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DE LA REPUBLIQUE

et tapisseries de la couronne qui ornaient encore WhitehaU, et Bordeaux reçut de nouveau, de Mazarin, l’ordre de faire, pour lui, quelques achats dans ces débris des palais des rois. Le Parlement décréta la mise en vente des palais même, de Hamptoncourt, de Somerset-House, de Whiteball. Mais parmi les républicains eux-mêmes, cette mesure choquait des traditions de respect ou des intérêts de dignité ; directes ou détournées, des objections s’élevèrent : Henri Martyn fit excepter, de la vente de Somerset-House, la chapelle où les réfugiés français célébraient leur culte; I.udlow demanda que la vente de Hamptoncourt fût suspendue : « Je trouvais, » dit-il, ce « lieu très-convenable pour la retraite des hommes em- <1 ployés dans les affaires politiques et qui venaient à^tre « malades dans la saison d’été. Mon bon ami, sir Henri « Vane, me blâma beaucoup de ccd, comme d’une chose O contraire aux intérêts d’une République; « de telles O résidences, » me dit-il, a sont au nombre des tenta- <i bons qui séduisent les ambitieux et excitent le plus a vivement leur appétit du trône. » Pour moi, non-seulea ment je n’avais, dans cette affaire, aucun mauvais U dessein, mais je pensais que la tentaUon du pouvoir € souverain serait bien plus forte pour porter les ambi- • « beux à conquérir le sceptre par l’épée, et que, le < sceptre une fois conquis, ils sauraient bien s’en servir « pour obbger le peuple à combler le vide des palais, o La fantaisie conservatrice de Ludlow l’emporta sur les subtiles alarmes de Vane ; ni Hamptoncourt, ni Whiteball ne furent vendus; et le Parlement chercha ailleurs.

sans plus de succès, des moyens de combler le déficit et de dégoûter les ambitieux'.

Dans d’autres questions moins insolubles , son activité fut plus efficace. Passionnément préoccupé des intérêts et des périb de la République, il employa toute sa vigilance à mettre partout le pouvoir aux mains de ses amis. Ixiin de s’appliquer, comme Cromivell, à rallier et à prendre à son service les hommes importants des partis divers, la Chambre fut rigide et exclusive. Le surlendemain même de la rentrée du Parlement’, on déclara en principe que tout dépositaire de l’autorité, tout serx iteur de l’Ëtat devait avoir donné, à la cause de la République, des preuves de fidélité et de dévouement. Les membres du comité de sûreté et du Conseil d’État chargés de faire à la Chambre des propositions pour les emplois eurent ordre de se concerter' avec les représentants de chaque comté, de chaque ville, afin de s’assurer que les sbérifTs, les juges de paix, tous les magistrats et employés locaux seraient bien réellement animés des sentiments qu’on leur voulait. Et pour se mettre en garde contre le mensonge ou la légèreté des recommandations, on décréta que nul ne serait nommé à un emploi le jour même où il avait été proposé , et que les patrons de tout candidat seraient tenus de remettre au clerc de la Chambre la

1 Journal» of the h. ofC., t. VII, p. 647, 648, 655-656, 660, 663, 666, 669. 671 , 675, 684, 689, 691, 692, 697, 702, 705, 708, 737-738, 762, 771 , 777, 782, 783, 788 j — Ludlow, Uémoirtt. dans ma CoUecfion, t. II, p. 483-484, — Bordeaux à Maaatin, 17 juillet et 18 août 1659 (DoeumonU hùtoriquee, n° XXXII).

* Le 9 mai 1669.

présentation signée de lenr main, en déclarant qu’ils lui croyaient toutes les qualités exigées parle Parlement. Les commissaires du grand sceau, les juges, tous les officiers judiciaires eurent un nouveau serment à prêter et de nouvelles lettres patentes à recevoir. Certaines corporations municipales, qui laissèrent paraître des sentiments antirépublicains , furent dissoutes et perdirent leurs chartes. La Chambre tenta môme, en ce genre, un acte de pouvoir arbitraire insolite et choquant : le lord maire de la cité de Londres, John freton, ferme républicain, touchait au terme de ses fonctions ; la Chambre vota qu’il les continuerait; et les vives pétitions du Conseil commun , représenté par ses shériffs et ses atdermen , ne parvinrent qu’avec peine à faire révoquer cet ordre et rendre à la Cité son droit d’élection. Les commissaires chargés de l’administration de la marine, et que Vane présidait, se méfiaient de l’amiral Montagne, mais n’osaient le rappeler ; ils ordonnèrent ‘ la formation d’nne flotte supplémentaire de six frégates, et en donnèrent le commandement à Lawson, le {dus républicain des marins. Dans l’état des affaires au dehors, rien n’indiquait que cette charge nouvelle fût nécessaire; les commissaires ne pouvaient être taxés de mauvaises pratiques, ni de prodigalité; en entrant en fonctions, ils avaient fait voter par la Chambre qu’ils ne recevraient point de traitement ; mais devant le besoin de sûreté de la République et du Parlement lui-même, toute autre

^ Ld 36 mai 1609*

considération disparaissait. On organisa, pour la Chain* bre *, une garde spéciale, dont le commandement fut donné au colonel Alured, républicain ardent, disgracié sous Cromwell ; Haslerig proposait de fixer cette troupe à cent vingt hommes, mais la Chambre la maintint à cent soixante, comme avait été la garde d’élite de Crom> well ; et huit jours après sa formation, la solde de ce corps , qui était de trois schellings par jour et nar homme, fut augmentée d’un demi-schelling. Dans toutes les résolutions, dans tous les actes du Parlement, perçait le même caractère ; on sentait partout un triste mélange de confiance dans sa cause et d'inquiétude sur sa desti* née, de courage dévoué et de secrète peur*.

Il avait, envers les auteurs de son rétablissement, de pesantes dettes à acquitter. Il leur avait promis im acte d’amnistie pour tout ce qui s’était fait sous la tyrannie, et comme disaient les républicains aussi bien que les royalistes, pendant l’usurpation de Cromwell. Il devait aussi constituer définitivement le gouvernement républicain, organiser le système électora., réformer les lois civiles et criminelles , assurer en même temps la âberté des consciences et la prédication régulière de la foi chrétienne, accomplir l’union ébauchée de l’Écosse avec l’Angleterre, régler enfin l’époque a laquelle il déposerait lui -même son pouvoir et céderait la place à ses successeurs.

’ Le 9 juillet 1639.

• Joumol» of lhe hovtt ofC., t.VlI, p. 646, 648, 687,693, 773, 787,794, 665, 666, 716; — Ludlow, Jlf^motro, dtnima ColUcHon, I. Il, p. 474.

De ces promesses^ une seule reçut sans délai son accomplissement : le Parlement Tota, le 6 juin 1659, que sa durée ne se prolongerait pas au delà du 7 mai 1660. Au milieu de catastrophes si brusques et si fréquentes, c’était presque un acte d’orgueO et de force que de s’ai^ roger ainsi un an de vie pour réformer l’État *.

Sur toutes les autres questions qu’il s’était engagé à résoudre, sur l’amnistie, sur la constitution future de la République , sur l’union de l’Angleterre et de l’Écosse, sur ta réforme des lois, le Parlement délibérait incessamment sans jamais aboutir. Tantôt il rencontrait dans les rivaUtés nationales , dans les intérêts des jurisconsultes, dans les passions des sectes , des obstacles qu’Q était trop faible pour surmonter , ou qu’il acceptait volontiers pour s’épargner les embarras de la décision ; tantôt c’était lui-même qui traînait en longueur , trouvant plus d’avantage à laisser les questions indécises, ou espérant que le temps lui apporterait dis facilités pour les décider à son gré. Quand on traitait de l’organisation du gouvernement républicain, la diversité des avis et la multiplicité des propositions rendaient l’ajournement aisé et naturel : hors du Parlement encore plus que dans son sein, surtout dans le club de la Rota et à l’exemple de Harrington, son fondateur, des esprits curieux et ingénieux se Uvraient au plaisir des inventions poUtiques; et quand ils les avaient débattues entre eux, Henri Nevil se chargeait de les proposer au Parlement

* Joumaliofththouii ofCotnmotu, t. VII, p. 673.

comme le sûr moyen de fonder la République. Un* assemblée unique et souveraine , avec toutes sortes de ressorts collatéraux iiour lui servir d’instruments ou de contre-poids, deux assemblées chargées, l’une de proposer et de discuter sans voler, l’autre de voter sans discuter, les Éphores de Lacédémone, les Parlements annuels ou triennaux, les élections partielles ou intégrales, le scrutin secret, toutes ces combinaisons, depuis lors si souvent inventées de nouveau, et bien d’autres absolument oubliées, apparurent en 1659 dans le Parlement républicain d’Angleterre, mais sans y amener aucun résultat, ni meme aucun débat sérieux. Les révolutions les plus hardies à innover décrient bientôt les nouveautés, et les pati’ons de la République chancelante avaient autre chose à faire que de débattre ou d’essayer des systèmes.

La discussion était plus grave quand il s’agissait de l’amnistie : il y avait là des intérêts puissants qui insistaient pour qu’elle fût donnée pleinement et sans retard, et des passions honnêtes qui répugnaient à la donner hrusquenient et sans distinction. Le Parlement, qui l’avait promise, trouvait hon de laisser inquiets ceux qui en avaient besoin ; on inséra, dans le bill d’abord proposé', quelques réserves menaçantes; on exceptait de l’amnistie ceux qui, sous l’usuriMition de Cromwell, avaient reçu un salaire exorbitant, ou un double salaire, ou acquis de grands biens i>ar de mauvais moyens. Des

> Le S3 mai 1659.

hommes considérables, Saint-John, Thurloe, Lambert, a-aignirent qu’à tort ou à raison, on ne se servît contre eux de ces paroles; ils agirent vivement et avec succès pour les faire supprimer. Hais la discussion restait toujours amère, et le bill se faisait attendre. 11 passa enfin mais avec des termes encore ambigus et qui excitèrent parmi les intéressés, une vive humeur. Lambert manifesta hautement la sienne : a Le Parlement , dit-il à Ludlow, a ne nous donne aucune garantie pour ce que « nous avons fait et nous rend responsables de ce que « nous avons reçu. > Ludlow expliquait et défendait le bill; Haslerig survint et soutint que l’anmistie était aussi complète, aussi efficace qu’on le pouvait souhaiter : a Elle « ne signifie rien,» dit Lambert, a et nous laisse à la « merci de tout. » — u Vousn’ètes,» dit Haslerig, aqu’à € la merci du Parlement, qui est de vos bons amis. » — a Je ne vois pas , » répliqua Lambert , u pourquoi le a Parlement ne serait pas à notre merci, aussi bien que a nous à la sienne *. »

C’était là vraiment la question, et devant celle-là toutes les autres étaient oiseuses ou mensongères. L’armée qui, par bon sens et respect extérieur du droit, n’osait prétendre à régner en son propre nom, n’en voulait pas moins dominer au nom de ses victoires, et pour la sûreté,

t Le 13 juillet 1659.

» JoumaU ofthe h. ofC.. t. VII, p. 662, 663, 669, 671, 688, 692, 694, 695, 697, 699, 705, 707, 712, 714 , 715 Clarendon, Staie fa-

p*rt, i. III, p. 452 Ludlow, Mémoires^ dans ma Collection, t. II, p.4R0; — Bordeaux à Masartrt , 10 juillet 1659 (Documents hitto^ Q** XXXIllJ.

soit de ses intérêts propres, soit de la cause qu’elle avait fait triompher. Le Long Parlement voulait la réalité, non l’apparence du pouvoir, sur l’armée comme sur le peuple, au nom de la souveraineté et des libertés de ce peuple dont il se proclamait le seul représentant. Dans ce conflit, les chefs du Parlement se conduisirent, dès leurs premiers pas, avec une fermeté franche et conséquente; à peine rétablis, le 13 mai, quelques moments avant que Lambert ne vint présenter la pétition où les officiers , de leur seule autorité , reconnaissaient Fleetwood comme général en chef de toutes les forces de terre de la République , la Chambre décréta que sept commissaires , désignés par elle pour un an , dirigeraient les affaires de l’armée , nommeraient tous les officiers et soumettraient leurs choix à son approbation ; que son orateur signerait les commissions de ces officiers qui vieûdraient les recevoir de sa main, et que Fleetwood , qu’elle nomma général en chef , tiendrait aussi sa commission du Parlement, pour la présente session seulement et révocable à volonté. Quelques-uns des républicains les plus sincères, Vane et Ludlow entre autres, trouvaient ces mesures un peu hautaines; ils auraient souhaité , dans les formes du moins, plus d’éprds pour l’armée , et qu'on passât sous silence , sans les réprouver expressément comme sans les approuver, quelques-unes de ses prétentions. Mais Haslerig, Nevil et Sidney firent prévaloir la politique hardie ; et quand elle fut mise en pratique, le succès parut leur donner raison. Les officiers généraux se montrèrent d’abord

très-mécontents; dans un petit conseil tenu chez Desborougb, Lambert et lui s’en expUquèrent avec amertume : « n parait qu’on se méfie de nous, p dit Lambert, « et que le Parlement se dispose à nous retirer nos c emplois; ce n’est pas là ce qu’il nous promettait la a veille de son rétablissement, p — a Je tiens la commisa sion que j’ai déjà pour aussi bonne que celle que je < pourrais recevobr du Parlement, p dit Desborougb; « je n’en veux point d’autre, p Hais le Parlement maintint ses votes; ceux de ses membres qui n’en avaient pas été d’avis en appuyèrent loyalement l’exécution; les sept commissaires désignés firent leurs choix d’officiers pour chaque régiment; le colonel Hacker et les siens vinrent les premiers*, en séance de la Chambre, recevoir leurs commissions de la main de l’orateur. Ludlow en fit autant le lendemain. Fleetwood lui-méme se présenta de bonne grâce, et l’orateur lui remit, avec des expressions de pleine confiance, son brevet de général en chef. Tous les titres des officiers de l’armée furent ainsi renouvelés. On en usa de même pour la flotte. La Chambre, satisfaite, se montra, à son tour, plus complaisante ; elle avait repoussé, comme quartier maître général de l’armée, la nomination du msqor général Butler, le pire de tous, disait-on, et que le dernier Parlement avait si violemment attaqué ; elle se décida à l’accueillir. Elle donna à Lambert le commandement de deux régiments, l’un d’infanterie, l’autre de cavalerie. Elle prenait en même

* Le 8 juin 1669.

temps une mesure dont elle se promettait de grands avantages : partout, à Londres d’abord, puis dans les comtés, elle rétablissait la milice', contre-poids respectable, pensait-on, en face de l’armée, et force utile, au besoin, contre les Cavaliers. La Chambre désignait les commissaires chargés de l’organiser et en nommait ellemême les officiers. Toute la force publique était ainsi soumise et dépendante. Haslerig se tint, et le Parlement avec lui, pour décidément vainqueur*.

En même temps qu’ils déployaient, au dedans, cette fermeté persévérante, les républicains pratiquaient, au dehors, une politique prudente et modeste. Plus de prétention à l’incorporation des Provinces-Unics avec l’Angleterre; plus de flottes parcourant les mers, arrogantes et agressives ; la paix était partout leur désir et le but de leurs efforts : « Le sieur Vane, dans sa dernière visite, O ne m’en fit point mystère , » écrivait Bordeaux au comte de Brienne’; « il me confirma que ce régime ne « songeait qu’à bien vivre avec tous les États voisins et « qu’à assurer le dedans , persuadé qu’il ne peut être « considéré au dehors tant que son autorité ne sera pas a bien alfermie. » Mais pour rester fidèles à la politique pacifique, les chefs républicains avaient, dans leur situation et leurs préjugés personnels, bien des obstacles à surmonter. ns se méfiaient grandement, non sans raison,

' Le 23 mai 1659.

' Joumalt ofthe h. of C., l. VII, p. 651, 662, 663.664, 670, 674, 675-676, 679-680, 704, 710; — Ludlow, Uémoiru, dans ma CoUec- Hon, t. II, p. 463-468.

* U 31 juillet 1650.

«t de la cour de Franco et de l’ambassadeur d’Augleterre en France, Lockhart, qu’ils croyaient, non sans raison aussi, dévoué aux Cromwell et trop intime arec Hazarin. Os le mandèrent à Londres, et Lockhart se bâta d’en informer lui-même le cardinal : « Ayant reçu , > lui écrirait-il de Dunkerque' , o l’ordre de bâUler le sera ment de fidélité aux magistrats de cette ville, et après a de me transporter en Angleterre pour rendre compte, a à messieurs du Conseil d’État, de la condition de cette a place et des troupes sous ma charge , j’ai fait l’un et a suis près de m’embarquer pour rendre compte de a l’autre. Il y en a qui m’ont dissuadé le voyage ; mais a je crois que j’entends assez mes mesures en cette a affaire : je me trouve obligé d’éprouver le médiocre a ou le pire qui me peut arriver. Dieu en donnera tel a succès qu’il jugera à propos , et je suis résolu de ne a montrer rien de crainte, aimant mieux périr en a honune de quelque peu de cœur que de vivre en l’esa time de lâche. Je conjure en toute sincère humilité a Votre Éminence de croire que , soit que ma fortune a m’oblige ou me soit unfavorable , je n’oublierai a jamais les obligations que j’ai de vivre et de mourir a dans la dernière fidélité à Votre Éminence. » Arrivé à I^ondres, Lockhart s’expliqua sans détour avec les chefs du Parlement sur ses sentiments et sa situation. Ils le comprirent et, avec une confiance intelligente, ils le renvoyèrent à son poste*, convaincus que nul n’y servirait

' Le 5 juin 1659.

* Le 13 juin 1650.

aussi bien l’Angleterre et la paix. Envers l’ambassadeur de France , à Londres , leur conduite ne fut pas moins judicieuse ; ils n’ignoraient probablement pas que Mazazin, préférant le Protectorat à la République, avait chargé Bordeaux d’offrir à Richard Cromwell l’appui de la France ; mais ils savaient aussi que Bordeaux, pour conserver son ambassade, avait à cœur le maintien des bons rapports entre les deux États, liste traitèrent avec égard, s’appbquant à le convaincre que, dans le même but, ils étaient disposés eux-mêmes à de grands sacriûces. aQuel- <■ ques ministres de cet État,» écrivit-il à Hazarin', a ont laissé entendre que ce n’était (las leur avantage de a conserver des conquêtes au delà de la mer, que Duna kerque était à charge et ne servait qu’à entretenir de a la mésintelligence avec l’Espagne ; qu’ainsi, s’ils en O étaient crus, elle n’empêcherait pas la paix, s Bien instruit de la politique du cardinal , quels que pussent être les désirs de sa cour, Bordeaux résuma, i>our lui, la situation en ces termes : a II faut que la République suba siste ou que le Roi rentre ; » il savait bien que Hazarin se résignerait à la RépubUque plutôt que de risquer la guerre pour faire rentrer le Roi. Les chefs du Parlement et Bordeaux eurent raison : tout en ménageant Charles II, Hazarin se décida à reconnaître la République; Bordeaux reçut de nouvelles lettres de créance. Le Parlement n’en jugea pas les termes convenables pour lui et refusa l’audience; Bordeaux discuta; Hazarin

« Le 7 «oût Ki5».

Attendit; mais aucun événement ne survint qui le dispensât de céder ; des lettres de créance, telles que le Parlement les demandait, furent enfin envoyées à Bordeaux; il eut son audience solennelle'; et bien que la méfiance comme la malveillance mutuelles subsistassent toqjours, la pau fut cependant assurée entre la cour de France et le Parlement républicain*.

vec la Hollande , la situation était plus simple , car à Londres, loin de conserver, de ce côté, aucune vue ambitieuse, on voulait que les deux Républiques vécussent désormais, non-seulement en paix, mais en bonne amitié, et les Hollandais étaient dans la même disposition. Cependant les affaires de la Baltique pouvaient encore les diviser; l’Angleterre avait, jusques-là, soutenu la Suède, et la Hollande restait fidèle à la cause du Danemark. C’était encore un ministre de Cromwell, Downing, qui résidait à La Haye, et le Parlement ne s’y fiait guère. On mit son rappel en déUbération; les répubbcains ardents voulaient envoyer là l’un d’entre eux, le colonel Rich ; mais les politiques prévaliu'ent et firent maintenir Downing à son poste. On résolut en même temps d’éteindre, à tout prix, cette question de la Baltique qui troublait la paix du Nord, le commerce anglais et l’harmonie des États protestants. Quatre plénipotentiaires, Algemon Sidney à leur tête, eurent ordre de se rendre

* Le septembre 1659.

s Bordeaux à Maiarin^ 13 et S6 mai. 9 et 3 juin, 7. 99 et 31 juillet, 7, 18, 28 et 31 août, l*' septembre 1659 {Documenti historiques, n® XXXIV);— Journal» of thehotae of C., t. VII, p. 691, 757. 76B:— Ludlow, ATémoiirM^ dans ma Coüeetion, t. Il, p. 476.

no LIVRE IL— POLITIQUE EXTÉRIEURE

SUT la flotte de Tamiral Montague et d’accomplir, de con* cert avec des plénipotentiaires hollandais , cette œuvre de paciflcation . Après d’assez longs pourparlers, les plénipotentiaires des deiu Républiques convinrent entre eux d’un projet de traité qu’ils présentèrent aux deux rois, en qualité de médiateurs. Le roi de Suède le repoussa hautainement; il dit aux commissaires anglais : « Je U vous accepte comme médiateurs tant que vous'aurez a pour moi l’attitude de bons amis , mais non comme « arbitres; » et se tournant vers les commissaires hollandais : a Pour vous, je vous refuse comme médiateurs, a puisque vous êtes mes ennemis; s puis, s’adressant à ous ensemble ; « Messieurs, » leur dit-il, « vous faites U des traités sur vos flottes, et moi je prends mes résolu- 8 bons sur mon épée ; je m’étonne en vérité que deux 8 Républiques prétendent ainsi inqioser des conditions a à des têtes couronnées. » — a Sire, » lui dit Sidney qu avait porté la parole au nom de tous, a l’amitié de l’An B gleterre est à ce prix. » Rien ne fut conclu et la guerre entre les deux rois continua; mais il fut clair que l’Angleterre avait changé de politique, et que le neveu de Gustave-Adolphe ne pouvait plus compter sur elle : B Encore que le général Montague se soit bien séparé 8 d’avec le roi de Suède, et que tant lui que les officiers a de la flotte aient été chargés de chaînes d’or, écrixii B Bordeaux à Brienne', le Parlement n’en parait pas 8 plus enclin à embrasser les intérêts de ce prince, ev

' Le 8 octobre leSS.

« SCS libéralités répareront avec peine le mauvais effet « de son emportement. Les ennemis même de ce régime n louent la fierté avec laquelle le colonel Sidney lui a « répondu ; et si ce mécontentement public ne porte pas « le Parlement à suivre les inclinations des Provinces- '< Unies, au moins leur sera-t-il laissé toute liberté « d’assister le Danemark, suivant la résolution qu’elles « en ont prise. » A La Haye, on espérait encore davantage : a J’entrevois d’après le langage de M. Downing, « écrivait Jean de Witt à son ambassadeur à Londres, O Nieuport', qu’en Angleterre on est résolu à pousser a vigoureusement l’affaire contre la Suède si Sa Majesté O continue à refuser de faire la paix aux conditions pro-

o posées J’espère que Dieu donnera à tout ceci luie

« bonne issue’. »

Restait la guerre avec l’Espagne que les républicains n’avaient jamais approuvée et qu’ils étaient, moins que jamais, disposés à soutenir. La France et l'Espagne ne se combattaient plus ; une suspension d’armes et les préliminaires de la paix avaient été signés; le mariage de Louis XIV avec l'Infante Slarie-Tbérèse était convenu ; Mazarin et don Louis de Haro, réunis dans file des Faisans, M moins {lour conférer, » disaient-ils eux-mêmes,

1 Le 19 septembre 1669.

» Jüurnals of the h. ofC., t. V IL p. 652, 659, 663, 667, 670, 676, 688. 689. 69î, 694. 605. 699, 701, 745-746, 767, 779. 785 Thurloe, State-Paper$. t. VII, p. 676, 724. 727, 732-733, 736, 881 : — Baker, Chronicité p. 705;— Ludlow, Mémoires, dans ma Collection, t. II, p. 470-471 , 504 ; — Bordeatix à Maxarin et à Brienne, 8 mai, 16 juin, l*', 27 et 29 septembre, 6 octobre 1659 {Documenis hUtori» ques, n* XXXV)

m LIVRE II.— POLITIQUE EXTÉRIEURE

a que pour estreindre entre les deux couronnes une a sincère et parfaite amitié, » achevaient de négocier le traité des Pyrénées. Une vive inquiétude s’empara du Parlement ; la France et l'Espagne réconciliées ne s’uniraient-elles pas pour faire la guerre à la République et rétablir Charles Stuart t Le bruit courait que ce prince se rendait en personne aux Pyrénées pour mettre promptement à profit la paix des deux cours et soUiciter leur appui. Lockhart, de retour à Paris, reçut ordre de présenter au roi ses nouvelles lettres de créance et de partir sans délai pour Saint-Jean de Luz, afin d’observer de près les négociations et de veiller aux intérêts de la Répubüque. 11 avait pour instruction la paix avec l'Espagne, soit une paix séparée pour l’Angleterre, soit l’Angleterre comprise dans la paix entre l’Espagne et la France. 11 partit en effet avec un nombreux équipage, des secrétaires, des pages, des laquais, des carrosses, des chevaux, en ambassadeur décidé à tenir là son rang avec éclat, et à assurer sa fortune sous la République par cette intimité avec Mazarin qu’il avait formée au service de Cromwell. Arrivé le t" août à Saint- Jean de Luz : « J’attends ma suite dans trois ou quatre joiu^, écri- 0 vait-il à Vane’, en attendant je ne suis pas oisif; J’ai de a tous côtés mes petits émissaires, et outre les informao lions que je reçois ainsi, je fais insinuer, aux alentours < de don Louis de Haro, par de sûrs et convenables « moyens, qu’on peut avoir la paix avec l’Angleterre à

> Le l'eoàtlSSS

« des termes très-raisonnables. » Le principal moyen de Lockhart était en effet convenable et sûr ; c’était Mazarin lui-même qui lui servait d'intermédiaire auprès de don Louis : a L’ambassadeur Lockhart , écrivait le « cardinal à M. Le Tellier', m’a prié de savoir de don • Louis s’il le pouvait voir en exécution des ordres qu’il Cl avait de ses supérieurs, pour lui dire que leur inten- « tion était de vivre en paix avec tous, et qu’il était muni « du pouvoir de la conclure avec Son Excellence, en cas « qu’Elle en eût aussi le pouvoir du Roi d’Espagne. J’ai U dit tout cela à don Louis qui m’a dit que l’ambassaci deur pouvait aller demain à Ândaye, et qu’envoyant « son maître de chambre demander audience pour le « jour suivant, il la lui donnerait à l’heure qu’il pour* U rail désirer ; et sur ce que je lui dis qu’il fallait B prendre garde qu’il n’arrivât du désordre, à cause B qu’il y avait des Écossais et des Irlandais dans Fontau rabie, don Louis m’a prié d’assurer l’ambassadeur B qu’il pouvait se reposer sur sa parole*. »

Ce n’était point là, comme sous Cromwell, une politique grande et forte, cherchant l’affermissement au dedans par l’autorité et l’éclat au dehors ; mais c’était une conduite sensée , tenue par un gouvernement inquiet avec vigilance, qui, sentant sa condition précaire et

< Le 30 août 1650.

* Journal* ofthe house ofC ,, t. VJI, p. 705i~LudloWf dansmaCu/fedton, t. II, p. 476 Clarendon, State-Paperi^ t. III, p. 528, 538, 541 ; — Lettres du cardinal Maxarin tur les Négociation* du Traité des Pyrénées (Amsterdam, 1694), t. I, p. 152) ; — Bordeaua à â'ienne, 17 juillet 1659 {Document* hittorique*, n* \X\Vl)

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