RECONNAISSANCE DU PROTECTEUR
• des choses à discuter dans la Pétition et avis, mais « non pas les fondements ; vous ne pouvez toucher aux « deux colonnes du temple de Salomon; cela n’ap- « partient pas au peuple; je regarde comme très-con- € testable que tout pouvoir soit dans le peuple. » — O Moïse, » reprit un membre inconnu, « n’avait pas été « choisi par le peuple; comment l’auraient-ils choisi, O eux qui voulaient à peine le reconnaître ?... Est-ce que O le peuple choisit Samuel ou Saül? Nos rois étaient a rois avant que le Parlement les eût déclarés tels.... U C’est quand toute règle légale a été abolie que les a novateurs en sont venus à une prétendue règle de a nature , et que , pour s’approprier le gouveme- « ment, ils ont dit que tout pouvoir résidait dans O le peuple.... C’est la main de la Providence qui « a élevé le Protecteur; il était Protecteur avant que a nous vinssions ici. » — a Nous l’avons déjà reconnu, a dit M. Starkie, « en nous réunissant dans cette enceinte a et en prêtant serment à la porte. » — « Par quelle aulo- « rité siégeons-nous ici? » demandait M.Manley; a s’il O faut des fondements nouveaux, il en faut pour nous O comme pour Son Altesse, et nous sommes en question O aussi bien qu’Elle. » — « 11 n’y a qu’une question, » s’écriait M. Steward ; o c’est de savoir si nous ferons tous « ensemble ce que nous avons fait chacun séparément,
« avant d’entrer ici. d Un avocat obscur, M. Freeman, alla plus loin : « Son Altesse, » dit-il , a aurait pu nous « forcera faire ce que nous devons faire; elle aurait pu « amener une armée à votre barre. » Le héros de la
Digilized by Coogle
guerre civile, le général en chef de l’armée du Long Parlement , Fairfax, qui siégeait silencieusement dans rette Chambre, se leva avec indignation, et demanda que Je membre qui venait de se rasseoir fût appelé lui-méme à la barre, pour avoir parlé d’y faire venir une armée. I.es conseillers du Protecteur, en désapprouvant M. Freeman, réclamèrent pour lui le droit de s’expliquer. Il s’expliqua sans faiblesse : a II y a, ■> dit-il, a des exemples « d'un tel emploi de la force. Je ne veux point justifier « ce qui est illégal. Je désire que nous soyons gouvernés R par les lois. Je demande que Son Âltesse soit reconnue R avec les honneurs qui lui sont dus, et de telle sorte R que les Communes ne puissent plus chasser les Cou- R ronnes, ni les Couronnes les Communes', s
Pendant sept jours ce débat continua sans avancer, de plus en plus acharné. Le discours de Haslerig avait rempli toute une séance : a Les Hollandais , » dit Haynard, a vous donneront volontiers 2,000 liv. H st. par jour pour que vous marchiez toujours de R ce pas, car ils auront ainsi le temps de faire, dans H la Baltique, leurs affaires. » Le U février enfin, après divers incidents élevés par les républicains pour retarder une résolution qu’ils prévoyaient contraire à leurs vues, la Chambre vota r qu’elle reconnaissait et R déclarait S. A. Richard lord Protecteur et premier R magistrat d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, et de a tous les territoires qui en dépendent; » mais en même
1 Burion, ZWary, t. III, p. 157, 168, 114, 22Î-2Î3, 115, 117, 131
Digilized by Googic
EST RECONNU PROTECTEUR. .-ifl
temps que le mot reconnailre fut admis, celui d’indubitable fut écarté, et la Chambre déclara en outre que le bill contiendrait « des clauses additionnelles, destinées à « limiter le pouvoir du premier magistrat et à garantir O les droits et privilèges du Parlement, ainsi que les « droits et libertés du peuple, et qu’aucune disposition « de ce bill ne serait en vigueur ni obUgatoire pour « personne jusqu’à ce que le bill tout entier eût été a adopté'. »
Thurloe seul vota contre cet amendement, proposé à l’improviste et adopté sans contestation. Ce judicieux raisonneur ne voulait pas admettre qu’au moment même où la Chambre reconnaissait le Protecteur comme un j)Ouvoir préexistant par lui-même, en droit et en fait, elle tint ce pouvoir en suspens et subordonné aux limites qu’elle jugerait à propos de lui assigner’.
Prise dans son ensemble, la décision était sans doute une victoire pour le gouvernement du Protecteur; mais une de ces victoires qui, dans les Chambres comme dans les camps, coûtent plus cher qu’elles ne valent, et présagent les grands revers. Ce long combat, tenniné par im succès incomplet, avait exhumé tous les souvenirs de discorde, renflammé toutes les passions, profondément divisé les partisans de la révolution, et remis la Répuolique aux prises avec le Protectorat, sous tes yeux des
f Joiimals of thehouie ofC., t. VII, p. fi03 Pari. t. XXI, p. 28^1-284; — Burton, Diary» t. III, p. 117,256-287; — Thurloe, ÿlate-Papers, t. VII, p. 609.
» Pari. hiit.. t. XXI. p. 289.
royalistes ardemment immobiles et attentifs : < La disa sension est telle dans Westminster, » écrivait à Hyde son correspondant John Barwick, o qu’elle finira probsf ^ <1 blement par la confusion; un parti croit que le Proa tectorat ne peut pas tenir ; l’autre, que la République « ne peut pas se relever ; et les indifférents espèrent que O l’un et l’autre auront raison. 11 est aisé de prévoir et « de prédire le dénouement*. »
Quand on en vint à la seconde des questions fondamentales dont le Parlement avait à s’occuper, à la question des deux Chambres, le mal devint bien plus grave encore et le péril plus apparent. Le bill pour la reconnaissance du Protecteur avait été proposé à l’autre Chambre, que Richard et ses conseillers appelaient toujours la Chambre des Lords, en même temps qu’à la Chambre des Communes ; et elle en avait, le jour même, ordonné la première et la seconde lecture; mais elle en était restée là, timide au fond et n’osant faire acte de puissance tant qu’elle était elle-même en question. Les répubUcains désiraient que cette situation se prolongeât, car elle laissait les Communes presque souveraines en enlevant au Protecteur l’appui que l’autre Chambre définitivement constituée eût pu lui prêter. Aussi, quand ce débat s’ouvrit, Haslerig et Vane demandèrent-ils qu’il fût ajourné, et qu’on s’occupât d’abord de régler complètement la situation du Protecteur en fixant les limites de son pouvoir; ils insistèrent surtout pour que la Chambre
• Thurlou, Stale-Paper$, t VII, p.615.
iMiized by Gooj^le
LES DEUX CHAMBRES. 61
statuât sur les questions du commandement de la force armée et du veto législatif, tes plus impoi-tantes de toutes, disaient-ils, pour déterminer la nature du gouvernement : « Je ne sais pas, » dit Haslerig, « lequel est le O plus grand d’un Protecteur ou d’un Roi ; j’espère que « nous l’apprendrons dans ce débat; c’était autrefois une a maxime légale que le roi ne peut mal faire...; si cette « maxime est encore vraie, et si le Protecteur n’est pas O plus grand que le roi, je serai sûr alors qu’il ne peut « pas avoir le veto législatif, car, s’il l’avait, il pourrait « faire beaucoup de mal. » — o Je souhaite, » dit M. Trevor, « que nous réglions l’état du premier magistrat de « telle sorte qu’il ne puisse faire aucun mal; mais « alors, il sera fort douteux qu’il puisse faire aucun O bien. » — « Traitons loyalement les uns avec les au- « très, » dit M. Swinfen ; a nous n’avons pas examiné la « question de savoir si nous voulions une république ; « discutons-la ouvertement, et n’essayons pas de nous « entraîner par des votes indirects. » Vane et Haslerig n’hésitèrent point : «Tout le pouvoir législatif et su- « prême est ici, » dirent-ils ; o vous seuls avez droit de a lier le peuple ; et c’est précisément à cause de cela a que vous devez statuer, et statuer à vous seuls, sur le n commandement de la force armée et sur le veto, avant a de vous occuper de l’autre Chambre. » Leur prétention fut vivement repoussée : a Je ne veux pas, » dit sir John Lenthall, « monter si haut que de voter un roi ; « mais je ne veux pas non plus descendre si bas que de « croire et de déclarer que tout le pouvoir réside dans
6î LIVRE I.— DÉBAT SUR
«I cette Chambre ; que d’extravagances n’a-t-on pas coma mises dans cette supposition 1 > — a Dire que nous avons « tout le pouvoir^ a s’écria M. Hanley^ « qu’est-ce donc c sinon la république? ‘ a
Ce mot détesté suffisait pour décider les incertains : } a Chambre repoussa la proposition de Haslerig et vota, i 217 voix contre 86, que, laissant de côté tout autre obje., elle s’occuperait sans délai de la constitution du Parlement en deux Chambres *.
n semblait que, dans ce débat, la première question : « Y aura-t-il deux Chambres? a ne dût pas même être élevée : l’acte constitutionnel du Protectorat l’avait tranchée ; la seconde Chambre existait ; et les chefs républicains avaient eux-mêmes déclaré qu’ils regardaient un Sénat comme nécessaire. Mais les bonmies, même les politiques, sont gouvernés, plus qu’on ne le croit communément, par leur pensée intime et générale ; et quand ils ont fait, même sincèrement, une concession à la pensée contraire, ils ont grand’peine à la maintenir tant qu’ils conservent le pouvoir de la rétracter. Au fond, les républicains ne croyaient qu’à une Chambre élective, unique et souveraine, et confiant à un Conseil d’État, mobile et responsable, le pouvoir exécutif. C’était là , à leurs yeux, le droit naturel et le seul gouvernement légi^
t Thurloe, Stat»-Paper$, t. VII, p. 604 ; — Journal of the houa» of C., t. VII, p.605 ; — Pari, hist., t. XXI, p. 290; — Burton, Diari/, t. III, p.316-340.
* Journal! of thê haute ofC., t. VII, p. 605; — Burton, Diary, t. III, p, 345.
LES DEUX CHAMBRES
time. Ils concédaient aux préjugés publics l’institution d'un chef unique à la tête du gouvernement, mais à condition que, par son origine et par les limites de son pouvoir, il serait la création de la Chambre élective et demeurerait sa créature. Sur la question des deux Chambres, leur disposition était la même : quoiqu’ils eussent, par bon sens pratique, combattu les dém^ogues et les niveleurs, ils étaient, en principe, aussi peu aristocratiques que monarchiques, et une autre Chambre, indépendante et forte, leur était aussi odieuse qu’un roi héréditaire. Ils mirent la Chambre des Lords de Cromwell en question comme ils avaient mis en questionle Protecteur. On proposait de voter que « le Parlement éiail composé de deux Chambres ; » Vane demanda qu’on dit : « Le Para lement sera composé de deux Chambres. » La Chambre ne céda point à la demande de Vane, et vota, selon la première proposition, que a le Parlement était com- « posé de deux Chambres ; » mais aussitôt, par une faiblesse que les assemblées timides et inconséquentes prennent pour de l’impartialité, elle vota a qu’elle discutea rait les limites qu’il convenait d’assigner aux pouvoirs O de l’autre Chambre. » C’était ouvrir le débat au moment même où l’on prétendait le fermer : tous les opposants s’y précipitèrent par cette voie ; on discuta la constitution de l’autre Chambre comme si elle n’existait pas, sa formation, ses attributions, ses rapports avec la Chambre des Communes et le Protecteur. Les ims demandèrent qu’elle fût élue par le peuple, et seulement à vie ; les autres, que la Chambre des Communes et le Pro-
tedcur se présentassent mutuellement des candidats parmi lesquels, et chacun par moitié, ils en choisiraient les membres. Presque tous, de quelque façon que cette Chambre fût choisie, lui refusaient absolument l’hérédité. Ses pouvoirs ne furent pas moins débattus que le mode de sa nomination ; on lui contesta le droit de rejeter les lois adoptées par les Communes, car c’était, dit-on, donner indirectement, au Protecteur qui la nommait, le veto législatif. Au fond, tous les efforts des républicains tendaient à n’avoir qu’une seconde Chambre élective, complètement subordonnée à celle des Communes ; et la Chambre des Lords de Cromwell, celle que la Pétition et avis avait instituée, et qui, à cette heure même, siégeait dans l’enceinte de Westminster, tombait pièce à pièce dans ce débat. Les Cromwelliens inquiets essayèrent d’arrêter les coups : o Nous n’avons pas reçu, de ceux a qui nous ont envoyés ici, la mission de nous mêler de a la constitution, » dit M. Drake; a il a plu à Dieu de a ramener le gouvernement du pays à un chef unique « et à deux Chambres du Parlement, comme il était O jadis ; c’est notre devoir de regarder en avant, non pas a en arrière, et d’agir en fondateurs, non en destruca teurs. » — « Je ne discuterai pas l’autorité de la Pétia tion et avis, b dit M. Starkey ; a je la regarde comme a l’arche qui nous a sauvés dans le déluge de l’anara chie.... Je trouve une autre Chambre embarquée avec « nous dans cette arche.... Je ne sais lequel des deux est « le frère aîné.... Nous venons d’un même père; nous « sommes des jumeaux; ne nous détruisons pas mu-
LES DEUX CHAMBRES
es
a tuellement. 0 Hais ces appels à la modération, ces iiommages à l’acte constitutionnel du Protectorat soulevaient des tempêtes : « Vous pouvez changer la Péli- « tionet avis, n disaitHaslerig, a partout où vouslui trou- « verez des inconvénients.... S’il y a un pouvoir auquel « nous ne puissions pas toucher, il ne nous reste qu’à « lui ôter notre chapeau. » — « Cette Pétition et avis,y> s'écriait M. Hobart, « si le pape Alexandre, César Borgia « et Macchiavel s’étaient concertés, ils n’auraient pu « fonder une plus absolue tyrannie'. »
Ces colères démesurées et imprévoyantes, le travail caché des royalistes, surtout les instincts et l’impulsion du pays lui-même amenèrent promptement dans ce débat un fait auquel ni les républicains, ni les Cromwelliens ne s’attendaient guère, l’éloge et le regret hautement exprimés de l’ancienne Chambre des Pairs, des anciens barons, de l’élément aristocratique dans l’ancienne constitution nationale : « Les anciens barons n ont été le boulevard et les défenseurs des libertés « publiques; que de batailles ils ont livrées pour la « grande Charte ! Combien de fois ils se sont engagés « pour le Parlement contre le roi ! » Je suis charmé,» dit M. Higgons, « de voir qu’on peut plaider pour a notre ancienne constitution; la Chambre des Lords a existait longtemps avant qu’il y eût une Chambre
a des Communes Si Dieu, dans sa providence, a
a laissé tomber la noblesse. Dieu n’approuve pas tou-
1 Joumals of the haute of C.* t. VII, p. 605-608; — Pari, hist., t, XXr, p. -îOü-ÎOa;— Burton, Diary, t. III, p. 347-348.
CG
B jours ce qu’il permet; aucun bon chrétien ne peut B arffuer au nom de l’événement seul; parce que 8 Constantinople a été enlevée aux chrétiens, en faut- « conclure qu’ils ne doivent pas essayer de la reprendre? a .... Si on mettait la question aux voix dans le pays, a cinq cents personnes contre une seraient (lour la a Chambre des Lords. ...Nousn’avons fait que chanceler a et déchoir depuis qu’elle n’est plus. » On ne s’en tint pas à ces souvenirs et à ces regrets; on en vint promi>tement à leurs conséquences pratiques : a Les anciens B lords, » dit Mf Drake, a ont encore un droit , 11 som- B meille, mais un jour ou l’autre, il se réveillera. » a — ^J’ai toujours été contre l’abolition de la Chambre des 8 Lords, O dit M. Stephens; a cefutim coup de surprise. « — Nous oublions trop , » dit M. Terrill, a que de nos 8 jours, quand les Parlements étaient tombés dans le décri B et que personne n’osait en prononcer le nom, ce furent a des lords, douze au moins, encore vivants, qui eurent a le courage d'aller trouver le roi au miheu de sou a armée , leur pétition dans une main et leur vie dans a l’autre , et de lui demander la convocation d’un a Parlement. — Je proposerai , » dit sir Richard Temple, a ce qui n’a pas encore été dit; sans nul doute, il y a a là, devant vous, un droit, le droit des anciens pairs; a révoquez l’acte qui les a aboUs; rappelez-les dans leur a Chambre ; vous pouvez le faire par une adresse au Proa lecteur; ils ont des terres pour soutenir leur rang '. »
< Burton, Diary, t. III, p. 35G, 361, 3C3, 319, 357, 515; t. IV, p. 40.
LES DEUX CHAMBKEIS.
A ce langage, parmi les vieux membres du Long Parlement et les vieux soldats de Cromwell, beaucoup frémissaient de surprise et de colère : « Si la loi qui a al)oli « les lords n'est pas valable, » s’écriait le major général Kclsey, « celle qui a aboli le roi ne l’est pas non plus, » et Charles Stuart est roi de droit aujourd’hui, aussi a bien que les pairs sont pairs de droit. » — a Si les anciens « lords n’ont ptis été légitimement supprimés, » dit M. Scott, « je n’ai pas le droit de siéger ici en vertu du « tcril du jK)Uvoir qui m’y a appelé. » — a Je n’entends « j«rsonne faire immédiatement la motion de rappeler « Charles Stuart, » dit l’avocat général Prideaux ; « mais O peu importe, il est au fond de ceci ; si vous ramenez a les uns, je sais bien qui ramenéra l’autre '. » Républicains ou Cromwellicns, les vrais meneurs des partis étaient plus réservés, et observaient en silence cette explosion de réaction aristocratique, se flattant, les uns et les autres, qu’ils en tireraient parti contre leurs adversaires. Les républicains espéraient que la Chambre des Lords de Cromwell périrait dans cette comparaison avec les anciens barons, et i]u’il leur serait facile alors de s’en défaire ou de la refondre à leur gré. Le Protecteur et scs conseillers se promettaient au contraire de raffermir leur aristocratie née d’hier en l'amalgamant avec celle que les siècles avaient faite, et au lieu de rc[)0usser le retour des anciens pairs dans leur Chambre, ils se montraient disposés à les accueillir : a La Péiition
Curton, Diary, t. III, p. 407, 526 j t. IV, p. 34.
fis
« el avis », dit Thurloe, « n’exclut point les anciens « pairs; plusieurs ont déjà été appelés; d’autres pour- « ront l’êti’e. » Cette perspective devint l’objet d’une proiK)sition formelle, et les Croinwelliens demandèrent à la Chambre de déclarer, d’une part, a qu’elle traiterait « avec les personnes actuellement siégeant dans l’autre « Chambre, comme avec une Chambre du Parlement, » de l’autre, « qu’elle n’entendait point dépouiller de leur « droit d’élre dûment convoqués à celte Chambre les ■ anciens pairs qui avaient été fidèles au Parlement*. »
Quand ils virent la question ainsi posée, la colère des républicains fut au comble; ce double vote, s’il était adopté, était pour eux une double défaite, car il consacrait à la fois le pouvhir de leurs récents et le retour de leurs anciens ennemis. Leur p;ission s’exhala en attaques violentes et personnelles contre les hommes dont Cromwell avait composé sa Chambre des Lords : « Cette Cham- « lireest pleine d’hommes d’épée eide juges, de soldats « el de salariés. — Vous les payez [lour jouer le rôle de Il la balance des iK)uvoirs. — Vouloir faire de ces gcns-là Il des lords, c’est vouloir que douze sous soient pris pour « vingt schellings ; quel bien peuvent vous faire des « pairs qui ont besoin d’emprunter douze deniers pour « acheter un ruban bleu qui fasse reconnaître leurs sei- 0 gneuries? — Ce n’estlà qu’une caricature de la Chambre « des Lords ; un singe est la plus ridicule caricature du « monde, car il ressemble à un homme et n’en est
I JonmnlJt ofihehoute ofC.» t. VII, p. 605-608; — Burtun.Dûiry, t. III, p. 50M-004; t. IV. p. 1-86.
LES DEUX CHAMBRES
« pas un. — Ces hommes, dit M. Hungerford, ont violé A tous les privilèges de notre Chambre et se sont rendus A coupables envers elle des plus grands crimes. — Je A vous coqjure, disait Ludlow, de ne jamais traiter avec A eux; ce sont les auteurs de tous les attentats contre A les libertés du peuple. — Ce sont vos serviteurs, O s’écriait Scott; il ne convient pas d’en faire vos maî- « très. D Haslerig, selon sa coutume , fut le plus em- |K)rté dans son éloquence : a Pensez donc à ce que sont A ces gens-là, o dit-il; a ils vous ont pris votre argent A pour se maintenir siu* pied, eux et leurs troupes; ils A ont établi des droits de douane à perpétuité ; ils ont A donné, à perpétuité, t,;t00,000 hvres sterl. par an A au Protecteur. Le roi n’aurait pas eu besoin d’argent A s’il avait eu 1,300,000 livres sterl. pour nourrir ses A courtisans affamés. Est-ce que les grands lords en A avaient jamais fait autant quand on les a chassés A d’ici?... J’honore les anciens lords;... je voudrais, de A toute mon âme, qu’ils fussent ici, à la place de ces A hommes qui ont deux épées dans leurs mains et deux A cordes à leur arc, qui ont brisé les Parlements, jeté O votre orateur à bas de son fauteuil, et qui vous coupent A la bourse en attendant qu’ils vous coupent la gorge.... A Oh ! que ne donnerais-je pas pour être ramené où A nous étions jadis! Notre condition est bien pire que si A nos ennemis l’avaient emporté'. »
A ces rudes attaques, les Cromwelliens n’avaient
< Burton, Diary, t. IV, p. 10 378.