‹ Histoire du ProtectoratChapitre 112 sur 118 · ADDITION DB LA MAIN DD CARDINAL I · texte numérisé non relu

ADDITION DB LA MAIN DD CARDINAL I

Lorsque le courrier que vous avez dépêché était sur le point de partir, il est arrivé l’autre avec la nouvelle de la mort de M. le Protecteur, que Leurs Majestés ont reçue avec un sensible déplaisir; et en mon particulier j’en ai la dernière affliction, non-seulement pour les raisons de l'intérêt public, puisque je suis persuadé que la continuation de sa vie aurait à la lin contraint les ennemis à donner les mains au repos de la chrétienté, mais par l’amitié que je sais bien que Son Altesse avait pour nous. Je vous prie de témoigner mes sentiments à toute sa famille, et l’assurer, commençant par M. son successeur, que je ne perdrai aucune occasion de le servir. Vous direz, s’il vous plaît, la même chose à M. le secrétaire d’Etat, de l'amitié duquel je souhaiterais fort d’être assuré, ayant grande estime pour son mérite, et étant persuadé que d’une solide correspondance entre nous les intérêts des deux royaumes pourraient recevoir grand avantage. Enfin, vous devez être en une continuelle action , pour faire connaltre,de la part du roi, à toute la famille de M. le Protecteur, et à ses bons amis et adhérents, que la France ne manquera point de les assister de tout ce qui pourra dépendre d’elle, et qu’en se confiant en vous ils peuvent vous faire connaître ce

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qu’il y aura à faire de votre côté , et je tâcherai de faire confirmer les offres que vous aui-ez faites : mais je vous prie de prendre seulement garde qu’il serait impossible au roi de donner assistance d’argent, car Sa Majesté n’en a jws, ni moyen d’en trouver présentement, pour les choses mêmes qui regardent son service, qui sont très-pressées ; et d’ailleurs il y a apparence que Son Altesse aura laissé un très-grand fonds. Il faut aussi qu’on donne de bons ordres pour la conservation de Dunkerque et de Mardyk, car il ne faut pas douter que les Espagnols se serviront du duc d’York et du roi même pour tâcher de détourner les Anglais qui sont dans notre armée et dans les places, se prévalant de cette conjoncture. J’ai dépêché de delà là dessus à M. l’ambassadeur Lockhart. Je n’oublierai rien de ce qui pourra contribuer à l’avantage de la cause commune. Je vous prie de présenter mes compliments en particulier à milord Faukonbrige, et de lui dire qu’il peut compter sur moi comme sur un serviteur qui lui est assuré. J’ose représenter que les plus grandes diligences doivent regarder la ville de Londres et l’armée; car si on peut bien assurer tes deux points , tout le reste ira bien. Je vous prie aussi d’assurer M. l'amiral de mon amitié, et de nous donner souvent de vos nouvelles, et de vous servir de la voie de l'ordinaire, car on reçoit les lettres avec plus de sûreté.

2“ Minute d’une lettre du cardinal Mazarin à M. de Bordeaux.

^•n» 4alc.

•Monsicu r.

Vous avez vu par les lettres que je vous ai écrites de Fontainebleau que , sans attendre de voie quelle face prendraient les affaires d’Angleterre, et si la dignité de Pi-otectcur serait conservée en la |>ersonnc de M. le milord Itichard, l’intention du roi était que vous assurassiez celui-ci et toute la famille qu’ils pouvaient faire, en toutes sortes d’éveuements,

un fondement certain sur l’amitié et protection de Sa Majesté et sur mon très humble service; de sorte que la proclamation de M. le Protecteur d’à-présent donne bien ici une joie extraordinaire par le concours universel de tous les suffrages de ceux du Conseil, des ofllciers de l’armée et des bourgeois de Londres , et par toutes les autres circonstances dont elle est accompagnée ; mais elle n’ajoute rien à la passion qu’on avait déjà de le servir; on a aussi prévenu le désir que Son Altesse a témoigné qu’on portât le deuil de la mort de feu monsieur son père, puisque Leurs Majestés et toute la cour l’avaient déjà pris avant que j’eusse reçu votre lettre, et je vous puis dire sans exagération que c’est là la moindre démonstration que le roi veuille faire de la considération que Sa Majesté a pour la mémoire de H. le Protecteur et de son amitié pour celui qui lui succède si dignement. Aussi a-t-elle fort approuvé les termes auxquels vous avez parlé là-dessus et )a résolution que vous avez prise d’assister aux funérailles d’un prince de qui la mort lui a donné beaucoup de douleur. Je vous ai déjà témoigné combien j’en étais touché en mon particulier; mais je vous avoue que ce que j’ai su depuis des dernières marques qu’il m’a données de son estime et de sa conliance et de la manière avec laquelle il s’en est expliqué avec monsieur son fils, m'a donné de nouveaux mouvements de tendresse et de reconnaissance qui ont redoublé la douleur que j’avais d’une si grande perle, à ce point que je ne puis vous l'exprimer, et sur quoi vous ne sauriez trop vous étendre avec monsieur son fils, en lui faisant mes compliments. Je crois donc que Son Altesse demeurera satisfaite sur les deux premiers points que vous lui avez fait insinuer; mais je serais bien fâché que vous vous fussiez engagé sur le troisième, qui regarde quelque assistance d’argent. Car le roi se trouve dans une impuissance absolue d’y pouvoir donner aucune en a assez de connaissance, et

que l’on est obligé d’emprunter de tous côtés pour soutenir la guerre de Flandre. En mon particulier, je suis en défaut d'argent comptant pour fonmir aux déjienscs qu’il a fallu

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faire en Allemagne et aux sièges de Diinkerqut et de Gravelines, croyant pouvoir dire avec la dernière sincérité . . .

. . , avec plus de joie ce que je ferais pour assister

Son Altesse dans la nécessité présente où elle peut être; et votre protestation ne peut paraître suspecte, puisque quand je n’agirais par zèle et inclination, je le ferais par politique, connaissant assez combien il importe aux intérêts de la France que le présent régime d’Angleterre se soutienne dans l’état où il est. Je vous prie donc de représenter cette impuissance et le déplaisir que j’en ressens le plus fortement que vous pourrez, pour en rendre M. le Protecteur bien persuadé, et afin de sortir de ce mauvais pas avec votre adresse ordinaire, de sorte que Son Altesse ne doute point de la bonne volonté de Sa Majesté et du zèle que j’ai pour ce qui le regarde.

3* Le cardinal Mazarin à M. le Protecteur.

n« U SK Mplembre 1658.

Monsieur,

J’ai tant de raisons d’être sensiblement touché de la mort de feu Son Altesse Sérénissime M. le Protecteur, que je n’emploicrai pas beaucoup de paroles pour témoigner à Votre Altesse Sérénissime la douleur qu'elle m’a causée, laquelle j’éprouve bien être de celles qu’on renferme dans un triste silence, parce qu’elles sont au-dessus de l’expression; et véritablement quand je ne regarderais pas l’intérêt du mi et de l’État dans la perte d’un prince si illustre et si bien intentionné pour cette couronne, il m’a donné, même dans les derniers moments de sa vie, des marques si obligeantes et si glorieuses d’estime, de conGance et d’amitié, que je ne puis assez regretter sa perte ; ce qui adoucit en quelque façon mon déplaisir dans ce funeste accident, c’est de voir que Votre Altesse Sérénissime ait été proclamée son successeur, avec un applaudissement si universel, et d’être fort persuadé que Don-«eulement elle se conformera à ses sentiments, pour

ëlablir une union indissoluble avec la France, mais qu’elle voudra bien m’honorer de la même bienveillance que Son Altesse avait pour moi, puisque j’ai une très-forte passion de les mériter par mes services, et la qualité de, etc.

A» Le cardinal Mazarin à M. de Bordeatuc.

D« Ptrif, I* 5 Mtobrt 165fl.

Monsieur, j’ai reçu votre lettre du 26 du mois passé : je vous remercie de la ponctualité avec laquelle vous m’informes de l’état où sont les affaires en Angleterre , et je vous prie de continuer. Je suis bien aise de voir que le présent régime s’affermisse de plus en plus, et que M. le Protecteür s’acquière l’estime et l’affection de tout le monde. Je demeure d'accord que l’assemblée d’un Parlement pourrait exposer les choses à quelque changement, mais je ne vois pas quels moyens on trouveia de pouvoir soutenir la guerre et toutes les autres dépenses qu’il y aà faire, sans cette convocation du Parlement. Je vous prie de m’éclaircir un peu là-dessus; et cependant vous devez éviter, comme je vous ai déjà mandé, de laisser espérer aucune assistance de ce côté-ci, parce que nous sommes dans une impuissance absolue d’en donner, quoique le roi ait pour cela toute la disposition et la bonne volonté imaginable; ç’aétéM. [o)ckhartquia différé d'exécuter l’ordre qu’il avait reçu de venir à la cour, pour faire les compliments de son nouveau maître, sur ce que je lui ai mandé que Sa Majesté l'en dispensait présentement, aimant beaucoup mieux qu’il demeurât à Dunkerque pour la sûreté de cette place, où il peut être utile en diverses rencontres au service même Je ladite Majesté. Mais comme il pourra s’acquitter de sa commission dans quelque temps, il faut que vous tâchiez d’empêcher qu’un n’envoie quelque autre personne ici en sa place, parce que ce ne serait qu’un embarras et une dépense superflue pour M. le Protecteur et pour nous; le sieur Lockhart peut aussi fort aisément faire les fonctions de son

ambassade, s’il cunscne suii guuieiiieiiîeut j car l’hiver il est en lilærld de venir ici, et le roi étant à la campagne presque tout l’été, il peut demeurer dans sa place pendant ce temps-là, qui est celui auquel elle pourrait courir quelque risque. Il est même de lasatisfaclion de Sa Majesté que celh soit, ainsi; c’est pourquoi vous devez contribuer en cc qui poprra déjiendrc de vous, afin que l’on n’y apporte Aioui changement. Cependant je demeure, etc.

5» Le cardinal Mazarin à M. le président

de Bordeaux. '

De Pari», le 10 octobre 16?SR.

Monsieur,

J’ai reçu toutes vos lettres, dont la dernière est du 10 de ce mois. Je m’étonne que vous n’eussiez pas encore reçu celles du roi que vous a adressées M. de Rrienne. et les miennes en créance pour le compliment de condoléance que vous devez faire à M. le Protecteur, dont je ne doute point que vous ne vous soyez à présent acquitté, et que vous n’ayez aisément détniit les méchantes impressions qu’on voulait prendre oceasion de ce délai de faire concevoir des sentiments de Sa M.ijesté à l'égard du présent régime d'Angleterre.

Sur ce que -M. l’ambassadeur Lockhart m’avait écrit qu’il avait ordre de venir à la cour, je lui ai mandé qu’à présent il devait hâter son voyage , le roi devant partir dans peu de jours pour celui qu’il a résolu de faire du côté de Lyon, de sorte que je crois qu’il sera bientôt ici, et on examinera avec lui les propositions qu’il fera sur une assistance d’argent, dont cependant il sera bon à dire que nous sommes dans une si grande nécessité que vous ne croyez pas que Sa .Majesté soit en état de satisfaire à la passion qu’elle aurait de donner cette nouvelle marque de son nn'ectiim à .M. le Protecteur.

M. de Brienne a été chargé de vous faire savoir les

intentions du roi sur la diflicullë qui se pourrait rencontrer à la edrdmonie des funérailles de feu M. le Protecteur; sur quoi je m’assure que vous vous serez régld.

Je me rdjouis de la libertd de M. le duc de Buckingham, à qui je vous conjure de nouveau de continuer à rendre tous les bons ofüces qui seront en votre pouvoir.

Si vous jugez qu’en faisant quelque rdgal au milord Faulconbrige, ou à sa femme, delà l’dchauirerait davantage pour les intdrcts de Celte couronne, on le fera très-volontiers, et vous n’aurez qu'à me mander a qui sera le plus de leur inclination.

Mandez-moi aussi si le sieur Bodquin est un homme de qui l’on puisse tirer quelque utilité, car en ce cas-là on pourra lui donner encore quelque gratification.

6» Le cardinal Mazarin à M. de Bordeaux.

L« 15 Miobr» i651.

Monsieur, vous savez mieux que personne quels étaient les sentiments de feu M. le Protecteur pour les intérêts du roi de Suède. Je ne doute point que M. le Protecteur d’aujourd’hui n’en soit le successeur, aussi bien que de sa dignité, et ne veuille suivre les errements et la conduite d'un père si intelligent et si habile. Combien la France et l’Angleterre sont intéressées à procurer l’affaiblissement de l’ennemi commun, avec lequel elles sont en guerre , la chose est assez visible. Elle l’est encore par le même principe que cette couronne et cette république contribuent selon leur portée à la subsistance et à l’alTerrnissement du roi de Suède, afin qu’il occupe directement ou Indirectement les forces de la maison d'Autriche d’Allemagne, toutes dévouées au service de celle d’Espagne. Maùs il est nécessaire que ce ne soit pas seulement par démonstration et par mine que l'Angleterre contribue à ce dessein; il faut que ce soit par des effets proportionnés à son pouvoir et à l’exigence des occasions, comme fait la France.

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L’entreprise où le roi de Suède se trouve embarqué aujourd'hui est d’une telle conséquence pour lui et pour la cause commune, qu’elle mérite bien que l’Angleterre fasse un effort aussi bien que nous , pour l’aider à en sprtir avec honneur. L’effort pourtant ne sera pas trop grand pour elle , puisqu’il ne s’agit que de l'assister de quelques /aisseaux, et qu’elle est si puissamment armée par mer. Vous conférerez du détail de cela avec le résident de Suède, et appuierez ses offices de toute la force des vôtres. C’est l’intention du roi que je vous explique et pour laquelle je vous ai fait cette lettre d’un style si précis. Vous ménagerez pourtant en ceci de telle sorte votre conduite qu’il ne paraisse point que nous visions directement a qu’à la conservation d’un allié qui nous est fort considérable, B et comme quelques autres de nos alliés croient pouvoir assister son ennemi sans nous désobliger et sans rompre avec nous, il nous est permis d’user du même privilège sans les désobliger aussi et sans rompre avec eux, et suivre la lui de notre intérêt, comme ils suivent celle du leur. Cela doit être réciproque. Vous jugerez bien de qui j’entends parler.

7° Le cardinal Mazarin à M. de Bordeaux.

D’Auicrr*, U M Mtobrc 1658.

Monsieur,

J’ai reçu votre dépêche du 17 octobre. Il est bon que vous preniez soin de continuer à nous informer de ce qui se passe de delà, et surtout de tâcher à découvrir quelle est l’inclination du présent régime à l’égard des Hollandais et des affaires du Nord , car il est très-important de savoir au vrai ce qui en est.

M. l’ambassadeur Lockhart a fut scs compliments au roi et à la reine, et à Monsieur; il m’a vu aussi deux fois, et m’a parlé de l’assistance d’argent. Je lui ai fait connaître que nous n’étions pas en état d’en pouvoir donner; et néanmoins, pour lui témoigner l’affection que j’ai pour tout ce qui peut regarder la satisfaction de M. le Protecteur, je lui ai offert de

mes pierreries qui valent au delà de deux cent mille écus, et je l’ai fort pressé de les prendre. Mais après m’avoir fait connaître à quel point il était touché de la manière dont j’en usais, il m’a fait de grands remerciments de l’oUre, sans les avoir voulu recevoir. Il m'a dit seulement qu’il espérait que, dans le voyage que nous taisons, nous deviendrions assez riches pour pouvoir assister nos amis ; et moi je lui ai répliqué que très-volontiers le roi le ferait avec grande joie, quand il en aurait les moyens. C’est tout ce que je vous écrirai à présent, remettant à vous entretenir plus particulièrement une autre fois.

8« Le cardinal Mazarin à M. le président de Bordeaux,

Dq 13 novembra 1038.

Monsieur,

J’ai été bien aise de voir par votre dépêche du dernier du passé de quelle manière s’était passée votre audience publique sur les compliments de condoléance et de congratulation que vous avez eu ordre de faire à .M. le Protecteur, et que ^n Altesse ait reçu si obligeamment les assurances de mon trèshumble service, que vous me ferez plaisir de lui confirmer en toute occasion le plus vivement que vous pourrez; j’espère qu’elle dissipera aisément les factions qui commençaient de s’élever contre son autorité; mais je vous prie de prendre soin d’ètre bien averti de tout ce qui se passera sur ce sujet, et de m’en informer ponctuellement. Quand je serai de retour à Paris, je ferai chercher deux beaux barbes pour les envoyer au milord Faulconbrige ; cependant mandez-moi de quelle valeur doivent être les pierreries dont on fera présent à sa femme, et me croyez toujours, etc.

(Arclùvu dei Affauret étrangèrn d* Frtmt*.}

W^ÇlaT>7H,

TABLE DES MATIÊEES

DU TOH£ PREUIEB.

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