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DE L’ANGLETERRE

Hollande. Bordeaux s’étonnait de trouver Thurloe si froid et si méfiant : « Savez-vous pourquoi? » lui dit un jour lord Faulconbridge ; a c’est que Lockhart écrit depuis U peu que votre cardinal lui a paru tout autre qu'il « n’était durant la vie du défunt Protecteur; on est « fort piqué ici de votre refus des 50,000 livres sterling, U cette somme n’étant pas si considérable qu’elle ne pût <f être trouvée si les dispositions du passé n'étaient pas U changées. » Bordeaux protestait et donnait des assulanees, mais sans convaincre. Richard et son Conseil parurent enfin se décider; on annonça à Bordeaux ({u'une flotte anglaise irait dans la Baltique pour tenter une médiation, et, s’il le fallait absolument, pour soutenir les Suédois. La flotte mit à la voUe, rentra peu de jours après, contrar iée par les vents, puis reprit la mer, ■ nais lentement et comme pour se montrer plutôt que |K)ur agir. Évidemment le gouvernement anglais hésitait toqjours, n'osant ni se refuser à une politique qu’il jugeait bonne, ni s’y engager, manquant de hardiesse, d'autorité et d’argent'.

Rien ne décrie plus le pouvoir que l’hésitation, car elle passe pour incapacité ou pour impuissance. Richard avait la conscience de sa faiblesse, et cherchait, en toute occasion, à se décharger, sur le Conseil privé, de la respon-

• Thurloe, S(a(e-Papfrj,t. vil, p. 391 , 41S, 4128, 430, 433, 440, 4ÜS, 407. 405, 490, 505, 511, 512. 516, 520, 522, 532, 535, 543, 545, 6T)3; — Baker, Chromde, 694 ; — Wbilelocke, 675; — Borci«'<ttw: a Maxarin et à Brienne, 31 octobre, H, 18 et 27 novembre, 2, 9, lU ci 23 décembre IG^ (Documents historiques, n* V).

îr, I.IVRE I.— DISSENSIONS DANS

sabilité du gouvernement : « C'est maintenant dans le « Conseil que toutes les résolutions se prennent, » écrivait Bordeaux à Mazarin', et quelques jours plus tard* : • Je ne saurais concevoir comment il est attendu que « j’aie des nouvelles certaines des délibérations d’ici, « sans que le roi fasse fonds pour quelques pensionnai- « res; lorsque le défunt Protecteur vivait, comme il n agissait de son chef, cette dépense a été épargnée avec « moins d’inconvénients; maintenant que l’autorité est « partagée et que le Conseil y a grande part, il est néces- M saire d’en user autrement, pour jieu que cet Étal soit « considéré. » Soit que les pratiques que Bordeaux indii[uait à Mazarin eussent réussi dans le Conseil, soit par le seul effet de ses dissensions intérieures et de son active participation au pouvoir, ce corps, composé des vétérans de la révolution, fut bientôt aussi attaqué que le Protecteur lui-même. On y comptait des Cromwelliens, quel- ({ucs républicains que Cromwell avait tenus là assoupis, et les principaux des chefs mécontents de l’armée. Richard, à qui cette réunion ne pouvait inspirer confiance , traitait de ses affaires et prenait ses résolutions dans un petit comité intime, faisant effort ensuite pour que le Conseil adoptât ce qui avait été ainsi décidé. Thurloe, Saint-John, lord Broghill, William Pierrepoinl et lord Faulconbridge étaient les meneurs de cette cab le de palais, comme on disait, qui ne tarda pas à être, dans

• I.c II noTemhre 1658 {norumenU hùlorique», n’ VI).

* Ije -2 décombre 1658 (Doc«n*«»(i Usloriquet, n» VII).

LE COSSEll. DU PUOIECTEUK. /7

le Conseil meme, l’objet de \ives attaijucs. Thurloc et lord Faulconbridge surtout, qui passaient pour les plus actifs et les plus influents, devinrent le point de mire de toutes les colères. Le bruit courut que le Pratecteur voulait faire entrer lord Faulconbridge et lord Broghill dans le Conseil dont ils n’étaient pas membres; Desborougb y dénonça violemment le premier, l’accusant d’avoir formé le dessein de l’enlever, lui et Fleetwood, pour les emprisonner au château de Windsor, et déclarant que, si lord Faulconbridge entrait au Conseil, il n’y remettrait jamais les [)ieds. Tburloe, de sou côté, læu accoutumé à être ainsi détesté et poursuivi pour son propre compte, prit l’alarme et témoigna le désir de si; retirer des affaires ; « Vous avez été informé, » écrivaitil à Henri Cromwell', « des agitations qui ont eu lien

« dans quelques portions de l’arinée; le feu a de

« nouveau éclaté, et naguère, dans une réunion des « principaux officiers et de quelques membres du Con- « seil, il a été dit que Son Altesse se laissait conduire par a les avis de M. le contrôleur et les miens, et qu’elle ne « voulait rien faire sans nous. Instruit de ce projK)s, et a voyant (ju’on répand tlans l’armée que je suis un très- « mauvais conseiller, j’ai demandé à Son Altesse la U permission de me retiier, dans l’espoir que ce serait « un moyen de pacifier les choses; et vraiment, Mylord, « dans le poste que j’occupe, et engagé comme je l’ai « été, du V ivant de votre père, dans toutes sortes d’affai- (I res, je ne vois pas comment je pourrais encore être

• X.e 2 novembre 1658.

ÜR I.IVKE t.— EMBARRAS FINANCIERS

a utile, soit à Dieu, soit à la nation. » Thurloe ne sc retira point; mais ces méfiances réciproques, ces jalousies ardentes, ces scènes de violence faisaient perdre au Conseil toute autorité, et portaient la désorganisation au ( ceur même du gouvernement : a Aussi il se remarque, » t'erivait Bordeaux à Hazarin', a que quelques-uns des « ministres du Conseil, qui étaient fort zélés pour l’inté- « rêt du Protecteur, s’en détachent, craignant de suc- « comber avec lui*. »

Un pouvoir à ce point troublé et chancelant cherche partout un appui, quelque læril qu’il y doive rencontrer. Les besoins d’argent devenaient chaque jour plus pressjuiLs. Une sédition éclata dans la garnison de Dunkerque, «lui n’était pas payée ; Lockhart réussit à la réprimre : Il Mais, Mylord, » écrivait-il à Thurloe*, «« si je ne reçois (I d’Angleterre une forte somme, je serai hors d’état de

« maintenir ici les affaires J’ai dans cette place, outre

« la garnison, cinq cents blessés et malades des troupes « qui sont en campagne avec M. de Tiu^nne; ils n’ont » absolument rien pour subsister, sinon ce que je leur Il fournis aux dépens de la garnison. J’ai déjà importuné « plusieurs fois Votre Seigneurie pour qu’elle me fit Il envoyer des lits et des capotes; je la supplie de s’en a occuper le plus tôt possible; le temps devient très- « froid ; les pauvres soldats qui sont à Hardyke et « au fort Olivier n’ont rien pour se couvrir, ni pour se

* Le 18 noTembre 1658 (Don<m<*nl.v n* VIII).

f Clarendon, State-PaperSt t. III, p.431.

* LeSnoTcmbrc 1658.

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