‹ Histoire du ProtectoratChapitre 38 sur 118 · LIVRE I— PERPLEXITE · texte numérisé non relu

LIVRE I— PERPLEXITE

€ avis. » Richard ne pensait pas autrement; mais soit laisser-aller, soit calcul, il entrelcnail les royalistes dans leurs illusions, s’en promettant quelque appui dans les difficultés de son gouvernement, et peut-être aussi quelque adoucissement aux conséquenees d’une chute qu’il était de [dus en plus enclin à prévoir'.

Avec les républicains, sa situation n’était ni [ilus franche ni plus simple : ils lui étaient antipathiques, et il n’avait à attendre d’eux que des ennuis, des humiliations et des combats. C'était toujours, entre eux et lui, une rivalité cachée, une lutte sourde pour la souveraineté. Richard avait, contre eux, dans le Parlement, une majorité à [>eu près assurée ; mais, même vaincus, ils demeuraient rudes, arrogants et susceptibles, et il était contraint de subir en silence leurs prétentions et leurs coups, jMJumi que les prétentions restassent à peu près stériles et que les coups ne lui fussent pas mortels. Le 5 avril, au moment où la Chambre des Communes venait de voler la déclaration (pii ordonnait un jour de jeûne et de prières publiques, Haslerig iuter[)clla brusquement l’orateur ; a J’ai entendu dire, » lui dit-il, « que depuis O que vous êtes orateur de cette Chambre, vous êtes allé O à la cour, ce que vous n’auriez pas dû faire; vous êtes O le plus grand personnage de l’Angleterre.... Toute la a Chambre doit vous suivre quand vous allez là. » Une surprise tumultueuse s’éleva : « Ce gentilhomme sort de

I CUrendon, Stalc-Papcrs^ t. III, p. 'H0*44'2, 444, 445, 453,454. — Thurloc, S/û/e-PflpffTî, t. VII, p. 635; — Noble, Memoir» of ^ Prottcloralhouse ofCromvell, t. 1, p. 159.

• table, » dit M. Swinfen; o c’est probablement là qu’il O a entendu ce rapport. Monsieur l’orateur, c’est vous O harceler de questions inconvenantes pour l’honneur de a la Chambre; ne répondez pas. Je n’ai jamais été à la « cour; je ne connais pas le Protecteur; mais je sais que a vous pouvez y aller sans manquer aux privilèges de a la Chambre. » Un débat s’engagea sur celle question; on soutint et on nia tour à tour, en alléguant des précédents, que l’orateur fût dans l’usage d’aller à la cour : a En 1654, » dit M. Bulkeley, a sous feu Son Altesse, il a y est allé plus d’une fois. Je suppose que les personnes a qui vont le moins à la cour iraient plus souvent si les « portes leur en étaient ouvertes. La séparation engeno dre l’hostilité. J’ai été envoyé ici pour rapprocher la « cour et le pays. » Nevil et Vane essayèrent de soutenir, ou du moins d’excuser Haslerig. L’orateur voulait s’expliquer; on ne le souffrit pas, et l’incident tomba sans autre suite. Mais la Chambre, qui repoussait les brutalités de Haslerig, n’en empêchait pas l’explosion, et Richard n’inspirait ni assez de respect ni assez de crainte pour la prévenir*.

Dans l’armée, il avait, il pouvait du moins se croire un parti. Parmi les troupes d’Angleterre, huit régiments, quelques-uns commandés par des chefs intelligents et hardis, Whalley, Howard, Ingoldsby, Faulconbridge, se montraient dévoués à son service. L'armée d’Irlande, sous les ordres de son frère Henri, ne lui don-

* Journall ofthe h. ofC., t.VII, p.625-6î6; — Pari, hiit., t.XXl, p. 319; — Burton, Diary, t. IV, p. 334.350.

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nait point d’inquiétude. Monk tenait d’une main ferme celle d’Écosse, et n’iiésitait jias à en répondre : « J’ap a prends avec chagrin,» écrivait-il à Thiirloe', « que a deux de mes officiers qui sont à Londres , le colonel U Ashfield et le lieutenant-colonel de mon propre régi a ment, font de la faction et vous tracassent. S’ils étaient a ici, ils auraient bien peu d’importance, pas plus que les « deux premiers officiers venus. Je voudrais que Son Al- « lesse leur enjoignit de retourner à leurs conimande- « ments. Quant à ce qu’ils disent que les troupes d’Écosse a partagent leurs opinions, je vous assure qu’ils se troma jHînt fort; il n’y a jioint de troupes plus tranquilles « que celles-ci, et elles seront satisfaites de tout ce a (ju’ordonneront Son iVllesse et le Parlement. » I>ockliart témoignait, dans les corps qui formaient la garnison de Dunkerque, la meme confiance. Uicliard prenait lui-niéme des soins assidus iwur plaire aux soldats; il passait des revues; il se montrait préoccupé de leur bien-être et de leur solde arriérée. Tburloe faisait, à la Chambre des Communes’, de continuels etforts pour en procurer le payement. Enfin, Mazarin chargeait Bordeaux de dire au Protecteur que, s’il avait besoin d’appui, celui de la France ne lui manquerait pas. Mais toutes ces forces, tous ces témoignages rassuraient peu Bichard, et il avait raison. Étranger toute sa vie à l’armée, il n’avait sur elle aucune influence, ni iK)ur elle aucun attrait; par scs opinions, par ses relations, par ses

* Le !^2 mars 1650.

t ËDtre autres, le 9 avril 1G59.

mœurs, il lui était même suspect ; les vieux soldats ne voyaient pas en lui un compagnon ; son titre et son pouvoir déplaisaient aux républicains ; les puritains austères le trouvaient peu croyant et licencieux; tous lui repro chaient son goût et ses faveurs pour les Cavaliers. Richard accréditait quelquefois lui-même ces accusations en s’en défendant avec une légèreté dédaigneuse ; il fit venir un jour à \Miitehall un sous-officier qui s’était exprimé avec amertume à ce sujet, et lui demandant raison de ses plaintes : « Est-ce qu’on voudrait, » lui ditil, a que je ne donnasse d’avancement qu’à des saints? « J’ai ici Dick Ingoldsby, qui ne sait ni prier ni prêcher, a et pourtant je me fierais bien plus à lui qu’à vous tous. » Les grands, mécontents de l’armée, les meneurs ambitieux des réunions de Wallingford-Housc, Desborougli, Fleetwood, Lambert, Kelsey, Sydenham, exploitaient, dans les régiments, ces impressions jwpulaires. Ils étaient, de plus, malgré leurs méfiances et leius animosités mutuelles, entrés en relation secrète avec quelquesuns des chefs républicains de la Chandare des Communes, Ludlow, Scott, même Haslerig et Vane ; leurs intérêts révolutionnaires les rapprochaient en dépit de leurs luttes politiques ; et dans leur égale haine poiu- Charles Stuart, ils s’étaient promis, tout en se combattant sur le régime constitutionnel, de concerter au besoin leur action contre l’ennemi commun. Desborough était toujours, de tous, le plus rude et le plus acharné; à la faveur des liens de famille, il assiégeait tour à tour le Protecteur de ses menaces et de ses offres, tanlôf lui

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