CONTRE LES ROYALISTES
début de la guerre civile, n’avait pas cessé d’avoir la confiance du parti républicain, reçut de nouveau le commandement de toules les forces réunies à Londres ou dans les environs. Les trois régiments qui avaient servi en France, sous Turenne, furent rappelés. Les précautions civiles se joignirent aux mesures militaires. On prescrivit à tous les membres de la Chambre de se rendre exactement tous les jours, dès huit heures du matin, à ses séances ; là même, il y avait des suspects, et on voulait les avoir sous la main. Plusieurs bills furent votés pour punir les faux bruits, pour exercer, soit dans les auberges, soit à l’entrée et à la sortie du territoire, une police rigoureuse, pour récompenser ceux qui arrêteraient les personnes suspectes, pour interdire les courses de chevaux, les combats d’ours et de coqs, tous les rassemblements et les divertissements lapidaires. On ne se borna point à ces précautions générales : le Conseil d'État fit arrêter plusieurs des royalistes considérables, et le Parlement l’en approuva en lui donnant, par un acte spécial, le pouvoir de les détenir arbitrairement pendant quinze jours. Ce n’était pas assez pour étouffer tout complot; les jeunes conspirateurs, les propriétaires qui vivaient et agissaient dans leurs domaines, les esprits ardents et fiers bravaient ces rigueurs : « Sir Henri Vane me fait surveiller de très- « près et partout,» écrivait Mordaunt’; « mais Dieu me a protégera, et je ne resterai pas oisif ; Us le verront
* Le 7 juillet 16S9.
*<a LIVRE IL— MESURES DU PARLEMENT bien, o Le major Harley, mandé d’abord devant le Parlement, puis au Conseil d’État, pour menées séditieuses, répondit à ceux qui l’interrogeaient sur le complot royaliste : O Le Parlement a d’autres ennemis auxquels il a ferait bien de songer; il y a, dans l’armée, des ofQciers « qui se préparent à le dissoudre.» — aNommez-les,» lui demanda Fleetwood avec colère. — «Votre seigneurie O est à la tête de la conspiration,» répondit Harley qui fut aussitôt envoyé en prison. Mais les royalistes n’étaient pas tous aussi hardis, ni aussi obstinés ; panni les grands seigneurs surtout, plusieurs s’intimidaient et se montraient disposés à saisir tout prétexte de se tenir à l’écart. Willis, bien informé de cet état intérieur du parti, en profita poiu* servir les républicains qui le payaient, en tirant d’un pas hasardeux quelques-uns au moins des royalistes qu’il trahissait. H soutint et fit prévaloir, dans le petit comité où il siégeait toujours, l’opinion qu’en présence des découvertes qu’avait faites et des mesures qu’avait prises le pouvoir, l’insurrection devait être iqoumée. Avec plus ou moins d’empressement, les lords Oxford , Bruce , Northampton , Faulconbridge , Willoughby, se rendirent à ce conseil ; et Willis, se hâtant d’en donner avis à Bruxelles, conjura le Roi de s’abstenir de toute démarche prématurée et d'inutiles périls *.
Charles savait la trahison de Willis ; le secrétaire in-
< JoumaUofthth.ofC., t.VII, p. 705, 707, 715, 716, 717, 730, 721, 723, 725, 728, 729, 730-731; — Clarendon, HM. of theRebM., 1. XTi, c. 28-33: State-Papert, t. III, p. 516, 519, 524, 531-534; — Mmoirei de Jacques II, t. II, p. 4,dana mm CoUeclion; — Bordeauxà Mac’irin, 39 juillet et7 août 1659 (Docummti hù(oriju«<, n’XLVI).
CONTRE LES ROYALISTES. tOS
time de Thurloe, Samuel Horland, l’en avait naguère fait instruire, probablement à l’instigation de Thurloe lui-méme, et en lui en envoyant les preuves certaines. Au milieu des crises et des ténèbres révolutionnaires, c’est le soin des hommes à la fois importants, habiles et subalternes de rendre des services à toutes les causes et de se ménager des protecteurs dans tous les camps. Charles, convaincu après avoir longtemps douté, s’empressa de transmettre à ses amis à Londres la révélation qu’il venait de recevoir, et ne tenant, pour luiméme, aucun compte des conseils de Willis, il quitta Bruxelles pour se rendre à Calais', donnant à son frère, le duc d’York, l’ordre d’aller de son côté à Boulogne, et décidés l’un et l’autre à passer en Angleterre dès qu’ils apprendraient que l’insurrection avait éclaté. Charles partit secrètement avec son médecin, le docteur Quartermaine, pour unique compagnon, et en humeur facile et gaie, quoique sans grande confiance dans le succès. Au moment de son départ, Condé, encore en exil et s’ennuyant à Bruxelles, lui avait offert de se mettre en personne à son service, ou de lui donner du moins quelques troupes avec le comte de Marsin pour les commander. Charles rencontra Harsin dans le premier village où il passa la nuit; il n’y avait qu’un lit dans leur misérable auberge : le roi contraignit Marsin à le prendre, et coucha sur une botte de paille; arrivé à Calais, où le duc d’York vint le trouver, ils apprirent aussitôt que l’insurrection générale avait manqué, que, sur les avis de
’ Au commencement d’août 1659.