‹ Histoire du ProtectoratChapitre 37 sur 118 · LIVRE I.— PERPLEXITÉ · texte numérisé non relu

LIVRE I.— PERPLEXITÉ

« terre pour y parvenir ; il affirme qu’il y a un grand O projet, que beaucoup d’officiers du roi sont arrivés « pour y concourir, qu’il y en a au moins deux cents à a Londres ; il demande qu’on bannisse de la ville tous a les royalistes. Je conviens que, par malheur, trop de a royalistes sont venus ici dans les derniers temps ; leur a détresse en est, je le sais, la cause ; ils cherchent du a pain ; mais, quand ils sont à boire, leur langue fait a beaucoup de mal. C’est le sentiment de tout le parti a du roi, mylord, qu’il faut se tenir tianquillcs; pere sonne ne doute que nous n’ayions bientôt une occasion a bonne à saisir pour les affaires de Sa Majesté, n Les royalistes se tenaient tranquilles en effet, en attendant l’occasion, et Thurloe ne trouvait pas matière au comj)lot dont il avait besoin'.

Au milieu de cette fermentation et de cette immobi- Uté également hostiles, la perplexité de Richard était extrême. Sociable et facile, délestant l’eflort et le combat, il voulait vivre en rapports agréables, ou du moins en paix, avec tous ceux à qui il avait affaire, et il s’appliquait à les attirer ou à les retenir auprès de lui en entrant dans leurs sentiments et en se prêtant à leurs conseils. Son esprit modéré et l’urbanité de son caractère lui avaient valu, de la part de quelques-uns des anciens et meilleurs amis de son père, notamment de Pierrel>oint et de Saint-John, un zèle affectueux pour son service : « Vous ne le croirez peut-être pas, » écrivait l’un

1 Clarendon, t. HT, p. 456*457, — Ziordeatjx à Afo-

tarin, 23 avril 1659 (Documents hùtoriquei^ n” JlXIII).

des plus intimes corres|iondanls de Hyde’, « miiis rcel- « lement ils lui sont plus attachés qu’au défunt Protec- « teur, dont'le tempérament s’accordait mal avec leurs a prudents ménagements, et qui, sur quelque inspira- « tion soudaine dont ils ne pouvaient se rendre compte, a les précipitait tout à coup dans des hasards dont l’idée a seule les faisait trembler, et que leur épargne la moo dération du jeune prince, aujourd’hui Protecteur. » Tel qu’il se montrait avec les amis de son père, tel était aussi Richard avec scs propres compagnons; par ses goûts aristocratiques, par ses relations de jeunesse, par les bons offlees qu’il leur rendait souvent, il avait continué de vivre dans une bienveillance presque familière avec beaucoup de Cavaliers ; à ce point qu’ils étaient toujours |)ersuadés qu’au fond de son âme il désirait le rétablissement du roi , et qu’il y concourrait volontiers si ses intimes conseillers, Thurloe et Saint-John surtout, pouvaient être amenés à y consentir. On écrivait sans cesse à Charles II et à Hyde pour leur faire partager cette confiance, et les presser d’encourager, par quelques voies indirectes, des disi>osilions si favorables. Ni le roi ni Hyde n’ajoutaient foi à ces rapports, et ils avaient raison, car, au même moment, Henri Cromwell écrivait à Thurloe *: « Selon moi, il n’y a pas d’extrémité qui ne « soit plus acceptable que le retour de Charles Stuart, a Tous les autres revers sont temporaires et peuvent « être réparés; celui-là, non. Je sais que c’est aussi votre

• t Le 18 mam 1659.

■ Le 31 mars 1659.

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