qu’elle sou-

haite. Iicdit sieur secrétaire ne m’a néanmoins rendu d’abord qu’uTfO réponse semblable aux précédentes, et a continué d’attribuer aux embarras domestiques l’irrésolution de son maliic, non que le temps de songer aux autres aflaires lui manquât, mais pour ne pouvoir prendre aucun parti devant que le Parlement ait achevé les délibérations qui sont sur le tapis. Il s’est aussi étendu sur les diCTérentcs dispositions de cette assemblée b l’égard de la paix, représentant les républicains fort portés à la conclure, même quelques-uns à rompre avec la France, et les autres députés soumis entièrement à la volonté de M. le Protecteur. Ce discours m’ayant donné lieu de demander quelle elle était, ledit sieur secrétaire, après s’ètre un peu défendu, se voyant pressé, m’a déclaré fort nettement que la nécessité le pouvait forcer à la paix, mais que ce serait contre son inclination, ce qui m’a un peu surpris après des sentiments si contraires qu’il avait professés dans nos autres conférences, et j’ai cru lui devoir dire que, bien que Sa Majesté désirât conserver l’étroite union qui était entre la France et l’Angleterre, et s’accommoder aux aflaires de M. le Protecteur, néanmoins la constitution de celles de France ne lui permettant pas de faire une guerre perpétuelle, il était à souhaiter que H. le Protecteur entrât dans cette considération et se disposât de son côté è la paix J’ai aussi pris cette occasion de parler du voyage qu’a fait le colonel Walter en Flandre , témoignant que, si ce que l’on m’en avait rapporté était vrai, il n’y avait pas ici tant de répugnance à traiter que ledit sieur secrétaire professait. 11 m’a fait mille protestations, me priant d’y prendre confiance, que jamais ledit colonel n’avait eu commission de faire aucune ouverture, que l’on lui avait à la vérité donné permission d’aller poursuivre le paiement d’une somme considérable qui lui est due par l’Espagne pour le transport de quelques Irlandais, mais que, bien loin de s’en être servi, l’on lui avait refusé la liberté d’entrer en Flandre; qu’au reste c’était un homme trop imbécile pour être chargé d’une commission de cette importance, qu’il y avait bien

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d’autres personnes en Angleterre propres à être employées avec moins de bruit, et que je pouvais promettre sans crainte d’être exposé à aucun reproche, ni désavoué de deçà, que M. le Protecteur ne recevra ni n'écoutera aucune proposition sans en faire part au roi. Ces assurances m’ont été données en des termes si positifs que je n’ai pu m’empêcher de les recevoir comme très-sincères, et suis retombé sur les instances qui avaient été faites par le sieur Pimente) et les paroles que Votre Éminence lui avait données en suite de Celles que j’ai reçues ici que H. le Protecteur n’était pas moins porté à la paix que Sa Majesté. Ledit sieur secrétaire, adoucissant la déclaration qu’il venait de faire, m’a témoigné que Son Altesse tiendrait la même conduite que la France ; que dans peu de temps elle pourrait être en état de s’en expliquer davantage , que présentement il ne fallait pas attendre plus d’éclaircissement, et m’a néanmoins demandé si nous conserverions toutes les conquêtes de Flandre, alléguant pour prétexte de sa curiosité que , si l’on était ici informé des conditions auxquelles la France voulait traiter, il se prendrait des mesures plus certaines pour l’accommodement d’Angleterre. Je me suis déclaré peu instruit de ce particulier, faisant espérer que Votre Éminence n’en refuserait point la communication au ministre de M. le Protecteur, et n’ai pas laissé de dire que, suivant mon sentiment, la plupart des places que le roi avait conquises étant de l’ancien domaine de France, elles ne pouvaient être avec justice redemandées; que, pour les autres , elles se pourraient échanger avec celles que nous avons perdues, et qu’apparemment ce point ne recevrait pas beaucoup de difficulté. Ledit sieur secrétaire n’a point approfondi davantage cette question, et ne voyant pas jour de retirer de lui plus de satisfaction sur le traité de paix, je suis passé aux oilres que Votre Éminence m’avait chargé de faire en cas que M. le Protecteur eût besoin d’un secours de France; elles ont été reçues avec grande démonstration de reconnaissance , et promesse d’en informer Son Altesse. J’ai ensuite voulu parler des affaires du

Nord, et ledit sieur secrétaire a d’abord pris la parole pour me faire part des avis qu’il reçut hier du sieur Uowning par un exprès; comme ce n’est que le résultat d’une conférence que ce ministre a eue à La Haye avec le pensionnaire de Hollande dont M. de Thou doit avoir rendu compte, je m’en remets è ce qu’il en aura écrit. Il serait aussi superflu de rapporter à Votre Éminence la longue conversation que nous avons eue sur ce sujet; seulement dirai-je que ledit sieur secrétaire d’État m’a encore solennellement déclaré que M. le Protecteur n’avait aucune pensée de faire des conquêtes en Allemagne ni sur les bords de la mer Baltique, et qu’il n’avait armé qu’à l’instigation de la France pour garantir le roi de Suède contre ses ennemis; que les propositions faites par ledit pensionnaire de Hollande lui paraissaient captieuses , et faites à dessein de gagner temps pendant lequel les Provinces-Unies achèveront de mettre leur flotte en état d’assister puissamment le roi de Danemark; que l’on caressait fort à I.A Haye M. de Thou pour le faire tomber dans le piège; qu’à la vérité le traité de Roskield devait servir de fondement à celui que nous voulions faire entre ces princes, mais qu’il était à craindre que ni l'un ni l’autre ne l’acceptât; que nous devions résoudre si en ce cas nous appuierions la conquête de Copenhagen quand même ce serait le fait du roi de Suède ; que nos ofQces communs ne produiraient point la réconciliation, si l’on l’abandonnait en laissant aux Hollandais la liberté déporter leur secours au roi de Danemark, sur l’assurance qu'ils donnaient de n’avoir autre prétention que , de rétablir Icsdits princes au même état qu’ils étaient devant cette dernière guerre. 11 m’a encore {iroposé, pour un troisième parti, de convenir avec les États généraux que ni la France, ni l’Angleterre, ni les Provinces-Unies n’assisteraient leurs alliés d’une année pendant laquelle il démêleront seuls leur querelle ou s’accommoderont ; il a désiré mon avis afin que H. de Thou et le sieur Downing parlassent en conformité et que les instructions leur en fussent envoyées dès ce soir. Toutes ces ouvertures ont été en des termes qui font paraître aie l’in-

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clination d’ici est de favoriaer les desseins do roi de Suède, quels qu’ils puissent être, et bien que ledit sieur secn^taire m’ait souvent déclaré que notre seule considération faisait agir l’Angleterre, qu’elle ne devait pas supporter seule la dépena> de trois cent mille livres sierling, à quoi se monte l’armement de la flotte, et que si nous ne souhaitons que d’exécuter le traité de Roskicid, il ne fallait point se mettre en si grand Irais, il m’a semblé que, pour suivre les intentions de Sa Majesté, je ne pouvais donner les mains aux deux demicrcs propositions, ni aussi demeurer d’accord que le roi de Suède fût laissé en liberté de préférer la conquête du Uanemark aux autres entreprises plus avantageuses è la cause commune qu’il pourrait former. Et après avoir fait connaître que M. le Protecteur serait encore plus exposé que nous si les Suédois ne donnaient des affaires à l’empereur, j’ai dit que Sa Majesté de son côté faisait des dépenses plus grandes que l’Angleterre pour les mettre en cet état, et qu’au reste la continuation de la guerre de Danemark était contraire à la lin que nous nous étions proposée par le traité de garantie en ce qu’elle aliénerait toute l’Allemagne, et qu’au lieu de produire une diversion qui empêchât l’empereur d’envoyer des troupes en Flandre, elle le mettrait en état d'exécuter le dessein qu’il en avait fait â la sollicitation de l’Espagne moins intéressée au salut du roi de Danemark qu’à la perte des Pays-Bas; que cette même guerre engageait la France entièrement et les Provinces-Unies , quelques assurances que nous puissions leur offrir de les maintenir dans le commerce de la mer Baltique, avec autant de franchise qu’ils en ont eu parle passé, si leSund tombait en la puissance du roi de Suède, ce que ledit sieur secrétaire d’État m’avait proposé comme un moyen de leur faire poser les armes. J’ai été d’avis qu’il faut absolument porter le roi de Suède à l’accommodement; pour y parvenir et éviter le piège que les Hollandais pouvaient tendre, la flotte d’Angleterre se devait mettre en mer au plus têt pour passer le Sund et empêcher le secours des Hollandais; qu’en même temps les ministres de France

Digitizod

et d’Angleterre aient ordre de convier les rois de Suède et de Danemark à l’exécution dutraité de Roskie1d,et fassent perdre au premier de ces princes toute pensée que nous voulions favoriser la conquête de Copenhagen, ni ses autres desseins sur le Danemark, s’il rejette le conseil de ses amis; qu’ils fassent aussi savoir à son ennemi que ladite flotte n’entreprendra rien à son désavantage s’il ne rejette point cet accommodement, et en effet qu’elle n’agisse pas jusqu’à ce que l'un et l’autre ait fait sa déclaration; que cependant les États- Généraux seront avertis de cette résolution, et conviés de ne point envoyer leur flotte afin d’éviter toutes les occasions d’hostilité, mais plutôt fassent passer des offices auprès du roi de Danemark pour le bien disposer. Ledit sieur secrétaire n’est point tomlié dans mon sentiment; il veut que, si la flotte se met une fois en mer, elle appuie les desseins du roi de Suède encore même qu'il refuse la paix et persiste à la conquête de la Zélande, vu que l’Angleterre ne se mêle point de la querelle, et sur ce fondement il n’approuve pas que l’on convienne ici des modifications que les Hollandais veulent apporter au traité de Roskield

Je ne puis dire si la flotte partira, ledit sieur secrétaire ne m’ayant pas répondu catégoriquement sur la demande que je lui en ai faite. Notre dilférend ou les affaires domestiques pourront bien l’arrêter quelques jours, et Votre Éminence aura, si je ne me trompe, le temps de résoudre mon scrupule causé principalement par ce qu’elle m’a fait l’honneur de m’écrire de la guerre du Danemark. Je pressai ensuite le renvoi de M. Lockhart, témoignant que l’espérance de son prompt retour l’avait empêché de m’envoyer instructions sur le renouvellement du traité de campagne. Ledit sieur secrétaire d’État m’assura que dans peu de jours il partirait, me laissant néanmoins aller que les affaires d’ici le retenaient.

J'ajouterai à cette relation,qui fait voir les dispositions d’ici 'ouchant la ]>aix avec l'Espagne et celle du Nord, que, m'é-

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tant ces jours passés exactement inrormé de la négociation du père Talbot, jésuite, j’avais trouvé qu’il n’est point en Angleterre et n’y a été depuis longtemps, que c’est son frère le cordelier quia fait quelques propositions, entre autres colle du mariage du duc d'York avec la sœur du Protecteur, que l’on a traitée ici de ridicule, et que ne pouvant trouveraiicunc créance, il a repassé en Franceavec cet archevêque dTrlandeque Votre Eminence m’avait recommandés pour chercher meilleure fortune. G;s mêmes avis m’avais été donnés par Bod> kins, et ils me sont confirmés de si bonne part qu’ils doivent passer pour véritables. Je crois d’ailleurs que, si ce régime voulait traiter avec l'Espagne, il ne prendrait pas la voie des prêtres, en ayant beaucoup d’autres. L’ambassadeur de Hollande même a autrefois fuit entendre que ses supérieurs n’auraient pas désagréable de rendre un si bon service. Pour ce qui est des inclinations de Son Altesse, elles sont à la paix; mais comme elle se laisse conduire, ses sentiments ne sont pas à considérer, et ses ministres, dont le secrétaire d’Etat est le pi incipal, jugeant à projms de continuer la guerre, raccommodement de la France ou le Parlement sont seuls capables de produire d’autres résolutions, et l'on peut prendre des mesures certaines sur les protestations qui m’ont encore été cejourd’hui renouvelées que l’Angleterre ne se détachera point de la France, s’il n’arrive quelque cbangeracit dans le gouvernement. Il me parait aussi, à l’égard des guerres du Nord, que l’on se délie fort de la conduite des Hollandais, et qu’il SC professe de ne vouloir point rompre avec eux; néanmoins, l’on no laissent point d’envoyer la (lotte dans le Suud. Mais je ne puis m’empêcher d’avoir toujours ombrage de ce dessein d’appuyer la conquête du Uanemark si le roi de Suède ne se pteut portera la paix; j’attends avec quelque impatience la conférence dont le secrétaire est demeuré d’accord pour en être plus éclairé; et après avoir solennellement .léclaré que, si l’Angleterre s’engageait on queli|uc nouvelle ('lierre par un traité qui lui douuàt des places sur les côtes de la mer Baltique, la France ne se croirait pas obligée de

(uivre la mSme fortune, il y aura moins dlnconrënients de laisser agir la flotte d'Angleterre en toute liberté que de refroidir rette ardeur qui parait et donner un titre d’abandonner à la bonne foi des Étais-Généraux les aflaires du Nord. Comme les ministres de Suède ne m’ont point vu depuis les funérailles de M. le Protecteur, toutes ces négociations se sont passées sans leur participation, et je n'espère pas que leur conduite soit plus louable que celle du sieur Courtin, puisque l’un d’eux témoigne dans ses lettres tant de mauvaise fui. Le traité de garantie eflacera l’imptession qu’elles ont causée, encore que les ministres de cet État ne publient pas comme il faut que la France a fait prendre la résolution d’envoyer une flutte dans la mer Baltique, ce qui a donné lieu à quelques-uns du Parlement de parler contre notre étroite liaison, et de dire que, quand l’Angleterre se serait engagée, nous l’abandonnerions. L’ambassadeur de Hollande n’a pas de sa part manqué de nous attribuer l’envoi de ce secours, et le roi de Suède M.<r.iit le seul qui n’en serait pas persuadé. J’ai assez informé M. le chevalier deTcrlon pour le mettre en état de faire connaître la vérité. H me reste. Monseigneur, à parler des affaires d’Angleterre ; elles sont encore au meme état que mes pi'écédentcs lettre.s ont fait savoir, le Parlement n’ayant rien résolu tous ces derniers jours de fort considérable à cause de la maladie et mort du dernier Prolocuteur. Un troisième fut hier élu et l’on traita de la liberté du général mujor Overton qui fut sur l’heure trouvée juste, quoique le secrétaire d’Etat demandât que rulT.tire se remit pour quelques jours. Il fut ensuite ordonné que tous les autres prisonniers d’État détenus dans les îles et châteaux éloignés seraient présentés au Parlement et qu’il serait fait un acte pour empêcher à l’avenir semblables emprisonnements comme contraires aux libertés du peuple. Cejourd’hui l’on a remis sur le tapis la question touchant les membres d’Écosse et d’Irlande; il s’agit de régler s’ils auront voix délibérative dans leur propre cause, et appaiemment l’on aura peine à les en exclure. Il s'est proposé dans la chambre nouvelle un acte qui supprime

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>t titre de seigneur tant aux nouveaux qu’aux anciens, laissant cette prdrogative au seul Protecteur et aux grands officiers. Mais l’ouverture n’a pas été suivie , bien qu’elle soit faite par le major général Desborough. La même chambre a passé un acte conforme li celui de la maison des Communes touchant la disposition de la Hotte, la renvoyant à M. le Protecteur; et au lieu que ci-devant la chambre des seigneurs servait d’exemple à celle du peuple, aujourd'hui les nouveaux seigneurs s’y conforment fort régulièrement, passant les actes que les Communes ont arrêtés, et dans les mêmes termes. Quant à l’armée, elle est toujoursau même état, et quelques-, uns s'imaginent que les mécontentements éclateront lorsqu’il se parlera de milice, et de la voix négative; il est en effet trèscertain que la faction opposée à M. le Protecteur subsiste toujours et que l’accommodement des chefs n’est pas aussi solide qu’il serait à souhaiter; la flotte n’est pas encore toute à son rendez-vous, quoique le sieur Montague y soit arrivé.

Le dernier mire 1659

La longueur de la présente lettre ayant empêché qu’elle n’ait été envoyée assez à temps à la poste de la semaine passée, ce retardement me donne lieu d’ajouter que le Parlement a décidé que les députés écossais demeureraient , eux donnant leurs suffrages dans leur cause. Il se doit demain parler des Irlandais apparemment avec même succès; la chambre des seigneurs a aussi de son côté rejeté l’acte qui exterminait les seigneurs tant nouveaux que modernes, pour se rendre plus agréable à celle des Communes. Je n’ai point eu de nouvelles du secrétaire d’État, quoiqu’il dût me venir voir la semaine passée , et ayant ce soir envoyé chez lui, il s’est excusé sur les grandes affaires qui l’avaient occupé tous ces jours; il m’a aussi mandé que toutes ses lettres de Flandre assuraient la conclusion de notre paix avec l’Espagne, demandant il mon secrétaire si j’en avais l’avis. Je lui ferai savoir ce que les lettres de France m'en disent bien contraire aux bruits qui courent en Flandre. Il n’y a rien de nouveau des

affaires du Nord, si ce n’est que l’ambassaoeur de Hollande m’est venu communiquer ce que j’avais déjà su du secrétaire d’Ëtat, et me prier de vouloir contribiu r au dessein de ses supérieurs. Je le lui ai fait espérer, lui témoignant que le vrai moyen d’attirer la France cl l’Angleterre était de faire cesser les sujets de défiance que l'on avait de leurs préparatifs, et de n’envoyer aucun secours en Zélande jusqu’à ce que l’on soit informé de l’intention des rois de Suède et de Danemark; il ne m’a pas répondu précisément, et aussi la flotte d’Angleterre s’assemble vers Yarmoutli, et l’on fait état qu’elle sera dans peu de jours à son rendez-vous Le mylord Faulconbridge, qui m’est venu voir ce soir, m’a fort parlé do chevaux que Votre Éminence lui avait promis, me laissant entendre que M.le Protecteur, qui les devait voir, l’avait fort raillé cejourd’hui de ce qu’il s’était fait fort de ce présent.

9® M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londrei 16^9.^10 tvnl.

Monseigneur ,

J’ai tous CCS jours attendu le secrétaire d’État, et il devait venir ce soir avec le garde des sceaux, mais celui-ci est venu tout seul et a excusé ledit sieur secrétaire sur les grandes affaires qui l’ont occupé dans ce temps, et a remis à lui l’éclaircissement que j’attendais, me disant seulement que M. lx)ckhart est parti pour la cour avec quelques instructions, mais non pas telles qu’elles se pourront donner dans peu, n’ayant pas encore été possible de prendre une dernière résolution à cause des affaires du Parlement. Je lui ai fait connaître de quel préjudice pouvait être ce retardement, et l’ai convié de le représenter à M. le Protecteur afin qu’il tire Votre Éminence de l’incertitude où elle se trouve. Ledit sieur garde des sceaux s’est chargé de faire ce rapport et m’a fort ^ assuré que dans peu nous aurions tout éclaircissement. Il m’a J ensuite communiqué le départ de la flotte avec des inslruc-[ tiens à l’amiral et au ministre d’Angleterre résidant auprès | du roi de Suède, conformes à ce que nous avons résolu en ‘

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signant le traité de garantie, et a encore remis au secrétaire d’Ëtat à m’entretenir plus particulièrement sur ce sujet. Je lui témoignai que celte conférence était nécessaire, n’ayant pu écrire ni à M. de Terlon ni à M. de Thou positivement sur les alTaircs du Nord, à cause de la diversité de sentimcns où ledit sieur secrétaire et moi nous nous étions trouvés dans notre dernière entrevue; et j’ai pris occasion de lui dire en quoi ils différaient pour l’obliger aussi à me découvrir plus particulièrement quels ordres ont été donnés à l’amiral Montague; il m’a confirmé que ce n’était point l’intérêt de l’Angleterre d’appuyer la conquête du Nord et que la flotte n’entreprendiait rien en faveur du roi de Suède s’il rejetait l'accommodement, mais que c’était aux ministres de France et d’Angleterre, qui résident auprès de lui, à régler avec lui les conditions du traité, et non pas è MM. de La Haye. . .

L’on n’est pas encore ici hors d'affaire, quoique le Parlement ait décidé le premier jour de la semaine la question de la nouvelle chambre; il y en a d'autres fort importâmes à la veille d’être débattues ; celle de la milice est remise à demain et l’on croit qu’elle recevra quelque traverse si, comme il se publie, une partie des officiei-s de l’armée, entre autres ceux (jui composent la nouvelle chambre, se joignent aux républicains pour séparer le commandement de l’armée du gouvernement civil. Il ne s’est rien passé de fort considérable dans les délibérations de ces dernière jours ; seulement s’est-il ordonné un jeûne et parlé des impositions qui se lèvent sur l’Angleterre, dont l’on veut rt'gler le temps, et ce du consentement même de la cour, qui voit que ce serait choquer quelques députés de les déclarer perpétuelles, quoique l’on fasse état d’en obtenir la continuation à longues années.

10» Extrait et translaté de la lettre anglaise du colonel Talbot au colonel Preston.

Broiclle*, — 12 tTril I659«

J’ai pensé de vous communiquer une chose pour la dire

à M. le cardinal. Le père Pierre Talbot, jésuite, mon frêie, est allé la semaine passée à Londres, employé parle marquis de Caracena et don Alonzo de Cardefias, vers le Protecteur. Le secrétaire d’ÈtatThurloe lui a envoyé un passe-port. Je suis la seule personne qui le sache, outre ceux que j’ai nommés, car ledit père Talbot me dit à son partement qu’il faut (|ue j’obëisse aux ordres du marquis de Caracena. Ainsi ledit marquis et don Alonzo de Cardefias me parlèrent hier en particulier, et me dirent qu’il me faudra aller bientôt à Ixindres après mondit frère le père Pierre Talbot. Je vous dirai qu’il est chargé de faire de grandes offres au Protecteur de la part dudit marquis de Caracena, et que A’ewport ou Ostende lui seront donnés en étage s’ils sc peuvent accorder. Je suis résolu de me venger de ceux qui m’ont perdu ici. Je vous prie donc de faire savoir ceci à M. le cardinal et de l’assurer de ma part que, loi'sque je découvrirai davantage de cette affaire, je lui en donnerai avis. J’espérerai que jmr votre moyen il m’en reconnaîtra quelque jour, car il me doit une récompense de mes souffrances. J’ai été réformé deux fois. J’ai perdu mille hommes que j’avais amenés d’Irlande, j’ai été an'êlé et tous mes officiers. Je demande qu’il plaise à Son Éminence écrire à .M. de bordeaux en ma faveur, et à .M. le Protecteur, comme Son Éminence a confiance en moi. Je m’assure que vous repondrez bien de moi à Son Éminence; je vous prie de m’envoyer Icsdites deux lettres. Je me tiens assuré de l’ami que j’ai en Angleterre de mener l’affaire à bout. Et si par malheur je manque à faire celte levée, je me rendrai auprès de vous avec ma commission de colonel réformé, et y vivrai comme je pourrai; faites pour moi telle (.apitiilatiun qu’il vous plaira; je la tiendrai et donnerai aussi bonne caution qu’il y ait en Angleterre. Tenez ceci foit secret; n’en dites lien à M. Talbot, le prêtre: il n’est pas secret. M. le duc d’York n’a pas blâmé ma résolution que ie lui ai dite de vous aller trouver.

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11° M. de Bordeaux au cardinal }fazarin. *

LMdr«i,tl »nl 1659.

Monseigneur,

Ayant fait savoir au secrétaire d’Élat que je souhaitais de l’entretenir, il me vint voir avant-hier; je lui parlai de la paix confurmément aux deux lettres de Votre Éminence des ix< et xj', exagérant le préjudice que l’irrésolution de M. le Protecteur produisait, et la nécessité où le roi sc trouvait d’ac* cepterdes conditions raisonnables, si elles lui étaient offertes. Je me plaignis aussi de ce que, nonobstant toutes les assurances qui m’avaient été données de renvoyer M. Lockhart avec des instructions, il avait paru tout nouveau dans cette alTairc, et témoignai qu’elle était si fort à cœur au roi qu’encorc que ledit sieur ambassadeur eût sans doute rendu compte de la conférence qu’il avait eue avec Votre Éminence, il m’avait néanmoins été ordonné de presser Son Altesse de prendre sa résolution , crainte que Sa Slajesté ne fût forcée, contre son inclination, de traiter séparément , à quoi elle ne se porterait qu’à toute extrémité et en prenant toutes les précautions pour procurer aussi à l’Angleterre la paix , lorsque le gouvernement jugerait à propos de la faire. I.edit sieur secrétaire d’État commença sa réponse par des plaintes de la défiance que Votre Éminence avait témoignée, audit sieur Lockhart, d’une négociation secrète, et me réitéra les mêmes protestations qu’il m’avait déjà faites que jamais Walter ni autre n’avait eu commission, et que les avis contraires qui avaient été donnés devaient venir de personnes qui voulaient exciter de la jalousie entre la France et l’Angleterre, étant certain que l’Espagne ne savait pas plus les intentions de Son Altesse que le Turc, et qu’il m’avait toujours été parlé avec très-grande sincérité; que je ferais plaisir à M. le Protecteur d’enrenouvelcrlesassurances,etqu’ilne se recevrait ici aucune proposition de paix sans la communiquer à la France ; qu’au reste les grandes instances que j’avais faites ayant obligé M. le Protecteur de considérer quels avantages nous en pouvions rece-

Toir préacnlpment, il avait paru que jamais accommodement ne fut plus à contre temps, puisqu’il donnerait à l’Espagne le moyen de rétablir sa grande puissance et de parvenir à la monarchie universelle qu’elle s’est proposée ; que la conquête du Portugal ne lui pourrait pas manquer ; qu’en Allemagne l’Empereur et ceux de son parti n’auraient pas moins de facilité d’accabler le roi de Suède; que les Prorinces-Unies ne feraient pas exemptes de danger, et que la France aussi bien que l'Angleterre auraient peine, durant une paix, à se garantir des divisions domestiques ; que M. le Protecteur ayant mis toutes ces considérations devant ses yeux, il ne savait à quoi attribuer notre grand empressement au moment que l’Espagne était dans sa décadence, et que, avec la continuation d’une guerre de quelques années, elle serait réduite à un tel état que ses voisins n’auraient plus sujet de prendre jalousie de sa grandeur. Que Son Altesse néanmoins ne laisserait pas de se conformer aux désirs du roi, et qu’à cet effet, il serait envoyé pouvoir à M. IjOckhart de traiter avec le ministre d’Espagne , qui était en France, s’il se trouvait muni d’un pareil pouvoir de son maître, comme il l’avait fait entendre. Je jugeai à propos de repartir audit sieur secrétaire d’État qu’il était vrai que de différents endroits il s’était écrit que l’Angleterre traitait secrètement avec l’Espagne, que je lui en avais même fait des reproches, et que si Votre Éminence en avait encore parlé à M. Lockhart, c’était un effet de la franchise dont elle continuait d’user en déclarant tout ce qu’elle avait sur le cœur; qu’au reste ce soupçon avait été aussi en partie formé par les réponses si indifférentes qui m’avaient été données depuis quatre mois et le peu de confiance que le Protecteur prenai en la France, ne découvrant point ses véritables sentiments', mais que sans doute les protestations qui m’étaient réitérées, dont je me chargeaisde rendre compte, dissiperaient entièrement les impressions que nous pouvions avoir. Et quant aux motifs qui portaient le roi à souhaiter la paix, je lui dis qu’il ne serait pas difficile de les pénétrer à ceux qui savaient en quel état la France se trouvait réduite jiar une guerre de tant

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d’années qui l’aTait épuisée d’hommes et d’argent, et qui alié> nait tellement l’esprit du peuple que la continuation serait capable d’exciter des soulèvements et de donner le moyen à nos ennemis de réparer leurs perles; que d’ailleurs toute la chrétienté en recevrait tant de préjudice qu’il serait impossible d’éviter que la plupart des États ne se joignissent contre les auteurs dé leurs maux et que, sans les grandes avances qui furent frites à Francfort par les ambassadeurs du roi, du consentement de M. le Protecteur défunt, pour effacer l'impression qu’avait conçue toute l’Allemagne de notre répugnance à la paix, elle aurait pris des mesures contre nous avec la maison d'Autriche; que le même inconvénient serait encore aujourd’hui à craindre en rejetant un traité honorable dans lequel il se pourra prendre toute sorte d’assurance pour le roi de Suède, les États généraux et nos autres alliés ; que si, au préjudice de ces précautions, la maison d’Autriche faisait quelques entreprises contre eux, la France et l’Angleterre auraient un juste sujet de recommencer la guerre avec l’approbation des autres nations et de leurs propres sujets, qu’elle se poui^ rait même faire plus avantageusement api-ès quelques années de repos. Qu’à la vérité le roi de Portugal se trouverait en quelque danger, mais qu’outre qu'il ne serait pas raisonnable d’exposer les autres nations à tant de maux pour le conserver, il se pourrait réserver quelque liberté de lui envoyer des troupes auxiliaires et d’en user de la même façon que nouavons autrefois fait en faveur des Provinces-Unies ; que pour ce qu’il était des guerres domestiques, elles nous paraissaient présentement plus à craindre en France que durant la paix, et que si l’Angleterre en était affligée, nous serions aussi plus en étal d'assister le présent gouvernement contre ses ennemis. Qu’enfin,nous ne pouvions souhaiter une plus favorable con- |oncture pour traiter avantageusement et qu’il ne paraissait aucune raison qui dût empêcher M. le Protecteur d’envoyer au plus tût des instructions à son ambassadeur et de réduire CS prétentions à des termes raisonnables, insinuant toujours que nous ne pouvions p;is différer davantage d'écouter le sieur

Pim«iifcl que j’avais déjà fait revenir de la frontière de Flandre, sur des nouveaux ordres de sa cour, pour m'appuyer de ce que j'avais diUle son départ. Ledit sieur secrétaire d’État reçut tous mes discours avec parole précise qu’il en serait usé suivant le désir du roi, sans entrer dans le particulier des conditions denotre accommodement que Votre Éminence pourra juger n’êire guère agréable ici, et je ne sais si ledit sieur ambassadeur n’avait ordre de traîner la fin en longueur autant qu’il pourra. Ses instructions auraient même pu être encore différées sans In crainte que nous ne traitassions séparément, comme il fut publié.

Je passai ensuite aux affaires du Nord et témoignai audit sieur secrétaire qu’ayant fait savoir les sentiments où je l’avais laissé dans noire dernière entrevue, il m’était ordonné de confirmera Son Altesse que nous jugions l’accommodement du Danemark absolument nécessaire à la cause commune,et que pour y parvenir il fallait ôter au roi de Suède toute espérance de secours, s’il ne se réduisait pas à l’exécution du traité de Roskield; que je savais néanmoins qu’il s’attendait d’ètre appuyé par l’Angleterre dans la conquête du Danemark; que ses ministres d’ici n’en faisaient pas mystère; que celui de France, qui est auprès de lui, me l’avait écrit, et que je ne pouvais pas dissimuler qu’il ne me parût très-véi itable, vu la conduite que l’on avait tenue ici en envoyant cette flotte sans me communiquer les instructions données à l’amiral, quoique nous fussions demeurés d’accord de ne rien faire que de concert; que si Son Altesse était encore aujourd’hui dans cette disposition, il fallait parler franchement, et lever par là les justes soupçons que nous devions avoir de ses sentiments afin que, s’ils ne s’accordaient pas à nos principes, le roi pût prendre de bonne heure ses mesures et ne se laissât plus amuser davantage par toutes les paroles qui m’ont été données, ni par le traité de garantie qui semblait n’avoir été désiré ici qu’afin de mieux couvrir les desseins particuliers de M. le Protecteur. Je m’étendis aussi fort sur les préjudices que la guerre du Nord nous a apportés, les

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grandes dépensci que li France avait faites pour maintenir le roi de Suède, sans en avoir reçu aucun fruit et sans espérance d’en tirer d'autres que la diversion des forces de l’Empereur, dont la descente en Flandre n’est guère moins à redouter par l’Angleterre que par la France, ^encore que nous soyons les premiers exposés. Ledit sieur secrétaire d’État, après m’avoir écouté patiemment, me dit qu’il était aussi venu me voir pour me parler sur ce sujet et me faire des plaintes de ce que Votre Éminence a dit au sieur Bord qu’il y avait de quoi s’étonner de ce que scs supérieurs ne faisaient pas plus de diligence pour envoyer leur secours au roi de Danemark et le garantir d’une ruine entière qui rejaillirait sur leurs sujets; que si les États généraux n'avaient point oublié leurs intérêts, ils feraient un dernier effort pour chasser le roi de Suède de ses dernières conquêtes; que la France n’approuvait pas sa conduite, et qu’il fallait aussi prendre gardeàcelled’ Angleterre, y ayant un traité secret entre M. le Protecteur et ce prince,et que c’était contre l’avis de la France qu’elle envoyait d’ici une si grande flotte dans la mer Baltique. Ledit sieur sccrétaired’État ajouta que M. de Tliou en avait parlé en des termes fort semblables à La Haye, de quoi Son Altesse était fort surprise; qu’elle ne s’était engagée dans cette affaire qu’à la suscitation de la France ; que j’en pouvais rendre le témoignage puisque c’était moi qui avais fait des instances trèspressantes pour faire armer une flotte sur la fin de l’automne, et pris Dieu à témoin qu’il ne s’était pas fait depuis aucun traité avec la Suède; qu’il n’était aussi arrivé aucun changement dans les desseins du régime d’Angleterre, et qu’il n’avait encore présentement autre but que l’exécution du dernier traité de garantie; qu’à la vérité, dans notre dernière conférence, il ne s’était pas tout à fait trouvé dans mes sentiments, mais que les ordres du général Montagne ne laissaient pas d’être tels que je les avais désirés, et que s’ils ne m’avaient été particulièrement communiqués, c’était sa faute; qu’ainsi notre défiance était sans fondement et qu'il y avait plus de sujet de nous soupçonner de changement, ce qui mettait M. le

Protecteur en peine. Je désavouai audit sieur secrétaire que Votre Eminence eût tenu tels discours au sieur Borel, mais non pas qu’elle n’eût pu concevoir quelque déPiance d’un dessein particulier de l’Angleterre dilTérent de la fin que nous nous étions proposée, après ce qui s’était écrit de Suède et d’ici; que néanmoins cette jalousie n'aurait pas été capable de faire parler Votre Éminence si positivement, ni de lui faire exhorter les États généraux à prendre des conseils contre l’in, térét de la France qui ne veut pas la ruine du roi de Suède; qu’il n’était pas à présumer que nous eussions fait autant de dé]ienses et pris tant de soins pour après contribuer à la ruine de ce prince; que ces avis donnés par le sieur Bord étaient sans fondement et à dessein d’exciter de la jalousie entre la France et l’Angleterre, et que M. le Protecteur était trop avisé pour ne pas découvrir l’artifice, que je le désabuserais facilement s’il se voulait donner la patience de lire tout ce que Votre Éminence m’avait écrit sur ce sujet, offrant audit secrétaire de lui communiquer ses lettres, et enfin je lui témoignai que comme de tous côtés nous avions des défiances, il était nécessaire, pour les dissiper, de parler nettement. Que de ma part je me trouvais assez instruit des intentions du roi pour lui confirmer qu’il était toujours dans le sentiment d’appuyer les intérêts du roi de Suède s’il voulait s’accommoder au traité de Roskield sans aucune modification, mais aussi de lui ôter l’espérance de secours s’il rejette cette proportion ; qu’au cas qu’il l’accepte et que son ennemi la rejette, la flotte d’Angleterre agira ouvertement en sa faveur. J’ai aussi fait connaître que nous trouvions l’accommodement de Pologne et de Brandebourg .absolument nécessaire, et désirions qu’il fût mandé à l’amiral Montagne d’agir sur ces fondements. Ledit sieur secrétaire d’État me protesta qu’il en avait déjà eu l’ordre en partant , que l’on le réitérerait cejourd’hui par un vaisseau qui devait partir pour le Sund, que l’exécution s’en ferait de bonne foi, et que j’en pourrais par cette commodité informer le ministre de France. Il me convia aussi d’en avertir M. de Thon afin qu’il déclare que le roi ci .M. le Protectem

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sont portés d’un même esprit, et que les Etats généraux con> courent de leur part à la réconciliation et ne se flattent pas que la France approuvât qu’ils tinssent une autre conduite; je lui fis encore répéter, crainte d’équivoque, en quels termes il éi rirait audit amiral, à qui toute la négociation est remise, et les ayant trouvés fort précis et tels que je les venais de proposer, je me chargeai d’en faire parler de même à La Haye et en Suède. Nous convînmes aussi qu’il fallait prendre garde :jue le roi de Suède n’amusât l’amiral d’Angleterre sous difféients prétextes, dans la pensée que sa présence arrêtant le secours des Hollandais, Copenhagen serait réduit par la famine et la peste, que l’on dit y être très-grande, à se

soumettre au vainqueur Je ne vois pas qu’il se puisse

désirer davantage de M. le Protecteur que l’exécution de toutes ces promesses; elle ne se fera sans un peu de violence, la paix lui paraissant très-désavantageuse dans la conjoncture présente. Il s’est déjà remarqué que les avis, arrivés ici de dilférents endroits qu’elle était conclue, ont relevé le cœur aux républicains ; ils se persuadent que le présent régime d’.\nglcterre ayant plus à craindre du dedans, ne s’attribuera pas tant de puissance. Cette considération peut avoir causé tant de remise et doit faire perdre la croyance qu’il se soit traité secrètement avec l’Espagne. Il m’a aussi semblé que toutes les paroles que m’a données le secrétaire d’Etat, touchant les affaires du Nord, ne partaient pas d’une volonté bien libre, et je n’ai pas manqué, écrivant aujourd'hui au secrétaire de M. de Terlon, de l’avertir qu’il observât les ministres d’Angleterre , n’étant vraisemblable que le roi de Suède en ait attendu la flotte avec tant d’impatience sans avoir cru qu’elle seconderait ses desseins entièrement éloignés de la paix

... 11 arriva hier à l.ondres un envoyé de Danemark auquel on fera entendre les résolutions prises en faveur de son maître et j’ai déjà fait savoir à celui de Pologne la disposition oii était M. le Protecteur de s’employer avec la France pour

raccommodement du traité de ses supérieurs. Les apparences de notre paix avec l’Espagne pourront faire prendre ici ce parti et perdre la pensée d’aucun établissement en ces quartiers, l’acquisition et la con.servation n’en pouvant qu’éti-e très-difliciles si le roi de Suède seul s’en mêlait. Un ofTicicr français, parti d’Elscneur sur le commencement de ce mois, rapporte que son infanterie est trop affaiblie pour entreprendre une seconde attaque sur Copenhagen, mais que si la flotte d’Angleterre empêche qu’il n’y entre des vivres, elle ne pourra pas se maintenir longtemps, ce qui en fait parler ici comme d’une conquête certaine. Le Parlement n’a rien résolu de fort important tous ces derniers ours ses principales délibérations ont encore été sur la manière de traiter avec la chambre nouvelle, et il arrêta la semaine passée de n’en point recevoir de parole si elle n’était portée par les membres qui la composent, encore que la chambre des seigneurs eût accoutumé d’envoyer ses messages par des ofliciers de la justice. M. le Protecteur écrivit aussi vendredi dernier à l’orateur du Parlement en lui adressant la requête de l’armée; l’un et l’autre fut mal reçu, et il fut fort trouvés redire à lasuscription delà lettre en ce qu’elle qualifiait le Parlement de Chambre des Communes. Ces petits chagrins semblent ne pas produire grande altération dans e gouvernement pourvu que l'armée ne soit point contraire. L’on avait cru tous ces jours que les officiers inférieurs publieraient quelque acte à son désavantage, mais il ne parait point encore, et ceux de la cour sont assez remplis d’espérance d’un bon suecès dans tous leurs desseins. Il ri’y a aucune nouvelle certaine de la flotte; l’on ne laisse pas de la croire présentement arrivée au Sund, le vent ayant changé ces derniers jours, et quelques passagers rapportant qu’elle était à la hauteur de Seagey au commencement de la semaine passée.

J’ai fait savoir àM. de Faulconbridge la bonne volonté de Votre Eminence, dont il m’a prié de lui rendre très-humbles grâces en attendant qu’il s’acquitte de ce devoir.

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12* M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Lendrcj, 24 «vrÜ 1659.

Honseignear,

J’ai reçu les deux lettres que Votre Éminence m’a fait l’honneur de m’dcrire les 16 et 19 de ce mois; mes précddentcs ayant assez amplement fait savoir les dispositions qui m’ont paru ici sur la paix d’Espagne et l’accommodement des rois du Norf, je n’ai rien & écrire de l’un et de l’autre, ne s’étant rien passé, si ce n’est qu’hier le garde des sceaux et le secrétaire d’État me confirmèrent qu’il avait été envoyé pouvoir à M. Lockhart et ordre à l’amiral Honlague pour agir suivant les résolutions déjh prises, et que nous demeurâmes d’accord de faire demain l’échange de la ratification du traité de garantie ; ils me parlèrent aussi des bruits qui courent que la paix a été conclue b Paris, et je les assurai que tout était en son entier, le roi ayant voula entendre des nouvelles de Son Altesse devant que se déterminer absolument, comme l’on a envoyé de Flandre même des articles assez vraisemblables, il n’est pas facile de désabuser le peuple de l’opinion qu’il a conçue d’un accommodement fort désiré, si ce n’est par les principaux du gouvernement. Votre Éminence ayant M. Lockhart sur les lieux pourra reconnaître par sa conduite s’ils y sont aussi contraires que le secrétaire d’Etat m’a paru, sans néanmoins me déclarer que le colonel Walter était présentement à Londres, où il arriva la veille de Pâques. Le même qui m’en a confirmé l’avis que Votre Eminence avait déjà reçu, me rapporte que l’on ne l’a point encore voulu écouter crainte d’oITenser la France, mais que le colonel Walter prétendait,si ledit sieur secrétaire remettait plus longtemps de l’admettre, de prendre d’autres voies, etque,si l’Angleterre voulait traiter séparément, l’Espagne ne ferait point la paix avec la France; je fais état de mettre demain ledit sieur secrétaire d’Etat sur ce sujet, et s’il m’en fait mystère, je ne laisserai pas d’apprendre d'ailleurs le train de cette négociation, ayant relation narticulière avec celui auquel le jésuite

l’est découvert. Je ne manquerai pas aussi de presser qu’il suit fait un manifeste sur le départ de la flotte; mais il me reste toujours quelque ombrage de la sincérité des protestations dudit sieur secrétaire qui m’était venu voir pour faire instance en faveur des intéressés à la prise faite parle capitaine Laroche, appuyant en même temps les raisons que j’ai écrites à M. le comte de Brienne. Les miennes, quoique plus solides, ne les firent pas départir de leurs instances, et après les avoir interpellés de donner, à la clause qui parle de la cessation d’actes d’hostilité, le même sens qu’elle a dans tous les traités qui se sont faits entre l’Angleterre et les autres États, voyant qu’ils parlaient de lettres de marque , je leur laissai entendre que quand le roi n’aurait pu avec la raison et la justice prévenir le renouvellement de ces actes d’hostilités, il se servirait d’autres voies pour en garantir ses sujets ; ainsi nous nous séparâmes sans demeurer d’accord. Le Parlement n’a délibéré ces trois derniers jours que sur des afTaires particulières, et entre autres il a déclaré un colonel de l’armée, pour des violences par lui exercées lorsqu’il était major général d’une province, incapable de jamais exercer charge de police en Angleterre ; quelques-uns voulaient le casser de l’armée, mais la pluralité se contenta de le dégrader des autres emplois pour ne pas choquer la milice,d’ailleurs peu satisfaite de voir que le Parlement ne défère point à scs demandes et cherche avec tant de sévérité les actions du passé. Ce mécontentement ou quelque autre dessein a fait assembler les officiers chez le lieutenant-général Fleetwood; ils commencèrent hier par prières et oraisons; aujourd’hui ils continuent, et quelquesuns d’entre eux rapportent qu’ils projettent d’établir un Conseil d’État tout nouveau, de réformer l’armée, c’est-àdire de casser les amis de M. le Protecteur, de choisir un général et de prendre quelques mesures pour tirer du Parlement leurs arrérages. Je ne veux pas garantir que cet avis soit en tout véritable, mais il semble que cette assemblée doive produire dans peu quelque changement

DOCUMENTS

M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Loodrei, 17 février 1659.

(Voir le n* XVII.)

Jf. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londrwi IS Mn I9S9.

(Voir le n® XVI.)

M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londrei, 1659. ~t0 ■«».

Monseigneur,

Je n’ai vu tous ces jours ni le secrétaire d’État ni aucun autre ministre; ils ont été si occupés dans le Parlement qu’avec bienséance je ne pouvais pas demander à les enlreteuir; et aussi n’y avait-il pas apparence d’en retirer aucune satisfaction, les affaires se trouvant au même état que quand ledit sieur secrétaire a demandé du temps pour faire prendre une résolution sur l’affaire qu’il m’a été ordonné de lui communiquer. Il ne se peut j«s même juger si le titre de ces remises cessera bientôt, se formant tous les jours de nouveaux incidents qui empêchent que le Parlement ne puisse décider les questions de la détermination desquelles dépend l’établissenient du régime d’Angleterre. Votre Eminence aura pu voir, dans la dernière lettre que je me suis donné l’honneur de lui écrire, que le corps s’était rassemblé l’aprèsdinée à dessein de mettre quelque iiu sur la reconnaissance des nouveaux seigneurs; mais après avoir été assis jusques à

une heure après minuit, l’indisposition de l’Orateur obligea de mettre la délibération au lendemain, sans rien conclure ; tout ce temps fut consommé par les longues harangues de tous les partis; il y eut même des reproches et menaces de part et d’autre, et l’un des députés ayant voulu donner de la terreur en représentant M. le Protecteur armé, le général Fairfax s’emporta fort et se fit tenir, ne voulant plus demeurer dans un lieu où l’on prétendait faire prendre par force des résolutions. Le secrétaire d’État ne fut pas épargné sur ce qu’il laissa aller quelques paroles contre les républicains; et même, si la question eût été vidée ce soir, le parti de la cour ne l’aurait pas emporté. Le lendemain le Parlement demeura encore assis jusques à dix heures du soir, et il passa seulement d’ajouter à la question : a Sauf le droit des anciens pairs qui n’ont rien fait contre le gouvernement, en cas qu'ils soient légitimement appelés, d’être membres de cette Chambi-e des seigneurs, n Cet adoucissement fut proposé par le parti de la cour pour donner quelque satisfaction aux vieux pairs, et par cette apparence empêcher beaucoup de députés qui en dépendent de se joindre aux républicains. Il ne passa néanmoins que d’une voix de faire cette addition à la question, ceux qui ne veulent point du tout traiter avec la nouvelle Chambre y étant contraires ; il semblait que le parti de la cour ayant prévalu avanl-bier, l’affaire dans le fond ne dût plus recevoir de difficulté et dût être terminée hier; mais il fut formé un nouveau incident, savoir si les députés d’Écosse et d’Irlande devaient avoir voix dans cette affaire, et ce fut apparemment à dessein d’affaiblir, en les éloignant, le parti de la cour. L’indisposition de l’Orateur l’ayant obligé de demander que la compagnie le déchargeât de l’emploi, ou aa moins lui donnât du temps pour se recouvrer, son excuse fut admise; un autre fut élu pour servir pendant son absence seulement, et la nouvelle question remise à ce matin ; elle s’est agitée et a été remise à demain, sans grande apparence d’être terminée, la matière pouvant donner lieu à tous les orateurs de gagner temp; ainsi l’on ne peut encore prévoir

DOClIMENTb

(|uana ce sera la fin de tous ces di^hals, ni quand M. le Pi'o- , lecteur sera en état de songer à d’autres afTaircs. Hier, le major général Overton que le Parlement a fait emmener de Jersey, où il était prisonnier, entra dans I^ndres, ayant un cortège de 4 à 500 chevaux, gens volontaires qui étaient allés au-devant de lui ; l’on ne laissa pas de le tenir encore resserré, et la cour a été peu satisfaite de la vanité qu’il a eue de souffrir que ce peuple l’accompagnât et que même la plupart portassent du laurier. Telle fut l’entrée de ces trois particuliers qui avaient été mutHés par le jugement des évêques d’Angleterre devant ces derniers mouvements; mais il n’y avait point en ces temps d’armée pour maintenir l’autorité du roi, et le Parlement était disposé autrement que celui d’aujourd’hui, ce qui ôte tout sujet d’appréhender les suites de CCS assemblées populaires. La veuve du ministre Hewett, qui fut décapité l’été passé, a aussi ces derniers jours présenté requête contre ceux qui ont jugé son mari, et il a été fait d’autres plaintes contre les majors généraux qui ont gouverné le pays quelque temps; mais toutes ces procédures ne sont en aucune façon considérées , le Parlement étant bien intentionné. C’est, Monseigneur, tout ce que les aflaires ici me donnent présentement sujet d'écrire; je remets aux lettres du secrétaire de M. de Terlon à informer Votre Éminence du succès de l’assaut que les Suédois ont donné à Copenhagen ; leur perte s’est d’abord publiée ici plus grande qu’elle n’est, et pour empêcher qu’elle ne produise quelque mauvais effet, les ministres de cette nation font maintenant courir le bruit que leur roi a depuis emporté la ville; mais le secrétaire d’État n’en a point la nouvelle, et elle est peu vraisemblable. Le général Montagne est tous les jours sur le point de partir pour la flotte; je n’apprends pas néanmoins qu'elle se doive encore mettre en mer, et si l’événement de cet assaut n’a fait prendre quelque autre résolution, l'on ne se pressera pas de la faire sortir devant que l’on ait des nouvelles de celle de Hollande . . .

HISTURIQUES.

M. de Bordeaux au cardinal Matarin.

LMdr««, 24 «*ril 1659.

(Voir le n* XVIII.)

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