‹ Histoire du ProtectoratChapitre 103 sur 118 · de Bordeaux au cardinal Mazarin · texte numérisé non relu

de Bordeaux au cardinal Mazarin

Loadr*«,28 tnii I6S9,

L’ordinaire d’aujourd’hui ne m'ayant point apporté de lettres de Votre Éminence, et n’ayant point vu tous ces jours les ministres de M. le Protecteur, je ne me donne l’honneiir de lui écrire que pour satisfaire la curiosité qu’elle peut avoir pour les affaires du dedans de l’Angleterre. .Ma précédente a déjà fait savoir l'assemblée du Conseil de guerre, composé de tous les hauts et bas officiers , même des enseignes, qui se trouvent à Londres, et les matières que l'on m’avait rapporté devoir être traitées. Il y fut en elfel parlé de la réformation des officiers peu religieux et qui n’avaient point d’intérêt dans l’armée, même du généralal, comme aussi de demander au Parlement une confirmation de tout ce qui s’est passé devant et après la mort du roi , et qu’il fût pris des sûretés contre les royalistes. La suppression de la royauté fut aussi mise sur le tapis, mais ce fut sans venir à aucune conclusion; seulement fut-il arrêté de se rassembler après-demain et que cependant un comité de douze officiers examinerait la matière. L’événement de ces délibérations et quelques avis d’un dessein formé de séparer Je commandement de l’armée du gouvernement civil, jusquelà qu’il SC parlait déjà de faire plusieurs généraux pour affaiblir le pouvoir du Protecteur, ayant donné l’alarme, ses amis ont aujourd’hui fait arrêter dans le Parlement, nonobstant les

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traverses des républicains, qu’il sera défendu aux officiers de s’assembler sans le consentement de M. le Protecteur et du Parlement; qu’ils se retireraient chacun n sa garnison, et que ceux qui refuseraient de reconnaître l'un et l’autre seront cassés; qu’il leur sera donné un acte d'indemnité pour les actions passées, qu’il sera pourvu au payement de leurs arrérages et que les royalistes s’éloigneront de I.omlres; la Chambre nouvelle doit être conviée de donner son consentement à ces délibérations, et si elle en fait difficulté, il ne laissera pas d’être passé outre à rexécution. Dans le même temps que ces résolutions se prenaient, M. le Prolecteur a mandé les officiers, sous prétexte de leur faire savoir ce que le Parlement était disposé de faire sur la requête qu’ils lui avaient présentée; et après leur avoir promis satisfaction entière, il s’est plaint de leurs assemblées dernières comme contraires au respect qu’ils lui doivent et au Parlement, leur en a défendu la continuation et commandé de se retirer oii leurs charges les appellent. Le major-général Deshorongh a voulu justifier ce qui s’était passé dans les assemblées ; M. le Protecteur n’a pas laissé de leur réitérer l’ordre de se séparer, professant un oubli du passé; et sur ce commandement ils sont sortis sans répartir, et aussi sans que l’on puisse dire certainement qu’ils y obéiront. L’on me rapporte présentement que M. le Protecteur a été averti d’un dessein formé de l’arrêter cette nuit, et que pour le prévenir tous ceux de son parti ont ordre de se tenir sous les armes. Il est en effet assez vraisemblable que, si l’armée doit agir, ce sera dans peu, crainte que le Parlement lui étant contraire, aussi bien que la ville et toutes les personnes de condition, et la cour ayant aussi quelques officiers fermes dans ses intérêts, tous ces corps joints ensemble ne rompent leur entreprise. C'est aussi l’opinion la plus plausible qu’elle ne se portera pas aux extrémités, les chefs et les moindres officiers étant trop établis pour hasarder sans nécessité leurs fortunes. Il s’en pourra écrire plus positivement par le prochain ordinaire. Il s’est pflblié ces derniers jours que l’accommodement

de la France et de l’Espagne était conclu, et quelques-uns s’ihiaginent que cette créance a pu contribuer au mouvement présent, soit qu’il se juge à propos de l’effacer, suit que les avis en soient venus ; il se dit maintenant que M. Lockhart a écrit, par ses dernières lettres, la rupture du traité. M. le Protecteur a aussi voulu persuader aux officiers un soulèvement des royalistes en Écosse; mais ce parti, par politique ou crainte, n'a pas dans tous ces temps donné le moindre sujet de jalousie, et il ne se parle plus que de celui de l’armée avec laquelle les chefs des républicains passent pour être unis. Il ne s’est point traité d’aucune autre affaire considérable dans le Parlement à qui les Trembleurs présentèrent avant hier une requête pour la liberté de quelques-uns de leurs frères prisonniers, offrant d’entrer en leur place ; après les avoir entendus, il leur fut commandé de se retirer chacun chez soi et de vivre en repos. La Chambre des Communes envoya aussi la semaine passée l’acte du jeûne à la nouvelle maison, qui les reçut fort honorablement et les traita de la même manière que ses députés le seront. Pourvu que l’armée se soumette, tout se passera sans doute avec la satisfaction du régime.

Il n’est point arrivé de nouvelles de la flotte d’Angleterre; l’on ne laisse pas de la croire arrivée au Sund. Quelques vaisseaux venus de la côte d’Espagne rapportent que celle du trésor était arrivée à Cadix. Je n’ai point vu le seci'étaire d’État tous cesjours, quoiqu’il m’eût paru dans la résolution de m’apporter la ratification du traité de garantie : cette remise est excusable dans la conjoncture présente.

1° M. de Bordeaux au cardinal llazarin.

Loodre», 17 «trit.

Monseigneur,

Les deux lettres que Votre Éminence m’a fait l’honneur de

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m’écrire, les et xi®, ne m’ont pas été rendues assex tôt pour y répondre cejourd’hui; seulement l’assurcrai-je que j’userai de toute diligence pour satisfaire au contenu, que ce n'est pas faute de m’être assez expliqué que M. Lockhart n’a pas eu d’autres instructions , et qu'il ne peut affecter d’étre si peu informé que pour ménager quelque temps. Je ne désavouerai pas aussi que le régime d’Angleterre n’ait sujet de vouloir traîner l’affaire en longueur , et il sera remarqué dans mes lettres que le secrétaire d’Etat me l’a fait entendre, mais non pas avec toute la contiance qu’il devait prendre, et cette manière d’agir avec tant de réserve est ici fort ordinaire. Je ferai demain tout devoir pour l’obliger de parler plus ouvertement. Je n’ai cependant rien à ajouter à mes précédentes ni sur cette matière ni sur les affaires du Nord, si ce n’est qu’il parait, par ce que m’a écrit le secrétaire de M. le chevalier de Terlon, depuis peu, que le roi de Suède se persuade fort d'étre assisté par l'Angleterre dans ses desseins et qu’il ne prétend pas renoncer à la conquête de Copenhagen. J’avais cru que le secrétaire d’Etat éclaircirait le doute où j’étais, mais son silence a continué tous ces jours, et il me donne lieu de lui parler avec toute la fermeté qui peut être désirée pour faire prendre ici des résolutions avantageuses à l’intérêt commun Il n’a été passé tous ces jours aucun acte considérable dans le Parlement, et il s’est principalement occupé à régler le nom et le titre qui sera donné aux membres de l’autre maison, lorsque les Communes traiteront avec eux, sans qu’aucune résolution ait encore été prise, quelques-uns voulant les traiter de seigneurs et les autres de sieurs; et quant aux civilités, il a été arrêté que la nouvelle chambre n’en recevrait pas plus qu'elle n’en ferait. Il a aussi été débattu si le Parlement ordonnerait aux ministres d’annoncer le jour de jeûne, ou les convierait; le premier terme a été trouvé le plus convenable. I.a question des impositions n’est pas encore réglée; les officiers de l’arn.ée ont présenté une requête à M. le Protecteur tendant au paiement de leurs arrérages , à l’assoupissement de toutes recherches contre ceux qui ont exécuté les

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ordre* du gouvernement dans ces derniers temps, eUila per- 8(*cutioii des royalisles qu’ils accusent de faire force menées ; cette remontrance fut résolue dans un conseil d’officiers où les amis de M. le Protecteur se trouvèrent prévaloir en nombre ; les autres ne laissèrent pas de témoigner assez de fermeté dans leurs sentiments, et l’on prétend qu’ils se sentent appuyés par la pluralité des officiers subalternes. Cette requête est aussi en des termes qui laissent les prétentions des uns et des autres en leur entier, s’y parlant avec grande vénération des actes du Long Parlement, et faisant paraître un esprit d’agir toujours sur les anciens principes, ce qui fait juger diversement des intentions de toute l’armée. Il n’y a aucune nouvelle de celle de mer depuis son départ, quoiqu’il soit arrivé ces derniers jours un vaisseau du Sund, et les vents ont été depuis quelque temps si contraires qu’elle ne peut y être arrivée à moins puisqu’elle ne s’est pas prévalue du beau temps qu’il a fait la semaine passée.

2» Ai. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londr««, t?ril 1059-

(Voir le n*XVIir.)

3* M. de Bordeaux à M. de Brietme.

Loodrêi, M âtril 165t.

(Voir le n» XXIII.)

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