T. II U
l’armc'e gou'oracra sous son nom, que le sieur FIccUvood sera fait général et le sieur Desborough lieutenant-général, que celui-ci aura la meilleure part au gouvernement, étant plus habile que l’autre, que les oITiciers qui ont suivi le parti du Protecteur seront cassés, et quelques-uns des colonels réformés |>ar le défunt, rétablis; que les troupes d’ficosse et d’Irlande ne se détacheront point de la cause commune, quand même leurs chefs les y voudraient porter, ce que l’on ne soupçonne point du général Monk : l’amiral Montagne donne plus de jalousie; mais outre qu’il n’est pas absolu dans la flotte, elle ne peut rien faire contre le gouvernement, à moins qu’il n’y eût division dans l’armée, et que pour ce qui est de l’argent, toutes autres voies que celles du Parlement seront mises en usage. Il semble aussi que les républicains ne sont pas satisfaits de ces établissements, que néanmoins ils les souffriront avec moins de |)cine que l’affermissement du Protecteur, y ayant plus d’espérance que ce régime tombera enfin en une république, que si tout le pouvoir était entre les mains d’un seul. Il se projette une déclaration qui, dans peu de jours, donnera lieu de juger plus certainement des choses. Cependant toutes autres affaires cessent, et ayant ce soir renvoyé chez le secrétaire d’État, qui était allé à la campagne, pour lui faire savoir que je souhaitais lui confirmer dans cette conjoncture les sentiments que je lui avais témoignés, il a bien reçu ma civilité, et même m’a mandé que dans un jour ou deux il me verrait ; mais il n’a pas voulu entrer en matière lorsque mon secrétaire lui a parlé des affaires du Nord. Je tâcherai néanmoins, dans la première rencontre, de satisfaire au désir qu’a l’ambassadeur de Hollande de faire concevoir l’article (du traité qui se doit signer à l.a Haye) concernant la réconciliation des Provinces-Llnics avec le roi de Suède, en des termes plus pressants, à quoi je ne vois aucun inconvénient. Il est vrai que le temps n’est présentement guère propre à faire changer les ordres envoyés au sieur Downing, et le général Fleetwood inclinera sans doute à favoriser la cause des Suédois, pour lesquels son
fn'rn a^it à Londres, s’il ne juge ndcessairc de rappeler la flolle dont il est venu aujourd’hui des nouvelles
2“ Le même au même.
Lottdrci, It But 1659.
Monseigneur,
Je vis le *9 de ce mois le secrétaire d’Etat et lui parlai d’abord de la suspension d’armes aux termes que Votre Éminence m’avait prescrits, le conviant de faire prendre, dans le Conseil qui continue de s’assembler, une prompte résolution sur ce sujet. Il me dit que M. Lockhart lui en avait écrit par lu dernier ordinaire, mais que ne faisant point savoir l’état de notre négociation ou traité avec l'Espagne, et l'Angleterre ne recevant aucun avantage d’une trêve de si peu de temps, M. le Protecteur ne pouvait y entrer; qu’il aimerait mieux la paix ou au moins une suspension d’armes de six mois tant par terre que par mer; que ce serait autrement donner à l’Espagne la commodité de se préparer à l’attaque de Dunkerque et à passer des troupes en Angleterre cet été, ce qui l’assujettirait à être autant sur ses gardes et à tenir la même garnison dans cette place que s’il n’y avait aucune sus|>ension d’armes, et néanmoins le priverait des avantages que la guerre peut produire. Il me fit aussi quelque plainte de ce que nous voulions comprendre l’Angleterre comme un État allié, sans lui donner le temps de faire un traité séparé, et me rebattit plusieurs lois que Votre Éminence n’avait point communiqué l’état de la négociation du sieur Pimentel, quoiqu’il fût public que la paix était signée ; que dans cette incertitude M. le Protecteur n'avait pu approuver la trêve et qu’il était mandé à M. Ixickhart de faire une pareille déclaration. Ce discours m’obligea d’exagérer encore plus particulièrement toutes les considérations que Votre Éminence a touchées dans ses dernières lettres pour faire connaître audit
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sieur secrétaire d’Élal la nécessité d’une couilc suspension, et qu’une plus longue donnerait à l’Espagne l’avantage d’accabler le Portugal, de soulager la Flandre et de se mettre en état de refuser les conditions qu’elle offrait aujourd'hui. Je relevai ses plaintes, et le faisant ressouvenir de la conduite qui s’était tenue depuis l’arrivée du dit sieur Pimentel à la cour, je lui reprochai civilement que nous avons agi avec plus de franchise et d’ingénuité que l’Angleterre, dont le régime n’avait jamais voulu déclarer scs intentions ; qu’aujourd’hui même M. Lockhart, quoiqu’il professât d’avoir un pouvoir de traiter, agissait de telle manière que l’on ne pouvait pas croire qu’il eût ordre de conclure, et que ces retardements obligeaient en partie Sa Majesté de condescendre à une trêve qui ne pouvait être d’aucun préjudice à l’intérêt de l’Angleterre, soit qu’il voulût la paix ou la guerre, surtout dans la présente conjoncture, étant à présumer qu’elle n’était pas en condition de faire de grandes conquêtes sur l’Espagne, et que M. le Protecteur et le Conseil d’État avaient trop d’affaires domestiques pour s’appliquer avec liberté à celles du dehors devant que les présents démêlés soient apaisés, ce que nous ne pouvions pas attendre sans grand inconvénient, à moins d’une suspension qui laisse toutes choses au même état où elles sont. Je l’ai ensuite assuré que, quand les conditions d’entie la France et l’Angleterre seraient accordées, dont je n’avais aucun avis certain, si nos alliés ne pouvaient obtenir la paix à des termes raisonnables, nous ne les abandonnerions pas; qu’ainsi en quelque état que fût notre traité, il ne leur ievait pas donner de jalousie, et qu’au reste M. l.ockhart ne pouvait avec fondement écrire que nous n’approuvions pas qu’il traitât séparément, étant certain que l’alternative lui avait été proposée, comme je lui justifiai par l’article de la lettre de Votre Excellence qui en fait mention, et enfin, après un assez long discours qu’il serait inutile de rapporter, je pressai ledit sieur secrétaire de tirer le Roi de l’embarras où il serait si, ayant une trêve en Flandre, les Espagnols attaquaient Dunkerque ou faisaient quelque entreprise sur l’An-
IJISTUlUgUES,
glcterre; il parut persuade de mes raisons et promit que, dès le soir même, il me serait donné quelque réponse précise, sans que j’aie depuis eu de ses nouvelles. Devant que de quitter cette matière, pour découvrir ses sentiments sur le voyage du père Talbot, je lui dis, par manière de raillerie, que j’avais cru le trouver plus disposé à la trêve, ledit père s’étant vanté à quelques-uns de ses amis de l’avoir convaincu que la paix était necessaire à l’Angleterre ; il me désavoua d’avoir jamais entendu de lui aucune proposition de cette nature, me protesta encore que M. le Protecteur d’aujourd’hui n’avait eu la pensée de traiter avec l’Espagne si ce n’est depuis que la France l’a désiré, et que, si l’on avait donné des avis contraires, c’était à dessein d’exciter de la dcllance entre les deux nations. Je passai après aux alTaires du Nord, et, suivant le désir de l’ambassadeur de Hollande, proposai que l’article du traité qui se doit signer à La Haye concernant la réconciliation des Provinces-llnies avec le Roi de Suède fût conçu aux termes que MM. les États Généraux souhaitent; il me dit que le Conseil ne l’avait trouvé à propos, et m’ayant fait voir qu’ils demandaient que non-seulement nous les réconciliassions, mais qu’il fût aussi expressément porté que la flotte d’Angleterre abandonnerait ce prince s’il ne ratifiait le traité d'Elbing avec toutes les dilucidations que les États Généraux y ont ajoutées, et que la France et l’Angleterre demeurassent garantes de l’exécution, je ne jugeai pas non plus que lui de la bienséance d’entrer dans te détail, et ainsi nous demcunlmes d’accord qu’il serait seulement envoyé des onlres aux ministres de France et d’jVngletci re résidents près le Roi de Suède, de favoriser par leur entremise l’accommodement desdites Provinces-Unies à des conditions dont elles aient sujet d’être satisfaites, et dépasser semblables offices avec autant de chaleur pour la Pologne et le Rrandebourg. Ledit sieur secrétaire d’État me confirma que les dernières nouvelles qui lui ont été écrites de Zélande représentaient le Roi de Suède fort mécontent de ce qu'on voulait l’obliger à tenir le traité de Roskield; que néanmoins
M. le Protecteur persistait dans les sentiments qu’il a dê]3i déclarés; et pour en donner encore une marque certaine, il me remit en main la ratification du dernier traité dont l’échange avec celle du Roi avait été différée jusques à cette heure. Je finis ma visite par les mêmes offres et démonstra* tions d’amitié que j'avais déjà fait porter audit sieur secrétaire, le priant d’assurer M. le Protecteur que le roi n’epargnerait rien pour sa conservation. Ledit sieur secrétaire reçut ces civilités avec force remerciements, se chargea de les rapporter à Son Altesse, et me voulut faire croire qu’il y avait apparence de réconciliation, l’armée s’étant satisfaite par la dissolution du Parlement qu’il hlâma d’avoir agi avec un peu trop de dureté à l’égard des officiers. Il est néanmoins treseonstant que dans ce même temps les chefs avaient résolu la convocation du Long Parlement, et que la déclaration s’en imprimait ; l’on veut qu’elle ait depuis été retirée et qu’il se fasse un nouveau projet de gouvernement dans lequel M. le Protecteur aura part en qualité de chef d’un Conseil qui sera composé en partie de ces sectaires de la cinquièine monai'chic, afin de contenter tous les partis ; mais il n’y a encore rien de bien certain, si ce n’est que les officiers cassés par le défunt Protecteur ont été établis dans les charges de ceux qui avaient paru ennemis de la République, en faveur de laquelle il se publie tous les jours force manifestes et déclarations adressés à l’armée d’ailleurs assez portée à suivre ses anciens principes ; et bien que les chefs qu’ils ont aient d’autres visées et veuillent maintenir la division, il leur sera néanmoins bien difGcile de réussir dans leurs desseins pour avoir perdu tout crédit parmi les troupes. la: général Lambert est plus suivi qu’eux. Les sentiments des troupes d’Écosse et d'Irlande décideront la question. 11 s’en parle toujours avec incertitude et l’on ne peut encore en avoir reçu des nouvelles, quoiqu’il ail ces derniers jours couru un bruit que le milord Henry était dans la même condition que M. le Protecteur, c’est-à-dire en une manière d’arrêt. Los royalistes sont cependant pleins de grandes espérances, et il est vrai que peu d’as-
Digili/eri byjGüOgIc
sistance serait capable de les mettre en bonne posture. Quelques-uns d'entre eux se flattent que M. le Protecteur et ceux de son parti ne sont pas éloignes de se joindre à eux, et les républicains, pour le rendre odieux, l’accusent d’avoir depuis peu traité arec le sieur Massey, ce qui n’est pas vraisemblable. Il y a plus de sujet de croire que, devant la fln de la semaine, le gouvernement sera établi, crainte que, la faiblesse de l’armée, qui n’est que de sept à huit mille hommes, étant reconnue, les mécontents ne se prévalussent de la confusion et que les factions ne se formassent. Si le Long Parlement rentrait en autorité, il ne diflérerait pas longtemps l’accommodement avec l’Espagne. Personne ne doute ici que celui de France ne soit signé, ni du mariage du Roi avec l’Infante ; si les avis qui en sont donnés de toutes parts sont bien fondés, j’espère que Votre Ënii ncnce considérera qu’étant destiné chancelier de la Reine et l’usage voulant que des personnes de ma profession soient employées dans les négociations de cette qualité, j’ai un titre de prétendre la préférence, et qu’il y a quelque justice, après tant d’années de service dans un climat froid, de m’approcher du soleil
Le secrétaire vient de me mander que Son Altesse ayant considéré les raisons que je lui avais dites dans ma dernière entrevue pour lui faire donner les mains à une suspension d’armes, quoiqu’elle eût été dans d’autres sentiments, avait pris la résolution de se conformer à ceux de Sa Majesté, et qu’à cet efiet il était ordonné à M. Lockhart d’accepter la trêve, par la lettre qu’il m’a prié de lui faire tenir. Ledit sieur secrétaire m’a aussi mandé qu’il y avait espérance d’accommodement, et il est vrai que les officiers ne paraissent pas être d’accord entre eux-mêmes. J’ai aussi reçu du secrétaire d’Etat deux paquets qui viennent de Zélande et qui feront savoir l’état des affaires de ces quartiers.
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I® de Bordeaux au cardinal Mazarin^
LoB4rt«, 5 Mi 1959»
(Voir le n* XXVI.)
2° Le mime au mime.
LoivdrM, IS mai 1959.
[Voir le n» XXVII.)
1“ .V. de Bordeaux au cardinal Mazarin.
Londreiy 13 mai 1659.
(Voir le n» XXVII.
2° Le mime au mime.
l.ondrei, 15 m«i 1659
Monseigneur,
Je faisais savoir par ma dernière lettre que les oflkiers de l’armée n’étaient pas bien d’accord, les uns voulant rap|)eler le Long Parlement et les autres établir un Conseil dont M. le Protecteur serait le chef. Après beaucoup de négociations entre eux et les principaux républicains, il a enfin été arrêté d’avoir l’un et l’autre; la déclaration s’en dre.sse présentement et elle sera publiée cette semaine, s’il n'arrive encore quelque changement dans les dispositions d’aujourd’hui peu favorables à M. le Protecteur, cette assemblée étant compfisée des vieux républicains qui ont détruit la royauté; l’on a jugé à propos de les faire rasseoir afin d’avoir un corps (|ui, ayant nom de Parlement, pût faire des lois et des levées d’argent; mais ce sera en effet ce Conseil qui dirigera toutes les affairer; il sera composé des chefs de l’armée, entre lesquels
— Cngitizod by.Goovjle
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le général major Lambert a maintenant la vogue, et des plus signalés républicains dont le chevalier Vane est réputé le chef ; ces deux auront grande autorité, et il ne parait rien en Angleterre ni en Écosse qui la doive contester. Le général Monk avait, par sa première réponse, demandé l'interprétation de cette vieille cause devant que de s’expliquer; mais il a depuis, par un exprès, déclaré qu’il ne se détacherait point de l’intérêt de l’armée. Quelques gouverneurs des places d’Angleterre, entre autres celui de llull que l’on croyait fort fidèle à M. le Protecteur, ont pris le même parti. Et quant aux troupes d’Irlande, quoiqu’il n’en soit point encore arrivé de nouvelles, l’on ne s’en met point en peine; elles ont tant d’intérêt à conserver ce pays où sont tous leurs biens, que difTicilcment se pourraient-elles résoudre de le laisser à la merci des habitants du pays pour venir faire la guerre eu Angleterre. Ainsi tout se passera sans effusion de sang, quoiqu’il y ait force mécontents et que les presbytéiiens soient extrêmement contraires à ceux qui entrent en pouvoir ; aussi sont-ils fort disposés à prendre leurs dîmes pour en payer l’armée et à laisser la liberté de conscience. I.Æ prochain ordinaire portera sans doute les particularités de ce nouveau établissement sur lequel il se travaille.
3° Le même au même.
LondrciySO mA)1659.
Monseigneur,
Je n’avais pas douté que les agitations de l’Angleterre ne dussent causer de l’impatience d’en apprendre les suites; aussi n’ai-je pas laissé passer aucun ordinaire sans les écrire avec toutes les particularités qui méritaient quelque réflexion. Ma dernière lettre faisait savoir que le Parlement délibérait sur rétablissement des officiers de l’armée ; devant que la résolution finale fût prise, le sieur Lambert, accompagné de 18 autres colonels, a présenté au Parlement les articles que j’ai dijà envoyés et qui avaient été projetés devant la
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8cance de ce corps, dont une partie a paru prendre en mauraiae part cette adresse qui prescrit la forme du gouvernement j pour l’adoucir, il se répand que l’armée ne prétend point imposer une nécessité de suivre ce modèle, et que même elle ne désire pas que tous lesdits articles soient approuvés, entre autres celui qui regarde la pension de M. le Protecteur; mais que, par bienséance, elle n’a pu s’empêcher de donner quelque marque d’estime à la mémoire du défunt, et qu’il a fallu aussi, pour ne point passer tout d'un coup d’une extrémité à l’autre, proposer un gouvernement approchant de celui qui a été détruit, et que cette visée a fait demander unConseil pour coopérer avec le Parlement ; il avait même été résolu d’établir l’un en rappelant l’autre ; mais le sieur Vane et trois autres des plus signalés républicains, dans une conférence qu’ils curent avec les chefs de l’armée, les persuadèrent de s’en remettre au Parlement (>eu disposé à former ce sénat qu’il faudrait composer d’ofliciersde l’année d’ailleurs assez autorisés; il a été trouvé plus à propos de faire un Conseil d'Ëtat de trente et un membres, dont vingt et un seront pris du Parlement et les dix autres du dehors. Le choix de la plupart SC fit le dernier jour de la semaine passée et s’est achevé ce malin; il a aussi été arrêté que sc|it de ce Conseil, dont le sieur Flectwood serait le chef, présenteront tous les officiers de l’armée, et qu’ils prendront nouvelle commission du Parlement bien résolu de borner si fort le pouvoir, tant du commandant on chef que des autres principaux officiers, qu’ils ne puissent jamais disposer des subalternes fort caressés dans la présente conjoncture. Il se parle même de changer tous les ans de général; mais par les articles que l’armée a présentés, elle reconnaît ledit sieur Flectwood sans aucune limitation de temps, et difficilement se pourra-t-on dispenser de lui accorw der une commission conforme. Il n’a point encore été pourvu aux offices de justice. L’aversion est si grande contre ceux qui ont été en charge sous le Protecteur que, quelque excuse et justification qu’ils aient pu alléguer, et quoique la plupail d’entre eux soient assis dans le Parlement, ils seront dépossé*
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dës, et ce matin l’orateur du Parlement a fait la fonction de chancelier par provision, ce qui a empôché le Parlement de s’asseoir cejourd’hui que peu de temps; il s’est levé après avoir résolu de payer les arrérages dus aux armées de terre et de mer, et après avoir ordonné au G>mité d’envoyer au fils aîné du dernier Protecteur lui demander l’état des dettes de défunt son père et des siennes, comme aussi son sentiment à l’égard du présent gouvernement. Cette dernière question semble être faite pour avoir un titre de lui refuser sa pension s’il ne se soumet, et il pourra bien en ètin détourné par les nouvelles arrivées depuis vingt-quatre heures d’Irlande ; elles portent que le milord Henry, nonobstant sa déclaration, s’est fortifié dans Dublin de deux régiments à sa dévotion, qu’il a trouvé le moyen de donner de l’argent auxdites troupes et tiré parole des chefs qu’ils ne recevront ordre que de lui ou deM. le Protecteur, et que les gouverneurs des principales places s'y sont retirés avec ferme résolution de ne point reconnaître aucune autre autorité. Ces avis remplissent tous les mécontents d’espérance d’une guerre civile. Les royalistes se persuadent que cette division favorisera le retour du roi, le milord Henry n’étant pas capable de sc maintenir sans quelque autre puissance, et n’y en ayant point sur laquelle il puisse mieux trouver son compte que celle du prince légitime. Les parlementaires ne paraissent pas néanmoins fort alarmés, et sc flattent que les troupes d’Irlande suivront l’exemple de celles d’Angleterre lorsqu’elles verront le gouvernement établi et le Protecteur hors d’état de se prévaloir de leur bonne volonté ; ils témoignent aussi être persuadés que ces mêmes troupes ne s’accommoderont pas avec le roi d’Écosse, n’en pouvant tirer autre avantage que la confirmation des acquisitions qu’elles ont faites en Irlande, dont la jouissance leur sera plus assurée en se soumettant au Parlement, qui projette déjà des réformations dans la justice. L’armée même semble n’en être pas exempte, bien que la puissance soit entre ses mains et que, si *lle avait retiré sa protection, le Parlement ne subsisterait pas un moment, quoique le Conseil de la ville de l.ondies ait
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résolu, sur la proposition du maire, de le reconnaître. C’est, Monseigneur, l’état présent des aflaires d’Angleterre ; j’y dois ajouter, pour répondre à la lettre que Votre Éminence m'a fait l'honneur de m’écrire le 21 du courant, qu’il m’avait toujours paru que le roi verrait a\cc regret rétablissement d’une république en Angleterre, et qu’ayant, dans ces derniers temps , reconnu que l’armée inclinait à ce gouvernement, j’ai souvent renouvelé les offres de l’assistiince du roi, croyant que M. le Protecteur, y prenant couliance, se porterait à quelque résolution hardie. .Mais soit que le c(Eur lui ait manqué, comme beaucoup le croient, ou que ses amis n’aient pas voulu s’exposer aux événements d’une guerre civile, il ne m’a jamais été répondu qu’en termes généraux ; et au lieu de m’avouer le danger, le secrétaire d’État, la veille même que le l>ong Parlement fut rappelé, me manda qu’il y avait grande espérance d’accommodement avec rarmée. Lorsque depuis je lui ai continué les assurances de la bonne volonté du roi, il s’est contenté de m’en remercier et m’a mémo offert ses offices auprès du nouveau régime. Après un si grand al>attemeut et l’abandonnement dans lequel se trouvait .M. le Protecteur, et d’ailleurs sa réputation étant telle qu’il n’est pas à croire qu’aucun homme veuille hasardei' pour lui sa vie et sou bien, je ne vois pas avec quel succès la France peut entreprendre sa défense. Il est vrai que présentement l’armée d’Irlande témoigne être disposée à suivre son frère, que l’inclination de la flotte est encore douteuse et que les mécontents d’Angleterre sont en grand norabie. J’avoue aussi que, suivant la voix publique, le présent régime n’a pas encore un solide fondement, que l’armée n’est pas satisfaite de sa conduite, que les petits officiers se défient des chefs, que les presbytériens professent de se l'anger du côté de quiconque se déclarera contre le Parlement, et que ces confusions laissent croire qu’il n’y a rien de si facile que la conquête d’Angleterre; plusieurs même m’ont insinué que c’était une belle conjoncture pour la France si elle voulait employer scs troupes pour son compte ou en laveur du roi d’Angleterre ; mais il faut attendre une déclaration plus
expresse des troupes d’Irlande devant que de former des desseins sur leur mëcontentcment, et il est à craindre que quand elles verront le Parlement agir sans opposition, et les armées d’Angleterre et d’Écosse portées d’un même esprit, tous l'es officiers subalternes ne suivent leur exemple et n’arrêtent le milord Henry. Il est aussi fort incertain que le général Montagne dispose de la flotte; son vice-amiral, plus connu et plus accrédité parmi les matelots, est un grand républicain, outre que, sans un grand fonds que la France ou l’Espagne seules peuvent fournir, clic ne peut se tenir en mer. Pour ce qui est des mécontents d’Angleterre, les plus éclairés de la nation sont .aussi bien que moi persuadés qu’ils ne sont plus capables d’yexciter le moindre soulèvement, etque quand une armée étrangère y viendrait prendre terre, les uns attendraient l’cvénemcnt comme ils firent lorsquele roi d’Angleterre entra avec les Écossais en 1650, et que les autres, par l’aversion qu’ils ont contre les étrangers, surtout contre les Français, SC réuniraient pour s’opposer à nos progrès, encore que nous embrassassions le parti du roi. Ces considérations me persuadent qu’il n’y a présentement rien de solide à faire en faveur du Protecteur qu’à fomenter les divisions d’Irlande et fournir de quoi entretenir les troupes si elles ne se détachent point de ses intérêts ; et .après qu’elles se seront, ]).ir une rupture ouverte, engagées contre la République, s’il ne parait en Angleterre aucunes forces qui les appuient, et si le roi aime encore mieux favoriser le rétablissement de celui d’Écosse que de voir l’Angleterre sous une république, il faudra porter le Protecteur à s'accommoder avec ce prince, de quoi il no s’éloignera pas s’il perd l’espérance de retour. Iæ milord Henry aura encore moins de peine à prendre ce parti, pouvant mieux y trouver son compte qu’avec le Parlement s’il est une fois entré en une guerre, et c’est aussi le plus grand obstacle qu’on puisse opposer contre la République dont les gouverneurs se réuniront, et, aux dépens de leur autorité, se résoudront à plaire au peuple s’ils voient leur établissement en quelque danger. Je chercherai des voies pour faire couuailre à M, le
Protecteur les sentiments de Sa Majesté ; elles sc trouveront avec peine, n’y ayant plus ni des amis du défunt , ni de ses propresdomestiques ouofticiers,que le sieur Tiennes ci-devant garde des sceaux et le secrétaire Thurloe, qui n’aient pris place au Parlement, et fait une espèce d’amende honorable; ces deux -ci même n’auraient pas été plus constants que les autres si l’on les avait voulu recevoir à miséricorde, et ils sont si bien dans leurs affaires que diflicilement s’engageront-ils dans aucun parti ; le milord Faulconbridge s’est retiré à cent lieues d’ici et il ne reste personne auprès du Protecteur capable d’affaires, ni dont la fidélité soit à l’épreuve. Pour ce qui est de M. Lockhart, l’on ne témoigne pas appréhender ses résolutions quand sa garnison serait en sa disposition; la vente de Dunkerque est considérée comme le plus grand mal qu’il puisse faire et elle sc souffrirait sans chagrin; que s'il veut conserver la place, ce ne peut-être qu’aux déjiens de l’Anpleteare; et en s’accommodani ainsi, quelque bonne volonté qu’il ait, les effets n’en sauraient être considérables, et l’argent qui lui a été donne ne servira guère au rélahlissemcnt de son niaitre. Il est même à craindre que l’on n’en ail ici quelque connaissance, les Anglais étant la plupart faux et les Augier grands républicains; je croirais l’emploi des deniers du roi ])lus utiles auprès du milord Henry pour maintenir scs troupes dans la fidélité, n’y ayant rien à espérer que de ce côlé-là; à moins que le roi ne veuille, étant en paix avec l’Espagne, entreprendre la conquête d’Angleterre, dont le régime est assex disposé à prendre jalousie de la France. Pour l'éviter, il est nécessaire de m’envoyer ordre de le reconnaître. J’ai cependant fait dire que sans doute cela ne serait pas différé, et que même je ne laisserais, s’il se présentait quelque occasion pressante, d’agir pour l’intérêt commun des deux nations, d’entrer en conférence et de convenir de ce qui serait jugé convenable à l’un et à l’autre. Le Comité réjiondit à mon secrétaire que si je voulais que cette offre fût portée au Parlement, elle devait être mise par écrit; je ne l'ai pas jugé encore nécessaire, et il suffit d’avoir fait cette démarche pour effacer la déCancc que
l’on pourraitavoir de notre aversion contre le nouveau régime. L’ambassadeur de Hollande communiqua en même temps la résolution de ses supérieurs sur les affaires du Danemark; et le sieur Downing ayant envoyé avant-hier par un exprès le traité projeté ici , le Comité en donna aussitôt communication audit sieur ambassadeur et l’assura qu’il serait dépêché une frégate avec ordre au sieur de Montague pour agir en conformité ; outre que les ministres d’État d'aujourd’hui ont publié être contraires à l’invasion de la Zélande, l’on peut être ici bien aise d’avoir un si licau prétexte de tenir la flotte éloignée tandis que le gouvernement s’établit. Il ne me reste rien à ajouter louchant leurs délibérations et les dispositions qui m’y paraissent, ni aucune autre nouvelle, si ce n’est qu’un vaisseau de Biscaye, qui trans|>ortait trois à quatre cents Espagnols il Ostendc, a été pris dans la Manche, qu’il est arrivé à IMymouth un ambassadeur extraordinaire de Poitugal pour France, que les lettres de Lubeck assurent la défaite de l’armée navale du roi de Suède proche l’ile Dalsew. Celle disgrâce achèvera de le porter à la paix.
1» JU. de Bordeaux au cardinal Mazarii,
Londrai, 12 mai 1659.
;Voir le n“ XXVII.)
2“ Le même au même.
Londrtfy 26 mai 165#
(Voir le n» XXIX.)
3” Le même an même.
Londrf*. 29 mai 1659.
Monseigneur ,
J’ai cru ne pouvoir mieux m’adresser qu’au sieur Thurloe pour satisfaire au contenu de la dernière Icllre de Votre Ëmi-
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nencc, et ayant hier ménagé une entrevne avec lui à la campagne, je l’assurai que le roi n’épargnerait ni argent ni troupes pour rétablir M. le Protecteur, s’il y avait jour à y réussir ; que ses amis pouvaient prendre des mesures sur ce fondement, et qu’aussitdt que je serais informé de leurs desseins je les ferais savoir avec tout le secret et la circonspection nécessaires; qu’aussi de leur part j’attendais qu’ils en useraient de même et ne nous commettraient pas à offenser le présent régime mal à propos. Ledit sieur secrétaire, apres une narration de la surprenante et extraordinaire disgrâce de son maître, me dit qu’il lui communiquerait au plus tût les offres du roi, et que dans deux jours je saurais s’il s’en peut prévaloir, demeurant d’accord que ce serait une entreprise qui tournerait à sa ruine entière et à celle de scs amis, et dont la France pourrait aussi recevoir du préjudice si le succès en était mauvais. Pour reconnaître ce que l’on en pouvait espérer, je demandai audit sieur secrétaire l’état d’Irlande et les dispositions d’Angleterre ; il me parut persuadé que le milord Henry était absolu sur son année, que les inclinations de celle d’Écosse étaient douteuses et que les mécontentements augmentaient tous les jours en Angleterre, les officiers ne trouvant pas dans le Parlement les facilités qu’ils s’étaient proposées et le peuple ne croyant pas la conduite du Parlement différente de celle qu’il tenait devant sa dissolution; que d’ailleurs toute la nation était bien affectionnée au Protecteur ; qu’aussi rien ne manquait que de l’argent pour entretenir les uns dans leur bonne volonté et fomenter parmi les autres de la division ; que néanmoins il ne pouvait pas encore me parler bien positivement de l’avenir devant que d’avoir entretenu Sun Altesse. Je ne le pressai pas aussi davantage, et seulement lui lis-je connaître qu’il était à propos, dans une affaire de cette qualité, d’agir de concert avec toute con- Uancc, d’ouvrir son cœur et de découvrir le mal comme le bien; que c’était la plus sûre voie de porter le roi à faire tous les efforts dont la France serait capable; au lieu que s’il ne voyait pas un procédé correspondant à ses avances, il pourrait
prendre d’autres conseils et abandonner l’entreprise, qui ne peut qu’être trcs-difGcile et de grande dépense. Ledit sieur Tiiurloe protesta qu’il en serait usé aussi bien que nous pouvions souhaiter de la part de M. le Protecteur, que son propre intérêt ne lui permettait pas de s’engager dans une guerre domestique à moins de voir grande apparence à une heureuse lin ; il me recommanda même de ne le point nommer, et par tous ses discours témoigna tant d’apprében* sion des événements, que sans doute il ne hasardera rien témérairement. Je lui demandai ensuite si M. Lockbart ne lui avait rien écrit en parlant de Paris ; il me dit que son secrétaire était arrivé et lui avait donné une lettre en créance, mais qu’il n’avait pu encore l’entretenir, et même me demanda des nouvelles de la paix avec l’Espagne en des termes qui laissent croire qu’elle n’est pas jugée favorable à nos desseins présents, de quoi je tâchai de le désabuser, apres néanmoins quelques reproches de ce qu’il ne m’avait pas parlé sur ce sujet franchement lorsque nous pouvions éloigner le traité. Nous nous séparâmes sans plus longue conversation, la remettant à un autre jour, et convenant de nous revoir avec telle circonspection que le présent régime n’en puisse prendre jalousie, ce qui ne manquerait pas d’arriver s’il se savait que nous eussions été deux fois ensemble. J’avais ce même jour fait dire au sieur Fiennes, ci-devant garde du sceau, que je souhaitais de le visiter, le jugeant assez attaché au précédent gouvernement pour lui confier les sentiments de Sa Majesté; il se défendit de me recevoir, et dans l’entretien qui se Ut avec mon secrétaire il parut sans espérance de retour, parlant du milord Henry comme s’il n’était pas capable de maintenir la division de l’armée d’Irlande; mais aussi ne croit-il pas que le Parlement s’accorde longtemps avec les ofticiers de guerre, les uns et les autres voulant s’attribuer l’autorité entière ; il est vrai que jusques à cette heure l’union n’a point été parfaite, les grands ofliciers prétendant l’établissement d’un sénat qu’ils composeraient d’eux-mêmes, les inférieurs inclinant I une république gouvernée par les
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Parlements successifs, dans rintcrvallc desquels il y aura un G)nscil d'État avec pouvoir d’exdculer leurs lois et statuts. Le Parlement est aussi assez partagé, quelques-uns étant vrais républicains et les autres n'en ayant que le nom. Quant aux armées éloignées, quoi que m’en ait dit le sieur Tliurloe, Monk et les autres officiers des troupes qu’il commande ont écrit depuis peu une lettre au Parlement, pleine de soumission, et je ne vois personne qui doute qu’elle ne soit conforme k leurs inclinations, cette armée étant composée de tous les régiments que le défunt Protecteur savait être portés à la république et qu’il éloignait exprès crainte d’en être traversé dans scs desseins. M. Lockhart et sa garnison en ont écrit une semblable au Parlement dont son secrétaire a été porteur; elle est encore trouvée plus soumiseque l’autre, et l’on pi'étend qu’il ii’a pas été en état d’en user autrement, n’étant pas le maitre de scs troupes. Le sieur Tburloe ne m’avait jKiint fait part de celte déclaration qu’il pouvait savoir, encore qu’elle ne fût pas venue jusqu’à moi quand je le vis, et Votre Kminencc jugera si elle est conforme aux engagements dudit sieur Lockliart. Il n’est point airivé de nouvelles d’Irlande depuis celles que j’ai déjà écrites, et l’on croit que les lettres de ce quartier étantsupprimées, les affaires n’y doivent pas aller suivant le désir du régime; que néanmoins le milord Henry ne tirera autre avantage de la bonne volonté de ses troupes <ju’un accommodement avantageux, n’ayant qu’environ douze mille hommes dont la plus grande partie est nécessaire pour la conservation du pays ; si l’on lui donnait le moyen de les augmenter et de passer un corps en Angleterre, il y aurait lieu d’en attendre quelque chose de plus considérable, et les mécontents se réuniraient, surtout s’ils voyaient la France appuyer ce même parti ou celui du roi d’Écossc ; je n’oublierai pas, lorsque le sieur Thurloe me rendra réponse, devant que de rien engager, du faire tout devoir pour découvrir si ses projets ont des fondements solides, et j’en puis cependant surseoir toute résolution. Je n’ai rien à écrire si ce n’est que ces derniers jours le Parlement s’est occupé à
rhcrrlicr le moyen de payer les armées; que la vente de Wliileliall et Somerset-House , maisons royales, a été le premier qui se soit présenté; aussi a-t-elle été ordonnée; il s’est fait sur ce sujet quelques discours fort aigres contre le Protecteur défunt ; l’on a aussi entendu la requête d’accusation présentée contre l’un de ses plus affidés ministres, quoiqu’il ait pris séance dans le Parlement. L’examinalion des articles de l’armée a été remise à samedi. Il y a eu quelque mécontentement des soldats sur ce qu’il se faisait difficulté de payer une partie de leur solde qui avait été retranchée par le défunt Protecteur; ils furent aussitôt apaisés par l’assurance que l'on leur donna d’une entière satisfaction. 11 se dit que les subalternes officiers ont projeté une requête contre les chefs, entr’autres les sieurs Fleetwood et Desborough, les accusant de vouloir maintenir la tyrannie. Le Conseil d’Ctat ne s’est point encore assis, et le comité a été continué pour le reste de la semaine. L'ordre que le Parlement lui avait donné d’envoyer à M. le Protecteur le qualifiait seulement de fils aîné du dernier général des forces d’Angleterre; cette commission n'est pas encore exécutée. Ce même comité a nommé trois commissaires pour conférer sur le traité signé à La Haye avec l’ambassadeur de Hollande qui m’est venu ce matin faire des civilités de la part de ses supérieurs sur les soins que j’avais pris ici pour l’avancement dudit traité, où il se trouve encore quelque clause de garantie mutuelle touchant le commerce et les impositions du Sund, à laquelle il n’avait pas été jugé ici à propos de s’engager. Ledit sieur ambassadeur m’a aussi témoigné que les États Généraux prévoyaient une grande difficulté à porter le Roi de Danemark de traiter sans ses alliés; je suis demeuré d’accord que c’était un grand obstacle et que la France ne souhaitant pas moins l’accommodement de Pologne que celui de Danemark , le roi ne refuserait pas d’ordonner à son ambassadeur d’agir avec autant de chaleur pour l’un que pour l’autre, et que si le régime d’Angleterre voulait entrer dans de pareils sentiments et envoyer les mêmes ordres à l’amiral MontaguCi
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le roi de Suède aurait peine à s’en défendre. C’est en effet le seul et assuré moyen d’cmpècher la continuation de la guerre de Pologne, étant fort vraisemblable que ce prince ne quittera la Zélande que pour poursuivie ses conquêtes en Prusse. Si le Parlement confère avec moi, je lui parlerai en ces termes. La nouvelle du combat des flottes de Hollande et de Suède se trouve fausse ; celle-ci s’est retirée, à l’approche de l’autre, auprès des Anglais.
4« Le même au même.
L«adr«<, î jaiD 1659.
Monseigneur,
l.e silence du sieur Thurloe ne peut que surprendre Votre Crnincnee; il ne m’a point fait savoir de ses nouvelles depuis notre entrevue dont j’ai rendu compte, et je ne saurais attribuer cette conduite qu’à la crainte qu’il a de s’engager dans une ulT.iire dont révénement soit douteux, n’étant pas à présumer que, s’il voyait jour au rétablissement de son maitie, il refusât l'assistance du roi; après lui avoir offert si positivement, il ne me reste rien à faire que d’attendre sa résolution. Je me trouve cependant assez en peine de satisfaire à l’ordi-e qui m’est réitéré, |>ar la lettre de M. le comte de Brienne du S.*)', de traverser l'établissement de la République, n’y ayant aucune apparence d’y réussir si ce n’est que M. le Protecteur eût un parti en Angleterre ou que ses amis sc rangent du cété du roi d’Lcosse. Je suis averti, par une personne qui se pi-étend bien informée , que c’est leur résolution, n’y ayant rien à faire sans le nom du Protecteur, que l’on asjure aussi être dans le même sentiment. Il est assez vraisemblable que l’Angleterre retombera sous sa puissance, ou qu’il s’y formera une parfaite république, et que pour la faire rentrer dans sa première condition, la division d’Irlande doit être fomentée. Comme jusques à cette heure il ne m’a pas paru que la France voulût appuyer les intérêts du roi d’Angleterre, je n’ai pris aucune mesure avec ceux de son parti ; et même depuis notre alliance avec le défunt Protecteur, ils m’ont considéré comme
/•'ur ennemi. Il ne serait pas diriiclle aujourd’hui de trouver créance auprès d’eux si l’on était porte à les appuyer. J’attendrai des ordres exprès devant que de leur faire aucune avance, cette démarche étant fort délicate et l’événement assez incertain ; beaucoup parlent ou font du bruit sans dessein de s’exposer, et à moins que les forces d’Angleterre ne se divisent ou qu’un corps de l’armée d’Irlande ou des troupes étrangères n’y fa.ssent descente, il ne laut pas attendre que ni les presbjtériens qui sont les jiliis anciens, ni les royalistes prennent les armes} encore est-il à craindre que les uns et les autres n’attendissent l’événement d’un comivat devant que de se déclarer; c'est l'opinion des plus sensés d’entre eux-mômes. Je crois aussi qu’il faut ménager le temps si l’on veut rien entreprendre. Autrement, ce régime, s’il n’est prévenu, s’armera assez puissamment pour opprimer scs ennemis, réunira les esprits de l’armée d’Angleterre en lui accordant partie de ses demandes, et ménagera celle d’Irlande, dont personne ne croit que le milord Henry soit capable de maintenir la division. Les derniers qui en sont venus assurent que huit régiments se sont déclarés pour lui et quatre contre, et que toutes les villes, excepté celle de Drogheda, ont suivi l’exemple des premiers, et qu’il est résolu de ne se point soumettre au l’arlemeiit Je suis aussi assuré que quelques-uns des principaux oflicicrs sont fort enclins à rappeler le roi ; mais en ce pays ils ne sont que rarement suivis des subalternes, et ceux-ci des soldats, si ce n’est que le commandement des uns soit conforme aux principes des autres. L’exemple de cette indépendance se voit tous les jours à Londres, où les caporaux s’assemblent et délibèrent sur les affaires publiques; les officiers, d’un autre côté, tiennent leurs conseils, et tous témoignent appréhender une oligarchie et demandent une république, qui compatirait difficilement avec la disposition présente des esprits d’Angleterre. Le Parlement ne laisse pas de considérer leurs inclinations, et la semaine passée il commença de délibérer sur les articles de l’armée; ceux qui regardent la forme du gouvernement, la
liberté de conscience et la réformation des lois n’ont point
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reçu de difHculté ; il a aussi été arrêté que l’on bornerait la séance du Parlement ; les autres articles sur lesquels il écheait plus de débat, entre lesquels se trouve celui qui parle de la pension de M. le Protecteur, ont été remis à mercredi. L’on attend que cependant il donne sa réponse aux demandes que le sieur Vane et deux autres députés lui portèrent la semaine passée, suivant l’arrêté de la compagnie que j’ai déjà fait savoir; ils ne le traitèrent point de seigneur mais de Sir, qui revient à Monsieur, et lui dirent qu’ils venaient, de la part de leurs maîtres, lui présenter un écrit dans lequel il n’y avait rien qui ne tendit au bien de la République et à son propre avantage, et qu’il eût à donner sa réponse par écrit, ce qu’il leur promit au plus tôt; elle était attendue cejourd’hui, et il aura peine à refuser l'acte de soumission que l’on désire de lui, se trouvant dans le pouvoir du Parlement et toujours logé à Whitehall, où le Conseil d’État commença de s’assembler la semaine passée et continua hier, quoique dimanche, sur le sujet d’une conspiration découverte dont il ne se dit aucune particularité, si ce n’est que queUiues armes ont été découvertes en diOerents endroits d’où elles ont été enlevées, comme tout ce qui s’est trouvé chez les marchands et armuriers. 11 a aussi été tiré ce matin, de chaque compagnie de cavalerie, dix maîtres pour être envoyés en i|uelques provinces où l’on appréhende un soulèvement. Il avait été résolu, devant cette défiance, d’équiper un nombre de vaisseaux considérable, les côtes d’Angleterre en étant dépourvues, et il se fait des levées d’infanterie pour fortifier l’armée de terre. Ces préparatifs donnent créance aux bruits qui courent d’un prompt soulèvement, et que le roi est déjà embarqué avec des troupes pour faire descente en Angleterre. Quoique tout le monde paraisse persuadé de la vérité de ces avis et qu’ils me soient conlirmés de différents endroits, j’ai néanmoins peine à y ajouter foi, et les républicains pourraient bien affecter ces alarmes pour réunir les esprits de l’armée, suivant la pratique ordinaire du défunt Protecteur, qui trouvait d’ordinaire des complots à la veille de sou établissement. Le soulèvement d'Irlande est le
HlbfÜKIQUES.
plus certain obstacle que le Parlement trouve à scs desseins et qu’il espère néanmoins surmonter aisément. J’avais cru recevoir aujourd’hui des lettres de créance pour le saluer de la part du roi, n’y voyant aucun inconvénient, quels que puissent être son inclination et ses desseins, n’étant pas possible que mon séjour ne cause grande jalousie, à moins de reconnaître la seule autorité qui est en Angleterre; comme je ne serais pas autrement souflert longtemps, quelque disposition qu’il y ei'it à un soulèvement, il faut faire celle démarche ou me rappeler. J’apprends que le père Talbot a déjà entretenu un des ministres de l'État, et lui a offert la continuation de la guerre entre l’Espagne et la France si le Parlement voulait remettre les choses au même état qu’elles étaient devant la guerre que l’Espagne prétend n’avoir point eue contre l’Angleterre, mais seulement contre le Protecteur; la proposition ne fut point rejetée mais remise à quelques jours à cause de l’embarras. Il se dit même que depuis l’un des Whileest passé en Flandre, et je ne doute point que l’on ne se porte ici à tout ce que la bienséance permettra pour avoir la paix avec l’Espagne, étant un des plus solides moyens de gagner l’affection du jieuple, surtout de Londres, outre que l’on professe de désapprouver la conduite tlu défunt Prolec- 'Icur; je no puis pas espérer que tout ce qui se passera sur ce sujet vienne à ma connaissance, étant assez vraisemblable (pie les résolutions seront prises entre quelques particuliersdevant que d’être portées dans le Cxmseil et le Parlement, où il sera peut-être assez à propos de faire quelques pensionnaires; Votre Eminence connaît mieux que moi l’utilité que l’on en jieut retirer. 11 ne me paraît rien de résolu pour les alTuires du Nord. L’ambassadeur de Hollande prend le soin d(; solliciter la ralilication et l’exécution du traité signé à l.a ”aye, et pour ne laisser rien qui retarde l’un et l’autre, ses supérieurs lui ont envoyé par un exprès des lettres de créance qu’il doit au premier jour présenter; il se parle toujours incertainement des inclinations de la flotte d’Angleterre qui est dans le Sund, d’où il n’y a point de nouvelles. Ma précé-
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dente a fait savoir la déclaration soumise à M. Ix)ckhart : son secrétaire est toujours à Ixindres et demande le remboursement des avances qu’il a faites pour maintenir sa garnison et pour fortifier Dunkerque.