‹ Histoire du ProtectoratChapitre 25 sur 118 · DANS LA CHAMBRE DES COMMUNES · texte numérisé non relu

DANS LA CHAMBRE DES COMMUNES

la salle. Pendant deux ou trois jours, personne ne le remarqua ou ne se plaignit ; mais le 5 février, un membre du parti de la cour, comme on disait déjà, signala le fait et somma Ludlow de prêter serment : « N’intera rompons pas nos délibérations pour une telle misère», dit Haslerig ; a ce débat amènera de l’irritation ; je ne ■ veux pas, moi , mettre en question les membres d’Ë- « cosse et d’Irlande , qui n’ont pourtant nul droit de siéa ger ici ; je vous en conjure, laissons cela. » L’avis de Haslerig fut appuyé; d’autres réclamèrent : o Nous « sommes ici en vertu de la Pétition et avis qui prescrit « le serment ; quatre cents membres l’ont prêté ; pour- « quoi deux ou trois le refuseraient-ils? Qu’il leur soit a interdit de siéger jusqu’à ce qu’ils l’aient prêté. Aquoi « nous tiendrons-nous si les fondements mêmes sont a ébranlés? » La discussion continua; on s’éleva contre les serments en général , a qui n’étaient que des pièges « pour les honnêtes gens. » Le colonel Eyre déclara qu’élu vers la fin du Long Parlement , il avait refusé le serment, par scrupule, qu’on en avait rendu compte à la Chambre , et qu’elle l’avait admis sans lui rien demander. Divers incidents survinrent qui détournèrent l’attention ou fommirent au laisser-aller un prétexte ; et Ludlow, et probablement quelques autres avec lui, continuèrent de siéger sans avoir juré fidélité au Protecteur'

Le jour même de l’ouverture de la session, la Cham-

I JoumâU of the haute of i. VII, p. 593 ; — Burton, Diary^ t. III. P* 3, 71; — Ludlow, Mémoires, t. II, p 413 417, — Bordeaux à Uatarin, 20 février 1659 {Documents hitiori^uet, n* XXll),

44 LIVRE I THURLOE PROPOSE

bre avait élu pour son orateur Benjamin Chute, homme modéré et accepté de tous les partis. Deux jours après son installation, il hésita dans un acte qu’il avait à faire en sa nouvelle qualité, et il soumit à la Chambre ses doutes sur l’étendue de son pouvoir : a Je n’aime pas, ■> s’écria Haslerig, a à entendre dire qu’il manque quelque « chose à cette Chambre; je ne connais point de code a de lois que vous ayiez à consulter. Monsieur l’orateur, a vous êtes maintenant le plus grand personnage de l’An- « gleterre... excepté ce qui doit être excepté; je m’ou- « bliais presque. J’ai raison pourtant; je dis que je vous « regarde comme le plus grand personnage de l’Anglee terre, vous, l’orateur du Parlement d’.\ngleterre, ou O des Communes, comme il vous plaira de dire; je ne a veux offenser personne... Ordonnez simplement qu’on a vous apporte le registre dont vous avez besoin; c’est a là ce qui vous convient '. »

Évidemment il était urgent de ne pas laisser oisive une chambre où fermentaient des dispositions à ce point ombrageuses et hautaines : une attaque était près d’éclater contre la présence des députés d’Éco.^^.'c et d’Irlande élus, disait-on, sans l’aveu d’aucune loi et qui n’avaient nul droit de siéger dans un Parlement anglais, la; gouvernement résolut de jeter sur-le-champ dans l’assemblée la question fondamentale qui devait mesurer les forces des [)artis et dérider de l’avenir. Le !•' février, Thurloe se leva : a II a plu à Dieu de mettre un

* Joui'naU ofthe houie of C., t.Vn, P 594i — WhitelockOi p.6^6 ;

— 'Burton, Diary, t. III, p. 4, 1&

Oojili^od by CüOgli:

LA RECONNAISSANCE DE RICHARD CROMWELL 45 a terme aux jours de Son Altesse. On s’attendait à de a tristes suites de ce coup. Dieu nous a accordé le bien- « fait d’un fils de Son Altesse, qui a pour lui les cœurs « du peuple, témoignage de son indubitable droit de « succession. On ne peut voir là que la main de Dieu « qui abat ainsi la famille du feu roi. Dieu élève le pou> « voir du sein de lapoussièrej c’est sa royale prérogative. O II convient à cette Chambre de répondre à cette grâce a en reconnaissant, dans Son Altesse aqjourd’hui en a fonctions, le successeur indubitable... J'entends dire « qu’on prépare au loin de grands efforts pour semer, O parmi nous, des troubles et des dissensions. Pour les « prévenir, montrons à la nation que nous sommes tous a d’accord sur le fondement de son gouvernement. C’est « dans ce but que je propose un bill pour la reconnaisa sance du Protecteur ' . »

Surpris de cet appel soudain au combat décisif, les opposants, républicains et autres, ne songèrent d’abord qu’à l’éluder : « Ceci n’est pas proposé opportunément, n dit Haslerig; « nous avons l)eaucoup de choses à cousi- « dérer, le comité des griefs, les affaires de la religion... « Nous avons eu un Parlement glorieux pour abattre ; « j’espère que celui-ci sera glorieux pour fonder;.. « mais examinons un peu d’abord ce qui a été fait dea puis notre éloignement. Celui qui a quitté cette terre

1 Joumalt of thê ho%ue ofC., t. VII, p. 696; — Burton, 7>tary, t. III, p. 35>33, 71; — Thurloe, State-Papers, t. VII, p. 603; — Part, hist., t. XXI, p.381; — Ludlow, Mémoire», t. II, p.417: — Whitelocke, p. 676 ; — Bordeaux à MoMorin, 10 février 1659 {DocumenU historiques, n<*XlV).

AS LIVRE I.— DISPOSITIONS DU PARLEMENT « nous avait promis des comptes. Les soldats de notre « armée sont nos enfants ; nous sommes tenus de poura voir à ce qui les touche. Nous avons un prince qui est B notre prince, princeps, le principal entre nous. J’ho- B nore sa personne. Je n’en dirai pas davantage. Ne B nous occupons pas d’un bill de cette importance B avant le jour de jeûne et de prières solennelles que a nous avons ordonné. Nous n’avons jamais rien abattu B sans adresser d’abord à Dieu nos prières; n’essayons a pas de fonder sans prier. » Un débat s’engagea sur ces observations, mais court et contenu. Comme Thurloe le proposait, la première lecture du bill eut lieu immédiatement. L’avocat général Prideaux demanda la seconde et la discussion au fond pour le lendemain. Les opposants réclamèrent modestement quelques jours. Us les obtinrent sans peine, et le débat fut fixé au lundi suivant, 7 février '.

Si les hommes n’étaient gouvernés que par des intérêts personnels, éphémères comme eux-mêmes, ceux qui se trouvaient réunis dans ce Parlement auraient eu peu de peine à s’entendre, et le débat qui s’ouvrait entre éux eût été court, car le régime qui en était l’objet avait de quoi satisfaire, pour tous, à de si petits et égoïstes désirs. Us avaient un gouvernement issu de la révolution qu’ils avaient faite, fermement résolu de la maintenir, et maintenu lui-même par une armée forte et glorieuse. Ce gouvernement, partout

t Burton, Diary, t. III, p. 2S-3S.

obéi au dedans et reconnu au dehors, était conforme, dans ses traits essentiels, à leurs idées communes et pratiques : un chef unique et deux Chambres, uon-seulement les hommes modérés et sans système, mais la plupart des républicains eux-mémes, éclairés ou résignés, acceptaient ces bases de la constitution que \’hum~ bit Pétition et avis avait établie : a Si l’on croit qu’un a chef unique vaut mieux, » déclarait Haslerig, «je me a soumettrai à la majorité. — Ne retournons pas au goua vemement du Long Parlement, disait Henri Nevil ; a c’était une oligarchie détestée de tous ceux qui aiment a une république ; nous, républicains, nous sommes a pour un chef imique, un sénat et une assemblée popud laire. d — Selon le capitaine Baynes, « l’ancienne cona stitution, un roi, des Lords et des Communes, ne peut O plus convenir à cette nation, telle qu’elle est aujoura d’hui ; les anciens lords, par leurs grandes propriétés, « balançaient le pouvoir du roi; maintenant la pro- « priété appartient en général au peuple ; le gouveme- « ment doit donc être là. Mais il faut une balance; si K vous pouvez avoir une Chambre des Lords pour en U faire l’offlce, prenez-la ; sinon, ayez un sénat élu par « le peuple. » — Je n’entends pas une seule voix s’élever « contre un chef unique, disait M. Reynolds, et contre « le chef unique actuel, il n’y a pas une seule ohjeca tion. B Richard, en effet, n’était personnellement l’objet d’aucun ressentiment, d’aucune antipathie : a Je a l’avouerai, & disait Haslerig, a j’aime la personne du « lord Protecteur ; je n'ai jamais vu ni entendu citer, en

<8 LIVRE I. -DISPOSITIONS DU PARLEMENT a iui^ ni mensonge, ni fraude ; je lui souhaite, à lui et à a sa postérité, santé, fortune, honneur, sûreté, plus qu’à a aucun homme dans cette nation. » — a Je ne voudrait a pas, » s’écriait Scott, a mettre en péril un cheveu de a la tête de Son Altesse.... 11 est encore à la porte; mais a si vous voulez un chef unique, je l’aime mieux, lui, a qu’aucun autre homme vivant.» — a Je n’ai jamais vu le a lord Protecteur que deux fois, » disait M. Edgar ; a je a n’ai jamais reçu de lui la moindre faveur, et j’espère a que je ne mériterai jamais son mécontentement ; Ir a douceur de sa voix et de son langage m’a gagné le a ceeur ; je trouve le peuple satisfait de son gouvernea ment. » Ce gouvernement n’avait d’ailleurs aucun dessein, aucun désir de tyrannie ; Richard était naturellement modéré, patient, équitable, et ses conseUlers, conune lui, ne demandaient pas mieux que de gouverner de concert avec le Parlement et selon les lois. Pour tous les hommes qui n’avaient pas voué leur cœur à l’ancienne race royale ou à la république pm-e, rien n’était en apparence si naturel et si facile que de s’accommoder du régime établi et de vivre tranquilles, d’un commun accord, sous le nouveau Protecteur'.

Mais tous les partis, et, dans les divers partis, la plupart des hommes importants qui avaient pris part à la révolution, soit pour la servir, soit pour la comhattre, avaient et conservaient dans leur âme ce qu’il n’est pas si aisé de satisfaire, des principes et des

i Burton. Dtarv. t. III, p. 105, 134, I47-I48, 311, 1U4, 113, 134.

passions. Il leur fallait ces satisfactions morales que le |)Ouvoir, même sage et doux, ne saurait donner à ceux jont il olTcnse, par son existence seule, les convictions et les sentiments.

Les républicains soutenaient la pleine souveraineté du peuple et sa toute-puissance. Selon eux, tous les pouvoirs devaient émaner du peuple et ressortir à lui; nul n’était légitime si le peuple ne l’avait créé et n’en restait maître. Et la Chambre des Communes, élue par le peuple, le représentait seule, et était, en son nom, le gouvernement souverain, soit directement, par les pouvoirs qu’elle exerçait elle-même, soit indirectement, par sa suprématie déclarée sur les dépositaires des pouvoirs qu’elle n’exerçait pas.

Les Cromwelliens , par expérience et instinct politique plutôt que par un principe clairement compris et déQni, ne pensaient pas que le peuple suffit à faire le gouvernement tout entier, ni qu’il eût le droit de le défaire et de le refaire à son gré. A leur avis, pour le maintien et le bon ordre de la société, il fallait au gouvernement quelque base subsistant par elle-même, reconnue du peuple, mais antérieure et, dans une certaine mesure, supérieure à sa mobile volonté. Dans l’origine la conquête, plus tard l’hérédité monarchique et la prépondérance des grands propriétaires du sol avaient créé, dans le gouvernement de l’Angleterre, ces pouvoirs indépendants et inunuables en droit, dont la société ne pouvait se passer. Par le cours des choses, la propriété territoriale avait, en partie, changé de

to LIVRE I.— DISPOSITIONS DU PARLEMENT m<Tins; par ses propres fautes, l’hérédité monarchique avait succombé ; mais Dieu avait suscité Cromwell, et lui avait donné le pouvoir avec la victoire. Vainqueur et maître en fait, Cromwell entouré de ses compagnois? de guerre, et traitant avec une Chambre élue pur U peuple, avait fondé, pour son successeur comme poui lui-même, le Protectorat et sa constitution. C’était li ce pouvoir antérieur et indépendant, né des événements, non de la volonté du peuple, et que le peuple ne pouvait détruire à sa fantaisie, pas plus qu’il ne l’avait créé. On ne pouvait mettre en question ce grand fait, accompli sur les ruines de l’ancienne monarchie et au nom de la nécessité, par le géuied’un grand homme soutenu de Dieu; on n’avait qu’à le reconnaître.

Issus l’un et l’autre de la révolution, et seuls libres sous sa loi, les deux partis républicain et Cromwcllien exprimaient seuls tout haut leurs idées ; mais à côté d’eux, puissant, quoique proscrit, le parti royaliste gardait aussi les siennes. 11 pouvait, pour servir sa cause, se prêter aux plus menteuses alliauces; mais il persistait dans sa foi politique, et repoussant également et la ropublique érigée par les Communes au nom de la souveraineté du peuple , et la monarchie fabriquée par les régicides au nom de la nécessité, il ne reconnaissait de pouvoir légitime que celui de Charles Stuart, héritier du trône, gouvernant avec les deiLx Chanilires du Parlement, selon les lois traditionnelles du pays.

Avec leurs principes, ces partis conservaient leurs passions. La forte domination de Cromwell les avait

comprimés; mais elle avait été trop courte pour les user. Rendus à eux-mêmes et remis en présence, ils se retrouvaient avec ces rancunes, ces méfiances, ces colères dont les luttes religieuses ou politiques avaient rempli leurs cœurs; et si quelquefois, par patriotisme ou par prudence, ils essayaient de s’en taire, plus souvent ils s’y laissaient emporter, ou même, ili mettaient, à les témoigner comme à les ressentir, leui devoir et leur honneur.

Animés de tels sentiments et attachés à des maximes si contraires, ces hommes ne pouvaient s’accorder, ni fonder ensemble un gouvernement, quelque intérêt qu’ils y eussent d’aUleurs : le débat suscité par la proposition de Thurloe ne tarda pas à le prouver. Le jour où il s’ouvrit, au début de la séance, personne ne prenait la parole; tous semblaient frappés d’une anxiété inomobile; Haslerig s’agitait à sa place; on le provoqua à parler, en lui en supposant le dessein; sa vanité surmonta son hésitation : « Je ne m'étonne pas de ce a silence dans une si grave affaire, » dit-il; a je me a sens bien faible; n et il se lança aussitôt, avec sa pétulance accoutumée, dans un discours qui dura trois heures, reprenant toute l’histoire de son pays, la conquête normande, la grande charte, la fondation des deux chambres, le despotisme des rois, celui de Charles I" en particulier, sa lutte avec le Long Parlement, son procès et sa mort, la république proclamée, le Long Parlement chassé par Cromwell. Ici il s’arrêta : a J’au- « rais prononcé, a dit-il, « sur ceux qui commirent cet

« acte horrible , la sentence la plus sévère qui ait « jamais été portée contre des hommes, et j’en aurais, « de grand cœur, été moi-même l’exécuteur. Je leur O pardonne maintenant, et à ceux qui sont morts, et à

« ceux qui vivent Mais certainement tout le sang

« anglais n’a pas été répandu en vain. Ce fut l’œuvre a glorieuse de notre Sauveur de mourir sur la croix a pour notre salut spirituel; ce fut aussi une œuvre O glorieuse, pour notre salut civil, de mettre fin au « roi et aux Lords. Originairement le droit, sans nul O doute, réside dans le peuple ; quand le pouvoir tombe, « indubitablement le droit revient au peuple. En 1633, a notre général considéra le pouvoir comme dévolu <1 tout entier à lui, et à lui seul; énorme erreur! le « pouvoir était au peuple. » Ilaslcrig discuta le gouvernement de Cromwell, l’établissement du Protectorat, la Pétition et avis: a Et ce serait là, » dit-il, o toute la « loi pour nous, le fondement de tout ! Ce serait là tout O le fruit que nous recueillerions de tant de sang versé, a de tant de trésors prodigués ! Pardonnez-moi ; il faut a que je vous dise toute ma pensée; le Parlement qui a a fait cet acte était un Parlement asservi, un Parlement a imparfait, un Parlement mutilé, car beaucoup d’entre a nous en avaient été chassés. Nous sommes aujoura d’hui les plus libres, les plus avérés, les plus incona testables représentants du peuple qui se soient réunis a depuis la ruine des trois états du royaume, le roi, les

c Lords et les Communes Nous pouvons faire tout ce

a qui sera pour le bien du peuple; nous avons pou-

RECONNAISSANCE DU PROTECTEUR. o3

c voir sur les bourses et sur les personnes; nous pouvons a abolir toutes les lois, ou une partie des lois, et en faire a de nouvelles. Je vous dirai ce que nous ne pouvons a pas faire; nous ne pouvons pas instituer un pouvoir a égal au peuple, quel que soit ce pouvoir, un chef a unique ou une autre chambre. Dieu est le roi de a cette grande île. C’est Dieu qui a fait l’œuvre ; nous « n’avions, au commencement, aucun dessein d’abolir « le roi, les Lords et les Communes. Ne relevons pas ce a que Dieu a abattu; ne plantons pas ce que Dieu a

« déraciné Examinons sérieusement ce que nous

a avons à faire aujourd’hui, comme représentants du

a peuple et quelque fondement que nous posions,

a que ce fondement vienne de nous et du peuple que c nous représentons*. »

Haslerig n’exprimait pas ses sentiments à lui seul; les principaux meneurs républicains, chacun selon la nuance de sa conduite passée et de sa situation , reproduisirent ou commentèrent son discours; Scott, plus violemment encore; Ludlow, en quelques paroles fermes et sèches ; Packer, avec l’effusion d’un vieux soldat de Cromwell, plein de repentir d’avoir été séduit 3t entraîné par son général, a n était impossible K de laisser vivre le roi Charles,» dit Scott; o nous en U vînmes là comme à notre dernier refuge.... Nous ne a l’avons pas assassiné, ni tué dans un coin; ce que nous U avons fait, nous l’avons fait à la face de Dieu et des

1 Joxtmal» ofthe hou$e of C., t. VII. p. 601i — Pari, t, .XXI,

p. 883; — Burton, Dtary, t. 111, p. 87-105.

a hommes.... Pour moi, je serai contentsi l’on met sur a mon tombeau que j’ai été l’un des juges du roi. » Vane seul s’empressa de répudier, comme il en avait le droit, cette solidarité sanglante : a J’ai cherché, » dit-il, a avec une extrême anxiété , et dans toute a la clarté de mon jugement, ce qu’il y avait à faire U quant au procès du roi ; j’ai été six semaines absent a de mon siège dans cette enceinte ; j’ai horreur du a sang. Mais enfin, comme tout pouvoir réside origia nairement dans le peuple, je suis entré, après cela, a dans les affaires. » Et sa conscience ainsi satisfaite en se distinguant des régicides , il fut , comme républicain , plus sincère et plus hardi qu’aucun autre ; a Quand le Long Parlement a été dissous , dit-il , a vous avez perdu votre possession , mais non pas a votre droit; l’office de premier magistrat a été a pris alors sans aucune loi.... C’est de cet office qu’il a s’agit maintenant sous le nom de Protecteur ; de droit, a l’office réside en vous, et c’est à vous qu’appartient a l’honneur de le donner ou de ne le pas donner, selon U ce qui vous conviendra.... Point de reconnaissance a soudaine et précipitée ; placez votre premier magistrat a sur une base si solide que vous puissiez le maintenir « contre l’ancien système. Si vous revenez à l’ancienne a forme de gouvernement, vous ne serez pas loin de a l’ancienne famille.... 11 serait dangereux de recona naître un titre comme existant par lui-même et ne a venant pas de vous, car il n’y a nulle obligation a d’obéir à un pouvoir que vous n'avez pas confé-

l'y (luDglc

RECONNAISSANCE DU PROTECTEUR. ftS

« ré' Passe encore pour OÜTier Cromwell.il avait

0 violé son serment de fidélité au Parlement, son devoir U envers le public , le respect qu’il devait au grand « corps de qui il tenait son autorité; il avait usurpé le « gouvernement. Hais son mérite était si extraordinaire a que nos jugements et nos cœurs en pouvaient être a aveuglés. 11 s’était frayé le chemin à l’empire par les a actions les plus illustres; il avait à ses ordres une a armée qui avait fait de lui un conquérant , et un a peuple qui avait fait de lui son général. Hais Richard « Cromwell , son fils, qu’est-il? Quels sont ses titres? a Nous avons vu qu’il porte au côté une épée; mais O l’a-t-il Jamais tirée? Et ce qui importe encore plus a aujourd’hui, est-il propre à obtenir l’obéissance d’une a grande nation, lui qui n’a jamais pu se faire obéir par « un laquais? Et c’est cet homme que nous devons recona naître comme notre roi, sous le nom de Protecteur ! « un honune sans naissance , sans courage, sans cona duite ! Pour moi, je le déclare, jamais on ne dira que, « d’un tel homme, j’ai fait mon maître*. »

t Burton, Diary, t. III, p. I07-II3, 145, ISO.

* Rnrton, Diary, t. III, p. 171-180. 227; — Oldmixon, Bût. oftht S(uar(i, p. 430-431 ; — Biografhia britannica, t. VI, p. 3913; — For- •ler, Statumm of the Commomaealth, t. III, p. 177-187, 199-200; — Bordeaux à Maearin, 20 férrier 1659 (Documente hûtoriquee, n°XV). — H. Forstera fait, de la dernière partie du diacours de Vane, un discours séparé qu’il a placé deux mois et demi plus tard, au moment où Richard se laissa contraindre par l’armée à dissoudre le Parlement. Mais Oldmixon, et la plupart des historiens qui font mention de ce discours de Vane, le placent tout entier dans le débat relatif à la reconnaissance de Richard comme Protecteur. Les dernières phrases du discours même l'ia-

5fl LIVRE I.— DÉBAT SUR LA

Celte franchise rude et hautaine demeura sans réponse et sans écho; les Cromwelliens s’en indignaient, mais avec trouble; la plupart des républicains la trouvaient inopportune; les hommes modérés et sans engagements de parti demandaient qu’on en finît promptement du débat, alarmés de voir les périls de la situation aggravés par tant de passion. Quelques royalistes essayèrent, à la faveur d’une discussions! libre, de laisser entrevoirleurs vrais sentiments : a Ce qu’a été le I.^ng Parlement, je O dois m’en taire, pour des raisons d’État, » disait le colonel Gorges ; o je ne ferai non plus aucune réflexion sur Cl le lord Protecteur; qu’ils restent l’un et l’autre en B paix dans leur tombeau ; j’esjière qu’ils n’en sortiront B jamais. » — a Je suis pour la constitution sous laquelle B nous avons si longtemps vécu, » disait M. Stephens; B relevons l’ancien édifice. » Mais ce n’était pas aux amis suspects de la royauté déchue qu’il appartenait de combattre efficacement les doctrines et les prétentions républicaines ; les Cromwelliens déclarés et les memlires nouveaux, partisans de l’autorité, convenaient mieux à cette lutte, et ils ne s’y épargnèrent point : B 11 est trop tard, » dit le major Beake, a pour prétendre B que toüt le pouvoir réside dans cette Chambre; B regardez à votre constitution : il peut y avoir bien

diquent poeitivement ; et le ttC'moignage de Bordeaux, qui en rend compte à Mazarin le lendemain du jour où le dis-

court! fut prononcé, ne laisse aucun doute à cet égard. Si Burton, dans son Diary, ne cite rien de celte dernière partie du discours du Vane, c’est probablement qu’il fut effrayé de sa violence contre le Protecteur et n’osa pas en reproduire les termes.

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